FEMME DE PUEBLA
Muger de Puebla.
Le métier de mineur est un métier libre dans tout le Mexique; aucun métis, aucun Indien ne peut être contraint à cette exploitation. Le mineur mexicain est le plus libre, et aussi le mieux rétribué. Il gagne de vingt-cinq à trente francs par semaine, tandis que les cultivateurs du plateau ont peine à avoir, dans les temps prospères de la contrée, neuf à dix francs pour le même temps. Les tenateros et faeneros, qui sont destinés à transporter les minerais aux places d'assemblage, gagnent jusqu’à six francs par journée de six heures. A côté de ce bénéfice licite, il en est d’autres qui le sont moins. Le mineur mexicain est aussi sujet au vol que le diamantaire brésilien, et on est obligé d'exercer à son égard une surveillance non moins grande. Comme on fouille les ouvriers, bien qu’ils soient à demi nus, ils cherchent à cacher des morceaux d’argent natif et d'argent sulfuré rouge dans leurs cheveux, sous leurs aisselles et dans leur bouche ; ils cherchent aussi à loger partout où ils peuvent des cylindres d'argile (longanos) qui contiennent le métal. Plus d’une fois on prend les voleurs sur le fait et on tient registre des quantités qui ont été retrouvées.
On contrôle dans l’intérieur de la mine avec le plus grand soin la gangne qui s’en extrait. A la place d'assemblage des grands puits sont assises, devant une table, deux personnes (despachadores) qui ont un livre sur lequel est inscrit le nom de tous les mineurs employés au transport. Chaque tenatero se présente chargé de son minerai, et les deux experts parfois le pèsent, parfois l’estiment au gré de l’ouvrier, puis inscrivent le poids qui doit servir de règle pour son payement. Pour une charge de neuf arrobes on lui paye un réal, et pour une charge de treize arrobes et demi, un réal et demi.
Avant de livrer le minerai à ces portefaix, on fait dans l’intérieur de la mine un triage auquel on emploie principalement les femmes. Ensuite le minerai passe sous les bocards, puis sous les tahonas ou arastres. Ces arastres sont des machines dans lesquelles la gangue est triturée sous des pierres très-dures, auxquelles on imprime un mouvement giratoire et qui pèsent sept à huit quintaux. Les bocards (maxos) sont des espèces de meules volantes ou de moulins dont le travail diffère selon que le minerai est destiné à la fonte ou à l’amalgamation. De ces deux procédés, l'amalgamation à l’aide du mercure et la fonte, le premier est sans contredit le plus usité et le plus productif.
L'espèce humaine présente, dans le Mexique, quatre grandes divisions, qui forment huit castes, savoir :
4° Indiens aborigènes cuivrés.
Originaires, nés en Europe;
créoles, nés en Amérique.
Africains, esclaves;
descendants de nègres.
Métis, issus d’un mélange de blancs et d'Indiens ;
4 Castes mixtes. { mulâtres, issus de blancs et de nègres;
zambos, issus d'Indiens et de nègres.
Quelques Malais et Chinois, qui sont venus des Philippines se fixer au Mexique, ne peuvent entrer en considération. Le nombre des Indiens cuivrés de race pure, principalement concentrés dans la partie méridionale du plateau d'Anahuac, excède deux millions et demi, ce qui forme environ les deux cinquièmes de la population du Mexique, population que l’on. ne peut guère évaluer au delà de 8,000,000 d’âmes.
Les indigènes du Mexique à une grande force musculaire, joignent l'avantage de n'être sujets à presque aucune infirmité ; ils ont la couleur basanée, les cheveux plats et lisses, peu de barbe, le corps trapu, l'œil allongé et un peu bridé, les pommettes saillantes, les lèvres larges. Parmi ces indigènes, ceux qui se sont résignés au joug
2° Espagnols...
DUMERTESS 1.
espagnol et qui se vouent aux travaux du $0l dans les plaines du plateau mexicain, arrivent d'ordinaire à un âge fort avancé. Ils n’ont pas à essuyer les fatigues de la vie errante qui épuise les peuples chasseurs et guerriers du Mississipi et des savanes du : Rio Gila.
