‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 82 sur 218 · LIVRE V1I1. — LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE V1I1. — LE LUXE ROMAIN

Les édifices magnifiques élevés à Rome par les empereurs pour l'usage du public, les thermes surtout, les spectacles donnés par la munificence des empereurs et des hauts fonctionnaires, les cpngiaires et les distributions de blé (/rwmentationes), quelque condamnable que tout cela doive paraître, du point de vue de l'économie politique comme, principalement, aussi de celui de la morale, profitaient cependant à la population entière, tandis que les sommes énormes qui ont passé dans les constructions de luxe et les fêtes somptueuses des cours modernes tournaient exclusivement à l'avantage, ou n'étaient dépensées que pour l'agrément d'un petit nombre de privilégiés, seuls admis à la faveur d'en jouir. Or, le luxe public de toutes les communes de l'empire romain avait ce même caractère démocratique.

Sans doute, ce luxe, ainsi que la civilisation des premiers siècles de l'empire, a ses côtés sombres; cependant, il n'était ni aussi insensé, ni aussi profondément immoral que l'a représenté le rigorisme exclusif et prévenu de certains auteurs du temps, ni tellement fabuleux et monstrueux qu'il semblerait, d'après la compilation indigeste et sans critique de Meursius. La culture romaine, malgré tous ses défauts et toutes ses infirmités, formait une civilisation aussi haute que riche, et les innombrables germes qu'elle a répandus fructifient encore aujourd'hui. En ce qui concerne le raffinement des jouissances de la vie terrestre, ainsi que la diffusion de plus en plus générale de l'aisance et des autres conditions matérielles d'un luxe bien entendu, le temps qui nous occupe ici n'a pas seu-* lement, n'hésitons pas à le dire, surpassé toutes les autres époques de l'antiquité ; le luxe romain a, de plus, produit beaucoup d'effets qui, sous une forme en partie altérée

par la décadence, ont continué à exercer une influence salutaire, même dans le cours des siècles postérieurs, et à rendre l'existence, dans la partie du monde que nous habitons, plus conforme à la dignité humaine. Disons plus : les générations du temps de l'empire romain se sont trouvées en possession déplus d'un bien dont notre siècle fait sonner très-haut le recouvrement tardif, s'il n'est pas réduit à le poursuivre encore vainement, dans ses aspirations vers le progrès. Ainsi peuvent également s'appliquer ici ces paroles de Mommsen * que « l'époque de l'empire romain a été plus décriée qu'elle n'est connue véritablement ».

1 VHelvétie romaine, p. 24 (en ailem.).

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