‹ Mœurs, usages et costumes au moyen âgeChapitre 27 sur 36 · DUO · texte numérisé non relu

DUO

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tradition romaine se faisait toujours sentir dans l'habillement des classes nobles, surtout aux circonstances d'apparat (fig. 408 à 411).

Dans une miniature de la grande Bible manuscrite donnée à Charles le Chauve par les chanoines de Saint-Martin de Tours, en 86q (Bibliothèque nationale), nous voyons le roi, assis sur son trône, entouré des grands de sa cour et de soldats , tous vêtus à la manière des Romains. Le monarque porte un manteau qui paraît être de drap d'or, retenu sur l'épaule droite par une lanière ou par un ruban glissant dans une agrafe : ce manteau est brodé de rouge sur fond or \ la tunique est brun rouge ; les souliers sont d'un rouge clair avec des fils d'or. Dans le même manuscrit, une autre peinture, qui représente quatre femmes prêtant l'oreille aux discours d'un prophète, nous apprend que le costume féminin de cette époque se composait de deux tuniques , dont l'une, celle de dessous, à la fois moins ample et plus longue que celle de dessus, a des manches descendant jusqu'au poignet , qu'elles serrent, et où elles forment des plis nombreux. Les manches delà tunique supérieure sont évasées et ne vont pas au delà du coude. Le bas, le col et le contour des manches sont garnis de bandes ornementées. La taille est marquée par une ceinture , à la hauteur des hanches. Un long voile , finement ouvragé , est attaché sur la tête, couvrant les épaules et descendant jusqu'aux pieds-, il cache complètement la chevelure, car la mode n'autorisait pas encore à former de longues nattes retombant par devant. Les chlamydes inférieures de ces quatre femmes, qui ont toutes des souliers noirs, sans doute en peau de maroquin, offrent des couleurs très-variées, tandis que les robes ou tuniques de dessus sont généralement blanches.

Bien que sous la dynastie carlovingienne on considérât toujours comme une honte et un déshonneur le seul fait d'avoir les cheveux rasés, on ne doit pas en conclure que les gens de la classe supérieure continuassent à porter la longue chevelure mérovingienne. Aussitôt après le règne de Charlemagne, la mode voulut que les cheveux , rasés sur le front , qui se trouvait de la sorte élargi, ne tombassent plus que jusqu'au milieu du cou-, et sous Charles le Chauve, dont le surnom n'annonce pas d'ailleurs un partisan des longues chevelures, la tradition à cet égard était si bien négligée ou abandonnée, que les hommes se faisaient raser une partie de la tête, et ne conservaient qu'une espèce de calotte de cheveux , occupant le haut du crâne. C'est

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à ce même temps que remonte le premier usage deVaumusse : cette sorte de coiffure usuelle, taillée dans des fourrures d'animaux ou dans des étoffes de laine, continua à être portée presque jusqu'à nos jours; après avoir été dans l'origine un simple bonnet étroit et fort exigu , elle recouvrit les oreilles, puis descendit sur le cou, et finit par tomber sur les épaules.

Le dixième siècle n'apporta que d'insensibles changements dans le costume des deux sexes. « Rien de plus simple que la coiffure des femmes , dit le savant M. Jules Quicherat, rien de moins étudié que leur frisure, rien déplus uni et en même temps de plus fin que leur linge. La coupe élégante de leurs vêtements rappelle encore la parure des Grecques et des Romaines. Leurs robes étaient parfois serrées, au point de laisser voir toute l'élégance de leur taille; d'autres étaient si haut montées, qu'elles leur couvraient entièrement le cou : on nommait ces robes- là cottes-hardies. La cotte-hardie, qui a été longtemps le vêtement des femmes françaises, et qui fut toujours commune aux hommes comme aux femmes, était une tunique longue, descendant jusqu'aux talons, serrée d'une ceinture et fermée aux poignets. Les reines, les princesses et les dames nobles y ajoutaient un long manteau, doublé d'hermine, ou une tunique avec ou sans manches. Souvent aussi, leur costume se composait de deux tuniques et d'un voile ou draperie , qui retombait jusque par-dessus la tête, entourant le cou et venant retomber par devant sur la poitrine. »

