INDIEN DANSANT
(Californie.\ ; *
Indiano danzando.
capitation : non-seulement ils se plaisent à devenir les instruments des vexations des blancs, mais ils se servent aussi de leur pouvoir et de leur autorité pour extorquer de petites sommes à leur profit. La noblesse aztèque offre d’ailleurs la même grossièreté de mœurs, le même manque de civilisation, la même ignorance que le peuple indien. Isolé, abruti, on a vu rarement un de ses membres suivre la carrière de la robe ou de l'épée. On trouve plus d’Indiens qui ont embrassé l’état ecclésiastique, surtout celui de curé.
Les créoles et la plus grande partie des races mixtes n’ont pas adopté ici, comme dans le Pérou, un dialecte indigène, mais se servent de la langue espagnole, tant dans la conversation que dans les écrits. Parmi les dialectes indigènes, la langue aztèque ou mexicaine est la plus répandue; mais les domaines de plusieurs autres langues sont comme enclavés dans le sien. M
te 4 fonBe ; Sa à
hd n
Daemon:
- - EEE re LIT TER
L'’extrémité orientale du Mexique, voisine des États de l’Union américaine, est désignée sous les noms de FrEDONIA et TEXAS; ce dernier a toutefois fini par prévaloir. — Ce territoire, qui, au temps des vice-rois espagnols, faisait partie de l'intendance de San Luis de Potosi, fut, lors de l’organisation des Etats-Unis mexicains, annexé au Cohahuila pour former l'État de Cohahuila et Texas. Depuis 1835, il constitue une république dont nous retracerons plus loin l'origine.
La superficie du Texas est évaluée à 4,900 myriamètres, ou 24,806 lieues géographiques. La population, en 1840, était de 480,000 habitants.
Le Texas est partagé en trente-deux comtés, qui sont : Jefferson, Jasper, Sabine, San Augustino, Shelby, Harrison, Red River, Fannin, Nacogdoches, Houston, Liberty, Galveston, Harrisbourg, Montgomery, Robertson, Milam, Brazoria, Austin, Fort Bend, Washington, Matagorda, Colorado, Fayette, Bastrop, Travis, Jackson, Victoria, Gonzales, Refugio, Goliad, Béjar ou Bexar, San Palricio.
Deux tentatives de révolution eurent lieu au Texas en 1812 et en 1819 ; elles furent sans succès. Depuis l'érection de la république mexicaine, cette contrée a subi plusieurs changements : en 1824, la colonie de Fredonia y fut établie; on offrait à chaque colon un lot de 640 acres de terre et un lieu d'habitation sur le golfe du Mexique. Cette colonie s'érigea en république fédérative, et la constitution fut copiée sur celle des États-Unis, exceplé en ce qui concerne la religion. Un traité d’union et de confédération avait été signé le 21 décembre 1826 entre la nouvelle république et trente-trois tribus indiennes; mais le congrès mexicain déclara le Texas partie intégrante du Mexique, et Le réunit à l’État de Cohahuila. — Il est impossible d’énumérer toutes les vexations que la république fit éprouver aux Texiens ; mais le contact d’une soldatesque oisive avec la population des travailleurs devait amener des collisions fréquentes. Il n'élait pas jusqu'aux officiers qui ne se livrassent aux actes d’arbitraire et d'insolence dont ne se fait jamais faute la force brutale lorsqu'elle est sûre de l'impunité. Au commencement de 4832, ils allèrent jusqu’à jeter dans les prisons d’Anahuac des commissaires chargés de réclamer contre tant de violences. En recevant la nouvelle de cette arrestation illégale, les Texiens du Rio-Trinidad, transportés de rage, abandonnent leurs sillons, courent aux armes, attaquent la citadelle que veut en vain secourir le colonel Piedras : rien ne saurait résister à la bouillante valeur des colons qui, quoique indisciplinés et inférieurs en nombre, culbutent les Mexicains, entrent vainqueurs dans Anahuac et délivrent leurs commissaires.
Le fort de Velasco fut pris pendant cette courte expédition, dont la portée fut immense; elle inspira aux colons la confiance dans leur force et dans leurs droits, et les enhardit à réclamer du gouvernement l'autorisation de former dans la confédération mexicaine un État distinct, En conséquence, une constitution fut rédigée en assem-
blée générale, vers la fin de 1852, et Stephen Austin fut chargé de la présenter à l’acceptation du gouvernement central.
