LIVRE VIU. — LE LUXE ROMAIN
et original. On y voyait les étoffes les plus bizarres et les plus riches, des étoffes, que Ton ne serait probablement guère plus en état de fabriquer de nos jours , offrant un mélange de soie, de velours, d'or et d'argent, le tout broché et combiné dans un même tissu. Les meubles étaient, presque exclusivement, en noyer et en chêne de couleur foncée et sculpté, avec d'anciennes dorures d'une richesse extraordinaire ; les armoires et les commodes, françaises de vieux modèle, avec les incrustations et garnitures d'usage en cuivre jaune. Il y avait, de plus, nombre de pièces superbes de mosaïque et de tabletterie, composée des bois les plus précieux. Les trésors d'art que renfermait le château étaient innombrables, les tableaux, presque tous des plus grands maîtres 1 . Ces descriptions et d'autres semblables de châteaux anglais rappellent que les Romains de l'empire, bien qu'il y eût beaucoup d'amateurs d'antiquités parmi eux, ne connurent, très-probablement, pas le luxe de la reproduction d'un style historique déterminé, dans l'arrangement intérieur des appartements, au moyen de la réunion de meubles et d'ustensiles provenant tous d'un même âge, ou de l'imitation artificielle desdits objets. Le luxe de la vaisselle d'argent mérite d'être considéré à part. La vaisselle d'or, dont l'usage n'a, probablement, jamais été d'une grande rareté, dans les temps modernes % ne peut avoir figuré à Rome, depuis Tibère, qui la limita, pour les particuliers, aux cérémonies du sacrifice, jusqu'à Aurélien, par lequel cette restriction fut levée, que sur les tables impériales 8 , à part quelques autres excep-
1 Prince Puckler-Muskau, lettres d'un trépassé, 111, 229, etc.
2 Vehse (XXII, 280) parle de tout un service en or du duc de New-* castle.
a Marquardt, Manuel, V, 2, 288, 7.
tions. En vaisselle plate, au contraire, il se faisait un grand luxe 1 , indépendamment de celui des vieux vases d'argenterie, dont nous avons déjà parlé, vases dont la valeur consistait surtout dans leur ancienneté et le mérite artistique de leur travail ou ciselure, et qui servaient principalement de pièces de montre 2 . Dans l'ancien temps, l'argenterie était si rare, à Rome, que les ambassadeurs carthaginois, y ayant été plusieurs fois invités à dîner, retrouvèrent à tous ces repas la même, que l'on se prêtait, de maison à maison. Une longue suite de conquêtes et d'annexions territoriales généralisa, peu à peu, l'usage de l'argenterie. En 206, la conquête de l'Espagne, qui fut le Pérou des anciens, procura à l'État, entre autres avantages, la possession des mines d'argent situées près de Garthagène. Suivant Polybe, 40,000 hommes y travaillaient, et elles donnaient un profit net de 25,000 drachmes (24,375 fr.)par jour 8 . Puis^ les campagnes de Syrie et de Macédoine, le sac.de Carthage et celui de Corinthe, la réversion de la province d'Asie, la conquête de la Provence, enfin les guerres contre Mithridate, accumulèrent, à Rome, des masses énormes du précieux métal*. Quoique l'importation de celui-ci, à la suite de la découverte de l'Amérique, qui doit avoir porté la masse d'argent en circulation, dans la vieille Europe, de 34 millions de livres sterling à 130 millions sterling, à la fin du seizième siècle, et à 297 milions sterling, à la fin du dix-septième 8 , ait été incom-
1 Marquardt, Manuel, V,286, etc. — Pline, Hist.nat., XXXIII, 139, etc.
2 Ibidem, V, 2, 271, etc.
3 Strabon, III, 2, p. 147 à 149. — Voir aussi Marquardt, V, 2, 264,
4 Marquardt, IU, 1, 160, etc.
s Jacob, Production et consommation des métaux précieux (en anglais).