On ne peut réellement signaler aucune modification sensible dans la manière de se vêtir avant la fin du onzième siècle. Les costumes nationaux , formés de draps épais et de grossières étoffes de laine, avaient alors une extrême solidité, ne s'usaient qu'à la longue, ne s'altéraient que lentement-, et, comme cela se voit encore dans quelques provinces fidèles à leurs vieilles traditions, les habits, surtout ceux de gala et de cérémonie, passaient, de père en fils, par héritage, à la troisième ou quatrième génération. Les Normands, arrivés de la Scandinavie avec leur costume court et leurs cottes de mailles en fer, vers la fin du dixième siècle (970), adoptèrent d'abord l'habillement des Français, et en suivirent toutes les variations; puis, dans le siècle suivant, ayant retrouvé en Angleterre Saxons et Bretons revêtus du costume de leurs ancêtres, modifié par le costume romain, ils commencèrent à opérer de grands changements dans leur manière de

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se vêtir, parallèlement à ceux qui s'opéraient en France, à la même époque, en s'éloignant de plus en plus de la tradition romaine.

Avant d'aller plus loin, dans cette espèce de galerie historique du costume moderne, nous devons prévenir une objection, qui ne manquera pas de se présenter à l'esprit du lecteur : c'est que nous semblons nous occuper exclusivement du costume des rois, reines et autres grands personnages. Mais nous répondrons que si nous avons pour ces époques reculées des notions tant soit peu précises relativement à l'habillement des classes supérieures, les costumes populaires nous échappent presque entièrement, et les documents écrits, de même que les documents figurés, sont à peu près nuls à cet égard. Néanmoins il est permis de supposer que l'habillement des hommes, dans les rangs infimes de la société, a constamment été court et serré, consistant en braies ou chausses collantes, de peau tannée la plupart; en tuniques étroites, en savons ou pourpoints, en capes ou manteaux, d'étoffes de laine brunes et grossières. La tunique était retenue par une ceinture où se suspendaient le couteau, l'escarcelle (depuis nommée aumôinière chez les gens riches) , et quelquefois les instruments de travail. La coiffure du peuple fut presque partout un simple bonnet, en grosse laine tissée ou feutrée ordinairement, souvent en peau de mouton. Au douzième siècle, c'est la coiffure qui sert particulièrement à distinguer les conditions des personnes. Le chaperon était en velours pour les gens de qualité, en drap commun pour les pauvres gens. La cornette, qui toujours accompagnait le chaperon, était une sorte de béguin en toile, avec lequel on pouvait serrer le chaperon sur la tète ou seulement l'assujettir. Le mortier ou bonnet rond, qui remontait aux premiers siècles, changea de forme et de caractère, en se prêtant à tous les caprices de la mode; mais les seigneurs justiciers le conservèrent presque dans son intégrité originelle, et il devint dans le monde des tribunaux comme un insigne professionnel pour le juge et l'avocat.

Dans les miniatures du temps, nous voyons sur la tête de Charles le Bon , comte de Flandre (mort en 1 127), un bonnet ayant une pointe; à cette pointe fait suite une longue queue venant se nouer autour du bonnet, qui a un retroussis par devant. Un bonnet à peu près semblable, mais sans queue et avec la pointe tournée vers la gauche, se trouve représenté dans une figure de Geoffroy le Bel, comte du Maine en 1 1 5o. Vers le même temps, Agnès

de Baudement est coiffée d'une sorte de bonnet en linge ou étoffe, avec des ailes qui pendent sur les épaules; elle est revêtue d'une robe ceinte par le milieu du corps et ayant aux manches, vers les poignets, de longues bandes flottantes. La reine Ingeburge, deuxième femme de Philippe-Auguste , porte aussi la robe ceinte, arrêtée au col par une boucle ronde et deux bandes

Fig. 414. — Costume de princesse enveloppée d'un manteau doublé de four- Fig. 41 5. — Costume de Guillaume Malgcneste, rures. D'après une miniature du trei- veneur du roi, ainsi représenté sur sa tombe, zième siècle. jadis à l'abbaye de Long-Pont.

d'étoffe formant collier; le manteau long, la chaussure fermée et déjà pointue. Robert, comte de Dreux , qui vivait à la même époque , est vêtu en tièrement de même que la reine, en dépit de la différence de sexe et d'état; seulement, sa robe ne vient qu'à la cheville du pied, et sa ceinture n'a point de pendants par devant. La reine a les cheveux longs et tombants ; le comte . les cheveux courts.

