‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 204 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE

cales de Néron, ce qui paraissait indigne et honteux à ses contemporains, ce n'était ni son goût prononcé d'amateur pour la musique, ni l'exercice de ce dilettantisme, mais précisément le parti pris de vouloir être regardé, non comme un simple amateur, mais comme un artiste de profession, le fait qu'il osât se produire publiquement, et la manière dont il livrait son jeu au jugement du public. La conviction d'être né artiste le domina, toute sa vie durant, avec la persistance d'une idée fixe ; et c'est en répétant continuellement ces mots : « Quel artiste le monde perd en moi ! » qu'il est mort, comme on sait. Quand éclata la révolte dirigée contre lui, rien ne le mit, paraît-il, hors de lui comme une proclamation de Vindex, dans laquelle on l'appelait mauvais citharède. Il considérait la fausseté de ce reproche, lui déniant la connaissance d'un art qu'il exerçait en virtuose, comme la meilleure preuve de la fausseté pareille des autres accusations de ses adversaires, et ne cessait pas de demander à ses courtisans s'ils connaissaient un citharède meilleur que lui. Des astrologues lui ayant prédit qu'il serait déposé un jour, il fit cette réponse, qui courut partout à Rome : « Mon art chéri m'aidera bien alors à me tirer d'affaire *. » A peine devenu empereur, il fit appeler Terpnus, le plus célèbre des citharèdes d'alors, le fit chanter et jouer devant lui jour par jour, après table, jusqu'à une, heure fort avancée de la nuit, et s'appliqua, par des études et des exercices incessants, ainsi que par la plus stricte observance de toutes les prescriptions diététiques d'usage, à former sa voix, naturellement sourde et grêle a . Puis il se produisit comme ci-

1 Suétone, Néron, en. xux, xu, xl.

3 Ibidem, en. xx; Dion Cassius, LXI, 20.

tharède pour la première fois en Tannée 59, la cinquième de son règne, à l'âge de vingt-deux ans, dans son jardin et son palais de la rive droite du Tibre 1 , ensuite en Fan 64 dans la « ville grecque » de Naples*, et seulement Tannée suivante devant le grand public de Rome, lors du concours institué par lui-même, au théâtre de Pompée *. Vers la fin de Tannée 66, il entreprit sa tournée d'artiste en Grèce, d'où il ne revint, probablement, que vers la fin de Tannée suivante \

À côté des morceaux citharédiques, c'était la récitation semi-dramatique, en costume et sous le masque, de solos de tragédie qu'il pratiquait de préférence en public. Probablement il était aussi, comme les citharèdes paraissentTavoir été d'ordinaire, compositeur lui-môme, ce que semble indiquer, mais avec peu de certitude, un passage de Philostrate \ Toute une armée, parfaitement dressée et organisée, d'applaudisseurs et de claqueurs, était chargée de l'applaudir, toutes les fois qu'il paraissait. Là aussi, comme dans bien d'autres circonstances de l'histoire de ce temps, l'affreux venait souvent se mêler au burlesque. Des espions étaient partout aux écoutes, et malheur à celui qui n'avait pas applaudi suffisamment, qui s'était esquivé avant que l'empereur n'eût fini de chanter, à qui s'était endormi ou avait négligé, quand des affections catarrhales régnaient à Rome, d'offrir des sacrifices et de faire des vœux pour la ce céleste » voix de l'empereur. Il risquait fort de payer de la plus profonde disgrâce, ou

1 Tacite, Annales, XIV; 14» etc.; Dion Cassius, LXI, 20; Pline, Hist. nat.y XXXVII, 19.

3 Tacite, Annales, XV, 33.

s IWdem,XVI,4.

4 Haackh, Encyclopédie de Stiittgardt, V, 583, etc. * Vie d'Apollonius de Tyane, IV, 39, p. 82, éd. K.

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