Dans les pays dont les habitants souffrent du goître, cette affection dé la glande thyroïde ne s’observe jamais chez les Indiens, rarement chez les métis. Les Indiens de la Nouvelle-Espagne, et surtout les femmes, atteignent généralement un âge assez avancé. Leur tête ne grisonne jamais, et ils conservent toutes leurs forces jusqu’à la mort. Les couples centenaires, homme et femme, se rencontrent assez fréquemment dans la zone tempérée, située à mi-côle de la cordilière. Parmi ces Indiens, on en trouve peu de louches, de boiteux, de manchots et de bossus. Un fait singulier, c’est que dans les pays où les Européens et les créoles sont sujets aux goitres, les Indiens ne connaissent pas cette infirmité. | |
Pour ce qui concerne leurs mœurs-et leurs habitudes sociales, il est difficile de les” apprécier avec justesse. L’esclavage, qui altère si profondément les types, agit encore plus profondément sur les coutumes et lés mœurs. Ensuite, il faut dire que les femmes de la classe distinguée, parmi les anciens Mexicains, aimèrent mieux toutes contracter des mariages avec les vainqueurs que de subir le mépris que ceux-ci témoignaient pour les Indiens. De là il est résulté que les indigènes actuels sont les descendants de la race la plus pauvre et la plus misérable de l’ancien Mexique, des portefaix, des mendiants, des colporteurs qui, dès ce temps, pullulaient dans la capitale.
L’Indien est aujourd'hui grave, mélancolique, taciturne, aussi longtemps que les liqueurs enivrantes n’ont pas agi sur lui : cette gravité est surlout remarquable dans les enfants qui, à l’âge de quatre ou cinq ans, montrent beaucoup plus d'intelligence et de développement que les enfants des blancs. L’Indien aime à mettre du mystérieux dans ses actions les plus indifférentes; aucune passion né se peint dans ses traits. Toujours sombre, il présente quelque chose d’effrayant lorsqu'il passe tout à coup du repos absolu à une agitation violente et effrénée. L'énergie de son caractère, qui ne connait aucune douceur, dégénère habituellement en dureté. Elle se déploie surtout chez les habitants de Tlascala : au milieu de leur avilissement, les descendants de ces républicains se distinguent encore par une certaine fierté que leur inspirele souvenir de leur ancienne grandeur. Les indigènes du Mexique, comme tous les peuples qui ont gémi longtemps sous le despotisme civil et religieux, tiennent avec une opiniâtrelé extrême à leurs habitudes, à leurs mœurs, à leurs opinions : l'introduction du christianisme n’a presque pas produit d'autre effet sur eux que de substituer des cérémonies nouvelles, symboles d’une religion douce et humaine, aux cérémonies d’un culle sanguinaire. De tout temps, les peuples à demi barbares recevaient des mains du vainqueur de nouvelles lois, de nouvelles divinités; les dieux indigènes et vaincus cèdent aux dieux étrangers. Le
Point de gaieté, point de laisser aller même dans la danse et dans la musique. Les chants sont mélancoliques et lugubres. Quant à la danse, les hommes seuls S'y livrent pendant que les femmes présentent à la ronde des liqueurs fermentées. Les Mexicains ont conservé un goût particulier pour la peinture et la sculpture sur pierre et sur bois, Ils ont conservé le même goût pour les fleurs que Cortez leur trouvait de son temps.
