‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 37 sur 218 · LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN

ments apportés à la mode par les vicissitudes des saisons fussent, dans le Midi, aussi multiples et aussi importants qu'ils le sont dans les pays du Nord. Cela ne veut pas dire, cependant, qu'il n'y eût pas également déjà, à Rome, des gens qui poussaient le soin de conformer leur mise à ces variations jusqu'au dernier ridicule, dans les plus petites choses. Gela ressort assez clairement de la manière dont Juvénal 1 persifle le petit maître qui, trouvant trop lourdes, pdur ses doigts en transpiration, des bagues chargées de pierreries, y fait jouer des bagues plus légères, faites spécialement pour l'usage d'été. En été, le climat entraînait effectivement la nécessité de changer souvent de vêtements, ce qui ne pouvait manquer, comme c'est encore aujourd'hui le cas en Perse, de rendre assez dispendieux l'entretien de la garde-robe des personnes qui avaient à soigner leur mise. Il devait arriver aussi que l'on crût devoir, et cela s'expliquerait tout naturellement, changer plusieurs fois de vêtements le même jour; cependant il n'existe qu'une seule mention d'un fait duquel on puisse conclure que cela fût jamais arrivé réellement. Cet exemple se trouve dans Martial* et concerne un type des mieux réussis du riche parvenu sans éducation, qui, pendant un festin, change onze fois de toilette, pour échappera la transpiration, comme il dit, mais, en réalité, pour faire parade de la richesse de sa garde-robe. Or, dans les temps modernes, le luxe de changer de vêtements plusieurs fois par jour, indépendamment de toute nécessité de climat, n'est pas seulement assez commun, mais a été même, parfois, poussé jusqu'à l'exagération la plus ridicule. Vers la fin du sei-

1 Sat. t I, 28, etc.

zième siècle, les ecclésiastiques s'en plaignent, en Allemagne aussi; au commencement du dix-septième, la femme d'un certain Jean Meinhard de Schœnberg laissa, quand elle mourut, 32 habillements complets, pendant que le mari en possédait lui-même 72, des gants, brodés d'or et d'argent, en proportion, et 21 chapeaux, avec 26 plumes de toutes couleurs servant à les garnir 1 . La garde-robe du comte de Bruhl était aussi d'une richesse fabuleuse \ A l'époque de la Révolution française, on voyait môme des dames changeant de perruque plusieurs fois par jour, pour assortir leur -coiffure à leurs diverses toilettes 8 . Il y a 40 ou 50 ans, le prince Puckler Muskau * estimait qu'un dandy, en Angleterre, avait besoin chaque semaine, pour son usage, de 20 chemises, 24 mouchoirs et 9 ou 10 pantalons d*été, de 30 cravates, à moins qu'il n'eût adopté la cravate noire, d'une douzaine de gilets et de bas à discrétion.

Le luxe des couleurs éclatantes et précieuses, si conforme aux goûts des méridionaux, est celui qui frappe le plus dans le costume des deux sexes, du temps de l'empire romain 8 . Les couleurs les plus estimées étaient

1 Falke, 11, 149.

a Vehse, XXXIII, 331.

3 Falke, II, 312, etc.

4 Lettres d'un trépassé (1826-28), IV, 39.

& Stace (Silves, II, 1, 128-131) dit, en vantant les beaux habits qu'Atédius Mélior faisait porter à son favori Glaucias :

Semper ad an nos Texta legens, modo puniceo velabat amictu Nunc herbas imitante sinu, nunc dulce rubente Murice, nunc vivis digitos incendere gemmis Gaudebat.

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