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quette et passaient , comme privilège exclusif, au souverain qui se trouvait là. Le livre de dame Aliénor, dans une série d'articles que nous ne ferons
Fig. 3y5. — Entrée de Louis XI à Paris. Fac-similé d'une miniature des Chroniques de Monstrcla, manuscrit du quinzième siècle, à la Bibl. nat. de Paris.
qu'indiquer, s'étend longuement et minutieusement sur l'ordonnance intérieure des chambres où naissaient les princes et autres enfants nobles, cérémonial aussi étrange que compliqué, que dame Aliénor déplore pourtant de
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voir tomber en discrédit : « Par quoy, dit-elle, est à doubter (craindre) que tout ira mal; car les estats (des maisons nobles) sont trop grands, comme chacun sçait et dit. »
Il est ensuite question des deuils. Le roi ne porte jamais le deuil en noir, fût-ce de son propre père, mais en rouge, en violet. La reine porte le deuil en blanc, en cas de veuvage, et doit pendant une année ne pas sortir de ses appartements. De là le nom de château, hôtel ou tour de la Reine Blanche, que portent encore communément beaucoup d'édifices du moyen âge, dans lesquels des reines veuves ont habité pendant la première année de leur veuvage. En cas de deuil, les diverses salles du logis doivent être tendues de noir. Dans les grands deuils, comme ceux de mari ou de père, on ne porte ni gants, ni joyaux, ni soie*, la tête doit être couverte de coiffures noires, basses et à barbes traînantes, nommées chaperons, barbettes, couvre-chefs et tonrets. Les duchesses et femmes de chevaliers-bannerets, en prenant le deuil , gardent la chambre six semaines-, mais les premières, pendant tout ce temps, lorsqu'il s'agit d'un grand deuil, restent couchées, le jour, sur un lit couvert de draps blancs, tandis que les secondes, au bout de neuf jours, se lèvent, et jusqu'au terme commun, doivent se tenir assises, devant un lit, sur un drap noir. Les dames ne vont point au service funèbre de leurs maris1, mais elles doivent être présentes à ceux de leurs père et mère. Pour un frère aîné, on porte le même deuil que pour le père, mais on ne couche point.
Dans leurs relations habituelles d'intimité, les rois, princes, ducs et duchesses, mais ceux-là seulement qui sont seig neurs et dames du pa ys, doivent s'appeler Monsieur et Madame , en y joignant leurs noms de baptême ou de terre. Quand le supérieur parle à ses inférieurs ou leur écrit, il peut ajouter à leur titre de parenté celui de beau et belle , par exemple, mon bel oncle, ma belle cousine ; les gens de moindre état ne doivent pas s'appeler entre eux : Monsieur Jean, ma belle tante, mais simplement : Jean, ma taule. Le chef d'une maison s'assied sous un dais ou dosseret, qu'il ne cède qu'à son souverain, quand il a l'honneur de le recevoir. « Ce sont, dit Aliénor en terminant, les honneurs ordonnez, préservez et gardez, en Allemagne, en l'Empire, aussi au royaume de France, en Naples, en Italie, et en tous autres pays et royaumes, où l'on doit user de raison. » Remarquons que l'étiquette, après avoir pris naissance en France, se répandit de là chez
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les autres nations de la chrétienté. Une fois acclimatée sur ce dernier terrain , elle y acquit, il est vrai, une rigueur et une fixité qu'elle conserva plus cons-
Fig. 396. — « Comment le roy d'armes prc'sente l'espéc au Juc de Bourbon. « I)'après une miniature des Tournois du roi René, manuscrit du quinzième siècle, à la Bibl. nat. de Paris.
tamment qu'en France. Parmi nous, c'est seulement à partir du dix-septième siècle, et particulièrement sous Louis XIV, que l'Étiquette royale , ou
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le Cérémonial de la cour devint réellement une science et presque une sorte de culte, assujetti à un rituel minutieux et sacramentel, où la pompe et la précision conduisaient souvent à une gène insupportable et même à la plus étrange puérilité. Mais, néanmoins, à travers les perpétuelles variations des temps et des usages, ce qui distingua toujours la nation française, ce furent la noblesse et la dignité tempérées par l'esprit et la grâce.
