‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 51 sur 218 · LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN

de Tidée qu'on peut avoir du luxe de l'époque, en fait de logements, vu que, de nos jours, à Londres et à Paris, comme à Vienne et à Berlin, la dépense d'un loyer triple même de la somme indiquée ci-dessus, suffirait à peine pour loger un dignitaire du même rang ; et, pourtant, il est certain que la valeur effective de l'argent, à cette époque, ne saurait être calculée au triple de ce qu'elle est aujourd'hui» Les palais continuèrent-ils à s'élargir encore, depuis le r^gne de Tibère? Il paraît difficile de l'affirmer ; du moins sur la seule autorité de phrases comme celle où *Sénèque dit qu'ils étaient semblables à des villes, qu'ils avaient l'étendue de domaines ruraux 1 , Salluste s'étant déjà exprimé, sur le même sujet, en termes analogues. Entre autres cependant, Védius PoUion, l'ami d'Auguste, eut à Rome un de ces palais immenses. Mais en général la manière dont étaient construites les grandes maisons romaines justifiait, du moins jusqu'à un certain point, lès exagé* rations de la rhétorique. Par cela même qu'elles n'avaient jamais qu'un étage au milieu et quelquefois de même aux ailes, elles couvraient toujours un très-grand emplacement ; puis, aussi parce qu'elles n'étaient, ordinairement, privées ni de jardins ni de parcs, et qu'elles comprenaient, d'ailleurs, nombre de bâtiments accessoires et de dépendances, déjà en partie mentionnés par Vitruve* tels que jets d'eau, bains, portiques et grandes allées pour les voitures. Il est vrai que toute cette grandeur et cette magnificence s'y déployaient, parfois, aux dépens de l'espace restant pour le logement proprement dit, comme daùs certain palais, dont Martial* a parlé dans ses vers. On

1 Sénèque, Lettres, 90, 43; 114, 9.

2 XII, 50 et 57, 18-25.— Voir aussi Olympiodore, apùd Ph6t. Biblioth., éd. Bekker, p. 63 A.

manque de renseignements sur ia valeur et les prix de ce genre d'immeubles à Rome. Pour le prix, accidentellement mentionné par Martial 1 , de 100,000 à 200,000 sesterces, on ne pouvait, sans doute, avoir qu'une petite maison, bâtie sans luxe ; car, d'après Juvénal*, une maison de bains seule devait revenir à 600,000 sesterces, et un portique encore plus cher. La preuve que ces estimations sont plutôt au-dessous qu'au-dessus de la vérité, pour beaucoup de constructions de l'espèce, on la trouve dans le fait que Fronton, un sénateur qui n'était pas riche, dépensa, pour l'établissement de ses bains, 350,000 sesterces, et elle résulte encore mieux de la description, que l'on verra tout à l'heure, de ceux de Claude Etruscus.

Mais un luxe romain peut-être sans exemple dans toute l'histoire de l'architecture, ce fut celui de la décoration architecturale. Avec l'usage des marbres de couleur pour colonnes, vint aussi la pratique, existante en Asie depuis un temps immémorial, de revêtir les murs de pierres multicolores et d'autres matériaux précieux. C'est également sous le règne d'Auguste qu'elle commença à se répandre \ Sénèque * est le premier qui tonne contre le luxe de ce lambrissage, où d'énormes plaques de marbres précieux rivalisent d'éclat, et où les tables de provenance * alexandrine contrastent avec les tables extraites des carrières de la Numidie. A côté du lambrissage avec des tables de marbre posées en plein, la mode d'extraire de celles-ci des fragments et de remplir les excavations avec d'autres pierres prit, déjà sous Claude. On trouvait ainsi

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