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Les femmes ajoutaient souvent à leur parure de tête une espèce de ligature ou mentonnière, qui encadrait le visage : hommes et femmes avaient sur la chaussure des bandes de couleur, dessinant les contours du pied et se nouant autour des chevilles, en manière d'attaches de sandale.

La barbe , que Ton portait tout entière au commencement du douzième siècle , alla peu à peu se modifiant de forme et de longueur. D'abord taillée et pointue, et garnissant seulement le bout du menton , elle se marie ensuite avec les moustaches. Généralement sous Louis le Jeune (fig. 412), les moustaches sont supprimées. Enfin, on ne vit bientôt plus de barbe qu'aux gens de la campagne, et à ceux qui, selon la remarque des historiens contemporains, voulaient garder « un souvenir de leur participation à la croisade ». A la fin du siècle, il n'y avait plus que des mentons rasés.

Les croisades avaient aussi rendu général l'usage de l'escarcelle ou aumônière, qu'on tenait suspendue à la ceinture par une ganse de fil ou de soie, sinon par une chaînette de métal , et qui au moment de la guerre sainte était devenue comme un emblème distinctif des pèlerins, lesquels, avant de partir pour la Palestine, recevaient des mains du prêtre la croix, le bourdon et l'escarcelle.

Nous voici arrivés au règne de Louis IX (fig. 414 à 418), de ce sage roi qui, selon le témoignage de son historien, s'habillait en temps ordinaire avec la plus grande simplicité, mais qui ne laissait pas, malgré sa modestie et son économie coutumières, de se soumettre, dans les grandes occasions, au faste obligé du rang royal qu'il occupait : « Aucunes fois, dit le sire de Joinville, il venoit au jardin, une cotte de chamelot vestue, un surcot de tiretaine sans manches, un mantel de sandal (drap de soie) noir autour du col, moult bien (peigné), et sans coiffe, et un chapel de paon blanc sur sa tête. Aucunes fois, il estoit vestu d'une cotte de sandal inde (bleue), d'un surcot et d'un mantel de samit (satin) vermeil, et d'un bonnet de coton sur sa tête. »

Le surcot ou surcotte, qui fut d'abord un vêtement féminin, mais dont l'usage ne tarda pas à se généraliser, était, à l'origine, une espèce de large fourreau à manches, qu'on enfilait par-dessus la robe proprement dite, et qui n'était jamais de la même longueur que cette cotte ; de là le nom donné à ce vêtement. Bientôt les manches en furent retranchées, sans doute,

comme le fait remarquer M. Quicherat, pour laisser apparaître, par quelque endroit, la robe de dessous faite ordinairement d'étoffe plus précieuse;; puis, dans le même but, aussi bien que pour dégager les mouvements des membres, on releva le surcot sur les hanches, et on le découpa largement aux entournures des bras.

Au sacre de Louis IX, en 1226, les seigneurs portent le mortier (bonnet)

Fig. 416. — Costumes du treizième siècle : Tristan et la belle Yseult, d'après une miniature du roman de Tristan, manuscrit du quatorzième siècle, à la Bibl. nat. de Paris.

bordé de fourrures; les évèques, la chape, la crosse et la mitre ouverte à deux pointes. Louis IX, représenté tel qu'il était à l'âge de treize ans, dans un portrait fait en 1 262 (Sainte-Chapelle de Paris), a les cheveux courts, un bonnet de velours rouge, une tunique, et, par-dessus cette tunique, un manteau ouvert sur la poitrine, avec de très-longues manches, fendues, dans une partie de leur longueur, pour le passage des bras; ce manteau ou surcot est garni de petit-gris par devant et présente des espèces de revers, que nous nommerions aujourd'hui un châle de fourrure.