Si maintenant nous tournons nos regards vers le tiers état, cette classe, pour rappeler une expression célèbre, que Ton a dite destinée à devenir tout, après n'avoir été longtemps comptée pour rien, nous verrons que là encore l'usage et la tradition avaient fait une large part aux cérémonies de tous genres. Non-seulement la présence du tiers état imprimait aux fêtes aristocratiques et religieuses un véritable caractère de grandeur, mais encore le tiers état avait en propre tout un monde de solennités variées, dans lesquelles l'étiquette n'était ni moins compliquée ni moins sévère qu'aux cérémonies de cour. Cette variété même de cérémonies bourgeoises et populaires est tellement étendue, qu'il faudrait une volumineuse monographie, illustrée de nombreuses gravures, pour en retracer les aspects divers et capricieux. La seule énumération des fêtes publiques, qui toutes étaient nécessairement régies par un cérémonial distinct , nous entraînerait loin si nous voulions essayer de la donner à peu près complète.
En effet, outre les nombreuses cérémonies purement religieuses, comme les processions de la Fête-Dieu, des Rogations, et les fêtes à la fois originales et burlesques, comme celles des Fous, de Y Ane, des Innocents, et d'autres semblables, qui eurent tant de vogue au moyen âge , et dont nous parlerons un jour avec plus de détails, on y verrait figurer les fêtes militaires ou gymnastiques, comme les solennités dites de Confrères de V Arquebuse, des Archers, du Papcgaut, du Roi de VEpinettek Lille (fig. 397), et du Forestier à Bruges; les fêtes, en quelque sorte, naturelles, comme celles des Béhours, des Champs-Galat d'Épinal ; des Laboureurs de Mo'ntélimar ; du Guy Fan neuf, en Anjou-, du Mai, de la Gerbe, du Printemps, des Roses, des Feux de Saint-Jean, etc. ; les fêtes historiques ou commémoratives, comme celles du Géant Reuss, à Dunkerque, de Gayant, à Douai, etc.; Guet de Saint-Maxime, à Riez en Provence; les processions de Jeanne d'Arc, h Orléans, de Jeanne Hachette, à Beauvais;
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enfin les innombrables fêtes de corps et de communautés, comme celles des Ecoliers, des Nations, des Universités; le Lendit , la Saint-Charlemagne, la Baillée des roses au Parlement-, les fêtes littéraires des .Pays et chambres de rhétorique , en Picardie et en Flandre; de Clémence Isaure, à Toulouse',
ri#. 397. — Entrée J li roi de l'Épinelte à Lille, au seizième siècle. D'après une miniature d'un manuscrit de la Bibliothèque de Rouen (fonds Leber).
du Capitule, à Rome, etc. ; [esSerments, Métiers, Devoirs des corporations ouvrières; les fêtes patronales appelées aussi Assemblées , Ducasses, Folies, Foires, Kermesses, Pardons, etc.
On comprend donc, à cette simple nomenclature, quelle énorme et inutile tâche nous nous imposerions s'il fallait seulement aborder ici un sujet si vaste et si complexe, dont le lecteur peut d'ailleurs se faire aisément une idée d'ensemble; car, à part les détails infinis, qui devaient résulter des condi-
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tions locales, dans lesquelles avaient été instituées ces diverses cérémonies qui se célébraient partout, à jours fixes, avec le même entrain et la même affluence, une sorte d'esprit général en avait naturellement réglé et dicté l'ordonnance. Toutes ces fêtes et réjouissances publiques, qui constituaient, en quelque sorte, le fonds commun du cérémonial populaire, avaient entre elles, du moins la plupart, bien des analogies.
Toutefois quelques particularités, moins connues ou plus singulières que le reste, méritent d'être signalées* c'est parla que nous terminerons cette étude , qui ne pourrait être plus complète sans dépasser ses limites.