Les Indiens mexicains, considérés en masse, présentent le tableau d'une grande misère. Indolents par caractère, et plus encore par suite de leur situation politique, ils ne vivent qu'au jour le jour. Au lieu d’une aisance générale, ôn trouve quelques familles dont la fortune paraît d'autant plus colossale qu’on s’y attend moins. Cependant les lois actuelles, généralement douces et humaines, leur assurent le fruit de leurs
fatigues et pleine liberté pour la vente de leurs productions. Ils sont exempts de tout impôt indirect, et uniquement sujets à un tribut de capitation que payent les Indiens mâles depuis l’âge de dix ans jusqu’à celui de cinquante, et dont le fardeau a été beaucoup allégé dans les derniers temps. Mais si la législation parait favoriser les indigènes sous le rapport des impôts, d’un autre côté elle les à privés des droits les plus importants dont jouissent les autres citoyens. Dans un siècle où l’on discuta formellement si les Indiens étaient des êtres raisonnables, on crut leur accorder un bienfait en les traitant comme des mineurs, en les mettant à perpétuité sous la tutelle des blancs, en déclarant nul tout acte signé par un natif de la race cuivrée et toute obligation qu’il contractait au-dessus de la valeur de 15 francs. Ces lois, maintenues dans leur pleine vigueur, élèvent des barrières insurmontables entre les Indiens et les autres castes, dont le mélange est aussi prohibé, et dont la désunion, ainsi que celle des familles et des autorités constiluées, a été considérée de tout temps par la politique espagnole, comme le plus sûr moyen de conserver les colonies dans la dépendance de la capitale. La loi défend non-seulement le mélange des castes, elle défend même aux blancs de se fixer dans les villages indiens ; elle empêche que les natifs ne s’établissent au milieu des Espagnols. Les Indiens se gouvernent par eux-mêmes; mais leurs magistrats, généralement les seuls habitants du village, qui parlent l'espagnol, ont intérêt à maintenir leurs concitoyens dans l'ignorance la plus profonde. Restreints dans un espace étroit de 500 mètres de rayon, qu'une loi ancienne assigne aux villages indiens, les natifs sont en quelque sorte sans propriété individuelle : ils sont tenus de cultiver les biens communaux, sans espoir de recueillir le fruit de leur travail. Le dernier règlement des intendances portait que les natifs ne peuvent plus recevoir de secours de la caisse de la communauté, sans une permission spéciale du collége des finances du Mexique. Les biens communaux furent mis en ferme par les intendants; le produitenétait versé dans les caisses royales, où les employés du gouvernement tenaient compte, sous des rubriques particulières, de ce qu’on appelle la propriété de chaque village. Mais il est devenu si long et si difficile d'obtenir, pour les natifs, quelques secours de ces fonds, qu'ils renoncent à en demander. Par une singulière fatalité, ou par un vice inhérent à l'organisation sociale, les priviléges accordés aux Indiens, loin de leur procurer des avantages, ont produit des effets constamment défavorables à cette caste.
C’est entre les mains des Espagnols que se trouvent presque toutes les propriétés et les richesses. On les divise en blancs nés en Europe, et en descendants d'Européens, nés dans les colonies espagnoles de l'Amérique et dans les îles asiatiques. Les premiers portent le nom de chapetons, ou de gachupinos; les seconds celui de griollos (créoles). Les natifs des îles Canaries, que l’on désigne sous la dénomination d’Islénos, et qui sont la plupart gérants des plantations, se considèrent comme Européens,
Par un raffinement de vanité, les habitants des colonies ont enrichi leur langue en désignant les nuances les plus fines des couleurs qui naissent de la régénération de la couleur primitive. Le fils d’un blanc, né d’un Européen ou d’un créole, et d'une indigèneauteintcuivré, est appelé métis ou mestizo. Sa couleur est presque d’un blanc parfait; Sa peau est d’une transparence particulière; le peu de barbe, la petitesse des mains et des pieds, une certaine obliquité des yeux, indiquent (mieux que ne le pourrait faire la nature des cheveux) le mélange du sang indien. Siune métis s’allie à un blane, la seconde généralion qui en résulte ne diffère presque plus de la race européenne. Les métis composent vraisemblablement les sept huitièmes de la totalité des castes, Ils sont réputés d’un caractère plus doux que les mulätres ou mulatas, fils de blancs et de négresses, qui se distinguent par la vigueur et l'énergie de leur couleur, par la violence de leurs passions, et par une singulière volubilité de langue. Les descendants de nègres et d’In-
diennes portent, à Mexico, à Lima et même à la Havane, le nom bizarre de chino, Chinois. Sur la côte de Caracas et dans la Nouvelle-Espagne, on les appelle aussi zambos. Aujourd'hui cette dernière dénomination est principalement restreinte aux descendants d’un nègre et d’une mulâtresse, ou d’un nègre et d’une china. On distingue de ces zambos communs les zambos-prietos, qui naissent d’un nègre et d’une zamba. Les castes du sang indien ou africain conservent l'odeur qui est propre à la transpiration cutanée de ces deux races primitives. Du mélange d’un blanc avec une mulitresse provient la caste des quarterons. Lorsqu'une quarteronne épouse un Européen ou un créole, ses enfants portent le nom de quinterons. Une nouvelle alliance avec la race blanche fait tellement perdre le reste de couleur, que l’enfant d’un blanc et d’une quinteronne est aussi blanc que l'Européen natif.
