LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. LA MUSIQUE
ultérieur de la musique grecque chez les Romains, il ne saurait, en aucun cas, avoir été un progrès dans le sens de l'art- Il ne consistait, sans doute, comme celui de tous les autres arts transplantés du sol hellénique sur le sol romain, que dans un renforcement, ou plutôt dans une application plus large, mais aussi plus grossière des moyens, et dans l'introduction d'un mélange d'éléments hétérogènes, pour arriver à des effets d'une plus grande force, mais aussi d'une pureté bien moindre, répondant au goût moins épuré des Romains. Au temps d'Auguste déjà, la flûte, formée d'un tuyau plus long, percé d'un plus grand nombre de trous et pourvu d'une garniture de cuivre jaune, était devenue, par là, un instrument qui pouvait rivaliser avec la trompette 1 , et ne différait certainement pas moins de l'ancienne flûte italienne, que le piano à queue, de nos concerts d'aujourd'hui, diffère des épinettes de nos aïeux. Il se peut bien que ce renforcement de la sonorité n'ait pas tardé à entraîner des chan^ gements analogues, dans la construction d'autres instruments, bien qu'Ammien Marcellin soit le premier qui parle de cithares dans les dimensions d'un carrosse 2 . Indépendamment de la sonorité renforcée des instruments en particulier, c'était la réunion en masse d'une multitude d'instruments du même genre, tout aussi bien que l'assemblage d'un grand nombre d'instruments divers, et le concert de leur jeu, qui permettait d'atteindre à de grands effets. Du moins, avait-on déjà vu la réunion d'une masse d'instruments pareils, au temps des Diadoques ou généraux successeurs d'Alexandre, notamment à la cour
1 Horace, Art poétique, 202.
3 Ammien Marcellin, XIV, 6, 18.
d'Alexandrie, où Ptolémée Philadelphe, dans une procession gigantesque et d'une pompe outrée, fit paraître, entre autres, un chœur de 600 hommes, parmi lesquels 300 citharèdes, tous portant des cithares dorées et des couronnes d'or, jouèrent ensemble 1 . Lé concert d'instruments hétérogènes aussi ne devait plus être rien d'extraordinaire à Alexandrie, ce genre formant, depufè la plus haute antiquité, un des éléments propres à la musique égyptienne* Déjà, sur les monuments de l'ancien royaume des pharaons, on voit des assemblages d'instruments à cordes, à vent et de percussion, quelquefois aussi d'instruments homogènes , * comme par exemple de deux harpes, de huit flûtes, ou d'autres, réunis pour un jeu collectif \ Or les monuments du nouveau royaume d'Egypte offrent des images qui nous montrent les représentations de la musique égyptienne sous un aspect plus brillant et plus magnifique encore. Les orchestres de cette seconde époque sont plus nombreux ; des harpes y mêlent leurs sons à ceux des lyres, des flûtes, des doubles fifres, des guitares et des timbales à main, quoique, du reste, on n'y voie figurer que des femmes, comme musiciennes et cantatrices 8 . Il n'est guère probable qu'une cour aussi éprise du faste, que l'était celle d'Alexandrie, négligeât de rehausser encore l'éclat de ses fêtes et de ses parades merveilleuses par l'emploi de la musique instrumentale indigène, qui se prêtait si bien au caractère de ces solennités 4 .
1 Athénée, V, pi 201: Fx 1 Ambros, 1, 155.
3 Ibidem, 1&3.
* O. Mûller (Histoire de la littérature des ferea, I* &93) dit qu'aux diverses cours des princes macédoniens, à partir d'Alexandre, on exécutait