‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 41 sur 218 · LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN

ainsi passé d'Europe en Asie ; la majeure partie de cette somme est allée dans l'Inde anglaise, une vingtaine de millions seulement^ en Chine. Humboldt n'évaluait la moyenne annuelle de cette même exportation de métaux précieux, pour la période 1803-1806,, qu'à 5,318,7501ivres sterling; pour la longue période écoulée de 1788 à 1810, elle ne ressortirait même, d'après Jacob, qu'à un million sterling.

S'il est permis d'ajouter foi à la justesse de l'évaluation approximative qui conduisit Pline à établir comme on l'a vu le chiffre total des importations d'Asie de son temps, la consommation de l'empire romain en articles de luxe asiatiques doit, en considération de la grande étendue de l'empire, également paraître très-faible, comparativement aux proportions du commerce moderne, lors même que l'on tient compte du fait que les marchandises importées étaient généralement, en vue des droits qui les frappaient à la frontière, déclarées beaucoup au-dessous de leur valeur réelle.

Dès la seconde moitié du dernier siècle, la France exportait annuellement en Allemagne pour 67 millions de francs de soieries et d'articles de Paris; et en 1853 son exportation de soieries seule s'élevait à 236 millions 1/4 de francs pour l'Angleterre et au quintuple pour l'Amérique du Nord ; l'exportation des articles de l'industrie parisienne, tels que bronzes, bijouterie, quincaillerie fine, montres et pendules, modes, passementerie, tablet- t^. terie, instruments de musique, etc., y ajoutait de son côté 78 millions 3/4 de francs.

De plus, il y a lieu de considérer que les prix de certains articles de luxe fournis par l'Orient étaient énormes, du temps de l'empire romain, et ceux de tous les autres

articles du môme genre, probablement aussi plus élevés qu'ils ne le sont aujourd'hui.

La soie, dans la seconde moitié du troisième siècle encore, se vendait son pesant d'or 1 ; le jus de bétel revenait jusqu'à 400 deniers (438 francs), le jus de cannelle jusqu'à i,S00 deniers (1,631 fr. 28) la livre romaine*; telles perles se payaient môme plusieurs millions de sesterces 8 . Avec des prix pareils, toute l'importation annuelle des articles constituant le luxe oriental eût, certes, commodément trouvé place dans une seule des boutiques de la Voie Sacrée, ou du Forum de la Paix. Il est vrai que les prix payés à Rome étaient bien supérieurs aux prix d'achat, qu'ils dépassaient môme du centuple, d'après Pline. Mais, en acquittant les droits à la frontière romaine, ces marchandises se trouvaient déjà grevées d'une grande partie, dans bien des cas môme de la majeure partie des frais du transport, ce qui en enflait les prix proportionnellement. Or, c'est sur cette première élévation, du prix que devait être basé, chez Pline, le calcul qui porte à 100 millions de sesterces le total de l'importation. Celle-ci, si cet auteur était bien renseigné, aurait donc été trèsmodique, d'après les idées de notre époque. Le luxe du temps des empereurs romains, en marchandises et produits de l'Orient,, devait être, par conséquent, essentiellement limité à Rome et à quelques autres grandes villes de l'empire» C'est ce que paraissent aussi confirmer, pour la fin du deuxième siècle encore, quelques passages de Galien *

1 Histoire Auguste, Vie d'Aurélien, ch. ±Lt.

1 Pline, Hist. nat., XII, 129; ibid., 93 : Pretia (juris cinnami) quoridam fuere in libras denarium millia, auctum id parte dimidia est, incensis, ut ferunt, silvis ira barbarorum.

3 Suétone, César, ch. l.

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