‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 70 sur 218 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le luxe d'esclave*.

L'introduction par niasses et les avantages que procure la possession des esclaves poussent à ce luxe. — L'extrême division du travail, ainsi que le manque de machines et d'instruments propres à le simplifier, fait que Ton y prodigue les bras. — Les maîtres se déchargent autant qu'ils peuvent de tout ce qui est travail sur leurs esclaves. — Esclaves appliqués même aux travaux d'étude.— Exagérations et excentricités poussées jusqu'au ridicule. — Esclaves de luxe. — Nains, géants, avortons.

Les commencements du luxe d'esclaves coïncident avec l'essor que prit le commerce des esclaves, après les sacs uivwv^ de Carthage et de Gorinthe, qui firent affluer simultanément, à Rome, de grandes richesses et des masses de captifs 1 . L'accroissement du nombre de ces derniers entraîna, nécessairement aussi, le luxe d'esclaves, chez leurs possesseurs. La vente de l'excédant disponible des familles c v^ d'esclaves, qui se multipliaient d'autant plus rapidement qu'elles étaient plus nombreuses, et les profits que l'on retirait du travail des esclaves d'industrie, dont les prix

1 Strabon, XIV, p. 668.

d'achat étaient modiques et l'entretien très-peu coûteux, fournissaient amplement les moyens de satisfaire à ce luxe. Le produit du travail des esclaves était, à cette époque, beaucoup plus grand que dans les temps modernes, parce que les esclaves étaient employés dans toute sorte d'affaires, et qu'ils exerçaient des arts ou métiers de toute espèce, soit au service même et directement pour le compte de leurs maîtres, soit pour celui d'autres personnes, auxquelles le maître louait leurs services, avec profit pour luimême. Ainsi, de fait, la majeure partie des choses que l'on demande, de nos jours, en Europe, au travail libre, on les obtenait, dans l'antiquité romaine, des esclaves. Ce fut aussi l'esclavage qui y rendit possible un luxe d'art dont on n'a pas l'idée, dans le monde moderne, et duquel nous aurons à parler plus loin.

Le luxe d'esclaves consistait en partie dans l'entretien d'esclaves de nulle utilité, ou de luxe proprement dit, en partie, comme le luxe se porte ordinairement de préférence sur les marchandises les moins chères, ainsi que le fait observer Roscher, dans l'habitude de prodiguer les bras, qui se traduisait notamment en une division du travail poussée à l'extrême, et sous le régime de laquelle il .y avait des esclaves affectés, d'une manière toute spéciale, aux services même les plus insignifiants. Sous ce rapport, les grandes maisons romaines ressemblaient à celles de tous les pays où le travail des bras n'a que peu de valeur, notamment aux grandes maisons russes de naguère. En effet, au commencement du siècle présent, on ne comptait encore, dans maint palais à Moscou, pas moins d'un millier de domestiques, si faiblement occupés que toute la besogne d'un tel se bornait peut-être à chercher de l'eau à boire pour le dîner, celle de tel autre à en chercher pour

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