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Le jeune roi a des chausses et des souliers emboîtant le pied en forme précise de pantoufles hautes. Dans la même peinture, "la reine Marguerite, sa femme, porte une robe à corsage serré, évasé sur les hanches, avec manches longues et étroites; un manteau fleurdelisé, à longues manches fendues, bordées d'hermine; un chaperon beaucoup plus large que sa tète, et par-dessus cette coiffure une bande, ou voile plié, qui vient passer sous le menton, sans adhérer au visage-, les souliers sont très-allongés et paraissent emprisonner étroitement le pied.

A dater de ce règne, d'ailleurs, les robes à corsage sont généralement adoptées ; les femmes portent par-dessus une soubreveste serrée , descendant un peu au-dessous des hanches, très-souvent garnie de fourrure quand le reste de la robe est armorié, et quelquefois armoriée quand le reste de la robe est uni. Elles commencent aussi à natter leurs cheveux, qui descendent sur les côtés de la figure jusqu'au col, chargés de perles ou d'ornements en métaux précieux. Jeanne, reine de Navarre, femme de Philippe le Bel, est représentée avec un bonnet en pointe rabattue; sur les retroussis de ce bonnet, les cheveux flottent, en boucles épaisses, des deux côtés de la figure ; sur la poitrine, une guimpe abattue en deux pointes; la robe, attachée sur le devant par un rang de boutons, a des manches longues, étroites, avec une petite fente au poignet , fermée par un bouton ; enfin la reine porte , pardessus, une sorte de seconde robe en forme de manteau, dont les manches sont très-largement fendues au milieu.

A la fin du treizième siècle, le luxe a pris d'immenses proportions à la cour de France : l'or et l'argent, les perles et pierres précieuses , sont prodigués sur les habits. Au mariage de Philippe III , fils de saint Louis, les hommes étaient vêtus d'écarlate; les dames, de draps d'or, brodés, chamarrés. On portait des ceintures d'or massif, des chopels tout étincelants du même métal. Et nous savons d'ailleurs que la pompe, comme on disait alors [voyé\ le chapitre Vie privée), avait envahi les classes bourgeoises, puisque Philippe le Bel, par son ordonnance de 1294, s'efforça de mettre ordre à ces excès, qui, aux yeux des grands et des nobles, avaient surtout le fâcheux inconvénient d'effacer ou de dissimuler du moins toutes les distinctions de naissance , de rang et de conditions. La richesse s'elforçait alors d'être la seule règle du costume.

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Fig. 417. — Costumes des gens du peuple au quatorzième siècle : jardinier et bûcheron italiens. D'après deux estampes du recueil de Ronnart.

En abordant le quatorzième siècle, époque où le moyen âge, après bien des fluctuations de la mode, après bien des luttes contre les antiques traditions du costume romain et germanique, semble avoir enfin trouvé, pour le

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costume des nations modernes, un caractère propre et normal, nous croyons devoir, en nous plaçant à un point de vue général, procéder à une sorte de récapitulation destinée à fixer mieux que nous n'avons pu le faire jusqu'ici la nature et le rôle de chacun des éléments qui concourent à l'ensemble de ce nouveau costume; et pour donner plus d'autorité, plus de précision, à ce résumé à la fois technique et pittoresque, nous emprunterons presque textuellement quelques pages à la savante et judicieuse étude qu'a publiée sur ce sujet M. Jules Quicherat, sans la signer de son nom.

« Vers 1 280 , dit le célèbre archéologue, l'habillement d'un homme (non pas d'un homme dans le sens qu'avait alors ce mot, qui était l'équivalent de serf : il ne peut être question ici que de ceux à qui l'opinion du temps accordait l'exercice de la prérogative humaine, c'est à savoir des clercs, des bourgeois et des nobles), l'habillement d'un homme donc se composait de six pièces indispensables : les braies, les chausses, les souliers, la cotte, le surcot ou cotte-hardie , et enfin le chaperon. A cela les élégants ajoutaient, sur le corps, la chemise-, sur les épaules, le manteau; le chapeau ou le fronteau, sur la tête.