Les solennités et cérémonies les plus usuelles, celles qui se conservent au milieu de nous avec le plus de persistance, ne sont pas celles qui se rattachent à la moins ancienne origine. Ainsi, l'usage de célébrer joyeusement le commencement de l'année, ou de consacrer au plaisir quelques jours privilégiés, est encore universellement pratiqué dans tous les pays du monde. La coutume de s'envoyer des présents, au jour de Van, se retouve dans la civilisation orientale aussi bien que dans la nôtre. Au moyen âge , les princes et notamment les rois de France, recevaient de leurs familiers, à titre d'étrennes , dss cadeaux intéressés, auxquels ils devaient répondre avec usure. En Angleterre, ces échanges de libéralités ont lieu à la fête de Noël, sous les noms de Christmas gift (cadeau de Noël)-, en Russie, c'est au jour de Pâques, et ils sont accompagnés de la formule consacrée, que les passants s'adressent l'un à l'autre dans la rue : « Christ est ressuscité! » Ces pratiques ainsi que beaucoup d'autres nous ont été léguées , nul ne l'ignore, par les premiers âges du christianisme. Il en est de même d'une foule d'usages plus ou moins locaux, qui se sont observés pendant des siècles, en diverses contrées. Autrefois, à Ochsenbach, en Wurtemberg, à l'époque du carnaval, les femmes célébraient un festin dans lequel elles étaient servies par les hommes, et à la suite de ce festin elles formaient une sorte de cour plénière où elles se jugeaient entre elles, et dont les hommes étaient également exclus. A Ramerupt, petite ville du comté de Champagne, tous les ans, au iL'r mai, les gens de la ville se rendaient, au nombre de vingt, en chassant sur la route, au hameau de Saint- Remy, qui en dépendait. C'étaient les fous de Rameru; le plus fou menait la bande, disait-on. Ceux de Saint- Remy étaient tenus de les recevoir gratuitement, eux, leurs
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Fig. 398. — Représentation d'un ballet devant Henri III et sa cour, dans La galerie du Louvre. Fac-similé d'une gravure sur cuivre du lialkt d<- la Royne, par Balthazar de Baujoyeulx. Paris, Mamcrt Pâtisson , i?82, in-40.
chevaux et leurs chiens; de leur faire dire une messe, de soullrir toutes les folies du capitaine de La bande, et de leur fournir, en outre, un bélier beau et bien cornu , que Ton ramenait en triomphe. De retour à Ramerupt, les fous
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saluaient de leurs cris, et de coups de feu ou d'artifice quand la poudre fut inventée, les portes du curé, du bailli, du procureur fiscal; puis on se rendait sur la place de la halle, et Ton dansait autour du bélier couronné de rubans. N'était-ce pas peut-être une réminiscence des fêtes de l'antiquité païenne ?
Une solennité, plus bizarre encore, et que l'on croit pouvoir faire remonter aux fêtes dionysiennes du paganisme, s'est perpétuée jusqu'à nos jours, à Béziers. Elle porte le nom de fête de Pepê^uch, ou le Triomphe de Béliers, ou encore des Cavitats, c'est-à-dire des Charités. On voit à Béziers, au bas de la rue Française, une statue mutilée qui, malgré les outrages de toutes espèces dont elle porte les traces, dénote visiblement un travail antique et même des beaux temps. C'est le Pepé^nch , dans lequel on veut reconnaître, par une tradition de seconde origine, un citoyen de Béziers, qui aurait victorieusement défendu la ville contre les Goths, d'autres disent contre les Anglais, ce qui ne donnerait pas une date d'origine postérieure au treizième siècle. Le jour de l'Ascension, fête du Pepézuch, un immense cortège parcourait la cité. On y distinguait trois machines remarquables : la première était un chameau colossal fait de bois et mu par des procédés artificiels, de telle sorte qu'il marchait et remuait ses membres et ses mâchoires; la seconde était une galère roulante, montée par un nombreux équipage; la troisième consistait en un char, sur lequel était installé un théâtre ambulant. Les consuls et autres autorités de la ville, les corporations de métiers, ayant à leur tête les bergers à pied, les maréchaux-ferrants à cheval, tous portant leurs insignes et étendards respectifs, formaient cortège. Une double troupe, composée d'une faction de jeunes garçons, et d'une/action de jeunes filles, tenant des cerceaux blancs décorés de rubans et de bandelettes multicolores, était précédée d'une jeune fille couronnée de fleurs, à demi voilée, qui portait une corbeille. Ce brillant cortège se déroulait au son de la musique, et de distance en distance les couples de jeunes gens des deux sexes s'arrêtaient pour exécuter, à l'aide de leurs cerceaux, diverses figures chorégraphiques, appelées la Danse des Treilles. Les machines stationnaient successivement en divers endroits. Le chameau entrait notamment dans l'église de Saint- Aphrodise , premier apôtre, venu, disait-on, sur un chameau pour évangéliser la contrée et y recevoir la palme
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du martyre. Arrive devant Pepéçuch, la jeunesse ornait sa statue. Sur la place de la ville, le théâtre mobile cessait de rouler, comme l'ancien char de Thespis, et les acteurs débitaient au peuple quelques sotties satiriques, renouvelées d'Aristophane. De la galère, des jeunes gens lançaient des dragées, des sucreries, et en recevaient à leur tour, de la part des spectateurs. Enfin, des hommes couronnés de feuillage vert portaient sur la tète des pains qui devaient être, ainsi que d'autres provisions, chargés sur la galère et distribués entre les pauvres de la ville.
