‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 184 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARÏS. — Lk MUSIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARÏS. — Lk MUSIQUE

l'ineffable, et conjure les esprits ténébreux, ainsi que les apparitions lumineuses, qui se disputent la domination de l'âme humaine. Déjà J.-M. Gessner * déclarait que son collègue à l'école Saint-Thomas, Jean-Sébastien Bach, savait produire à lui tout seul, avec l'orgue, des effets auxquels tous les citharèdes du monde, même avec l'aide de six cents flûtes, ne seraient pas en état d'atteindre, et, quelque admirateur qu'il fût d'ailleurs de l'antiquité, il pensait que son ami Bach, ou tel autre moderne de sa force, vaudrait à lui seul, de sa personne, bien des Orphées et une vingtaine d'Arions.

Entre une symphonie de Beethoven, enfin, avec la puissance élémentaire, entraînante et fondante de ses flots de sons, et les notes simples des cithares et des flûtes, on ne saurait se figurer le contraste moindre qu'entre l'un des grands tableaux de Raphaël ou de Michel-Ange, avec leur profusion de figures, leurs grandes masses de lumière et d'ombre, leur puissance de conception et d'expression, qui entraîne, et les figures simples, sans prétention, mais souvent si nobles et si gracieuses, qui ornent les vases grecs 1 . Cependant la musique instrumentale grecque entreprit aussi déjà, il est vrai, de peindre l'action, même sans accompagnement de chant, comme dans la mélodie dite pythique, composée par Thnosthène, commandant de la flotte de Ptolémée II, pour la flûte seule, sans chant, mais, suivant une autre version, avec accompagnement de cithares. Elle avait pour sujet le combat d'Apollon avec le dragon, et se composait de cinq parties ou phrases.

1 Ad. QuintUianum, I, 12 ; voyez aussi Bitter, /. S. Bach, I, 304, etc. (en allem.).

3 Weetpha],p. 22, etc., et Ambros, I,p.5io, auquel cette comparaison est empruntée.

Cependant les renseignements qui nous ont été transmis par Pollux et Strabon ne concordent pas tout à fait sur le programme de la division de cette œuvre 1 . D'après le premier de ces deux auteurs, le dieu, dans la première partie, choisissait le lieu du combat; dans la seconde, il défiait le dragon ; le sujet de la troisième était le combat même, dans lequel la flûte imitait le son de guerre de la trompette et le grincement des dents du monstre, atteint par les flèches d'Apollon. La quatrième partie contenait la victoire, et, dans la cinquième, le dieu dansait une ronde pour la célébrer. Strabon, entre autres variantes qu'offre sa version, intitule la phrase finale « les syringes », et dit que les sifflements de l'agonie du monstre expirant y étaient imités, probablement au moyen de passages brefs et rapides de la flûte, comme ceux qui sont propres à la syringe. Peut-être aussi Timosthène avait-il, effectivement, fourni deux compositions différentes sur le même sujet. Une anecdote concernant le célèbre citharède Timothée, qui se fit entendre lors des fêtes du mariage d'Alexandre, à Ecbatane, montre que cet essai de colorature musicale n'est pas précisément le seul que Ton ait tenté. Elle porte que cet artiste, dans son « Navigateur », avait essayé d'imiter, sur la cithare, une tempête de mer; mais que le joueur de flûte Dorion, profitant de la circonstance pour se moquer de lui, dit qu'il avait déjà lui-même entendu de bien plus fortes tempêtes, dans son pot au feu*.

S'il peut, en général, être question d'un développement

1 Pollux, IV, 84. - Strabon, IX, p. 421 c. — Ambros, 1, 481, etc. — L'opinion de Boeckh, que d'autres instruments encore, des trompettes et des timbales, y eussent coopéré, paraît difficile à motiver.

8 Athénce,VIII, 338, B.

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