« Les braies ou braves étaient un caleçon, ordinairement de tricot, quelquefois d'une étoffe de laine ou de soie, quelquefois même de peau... Nos pères tenaient des vieux Gaulois cette partie de l'habillement; seulement, les braies gauloises descendaient jusqu'à la cheville, tandis que celles du treizième siècle n'allaient pas plus bas que le jarret. On les ceignait, sur les hanches, au moyen d'un ceinturon à demeure, appelé braier.

« Par chausses on entendait ce que nous appelons aujourd'hui des bas. On appareillait l'étoffe et la couleur des chausses à celle des braies. On les faisait tenir sur la jambe, en rabattant par-dessus la partie inférieure des braies, qui s'y nouaient par un cordon.

« Les souliers étaient de divers cuirs, dont les qualités se rapportaient soit à la basane, qui s'étendait à tous les cuirs communs, soit au cordouan ou cuir de Cordoue, qui était réservé à ce que nous appelons maroquin (d'où le nom de cordouannier, dont nous avons fait cordonnier). On faisait ordinairement les souliers pointus; c'était toujours la mode des poulaines, ou pointes polonaises, introduite par toute l'Europe depuis près de trois cents ans et dont se scandalisèrent les moralistes et les prédi-

cateurs chrétiens. Depuis, le goût s'était amendé, quant à la longueur exagérée des pointes, mais le système était resté en honneur, n'attendant

Fig. 418. — Costumes des domestiques en Angleterre, au quatorzième siècle. D'après des miniatures de manuscrits du lintish Muséum, à Londres.

qu'un relâchement dans la surveillance exercée contre les poulaines, pour retomber dans ses premiers errements. A la faveur des contestations sur-

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venues sous Philippe le Bel, entre l'Église et l'État, les poulaines s'allongèrent insensiblement.

« Outre les souliers, il y avait encore les estiviaax, ainsi nommés d'estiva (chose d'été), parce qu'ils étaient ordinairement faits en velours, brocard, ou autres étoffes précieuses, qui ne pouvaient guère être employées que par un temps sec.

« La cotte correspondait à la tunique des anciens- c'était une blouse à manches ajustées. Ces manches en étaient la seule partie apparente, tandis que le corsage et la jupe disparaissaient entièrement sous le suvcot ou cotte hardie (dénomination encore inexpliquée), dont la forme était celle d'un grand fourreau, dans lequel on pratiqua plus tard d'assez vastes ouvertures aux manches, aux hanches, sur la poitrine, par où se montraient les fourrures de prix ou les riches satins employés à les doubler... L'étoffe ordinaire du surcot était le drap vermeil, bleu, tanné (brun rouge) ou marbré pour les riches, et la tiretaine ou futaine pour les pauvres. Les grands seigneurs, princes et barons, tenant cour, assortissaient la couleur du surcot à celle de leurs armes, qu'ils faisaient broder dessus; mais les petits nobles, qui fréquentaient les grandes maisons, se disaient ordinairement aux robes de tel ou tel seigneur, parce que celui-ci, dont ils recherchaient et subissaient le patronage, était tenu de les entretenir de surcots et de manteaux. Ils portaient la couleur préférée du maître, ce qu'on appelait la livrée, à cause de la livraison qui s'en faisait deux fois par an. Le mot est resté dans la langue avec une autre acception , mais qui tient de trop près au sens primitif pour qu'on n'en saisisse pas le lien. »

On trouve dans les chroniques de Mathieu Paris une anecdote intéressante relative à cet usage. Quand saint Louis, au grand déplaisir de tous ses vassaux et de ses moindres serviteurs, eut résolu de prendre la croix, Ce fut par une sorte de ruse pieuse qu'il associa à son vœu les seigneurs de sa cour. Ayant fait préparer pour la fête de Noël un certain nombre de robes sur lesquelles un petite croix blanche avait été cousue au-dessus de l'épaule droite, il fit distribuer ces robes le matin de la fête, au moment de se rendre à la messe, qui se disait bien avant le lever du soleil. Chacun reçut, à la porte de sa chambre, le manteau donné par le roi, et s'en revêtit dans las ténèbres, sans remarquer la croix blanche, qui y était attachée; mais

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