Parti de San Felipe, sur le Brazos, où l'assemblée avait eu lieu, le fondateur de la colonie arriva à Mexico vers le milieu de 14835, et, après de longues conférences que rendait inutiles l'anarchie à laquelle le Mexique était en proie, il reconnut que le gouvernement n’accorderait rien, tant que les Texiens n’appuyeraient pas leurs prétentions par des faits. Il adressa donc à l'ayuntamiento (municipalité) de San Antonio de Bexar une lettre dans laquelle il conseillait à ses concitoyens d'organiser, sans retard, un gouvernement de fait. Mais une parlie des membres de la municipalité de Bexar, ancienne ville espagnole, était opposée aux vues d’Austin, et sa lettre fut secrètement envoyée au gouvernement. Il en résulta que, tandis que las de ces luttes, Stephen revenait au milieu des siens, il fut arrêté à plus de 200 lieues de Mexico, et jeté dans les cachots sous la prévention de crime de haute trahison.
Cependant le trésor de l'État de Cohahuila et Texas était épuisé, et le gouvernement, afin de faire face aux dépenses, proposa la vente d’une immense étendue de terres dans le Texas. Les acquéreurs se présentèrent en grand nombre; mais tous étaient Texiens, et le gouvernement refusa de ratifier le traité. Quoique ce refus eût évidemment pour but de mécontenter les Texiens, la législature de Cohahuila, poussée par la pénurie où elle se trouvait, insista et voulut terminer avec les colons du Texas. Aussitôt, Santa- Anna, président de la république, donna ordre au général Cos, commandant supérieur des provinces orientales du Mexique, de marcher sur la capitale de l'État et d’expulser la législature rebelle : plusieurs membres, et le gouverneur lui-même, furent incarcérés.
L’instant était venu pour les Texiens de conquérir leur indépendance : le 16 août 1835, ils volent aux armes, pendant que Gos passe le Rio Norte, et vient s’enfermer
dans la ville de Bexar.
Mais Stephen Austin, après une captivité de dix-huit mois, reparut au milieu de ses compatriotes qu’il remplit de confiance par sa présence et sa résolution calme. Une assemblée générale eut lieu à San Felipe, et, en onze jours, elle régla tout ce qui était indispensable à la défense du pays; on publia une déclaration solennelle qui exposail, en termes fermes et mesurés, les motifs qui engageaient les Texiens à recourir aux armes. Austin fut député aux États-Unis pour solliciter leur appui, et Samuel Houston prit le commandement de l’armée.
Cos était assiégé dans Bexar ; mais les Texiens n'étaient point munis du matériel de guerre nécessaire pour prendre une ville d'assaut. Le siége allait donc être levé, lorsqu'un de ces hommes énergiques dont les obstacles grandissent le courage, sortit des rangs des patriotes, et promit d’enlever la place si trois cents de ses concitoyens voulaient se dévouer avec lui. L’intrépide Milam tint parole; aux nombreux actes de bravoure qui avaient popularisé son nom, il en ajoutait un qui effaça tous les autres: la ville fut prise; la citadelle même dut capituler, et le général Cos, à la tête de 4,500 Mexicains, défila devant les faibles restes de la petite troupe de Milam, qui avait trouvé la mort au sein même du triomphe, et qui reçut de ses compagnons le surnom de Léonidas. C'est ainsi que se termina la campagne de 1855 : il ne resta pas un soldat mexicain sur le territoire texien.
L'affront qui venait d'être fait aux armes mexicaines fut vivement ressenti par le . président Santa-Anna, qui résolut d’en tirer une éclatante vengeance, et se hâta de faire des préparatifs formidables, tandis que, de leur côté, les Texiens se disposaient à une résistance désespérée. |
Le 21 février, Santa-Anna entrait en campagne avec trois corps d'armée, et le 4er du
mois suivant, une nouvelle assemblée texienne, tenue à Washington sur le Rio Brazos, votait par acclamation l'indépendance du pays. |
Soit par excès de confiance, soit insuffisance de moyens, les Texiens n'avaient pas assez garni de troupes la conquête de Milam. Santa-Anna, avec 3,000 hommes, se présenta devant Bexar, dont la garnison, réduite à 240 hommes, se retira dans le fort d'Alamo. Treize jours durant, cette poignée de preux repoussa tous les efforts des Mexicains, et au troisième assaut seulement, après une perte de 1,500 soldats, Santa-Anna put pénétrer dans le fort qui offrait un tableau digne d’admiration et de pitié : tous ses défenseurs avaient cessé de vivre; une femme restait seule pour raconter avec enthousiasme qu’elle avait vu le dernier Texien faire feu sur les assaillants, et tomber criblé de balles, après avoir refusé de se rendre à une armée !!
Cependant, le deuxième corps de troupes mexicaines avait marché sur la ville de Goliad. Les Texiens, commandés par le colonel Famin, étaient en trop petit nombre pour pouvoir résister, et ils se disposaient à la retraite lorsqu'ils furent cernés et forcés d'accepter le combat. Famin, avec 500 hommes, soutint pendant une journée le feu de 1,900 Mexicains ; mais, après l'épuisement de leurs munitions, les Texiens déposèrent les armes. Néanmoins, sur l’ordre de Santa-Anna, les 400 Texiens qui avaient capilulé furent enveloppés, égorgés sans défense, et le brave Famin fut passé par les armes.
