‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 31 sur 218 · Ï4VRE VIII. — LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

Ï4VRE VIII. — LE LUXE ROMAIN

et la variété nouvelle dite mandarine, venue de la Chine aussi , même que du siècle présent 1 .

L'amélioration des fruits et des cultures végétales, ainsi que la multiplication des espèces, avait été poussée, dès les premiers temps de l'empire, à un si haut degré que Pline *, la croyant arrivée au dernier point de la perfection, n'admettait pas que l'on pût, dorénavant, encore y inventer du nouveau. De son point de vue, il aurait dû désapprouver l'acclimatation des végétaux exotiques autant qu'il trouvait positivement mal que l'on en fit venir, comme par exemple du poivre de l'Inde % par l'entremise du commerce. Cependant il ne s'y montre contraire nulle part, soit parce que, et c'est la version la plus probable, les adversaires du luxe donnaient à la nourriture végétale la préférence sur la nourriture animale*, et devaient aussi^ par conséquent, être plus favorables à l'accroissement et au perfectionnement artificiels de ce qui constitue le fonds d'alimentation du premier de ces deux régimes, soit que l'absurdité d'un blâme de la propagation des espèces du règne végétal, opérée sur la plus grande échelle, avec le profit le plus évident, depuis des siècles, ne pût manquer de le frapper. Mais il ne pouvait non plus se résoudre à émettre, sans restriction, une

1 Hehn, 321 à 333.

* Hist. nat., XV, 57.

3 Ibidem, XIX, 58 : Pars eorum (c'est des plantes de jardin qu'il s'agit) ad condimcnta pertinens fatetur domi versuram fieri solitam, atque non Indicum piper quaesitum, quaeque trans maria petimus. — Ce n'est pas à dire que le poivrier ne vînt pas également sur le sol italien (XII, 29; XVI, 136); mais il n'y donnait qu'un poivre trop faible.

4 Ibidem, XIX, 52 : Ex horto plebei macellum, quanto innocentiore victu !

opinion favorable sur la culture des jardins et des vergers, parce que, en effet, tout progrès dans ce sens éloignait de l'état de nature et rendait, ainsi, plus sensible ce qu'il y avait de factice dans les jouissances nouvelles que Ton se procurait de cette façon. Il reconnaissait bien le service rendu, même aux oiseaux et aux bètes fauves, par l'amélioration des végétaux et des fruits mangeables 1 , mais en déplorant d'un autre côté que, par des rapprochements adultérins d'arbres, c'est-à-dire lentement, au moyen duquel on était parvenu à élever le rapport d'un arbre fruitier, à proximité de Rome, au niveau de ce que rapportait jadis toute une terre, on eût rendu le fruit inabordable aux pauvres'. « Et lors même, » poursuit-il, « que l'on passe sur la production de fruits que leur grosseur, leur saveur, ou leur forme extraordinaire, met hors de la portée des moyens du pauvre, fallait-il encore créer de nouvelles variétés jusque parmi les herbes, et laisser l'opulence introduire des gradations de qualité jusque dans les aliments du coût d'un simple as? Faut-il que la culture pousse les asperges à une grosseur qui les bannisse de la table du pauvre? La nature a fait croître des asperges sauvages, que chacun était libre de cueillir où il les trouvait; maintenant on en voit d'artificielles, si grosses qu'à Ravenne trois pèsent une livre. Voilà les monstruosités qu'engendre la gourmandise 3 ! » Quelque étonnement qu'excitassent alors ces progrès dans l'art du jardinage,

1 Pline, HM.nat. t XVI, 1.

2 Ibidem, XVII, 8 : Nec minus miraculum in pomo est multarum circa suburbana annuo addicto binis milibus numinum, majore singularum reditu quam erat apud antiquos prœdium. Ob hoc insita et arborum quoque adulteria excogitata sunt ut nec poma pauperibus nascerentur.

3 Ibidem, XIX, 52 à 54.

Page 1