‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 5 sur 218 · LIVRE VJ1I. — LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE VJ1I. — LE LUXE ROMAIN

liaisoD particulière des faits relatés avec l'ensemble auquel ils se rattachent.

Disons tout d'abord que l'on n'aurait jamais dû faire entrer en considération, dans les essais dont il s'agit, ce que l'on raconte du luxe de quelques empereurs, comme Ta déjà fait observer Meierotto 1 , très-bon juge du livre de Meursius. Le caractère excentrique du luxe d'un Caligula et d'un Néron dérive de la manie de ces tyrans de frapper le monde de l'idée de leur omnipotence ; c'était pour eux un moyen de mettre en relief la grandeur et la puissance surhumaines du Césarisme, de marquer l'énorme distance qu'il y avait entre le maître du monde et ses sujets, de montrer enfin que ce maître pouvait tout, que sa volonté n'avait point de frein \ C'est pour cela que Caligula, dont le délire césarienne paraît pas avoir été, d'ailleurs, exempt d'une forte dose de véritable folie 8 , fit exécuter des travaux de construction en mer, au milieu de la tempête, et n'hésita pas à dissiper en un seul jour dix millions de sesterces, tribut de trois provinces, s'il faut en croire Sénèque*; pour cela que ce prince et Néron s'appliquèrent à réaliser, dans la magnificence de leurs fêtes, de leurs navires d'apparat et de leurs palais, les rêves de l'imagination la plus déréglée 5 . Mais aussi Caligula et

1 Mœurs et genre de vie des Romains , 3 # édition, 1814; préface, p. xxx, etc.

3 Suétone, Caligula, ch. xxxvu : nihil tam efficere concupiscebat quam quod posse efftci negaretur.

8 Du moins Niebuhr {Cours d'histoire romaine, III, p. 178, en allemand) a-t-il désigné les insomnies de Caligula comme un symptôme indubitable d'aliénation mentale.

4 ConsoL ad Helv., 10, 4.

s Tacite, Annales, XV, 42 : Nero tamen, ut erat incredibilium cupitor, effodere proxima Averno juga connisus est.

Néron constituent-ils, parmi les empereurs des deux premiers siècles de notre ère, deux figures à part, presque uniques dans leur genre, à côté desquelles on pourrait tout au plus encore mentionner Lucius Vérus; car, pour ce qui est du luxe de Vitellius , il avait exclusivement pour but les moyens de satisfaire une gloutonnerie monstrueuse. D*autre part Tibère, Galba, Vespasien, Pertinax poussèrent l'économie jusqu'à la lésinerie, et des autres empereurs de l'époque pas un seul ne fut un dissipateur, dans la véritable acception du mot.

On pourrait même mettre en question si le luxe d'un Caligula et d'un Néron fut plus extravagant et plus funeste que celui de maint petit prince d'Allemagne du dix-septième siècle et du dix-huitième. En effet, quand Auguste le Fort, électeur de Sjaxe, dépensait 80,000 écus pour montera Dresde, en 1753, l'opéra de Soliman *, et des millions pour sa résidence de fête de Muhlberg*; quand le duc Charlesde Wurtemberg, lefondateurdel'académie Caroline (Karlsschule), faisait de sa cour une des plus brillantes de l'Europe, en appelant le concours des premiers artistes pour les spectacles qu'il donnait, en faisant tirer au sort, par ses invités! les plus riches cadeaux , jaillir le vin des fontaines pour la multitude, tirer des feux d'artifice qui revenaient à une demi-tonne d'or et creuser des lacs sur des montagnes; quand, enfin, l'on voit ce prince organiser des parties de traîneaux pour lesquelles on était obligé de faire venirla neige de fort loin 5 , les pays que l'on pressurait, pour

1 heyrienl, Histoire de l'art scénique en Allemagne f \l, 306 (en allem.).

2 Keyssler (Voyages en Allemagne, 3° édit., 1776, p, 1326, en allem.) dit cinq millions.

8 Vehse, Histoire des cours d'Allemagne, t. XXV, p. 247-290, en allemand. — Beaucoup d'allégations de cet auteur, auquel de nombreux em-

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