‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 65 sur 218 · LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN

somme de 3,000 sesterces par livre semblerait avoir été un prix élevé 1 . Mais les pièces qui étaient réellement ou passaient pour être les œuvres d'artistes célèbres, et c'est précisément de celles-là qu'il se faisait un grand luxe, au temps de Martial, se payaient, généralement, encore plus cher. Il y a des exemples que des tapis brodés, de Babylone, pour couvrir les sofas ou lits de repos, dans une salle à manger, s'étaient, au deuxième siècle avant Jésus-Christ, déjà vendus 800,000 sesterces, représentant alors une valeur de plus de 175,000 fr; plus tard Néron en eut même qui avaient coûté 4 millions de sesterces (près de 1,088,000 fr. à cette époque)*. Mais la manie poussée le plus loin, jusqu'à la fureur, fut celle des tables de bois de citre (citfus), que les femmes opposaient aux hommes, quand ils s'avisaient de leur reprocher leurs folies en perles. De grandes tablettes joliment madrées, que l'on coupait sur le tronc de cet arbre, espèce de thuja, qui croît dans l'Atlas, se payaient des prix fous, parce que les troncs n'arrivaient que rarement à la grosseur voulue; cependant il s'en trouvait ayant jusqu'à quatre pieds de diamètre. Cicéron possédait une table de bois de citre, valant 500,000 sesterces, alors près de 110,00 fr., qui existait encore au ^*' f temps de Pline l'Ancien, ce dont celui-ci se formalisait, encore plus au point de vue de l'esprit qui dominait, à l'époque où Cicéron se permit ce luxe, qu'à celui de la pauvreté relative de cette époque. Il y eut cependant, plus

* Martial, III, 62» 4 :

Libra quod argenti millia quinque rapit.

* Pline, Mist. nat, VlIIj 196. — Voir aussi Marquardt, V, 2, 146, etc. — Dans les Lettres d'un trépassé (IV, 125), il est fait mention d'un tapis brodé à l'aiguille , d'après un Garlo Dolce, et payé 3,000 guinées.

tard, des tables de l'espèce encore plus chères, jusqu'au prix de 1,400,000 sesterces ou plus de 380,000 fr. On assure que Sénèque possédait, à lui seul, cinq cents tables de bois de citre 1 .

Il va sans dire que tous ces prix n'étaient pas les prix courants du marché, mais des prix d'une élévation exceptionnelle ; c'est précisément comme tels, et pour la curiosité du fait, que les auteurs anciens les ont mentionnés ; aussi, ne saurait-on les mettre en comparaison qu'avec les prix les plus élevés, payés pour meubles et ustensiles de luxe, à d'autres époques de l'histoire. S'il faut encore une preuve pour nous convaincre de la modicité beaucoup plus grande des prix courants du gros des articles nécessaires pour l'installation luxueuse d'un ménage, nous la trouvons également dans une pièce de vers de Martial f . Le poëte y fait le portrait d'un homme qui aime à se vanter, en prétendant que tout ce qu'il possède est de toute première qualité et lui a coûté beaucoup d'argent. Ce faiseur d'embarras achète des esclaves dans les prix de cent mille à deux cent mille sesterces, boit du vin le plus vieux, a de l'argenterie à 5,000 sesterces la livre, un carrosse doré qui vaut une terre, ainsi qu'une mule payée au prix d'une maison ; en somme, toute son installation domestique, sans être des plus grandes, lui coûte un million de sesterces. Cette somme était donc, alors, jugée suffisante pour meubler luxueusement une maison, peut-être un palais.

Cependant les prix mentionnés par Pline l'Ancien ne sont pas seulement des prix extraordinairement élevés,

* Pline, Hist. nat., XIII, 91. — Marquardt, Manuel, V, 2, 314.

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