‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 80 sur 218 · LIVRE VIIT. — LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE VIIT. — LE LUXE ROMAIN

pendant le jour, en faveur de celles qui emportaient du fumier. Quant à la canalisation, Golumelle 1 etGalien* en ont parlé tous les deux.

Nous avons déjà suffisamment développé, à la fin du tome II, que nulle autre époque, autant du moins que l'antiquité romaine était susceptible de se laisser, impressionner par la nature, ne savait mieux jouir de celle-ci, et que, dès le dernier siècle de la république, sinon plus tôt encore, les classes supérieures avaient, presque généralement, contracté l'habitude de passer la belle saison à la campagne. Dès lors, les grands et les riches avaient, en général aussi, toute facilité pour choisir, entre les différentes scènes de la nature et les variétés du climat, ce qui convenait le mieux pour chaque saison ; et, même à Rome, la dépendance d'un grand jardin était ce qui faisait le plus valoir un palais, et en doublait le prix. On tenait à promener ses yeux sur la verdure, des fenêtres d'une salle à manger. On ne voyait qu'arbustes et fleurs sur les toits plats en terrasse, ainsi que sur les balcons ; mais, bien que ce luxe ait peut-être été poussé trop loin, il faut se garder de prendre à la lettre les descriptions hyperboliques des deux Séneque 8 . On apercevait des fleurs et de la verdure aux fenêtres de beaucoup d'habitations, même très-modestes. D'ailleurs les grands jardins et les parcs, « ces poumons des grandes villes », ne manquaient pas non plus à Rome, et ils étaient en partie ouverts au public.

Nous n'avons que très-peu de renseignements sur les

1 De cultura hortorum, 81, etc. :

Pabula neo pigeât fesso praebere novali Immundis quœcumque vomit latrina cloacis.

2 Édition K, XVT, 360.

3 Becker, Gallus, II, 3 e édit., 239.

progrès du luxe dans les couches inférieures et moyennes de la société d'alors, et ce qu'ils nous apprennent, concerne presque exclusivement l'Italie. Les pays de la Méditerranée devaient à leur heureux climat que le blé de première qualité, dont l'usage n'a pu se généraliser, dans la panification des pays du Nord, qu'à la suite d'un perfectionnement considérable de leur culture et d'un accroissement proportionnel de leur bien-être, formait depuis les temps les plus anciens, dans le Midi, la base de l'alimentation populaire. Du temps de Caton déjà, même les esclaves y vivaient de vin et de farine de froment, et nous avons montré plus haut comment la culture romaine répandit l'usage du vin dans les pays producteurs de bière. L'inégalité des fortunes, sans être alors aussi grande que de nos jours, ne laissait pas que d'être assez sensible déjà; mais d'abord la pauvreté, dans le Midi , n'implique pas aussi nécessairement la misère; puis, l'influence persistante de la tradition des mœurs républicaines contribuait beaucoup à combler l'abîme qui existe, chez nous, entre la richesse et la pauvreté. On attendait toujours encore des riches et des grands non -seulement l'emploi de leur superflu au soulagement de la condition des pauvres, tel que le réalisait notamment alors, dans une large mesure, la vaste organisation de la clientèle, mais aussi le bienfait de laisser participer largement les pauvres aux jouissances de la fortune, en les conviant libéralement à toute espèce d'avantages et de plaisirs, que leur procurait la richesse d'autrui, et dont ils se trouvent assez généralement exclus dans le monde moderne. Nous montrerons plus loin de quelle façon grandiose les gens aisés, dans toutes les parties de l'empire romain, se mettaient en devoir de fournir, par des constructions et des établissements divers d'utilité et

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