LIVRE VIII. — IJE LUXE ROMAIN
de cristal, ornés de pierres fines ou d'émaux, pièces pour la confection desquelles l'orfèvrerie du moyen âge était sans pareille, tandis que les appartements étaient encore très-pauvrement meublés. Le fait est que l'on plaçait, alors, la majeure partie de sa fortune en or et en pierreries* Princes et comtes, en France, amassaient des monceaux d'or, qui souvent rappellent les richesses tant admirées de l'Orient 1 . Mais dans ce cas probablement, comme peutêtre aussi dans eelui du luxe d'argenterie de l'antiquité romaine, on avait de plus en vue de s'assurer, par le même moyen, un fonds de réserve, ou trésor, en tout temps disponible et d'un transport facile, en cas de besoin, ce que tend d'ailleurs également à faire supposer l'habitude générale des Romains de graver sur chacun de ces vases le chiffre exact de son poids*. On peut se former une idée de la grandeur du luxe de l'argenterie, dans les premiers temps de l'empire, d'après le dire de Pline 8 que Pompée Paulin, beau-père de Sénèque, commandant l'armée romaine dans la basse Germanie en l'an 58 de notre ère, n'emportait pas avec lui moins de 12,000 livres romaines, soit environ 4,000 kilogrammes d'argent. Peut-être arrivaitil rarement que Ton eût sous la main des réserves de cette importance; mais, tout récemment, en 1868, la découverte du trésor d'argent de Hildesheim, comprenant une soixantaine de pièces*, a remis en évidence combien, même en Germanie, les tables des généraux, hauts fonctionnaires, officiers et traitants romains, étaient richement pourvues de vaisselle d'argent, dont naturellement mainte pièce tomba,
1 Springer, Paris au treizième siècle, p. 28, etc. * Interp. ad Petronium, en. ira, xxxiu, lix, lxvii.
3 Hist. naU, XXXIII, 143.
4 Wieseler, le Trésor d'argenterie de Hildesheim, 10, etc. (en allem.).
comme butin de guerre ou autrement, entre les mains des Germains de la rive droite du Rhin. D'autres allégations de Pline, comme par exemple celle que les femmes dédaignaient de se servir de baignoires autres que d'argent, sont peu faites pour préciser nos idées sur ce sujet, en partie parce qu'elles sont trop hyperboliques. Cependant, elles confirment aussi le fait que l'usage de l'argenterie était, à certains égards, très-répandu dans les classes moyennes et inférieures. Des soldats avaient la poignée du glaive et le ceinturon garnis d'argent, le fourreau orné de chaînettes de ce métal ; des femmes du peuple portaient aux pieds des anneaux d'argent (compedes). Pétrone 1 en donne à Fortunata, femme de Trimalcion, du poids de 6 livres 1/2 et d'argent aussi, sans nul doute. Enfin, même des esclaves avaient des miroirs portatifs en argent 8 . Les fouilles de Pompéji, dont les habitants, comme la ville ne fut pas engloutie, mais ensevelie sous les cendres, doivent cependant avoir trouvé moyen de chercher et d'emporter ce qu'ils avaient de plus précieux, avaient jusqu'à 1837 déjà, paraît-il, eu pour résultat la découverte de plus de cent vases d'argent 8 . Or, il est permis d'admettre que le luxe de cette ville, d'importance moyenne, était un luxe commun alors, au moins dans les villes d'Italie.
1 Ch. lxvii.
2 Hist. nat., XXXiV, 160.
3 lîecker, Gallus, II, 3 e éd., 322.