‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 81 sur 218 · LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN

d'agrément, aux besoins comme aux désirs des communes; et ces largesses profitaient en grande partie, comme les bains déjà mentionnés, particulièrement aux pauvres. Elles n'empêchaient pas d'ailleurs l'assistance directe, dont il ne manque pas d'exemples, de s'exercer simultanément, sous la forme de secours fournis aux nécessiteux, en grains, ou en argent, pour l'achat de grains, dans les temps de disette surtout 1 , ainsi que sous celle de la distribution de médicaments à des indigents*. Les fondations et les legs pour subvenir à l'entretien et à l'éducation d'enfants pauvres des deux sexes, ou pour favoriser autrement l'instruction, étaient notoirement très-communs 8 . Les dispositions de Pline le Jeune par exemple, en faveur de Côrae, la ville de ses pères, avaient ce double but, comme on a pu le voir au tome I, p. 204. Mais les plus grandes largesses des richards habitant les municipes étaient celles qui avaient pour objet de procurer des réjouissances aux communes, /vw s/wy qu'ils régalaient dans des fêtes, ordinairement accompagnées de distributions d'argent et de spectacles. Sans doute, le cas qu'ils faisaient de l'opinion publique les obligeait, et souvent de vertes manifestations des désirs du peuple, nullement timide à cet égard*, les contraignaient même directement à faire les frais de ces fêtes dispendieuses. Dans la colonie de Trimalcion, par exemple, on attend d'un des notables de l'endroit un banquet avec distribution d'argent, d'un autre un jeu de gladiateurs de

« Voyez Gruter, 434, t ; Orelli, 2172, 5323, 6759, etc., etc., etc.

2 Orelli, 114; Marquardt, V, 2, 363.

3 Marcieo, L. XIII, Institulionum, D. XXX, 117 : Si quid relictum sit civitatibus, bmue valet sive in distributionem relinquatur, sivein opus, sive in alimenta vel in eruditionem puerorum, sive quid aliud. — Voyez aussi Mommsen, Marquardt et diverses inscriptions.

4 Suétone, Tibère, ch. xxxvu.

la durée de trois jours; et le public y fait ce raisonnement qu'un homme passant pour avoir recueilli, dans la succession paternelle, un héritage de 30 millions de sesterces, peut bien faire sauter 400,000 sesterces, soit un peu moins de 109,000 fr., pour la gloire éternelle de son nom 1 . La commune participait au bénéfice de toutes les réjouissances et de toutes les solennités, occasionnées par des événements d'importance, dans le cercle des familles publiquement entourées de considération. Pline le Jeune*, étant gouverneur de la Bithynie, écrit à Trajan qu'il est d'usage, dans sa province, quand un jeune homme prend la toge virile, comme dans la célébration des mariages, l'entrée en charge des fonctionnaires, ou l'inauguration d'un bâtiment public, d'inviter à la cérémonie tout le conseil municipal, ou même un assez bon nombre de simples citoyens, et de faire présent à chacun d'un ou deux deniers en argent. Ces invitations comprenaient, quelquefois, mille personnes, ou même plus encore. L'empereur, dont Pline était désireux de connaître l'avis sur cet abus, lui recommanda de restreindre ces fêtes. Or le fait que cet usage n'existait pas seulement en Bithynie, mais qu'il régnait partout en Italie et dans les provinces, est attesté par des centaines d'inscriptions municipales, desquelles il résulte que la population entière des villes participait avec les riches, dans une forte mesure, à la jouissance de la fortune de ceux-ci.

Le luxe de l'État et des gouvernements aussi portait en grande partie sur des objets procurant des jouissances auxquelles tout le peuple était à même de prendre part.

» Pétrone, Sat. y en. xlv.

3 Ad Trajanum epist., 116, etc;

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