En Allemagne et en France, il était d'usage, aux entrées solennelles, lorsqu'on recevait des rois, des princes ou des personnages de distinction, de leur offrir les vins de la ville. A Langres, par exemple, ces vins étaient renfermés dans quatre vases d'étain appelés cimaises, qui se voient encore à la maison commune; on les nommait : vins de lion, de singe, de mou/ou et de cochon, dénominations symboliques , qui exprimaient les différents degrés ou caractères de l'ivresse, qu'ils pouvaient produire : le lion, courage; le singe, malice; le mouton, débonnaireté ; le cochon, bestialité.
Empruntons enfin, pour terminer, à l'excellent ouvrage de M. Alfred Michiels sur la peinture flamande et hollandaise, la description abrégée d'une procession de corps et métiers, qui eut lieu à Anvers en i52o, le dimanche après l'Ascension : « Tous les corps de métiers s'y trouvaient, chaque membre revêtu de ses plus riches habits; en tète de chaque guilde flottait une bannière, et dans l'intervalle qui les séparait l'une de l'autre brûlait un cierge énorme. De longues trompettes d'argent, des flûtes, des tambours réglaient la marche. Les orfèvres, les peintres, les maçons, les brodeurs en soie, les sculpteurs, les menuisiers, les charpentiers, les bateliers, les pécheurs, les bouchers, les corroyeurs, les drapiers, les boulangers, les tailleurs et les hommes des autres états se déployaient sur deux rangs. Puis venaient les tireurs d'arbalète, d'arquebuse et d'arc, les uns à pied, les autres à cheval. Après eux s'avançaient les ordres monastiques ; ils étaient suivis d'une foule de bourgeois en costume splendide. Une nombreuse troupe de veuves fixait particulièrement l'attention; elles étaient habillées de blanc depuis les pieds jusqu'à la tête, et formaient une sorte de confrérie, se nourrissant du travail de leurs mains et observant une certaine règle. Les chanoines et les prêtres étincelaient d'or et de soie. Vingt per-
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sonnes portaient une statue de la Vierge, tenant son fils, pompeusement ornée. Des chariots et des navires roulants terminaient le cortège. On y voyait toute espèce de groupes qui représentaient des scènes de la Bible et de TEvangile, comme la Salutation angélique, la Venue des Mages, assis sur des chameaux, la Fuite en Egypte et autres épisodes. La dernière machine simulait un dragon que sainte Marguerite conduisait avec une bride somptueuse, ayant derrière elle saint Georges et quelques brillants chevaliers. »
lnlluence du costume antique. — Costume au cinquième siècle. — Chevelure. — Costumes au temps de Charlemagne. — Naissance des costumes nationaux modernes. — Coiffures et barbes. — Siècle de saint Louis. — Progrès du costume : braies, chausses, souliers, cotte, surcot, chaperon. — Variations dans la mode des souliers et des chaperons. — La livrée. — Manteaux et chapes. — Ldits contre les modes extravagantes. — Costume féminin : robes, bonnets, coiffes, etc. — Disparition du costume ancien. — Robe à taille. — Idée générale du costume sous François I". — Unification du costume.