La peau plus ou moins claire, et le plus ou moins de sang européen, décident de la considération dont l'homme doit jouir dans la société, et de l'opinion qu'il a de luimême. La couleur établit même une certaine égalité entre des hommes qui, comme partout où la civilisation est peu avancée ou ne un mouvement rétrograde, se plaisent à rafliner sur les prérogatives de ‘race et d’origine, Parmi les métis et les mulâtres, il y a beaucoup d'individus qui, par leur couleur, leur physionomie et leur intelligence, pourraient se confondre avec les Espagnols ; mais les préjugés les tiennent dans le mépris et l’avilissement. D'un caractère énergique et ardent, ces hommes de couleur vivent dans un état constant d’irritation contre les blancs, et le ressentiment les porte fréquemment à la vengeance. Il arrive souvent que des familles qui sont soupçconnées d’être de sang mêlé demandent à la haute cour de justice qu'on les déclare appartenir aux blanes. On voit ainsi des mulâtres très-basanés qui ont eu l'adresse de se faire blanchir, selon l'expression populaire. |
Les étrangers constituent une classe à part qui a une grande influence dans le pays, parce que les riches Mexicains, paresseux par nature, faisant la sieste une partie du jour et consacrant le reste au jeu et à d’autres vices, négligent l'administration de leurs biens et laissent la gestion de leurs affaires aux étrangers.
Les Mecos, les Apacues, les Lrpanis, Indiens chasseurs, que les Espagnols embirassent sous la dénomination d’Zndios bravos, et dont les hordes, dans leurs courses souvent nocturnes, infestent les frontières de la Nouvelle-Biscaye, de la Sonora et du Nouveau-Mexique, annoncent plus de mobilité d'esprit, plus de force de caractère que les Indiens cultivateurs : quelques peuplades ont même des langues dont le mécanisme paraît prouver une ancienne civilisation. Ils ont beaucoup de difficulté à apprendre nos idiomes européens, tandis qu'ils s'expriment dans le leur avec une grande facilité. Ces mêmes chefs indiens, dont la morne taciturnité étonne l'observateur, tiennent des discours de plusieurs heures, lorsqu'un grand intérêt les excite à rompre leur silence habituel. |
Les indigènes sont ou descendants d'anciens plébéiens, oule reste de quelques grandes familles qui, dédaignant de s’allier aux conquérants espagnols, ont préféré labourer de leurs mains les champs que jadis ils faisaient cultiver par leurs vassaux. Ils se divisent donc en Indiens tributaires et en Indiens caciques, qui, d’après les lois espagnoles doivent participer aux priviléges de la noblesse de Castille; mais il est difficile de distinguer par leur extérieur, leur habillement ou leurs manières, les nobles des roturiers ; ils vont généralement pieds nus, eouverts de la tunique mexicaine, d’un tissu grossier et d'un brun noirâtre; ils sont vêtus comme le bas peuple, qui néanmoins leur témoigne beaucoup de respect. Cependant les hommes qui jouissent des droits héréditaires du caciquat, loin de protéger leurs compatriotes, pèsent fortement sur les tributaires. Exerçant la magistrature dans les villages indiens, ce sont eux qui lèvent la