‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 173 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN

avec la littérature grecque contemporaine pour lever ce doute ; car l'intérêt et l'intelligence que nous cherchons vainement dans la première, se manifestent, sous des aspects multiples et d'une manière non équivoque, dans la seconde, et il appert, comme nous l'avons dit, que le contraste entre la civilisation grecque et la romaine se maintint, ici, tel qu'il avait toujours été.

Tandis que Tacite ne croyait pouvoir mieux caractériser toute notion superficielle et fugitive qu'en la comparant à la manière dont on avait l'habitude de regarder les œuvres d'art, Plutarque déplore que la plupart de ses compatriotes considèrent comme plus important de s'absorber profondément dans la contemplation des choses de l'art que de rentrer en eux-mêmes. « La plupart pensent, comme disait Arcésilas, qu'il faut examiner de près les poésies, les tableaux et les statues, et en passer en revue tous les détails avec les yeux de l'esprit comme avec ceux du visage, et ils ne font pas la moindre attention à leur propre vie, dans laquelle ils trouveraient pourtant matière à mainte considération qui ne serait pas sans attrait 1 . » Tandis qu'un jugement indépendant se trahit dans toutes les remarques de Denys d'Halicarnasse relatives à la peinture et à la sculpture *, les écrivains romains qui ont traité de l'éloquence, ne font évidemment que répéter, dans leurs comparaisons de l'art oratoire avec les beaux-arts, des jugements d'autrui puisés dans les livres. Même chez un auteur aussi plein de goût et d'un esprit aussi finement cultivé que Quin-

* Plutarque, De tranquillitate animi, c. ix, p. 470. 3 JHssertatio qua nonnulla scriptorum grœcorwn de artïbus indiciel recensentur. Programm. Acad. Alb., 1866, IV.

tilien, le peu d'assurance qu'il a sur ce domaine se trahit par moments. Ainsi, en faisant observer que la disposition naturelle peut beaucoup, même sans la culture, mais que celle-ci ne dispense jamais de l'autre, il précise sa remarque par la comparaison suivante : «Si, » dit-il, «Praxitèle avait essayé de tailler une statue d'une pierre meulière, je préférerais un bloc non taillé de marbre de Paros; mais si l'artiste avait fait de ce bloc un chef-d'œuvre, la valeur de celui-ci serait dans le travail du sculpteur plus que dans le marbre 1 . » Une bonne matière première lui paraissait donc de plus de valeur que l'œuvre extraite par le ciseau d'un grand artiste d'une matière première commune. Un historien grec postérieur, Memnon, dans l'histoire de sa ville natale, Héraclée sur le Pont-Euxin, donne une description détaillée des attributs d'une statue d'Hercule, qu Aurélius Gotta avait fait enlever de cette ville : attributs comprenant la massue, la peau de lion, l'arc et le carquois, dont l'exécution ne le cédait, pour la beauté des proportions, l'élégance et la perfection technique, à aucun des ouvrages que Ton prisait le plus \ Il n'est guère probable qu'un historien romain se fût jamais avisé de décrire un pareil objet avec tant d'amour, même dans la relation la plus minutieuse. Tacite, dans le récit de l'incendie néronien, mentionne, en deux mots, la perte d'innombrables chefs-d'œuvre de l'art grec ; Suétone n'en fait même pas mention.

Aussi quand Hérodien 8 compare le jeune Héliogabale, pour la beauté, la fleur de l'adolescence et la délicatesse des formes, aux belles statues du jeune Bacchus, on sent

1 Quintilien, II, 19, 3.

8 Memnon, XVI, 52, dans Mu lier, Fragm. hist. grade, III, 554.

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