‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 202 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE

le chant et le jeu de cordes de la maîtresse de Lucius Vérus, la belle Smyrniote Panthée. Il la compare aux muses et aux sirènes. « Devant cette voix, » dit-il,. « le rossignol est réduit au silence ; c'est un chant comme on ne peut l'entendre que d'une bouche aussi belle. Son chant le plus parfait est celui qu'elle accompagne de la cithare : cette observation stricte et toujours correcte de la mélodie (àpjxovia), maintenant invariablement le texte et la cadence du chant, qui s'élève et s'abaisse tour à tour ; cet accord de la cithare avec la voix, ce plectre toujours en mesure avec le gosier, cette euphonie de la modulation : tout cela ce sont des qualités portées, chez elle, à une perfection à laquelle ni Orphée, ni Amphion, n'eussent jamais pu se flatter d'atteindre \ »

Même le dilettantisme musical des hommes ne parait plus avoir rencontré, du temps d'Auguste, qu'une opposition partielle de contradicteurs isolés. Effectivement, le seul écrivain qui le désapprouve,après la chute de la république, est Sénèque l'Ancien, ce rigide partisan de la simplicité et de l'austérité des vieilles mœurs. Il déplore que les nobles études soient négligées, que le soin d'intérêts pires que l'oisiveté se soit emparé des esprits et que les occupations malséantes du chant et de la danse prennent tout le temps d'une jeunesse efféminée *. Le blâme de Sénèque le Jeune, dans un écrit composé sous le règne de Claude, n'est dirigé que contre l'exagération de ce dilettantisme. Les amateurs passionnés de musique, d'après son dire, passaient toute la journée à écouter, à chanter et à composer des airs ; ils torturaient leur voix

* Lucien, lmag. 9 13, etc.

* Sénèque, Controv., I, proœmium.

par des modulations artificielles, de manière à la faire dévier de son expression naturelle, battaient constamment la mesure avec leurs doigts, en accompagnement du morceau qu'ils avaient en tête, et ne pouvaient s'empêcher de fredonner une mélodie, même dans les occasions qui portaient le plus au sérieux et à la tristesse â . Manilius déjà faisait un portrait semblable de l'amateur de musique, relevant, dans les orgies, le plaisir des libations de vin par les douceurs du chant, murmurant des chansons entre ses dents, au milieu du travail et des affaires, et revenant toujours au chant, pour charmer ses loisirs, quand il est seul \

Nombre d'autres passages et données confirment les grands progrès qu'avait faits à Rome, chez les hommes, depuis le commencement de l'empire, le dilettantisme musical. Avec une belle voix on pouvait espérer de plaire aux dames 8 , comme chanteur accompli , de trouver accès dans la bonne société 4 . En général, il paraît que l'on estimait le talent musical particulièrement en raison de sa valeur pour la sociabilité 5 . Dans Pétrone, Trimalcion engage un de ses invités, qui jadis passait pour un bon chanteur, àrégalerla société d'un morceau; mais l'invité s'excuse en exprimant le regret de ne plus pouvoir chanter, après avoir, il est vrai, tant chanté dans sa jeunesse qu'il avait failli en devenir poitrinaire. Trimalcion lui-même estropie les airs de Ménécrate, citharède et compositeur célèbre du temps de Néron 6 . Chez Martial, le dilettante universel

1 Sénèque, De brevitate vtiœ, c. xii, 4* * Manilius, V, 32&, etc.

3 Ovide, Art d'aimer, I, 595.

4 Horace, Sat. I, 9, 25.

s Manilius, IV, 525, etc. ; V, 329.

6 Pétrone, Sat., ch. lxiv et lxxiii. — Voir plus haut, p. 387*

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