‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 4 sur 218 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Généralité*.

Les idées reçues à cet. égard ne sont en partie fondées que sur des exceptions et des anomalies. — Luxe d'empereurs tels que Caligula et Néron. — Les nababs des derniers temps de la république et leur luxe; leurs immenses revenus et leurs énormes dépenses. — Médiocrité relative de leur avoir réel. — Les plus grandes fortunes privées de l'antiquité n'atteignent pas à celles des Grésus modernes. — Exemples d'uu luxe excentrique, comme la gourmandise d'Apicius. — Le luxe de la destruction fantasque des choses de prix. — 'Rigorisme outré des écrivains rapporteurs de faits pareils, VarroUj Sénèque et Pline l'Ancien, comme, par exemple, en ce qui concerne l'habitude de rafraîchir les mets et les boissons avec de la neige et l'Usage des coussins de plumes. — Les déclamations contre la mollesse et la bonne chère devenues une manie des rhéteurs. Combien il importe de bien distinguer dans l'appréciation des différents genres de luxe. — Le luxe romain à son apogée de l'an 31 avant Jésus-Christ à l'an 69 de notre ère.

dn a depuis longtemps l'habitude de taxer d'extravagant, de fabuleùi et d'immoral le luxe de l'antiquité romaine* dans les derniers temps de la république et sous l'empire Ml Suffit dis prononcer le nom de Rome, capitale

1 Ainsi Becker, dans Gallus, et Roscher, dans ses Idées suï t'écbnotoiiè hationale. Goethe aussi compare le luxe des Rbmaitls, qu'il appelle

4 CIVILISAT^. JET r MŒURS ROMAINES.

des Césars, pour réveiller le souvenir d'une foule d'histoires rebattues, comme celles des constructions établies sur le fond de la mer, des jardins couronnant les terrasses de bâtiments majestueux, de l'or et de l'argent employés à ferrer les mules , ainsi qu'à former des vases pour les usages les plus vils, de bains de lait d'ânêsse ou parfumés d'essences, de boissons dans lesquelles on faisait dissoudre des perles de prix, de plats de cervelles de paon ou de langues de flamant, et tant d'autres du même genre. Mais, en y regardant de plus près, on arrive assez généralement à reconnaître que les faits sur lesquels se fondent ces histoires ont été ou mal compris, ou mal coordonnés, et qu'il y a beaucoup à rabattre des versions les plus accréditées en pareille matière. Il en serait ainsi même si les faits allégués méritaient tous la foi pleine et entière qu'exclut déjà la nature d'une partie d'entre eux.

Dans toute exploration de l'antiquité , la tradition est de nature à nous exposer au risque de tirer des conclusions fausses de certains cas fortuitement rapportés , et de prendre l'exception pour la règle. En essayant de décrire le luxe romain, on a brouillé, à l'exemple deMeursius, des rapports de toutes les époques et de tous les genres : rapports concernant les extravagances de dissipateurs fameux, le train de vie princier de grands personnages aux goûts fastueux, ou le raffinement déployé dans les orgies des viveurs par excellence ; et dans cette confusion on n'a, d'ordinaire, tenu compte comme il le fallait ni de la diversité des points de vue des écrivains, ni de la .

absurde et excessif, avec celui de ces parvenus, sans éducation, qui ne savent faire de leur grande fortune qu'un usage ridicule. Gibbon, au . contraire (Histoire de la décadence et de la chute de V empire romain), juge favorablement du luxe antérieur à Commode.

Page 1