i sqi 'a l'apparition des hordes barbares du Nord, ou plutôt jusqu'à l'envahissement de l'empire romain par ces peuples nomades, le vêtement long fut seul en usage dans le monde antique. Partout où ce vêtement était porté, le costume des femmes différait peu de celui des hommes. Pendant des siècles chez les Grecs la manière de s'habiller n'avait guère varié; mais les Romains, devenus
les maîtres de l'univers, changèrent ou plutôt modifièrent dans quelques parties leur habillement, en s'appropriant ce qui leur semblait préférable dans le costume comme dans les armes des vaincus. Néanmoins le fond de l'habillement était à peu près demeuré le même fig. 400 et 401 ).
Le costume romain se composait presque exclusivement de deux parties ou de deux pièces, le vêtement de dessous ou la tunique, et le vêtement de dessus ou le manteau, désigné sous les différents noms de chlamyde, de toge et de pal Hum, qui affectaient des distinctions de formes peu marquées,
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malgré ces appellations particulières : par exemple, la tunique simple à manches, qui se rapprochait par son usage de la chemise, et par sa forme de la blouse actuelle, était à peu près la même sous des noms divers chiridota, tunique à manches longues et larges, d'origine asiatique-, manuleata, tunique à manches longues et étroites, descendant aux poignets- talaris, tunique tombant jusqu'aux talons* palmata, tunique d'apparat, brodée de palmes -, et il en était ainsi des autres pièces de l'habillement. Quant aux lacerna, lœna, cucullus, chlamys, sagum, paludamentum, c'étaient des vêtements de dessus, plus ou moins grossiers, plus ou moins amples, plus ou moins courts, mais entièrement analogues à nos manteaux, cabans, etc., avec ou sans cagoule ou capuchon. La coquetterie des femmes avait bien inventé un certain nombre de variations de la tunique et du manteau, ainsi que d'élégants accessoires de leur toilette; mais rien ne différenciait essentiellement le costume national, pas plus que les multiples dénominations de la chaussure n'en changeaient l'économie primordiale. Les invasions barbares amenèrent une révolution dans le costume, comme dans l'état social des peuples, et c'est d'elles que date, à proprement parler, l'histoire de l'habillement moderne; carie costume romain, mêlé au costume des Francs, des Huns, des Hérules, des Vandales, des Goths, etc., alla toujours se modifiant petit à petit jusqu'au neuvième siècle, puis de plus en plus, pour disparaître enfin tout à fait, vers le quatorzième siècle.
Il était naturel que des hommes vivant dans un pays plus que tempéré, ne marchant armés que pour le service de l'État, se contentassent de vêtements qui pouvaient les couvrir, sans envelopper trop étroitement le corps. Les nations du Nord, au contraire, avaient dû songer de bonne heure à se garantir des rigueurs du climat qu'elles habitaient. Ainsi les vêtements connus chez eux sous le nom de braies, sous le nom de sarabara chez les Parthes , ont certainement donné naissance à ceux qui chez nous se sont nommés successivement chausses, haitt-de-cliausses , trousses , gregues, culottes, pantalons, etc. Ces peuples errants avaient encore d'autres raisons pour préférer au vêtement ample et long le vêtement court ou juste : leur turbulence native, qui les obligeait à ne jamais se séparer de leurs armes, leur habitation dans des forêts et des halliers, la passion de la chasse, et l'habitude de se barder de fer.
Les anciens Grecs et Romains avaient toujours la tète nue quand ils restaient dans leurs villes; mais à la campagne, pour se préserver des rayons du soleil, ils se coiffaient de chapeaux de feutre, de paille ou de roseau tressé, qui ressemblaient beaucoup cà nos chapeaux ronds. Les Barbares marchaient aussi tête nue, ou se coiffaient, sans aucune régularité, de bonnets plus ou moins volumineux, dont la forme nous est peu connue et qui- se composaient ordinairement de peaux de bêtes.
