‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 203 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE

qui fait tout gentiment, mais ne sait rien faire de bon, h x ~j? chante aussi gentiment et joue gentiment de la lyre 1 .

Ce dilettantisme paraît avoir été très-répandu aussi dans les hautes régions de la société. C. Calpurnius Pison, le chef de la conjuration tramée contre Néron en l'an 65, jouait, ainsi que l'assure une poésie faite à sa louange, de la lyre dans une perfection â faire croire qu'il avait eu des leçons d'Apollon lui-même ; et il n'eut, dans un temps de paix, point à rougir de s'occuper de cet art, car Achille lui-même n'avait-il pas fait vibrer les cordes de la même main qui dardait sa terrible lance contre les ennemis*? Le nombre des empereurs desquels on rapporte qu'ils pratiquaient la musique vocale ou instrumentale en amateurs, est étonnamment grand. Adrien était tout fier de son habileté à chanter et à jouer de la cithare 3 , et Fronton, qui appuie des exemples d'empereurs antérieurs sa recommandation à Marc-Aurèle de bien jouir des loisirs de son séjour à Alsium (port d'Étrurie), dit de lui qu'il trouvait, à côté des. soucis du gouvernement, encore du temps pour s'occuper d'autres choses, qu'il était notamment un ami d'excellents repas et aimait à s'appliquer à des compositions, ainsi qu'à s'entourer de joueurs de flûte *. Caracalla cultivait aussi la citharédique et fit ériger un monument au célèbre citharède Mésomède, qui avait brillé aux cours d'Adrien et d'Antonin le Pieux*. Élagabale chantait aussi avec accompagnement de flûte (c'est-à-dire des scènes dramatiques), sonnait delà trompette, jouait de la pandure, espèce d'rns-

i Martial* II, 7.

a C. in PisonetUy 166 à 177.

à Vie d'Adrien, ch. xiv.

4 Fronton, fer. Als.> 3, éd. Naber, p. 226*

» Dion Cassius, LXXV1Ï, 13.

trument à cordes, et touchait del'orgue 1 . Alexandre Sévère, aimant pareillement la musique, jouait de la lyre, de la flûte et de l'orgue, ainsi que de la trompette, sur laquelle il ne se fit pourtant plus entendre comme empereur \ On voit que la cithare n'était pas le seul instrument dont jouassent les amateurs, bien qu'elle fût, indubitablement, celui qu'ils cultivaient le plus, d'ordinaire. Néron avait fait vœu, pour le cas où il réussirait à maîtriser la révolte qui avait éclaté contre lui, de se faire entendre sur l'orgue hydraulique, la cornemuse et la flûte chorale, aux jeux par lesquels on fêterait la victoire; après une délibération précipitée, il promena les grands, qu'il avait fait appeler auprès de lui, au moment du danger le plus imminent, pendant tout le reste de la journée au milieu d'une exposition d'orgues hydrauliques d'invention nouvelle, leur expliquant lui-même le mécanisme et les difficultés particulières de chaque instrument*. L. Norbanus Flaccus était un zélé joueur de trompette et s'exerçait avec assiduité sur son instrument, si bien qu'il en sonna dans la matinée même du jour où il prit possession du consulat, le 1 er janvier de l'an 19 de notre ère. Mais la multitude assemblée devant son palais, pour le complimenter, trouva de mauvais augure que l'on entendît le consul proférer un signal de guerre *. Il va sans dire que l'exemple des empereurs contribuait à propager ce dilettantisme, notamment dans les hautes classes.

D'après les termes dans lesquels tous ces cas nous ont été rapportés, il est clair que, dans les fantaisies musi-

* Vie d'Élagabale, ch. xxxii.

a Vie d'Alexandre Sévère, ch. xxvu.

3 Suétone, Néron, ch. xli, liv.

4 Dion Cassius, LV1I, 18.

Page 1