LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS ï/eMPIRE ROMAIN
témoignage de nombreuses ruines de cette ancienne splendeur, mais aussi par maintes données, statistiques et autres, parvenues jusqu'à nous. Bien que le temps auquel se rapporte l'assertion d'Élien 1 , que l'Italie comprenait autrefois 1,177 villes, soit aussi incertain que le fondement sur lequel elle repose, il n'en est pas moins probable que la période d'Auguste à Commode, celle de la plus grande prospérité du pays*, fut aussi celle où il renfermait le plus de villes importantes, riches et florissantes. Parmi les dix-huit villes d'Italie, réputées les plus belles sous le rapport de leur situation, de leur aspect architectural et de leur opulence, que les triumvirs promirent, en Tan de Rome 711, aux soldats, en gage de leur paye, Appien 8 mentionne, comme les plus importantes, Capoue, Rhegium (Reggio), Bénévent, Vénusie (Venosa), Nucérie (Nocera), Ariminum (Rimini) et Hipponium ou Vibo (auj. Bivona). Au temps de Strabon*, c'était la haute Italie ou Gaule Cisalpine qui l'emportait sur toutes les autres parties de la péninsule, pour la grandeur et la richesse des villes. De celles-ci, Vérone est la seule dont les ruines* gardent encore le souvenir de cette ancienne splendeur; mais, dans l'antiquité, Milan (Mediolanum), Padoue (Patavium), Ravenne, la Venise antique, bâtie sur pilotis et seulement accessible au moyen de ponts, ainsi que pour des navires, Aquilée, la grande place de commerce du temps, Plaisance, Crémone 8 , Parme, Modène (Mutina), Bologne (Bononia), Rimini, que nous avons déjà nommé, Pavie (Ti-
* Var. Histor., IX, 16.
2 Hœck, Histoire de Rome, I, 2, 151 (en allem.).
3 Bell. Ctt?., IV, 3.
5 Dion Çassius, LXV, 15; Tacite, Hist.> III, 33, etc.
cinum) et Tortone (Dertona), avaient une importance égale, sinon supérieure. Dans la moyenne Italie, des ruines comme celles d'Ocrieulum et d'Assise témoignent aussi du lustre des villes, et, dans la basse Italie, Herculanum et Pompéji montrent que même les villes moyennes étaient suffisamment pourvues d'édifices publics pour le nombre, la bonne apparence et le luxe de la décoration, dans un cadre plus modeste.
Josèphe *, se fondant sur une estimation probablement très-arbitraire et quelque peu suspecte d'exagération, porte à environ 1,200 le nombre des villes de la Gaule; cependant Jules César passait déjà pour en avoir pris plus de 800*, et, bien qu'une grande partie de celles-ci n'eussent peut-être encore, au temps de l'empire, que l'aspect de grands villages, il n'est pas moins vrai que maintes autres, notamment dans la Gaule Narbonnaise, comme Arles, Narbonne, Orange (Arausio), étaient bien supérieures alors aux villes, portant les mêmes noms, qui occupent aujourd'hui les mêmes emplacements.
En Espagne, la Tarraconaise, comprenant le nord et la moitié orientale de la péninsule ibérique, comptait, d'après les dénombrements faits sous Auguste, sur un total de 472 localités plus ou moins populeuses, 179 communes s'administrant elles-mêmes; la Bétique, formée des provinces de Séville, de Cordoue et de Grenade, ainsi que de parcelles des provinces limitrophes, 175 villes 3 , parmi lesquelles Gadès (Cadix), où il y avait, du temps de Strabon, 500 notables possédant chacun au moins 400,000 ses-
1 Bell. Jad., II, 16.
2 Plutatque, César, ch. xv.
3 Marquait! t, Manuel, III, 1, 82 à 84.