Les chaussures et les coiffures à formes déterminées appartiennent à une époque plus avancée. Ce n'est aussi que dans des temps plus modernes
Fig. 400 et 401. — Costumes gallo-romains, d'après des bas-reliefs découverts à Paris, en 1711, sous le chœur de Notre-Dame.
que Ton peut constater les variations du costume des femmes, qui, à toutes les époques et dans tous les pays, ont porté les vêtements que nous connaissons sous le nom général de robes : seulement, l'usage de la ceinture était restreint et subordonné aux circonstances-, dans tous les cas, les femmes s'en servaient de la même manière que les hommes du ceinturon, car autrefois la ceinture n'était jamais adhérente à la robe. La grande différence dans le costume moderne des femmes consiste donc en ceci, que la ceinture, devenue aujourd'hui partie intégrante de la robe, accuse la taille longue ou courte , selon que l'exige la mode. De même , la révolution complète du costume masculin s'est opérée à partir de l'invention des manches flottantes ou étroites, longues ou courtes.
Nous prendrons pour point de départ de notre aperçu historique le cinquième siècle, époque à laquelle peut se rapporter le mélange du costume
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romain avec le costume barbare (fig. 400 et 401;, du vêtement long et sans formes avec l'habillement court accompagné de braies que portaient les Germains. Ainsi, sur la statue couchée qui ornait le tombeau de Glovis, dans l'église de l'abbaye de Sainte-Geneviève, ce roi franc, que la civilisation gallo-romaine avait inévitablement métamorphosé, est représenté vêtu de la tunique, et de la toge ou de la chlamyde, mais avec adjonction de ce haut-de-chausscs collant, que nous désignons sous le nom de pantalon. Il a, en outre, la tunique serrée par une ceinture, ce qui n'était pas une innovation de son temps, car les femmes portaient alors une longue robe ceinte par le milieu. Sa chaussure n'offre rien encore de bien particulier, puisque le soulier, ou sandale fermée, se retrouve, de toute antiquité, chez, la plupart des nations (fig. 402 et 4o3\
Le manteau peut revendiquer une origine aussi lointaine. La première remarque essentielle à faire doit porter sur les ornements dont les Francs enrichissaient leurs ceintures et les bords ou orles de leurs tuniques et manteaux. Gette mode leur venait de la cour impériale qui , transportée de Rome à Constantinople , dans le troisième siècle , n'avait pas tardé à s'assimiler le luxe de pierreries et de riches bigarrures familier de tout temps aux peuples d'Orient.
Il est bon toutefois de déclarer, comme le fait très-judicieusement le savant historien du Gostume en France, Horace de Yielcastel, qu'il est sinon impossible, au moins fort difficile, de préciser le véritable costume des premiers âges mérovingiens. Les écrivains qui en ont parlé pour la première fois se sont exprimés vaguement à ce sujet, ou bien n'étaient point contemporains, et les monuments figurés qui sont censés les représenter datent presque tous d'une époque plus ou moins postérieure, où les artistes, statuaires et imagiers, étaient peu curieux de la fidélité du costume et semblaient même ne pas supposer qu'il y eût pour les temps antérieurs au leur rien qui différât de ce qu'ils pouvaient voir de leurs yeux. Pour s'approcher le plus possible, quoique hypothétiquement, de la vérité, il faut, d'une part, se rappeler ce que Tacite dit des Germains, qu'ils « étaient presque nus, sauf les braies, et avaient des vêtements courts et serrés, avec un petit manteau carré sur l'épaule droite » ; puis, d'autre part, se reporter à l'ancien costume romain, en imaginant la fusion des deux systèmes. Voici,
Fig. 402. — Costume du roi Clovis ( sixième siècle), d'après la statue couchée sur sa tombe, autrefois à l'église de l'abbaye Sainte-Geneviève.
Fig. 4o3. — Costume du roi Childebert (septième siècle), d'après sa statue jadis placée dans le réfectoire de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.
