LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN
ture et des arts figuratifs, que nous appellerons plus brièvement les beaux-arts, en faisant provisoirement abstraction de la musique, comprise en outre dans ce terme général, suppose non - seulement une civilisation avancée, mais aussi une aisance comme on n'en trouve dans aucune des périodes antérieures de l'antiquité.
L'empire romain procura au monde, que la guerre civile avait réduit aux abois, le bienfait d'une paix générale qui, à de légères interruptions près, dura plus de deux siècles; aux provinces épuisées jusqu'à la moelle, celui d'une administration supportable, en général du moins. Avec le rétablissement de l'ordre et de la sécurité, avec le puissant essor du commerce sur la plus grande arène de libre échange qui ait jamais existé, le bien-être et la richesse firent des progrès auparavant inouïs. Ils se manifestèrent avec le plus d'éclat dans le nombre, la beauté, la magnificence même des villes de presque toutes les provinces. Dans le panégyrique de Rome prononcé, en l'an 145 de notre ère, par le rhéteur Aristide 1 , on ne saurait, au milieu de toutes les hyperboles et de toutes les exagérations du discours, méconnaître l'effet d'une grande et triomphante impression sur l'esprit de l'auteur. « Quand vit-on jamais,» s'écrie-t-il, « un aussi grand nombre de villes sur la terre ferme et sur les bords de la mer, ou tant de villes toutes si parées ? Quel souverain du temps jadis a pu jamais se flatter, en voyageant dans son empire, d'en rencontrer chaque jour une autre, souvent même d'en traverser deux ou trois sur sa route, dans la même journée? On serait tenté de "dire que les princes
1 Orat, XIV, p. 223 à 225. Pour la date, voyez Waddington, Hém. de Vlmt., 1867, p. 255.
d'autrefois ne régnaient que sur des déserts garnis de places fortes, tandis que vous, Romains, régnez seuls sur des villes. Sous votre régime, toutes les villes grecques refleurissent, et les monuments, les œuvres d'art dont elles sont ornées, concourent tous également à votre glorification. Les côtes et l'intérieur des terres fourmillent de villes, les unes fondées sous votre règne, d'autres bâties ou agrandies par vous-mêmes. L'Ionie est au premier rang pour l'éclat et la beauté de ses cités, et autant elle excellait, auparavant déjà, sur les autres pays, par les grâces naturelles et la parure, autant elle a encore gagné depuis, par la comparaison du présent avec le passé. La grande et superbe ville d'Alexandrie est devenue, comme le collier quiétincelfe sur la gorge d'une femme opulente, un des joyaux de votre empire, entre tant d'autres de vos possessions. Toute la terre est en habits de fête ; elle a quitté son ancien costume bardé de fer, et ne rêve que magnificences, parures et plaisirs de toute espèce. Toutes les villes sont possédées de la même ambition ; chacune n'aspire qu'à paraître, sinon la plus belle, au moins la plus jolie. Tout est rempli de stades, d'aqueducs, de propylées, de temples, d'ateliers et d'écoles; tout autorise à dire que la terre, cette malade d'autrefois, est maintenant revenue à une santé florissante. Voyant comme vos dons affluent sans cesse, avec une générosité dont les grâces se répandent également partout, on ne saurait même appeler aucune de vos villes plus favorisée que les autres. Toutes sont radieuses d'élégance et de splendeur ; toute la terre est ornée comme urt vaste jardin. »
Cette admiration du rhéteur, excitée par la multitude et la beauté des villes d'un empire qui embrassait tout le monde alors connu, est justifiée non-seulement par le