LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN
Laurentine, les jours de deux galeries couvertes étaient fermés avec des feuilles de mica, employé en guise de verre ; il n'y avait point de jets d'eau, bien que les jardins du temps en fussent presque généralement pourvus, comme l'indique assez un passage de Quintilien \ Aussi^la villa toscane en offrait-elle plusieurs. Les jardins et allées de Pline le Jeune ne contenaient que des plantes et arbres communs, en rapport avec la nature du sol : ici des violettes, du buis, du romarin, des vignes, des mûriers et des figuiers ; là, des roses, des acanthes, encore du buis et des vignes, des lauriers, des platanes, en partie recouverts de lierre, et des cyprès.
Nous avons déjà mentionné, à propos des grands ouvrages de terre que l'on avait exécutés à la même occasion, Tune des deux. villas décrites par Stace, celle que le riche Pollius Félix de Poiizzoles s'était fait bâtir, sur la hauteur de Sorrente.Ony voyait tout d'abord, sur le rivage même, des thermes avec deux coupoles, un temple de Neptune et un temple d'Hercule. Un portique, construit en avant de la ville de Sorrente, conduisait, le long d'un chemin sinueux remontant la côte, jusqu'à la villa. Des différentes pièces de celle-ci on avait les échappées de vue les plus diverses, sur la mer et les îles. Une salle ou aile» d'où la vue portait directement sur Naples, par-delà le golfe, formait la partie la plus saillante de tout l'édifice. On y avait prodigué les marbres de couleur des carrières les plus estimées de la Grèce, de l'Asie Mineure, de la Numidie et de
* Vlll, 3, 8 : An ego fundum cultiorem pulem, in quo mihi quis ostenderit lilia et violas et anemonas, (et) fontes surgentes, quam ubi plena messis aut graves fructu viteserunt? Steriiem piatanum tonsasqne myrtos quam maritam ulmum et uberes oleas praoptaverim? Habeant illa divites.
l'Egypte. Partout on voyait des peintures et sculptures précieuses d'anciens maîtres, des portraits de généraux, de poètes et de philosophes *.
Sur la terre de Manilius Vopiscus, près de Tibur*, s'élevaient, face à face, deux palais, sur les deux rives de l'Anio, à un endroits où la rivière coulait tranquillement, pendant qu'on la voyait, tout près de là, en amont comme en aval, se précipiter, écumante et avec fracas, du haut des rochers. Ces palais étaient si rapprochés que l'on pouvait, d'une rive à l'autre, se voir et causer, presque même se tendre les mains. Une forêt touffue et de haute futaie s'avançait jusqu'au bord de l'eau, dont le miroir en reflétait le feuillage, ombrageant au loin le cours de l'onde. Là il faisait frais, même aux jours des plus fortes chaleurs du Sirius, et la brûlante ardeur de juillet ne parvenait pas à pénétrer dans l'intérieur des appartements. Ceux-ci resplendissaient de travées couvertes de dorures au plafond, de piliers de marbre jaune aux portes, de lambrissages sur lesquels l'incrustation de veines bigarrées simulait des peintures 8 , de parquets de mosaïque précieux, d'une foule d'objets d'art de maîtres célèbres, en bronze, ivoire et or, garnis de pierreries. Une conduite d'eau en alimentait toutes les pièces, dont chacune avait sa fontaine spéciale. Là aussi chaque pièce offrait une autre vue, donnant ici sur d'antiques bosquets, là sur la rivière. Partout régnait le calme, avec un silence interrompu seulement par le doux murmure de l'onde, berçant les habitants dans leur sommeil. Au bord de l'Anio même se trouvaient des thermes. Au
1 Stace, SUves, II, 2.
* Ibidem, I, 3.
* Ibidem, SUves,l,3, 34:
Picturata lucentia marmora vena.