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d'ailleurs, l'étrange peinture que Sidoine Apollinaire fait des Francs : « Ils relevaient et rattachaient sur le sommet du front leurs cheveux, d'un blond roux, qui formaient une espèce d'aigrette et retombaient par derrière en queue de cheval. Leur visage était entièrement rasé, à l'exception de deux longues moustaches tombant de chaque côté de la bouche. Ils portaient des habits de toile, serrés au corps et sur les membres, avec un large ceinturon, auquel pendait l'épée. » Mais c'est là un tableau esquissé à l'époque où le
Fig. 404 et 405. — Saints en costume du sixième au huitième siècle , d'après les miniatures de dn ers anciens manuscrits, à la Bibl. roy. de Bruxelles. Dessins du comte H. de Yielcastel.
peuple franc n'était encore connu dans les Gaules que par ces hordes aventureuses dont les incursions répandaient de temps à autre la terreur et la ruine dans les pays qu'elles visitaient. Du jour où ils eurent pris régulièrement possession du territoire enlevé à la domination romaine, les rudes fils de la vieille Germanie se montrèrent aussitôt accessibles aux mœurs plus douces de la nation vaincue. « A l'exemple de leur chef, dit le maître par excellence de l'érudition archéologique, M. Jules Quicherat, les Francs dépouillèrent plus d'une fois la saie guerrière et le ceinturon de cuir, pour revêtir la toge des dignités romaines. Plus d'une fois, leur blonde chevelure se para du manteau impérial; l'or des chevaliers, la pourpre des séna-
teurs et des patrices, les couronnes triomphales, les faisceaux, tout ce que l'empire romain créa pour sa gloire, concourut à celle de nos ancêtres. »
Kig. 406 et 407. — Costumes des prélats et des seigneurs du huitième au dixième siècle, d'après les miniatures du Missel de saint Grégoire, à la Bibl. nat. de Paris.
Une grande et caractéristique différence doit être signalée cependant ; nous voulons parler de l'usage de porter la chevelure longue, usage qui ne fut jamais adopté par les Romains, et qui chez, les Francs resta pendant toute la première race un des signes distinctifs des rois et des grands. « On
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ne coupe point les cheveux aux fils des rois francs, dit l'historien grec Agathias. Dès leur première enfance, leur chevelure tombe d'une manière gracieuse sur leurs épaules-, elle se partage sur le front et se range également à droite et à gauche ; elle est pour eux l'objet d'un soin tout particulier. » On sait, en effet, qu'ils la tressaient avec des bandelettes d'étoffe, qu'ils l'ornaient de perles et de métaux précieux, et qu'ils la poudraient de paillettes d'or.
Pendant que les hommes de haut rang étaient ainsi distingués par leur chevelure longue et flottante, les gens du peuple portaient les cheveux plus ou moins ras, selon leur degré d'affranchissement; les serfs avaient la tête rasée entièrement. Au reste , la coutume de jurer sur sa chevelure s'était établie dans les classes nobles ou libres, et quand on saluait quelqu'un, l'exquise politesse exigeait qu'on s'arrachât un cheveu et qu'on le présentât à la personne avec qui on échangeait un salut. Le chroniqueur Frédégaire raconte que Glovis enleva ainsi un cheveu de sa tête, pour honorer saint Germer, évêquede Toulouse, et le lui offrit en le saluant; aussitôt, les courtisans s'étant empressés d'imiter le monarque, le vénérable prélat, la main pleine de cheveux, s'en retourna, ravi de la flatteuse réception qui lui avait été faite à la cour du roi franc. A l'époque mérovingienne, la plus grande injure qu'on pût faire à un homme libre était de porter le rasoir ou les ciseaux dans sa chevelure ; on sait que la dégradation des rois et des princes s'effectuait, d'une manière solennelle, en leur rasant la tête et en les faisant entrer dans un couvent; mais ceux-ci reprenaient tous leurs droits et leur puissance quand leurs cheveux avaient repoussé. Il faut croire que l'estime particulière qui s'attachait à la conservation de la chevelure entière persista même sous les rois de la seconde race, car Charlemagne, dans ses Capitulaires, ordonnait encore la perte des cheveux comme une peine infamante, en expiation de certains crimes.
Les Francs, en restant fidèles à leur ancienne coutume de porter les cheveux longs, avaient peu à peu renoncé à se raser le visage; d'abord ils ne conservaient qu'un petit bouquet de poils au menton, puis ils avaient laissé le bouquet s'étendre et grandir, si bien qu'aux sixième et septième siècles la plupart des hommes de condition libre avaient toute leur barbe. Dans le clergé, l'usage avait prévalu de se raser la tète, en ménageant
seulement une couronne de cheveux autour du crâne, comme cela se pratique toujours dans quelques ordres monastiques : ajoutons, toutefois,
Fig. 40S. — Costume d'un clerc ou lettré, à l'époque carlovingienne (saint Mathieu écrivant son évangile sous l'inspiration du Christ). D'après une miniature d'un manuscrit du neuvième siècle, à la bibliothèque de Bourgogne, à Bruxelles. Dessin du comte Horace de Vielcastel.
qu'après avoir porté longtemps la barbe longue, les prêtres y avaient renonce absolument, lorsque La mode s'établit parmi les laïques de la garder en-
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tière et d'en faire un véritable objet de parure (fig. 406 et 407). Les peintres et sculpteurs tombent donc dans une singulière erreur lorsqu'ils représentent les prélats et moines de ce temps-là avec de grandes barbes.
Autant que les rares monuments de ces époques lointaines et obscures permettent d'en juger, le costume qui avait été celui de Clovis n'éprouva que des légères modifications jusqu'à la fin de la première race; mais, sous les règnes de Pépin et de Gharlemagne , de notables changements se produisirent, qui résultaient des relations belliqueuses ou amicales de la nation franque avec les peuples méridionaux. C'est alors que l'usage des étoffes de soie commence à s'introduire dans le royaume, et que les grands, pour se distinguer du populaire, font border leurs vêtements de fourrures précieuses. Voye-{ plus haut, le chapitre Commerce.)
Nous avons dit ailleurs [yoye\ le chap. l'ie privée) que Charlemagne, toujours simple en ses goûts, désapprouvait, même assez vigoureusement, ces manifestations nouvelles d'un luxe qu'il jugeait aussi vain que malséant. « A quoi servent ces petits manteaux ? disait-il : au lit, ils ne sauraient nous couvrir; à cheval, ils ne nous défendent ni de lapluie ni du vent; lorsque nous sommes assis, ils ne garantissent nos jambes ni du froid ni de l'humidité. » Quant à lui, il ne portait ordinairement qu'une sorte de tunique large, faite de peaux de loutre; or, un jour que ses courtisans l'avaient suivi à la chasse, couverts de superbes habits à la mode méridionale, lesquels se trouvèrent piteusement salis et endommagés par la pluie, les broussailles, le sang des animaux : « Oh ! les plus fous des hommes! leur dit-il le lendemain, en leur montrant son vêtement, qu'un domestique venait de lui rendre en excellent état, après l'avoir simplement séché devant le feu et frotté dans ses mains. Quel est maintenant le plus précieux et le plus utile des habits que nous portons, vous et moi? Est-ce le mien, que je n'ai payé qu'un sou (environ 22 francs de notre monnaie), ou les vôtres, qui vous ont coûté beaucoup d'argent? » Aussi, quand le grand roi Charles entrait en campagne contre ses ennemis, les officiers de sa maison, les plus riches et les plus puissants, n'osaient se montrer à sa suite qu'avec des vêtements de cuir, de laine ou de toile; car, s'ils se fussent présentés couverts de soie ou de dorures pour aller en guerre, il n'eût pas manqué de les renvoyer durement, en les traitant de lâches ou d'efféminés.
Cependant le même monarque , qui proscrivait sévèrement le luxe dans les circonstances usuelles de la vie, en faisait au contraire le plus magnifique étalage quand il s'agissait de quelque cérémonie politique ou religieuse , où la dignité impériale dont il était investi demandait à imposer par la pompe du cérémonial et la richesse du costume.
Fig. jo<> — Costume d un clerc ou lettre'. Fig. 4 10. — Costume d'un évëque ou d'un abbe. Fac-similc des miniatures d'un ms. du neuvième siècle {liiblia sacra), à la Bibl. roy. de Bru.\ellcs.
Sous les autres rois carlovingiens, au milieu des agitations politiques, des guerres intestines et des bouleversements sociaux, on n'eut guère l'idée et le loisir d'inventer de nouvelles modes. Les monuments de la fin du neuvième siècle nous attestent en effet que le costume national n'avait subi presque aucune variation depuis le règne de Charlemagne, et que l'influence de la