Tout l’odieux de cette horrible trahison pèse sur Santa-Anna, qui manqua d’ailleurs son but, car au lieu de les frapper de terreur, il remplit les esprits d’une juste indignation, et fit naître dans tous les cœurs une soif de vengeance qui doubla le courage des insurgés.
La campagne s'ouvrait, comme on le voit, sous les plus tristes auspices pour le Texas. Rien ne semblait prêt pour une résistance efficace. L'organisation de l’armée régulière était fort peu avancée. Le commandant en chef, Houston, n’arriva lui-même au quartier général, sur le Guadalupe, que deux ou trois jours avant la chute de l’Alamo, et n’y trouva que trois cents hommes. Aussi, en apprenant ce désastre, ordonna-t-il sagement de se replier sur le Colorado, afin d'y rallier les renforts qui se préparaient sur ses derrières. Le général mexicain Sezma ayant atteint le Colorado le 22 mars, Houston poursuivit son mouvement de retraite jusqu’au Brazos, et continua ainsi jusqu’au milieu d'avril à reculer dans la direction de l’est. Les habitants de San Felipe, que cette retraite laissait à découvert, évacuèrent la ville après y avoir mis le feu. C’est à tort que l’on a reproché au général Houston de n'avoir pas plus tôt tenu tête à l'ennemi. Sur le Colorado et même sur le Brazos, il n'avait pas encore une seule pièce de canon. À mesure qu’il se repliait en arrière, il concentrait davantage toutes ses forces disponibles, tandis que Santa-Anna laissait toujours en chemin un peu des siennes; eton a lieu de croire qu’en se rapprochant de la frontière des États-Unis, il comptait sur quelques secours, au moins indirects, du général Gaines, qui s'était avancé de son côté jusqu’à Nacogdoches, sur le territoire texien, par ordre du général Jackson, président de la république des États-Unis.
Enfin, le 21 avril, fut livrée, sur les bords du San-Jacinto, la bataille qui décida du sort du Texas. L'armée de Santa-Anna s'élevait à quinze cents hommes effectifs, celle d'Houston à sept cent quatre-vingl-trois, dont soixante-un seulement de cavalerie. La veille, Houston avait fait rompre tous les ponts par lesquels l'ennemi aurait pu se retirer vers le Brazos. Son instinct ne l'avait pas trompé. L'engagement ne fut pas long; les Texieus marchèrent en avant au cri de : Souvenez-vous de l'Alamo! et bientôt Travis et ses braves furent vengés. On tua aux Mexicains six cent trente hommes, dont un officier général et quatre colenels; deux cent quatre-vingts furent blessés, et sept cent trente faits prisonniers. La destruction de ce corps d’armée était donc complète. Cette victoire ne coùta aux Texiens que deux hommes lués et vingt-trois blessés, dont
six mortellement. Le colonel M. B. Lamar, aujourd’hui président de la république, commandait la cavalerie, et justifia par sa bravoure la confiance des soldats qui l'avaient choisi pour chef.
Santa-Anna ne fut pris que le lendemain par un détachement envoyé à la poursuite du peu de Mexicains qui avaient échappé. On le trouva caché dans de hautes herbes et fort effrayé. IL baisa la main du premier soldat texien qui se présenta, et offrit à ceux aui l’entouraient une fort belle montre, des bijoux et de l'argent; mais ce fut en vain qu'il tenta de les corrompre. Alors il se prit à pleurer. On le rassura et on le conduisit auprès d'Houston, qui dormait au pied d’un arbre, la tête appuyée sur sa selle, Ce fut seulement alors que Santa-Anna se fit connaître. Il lui dit en espagnol : « Je suis Antonio Lopez de Santa-Anna, président de la république mexicaine et général en chef de l'armée d'opérations. » Puis il demanda de l’opium, dont il prit une grande quanlité, et, paraissant se remeltre de son trouble, il dit encore au général Houston : « Vous n'êtes pas né pour les choses ordinaires; vous avez vaineu le Napoléon de l Ouest. » Après cette bouffée d'orgueil, au moins ridicule dans un tel moment, il demanda quel sort lui était réservé. Houston lui reprocha sa cruauté envers les Texiens, cruauté dont Santa- Anna se défendit en invoquant les droits de la guerre. — « Soit quant à l'affaire de l'Alamo, reprit Houston; mais le massacre de Fannin et de ses gens? — Il n’y avait pas de capitulation, répliqua le prisonnier; et d’ailleurs je n’ai fait qu’exécuter les ordres da gouvernement mexicain. — Mais c'est vous qui êles ce gouvernement, lui dit Houston. » Il était difficile de répondre à cela. : « Quoi qu’il en fût, Houston le protégea contre l'exaspération des Texiens, et ne voulut pas souiller sa victoire par un meurtre inutile. | Le 24, le général Cos fut pris par un détachement qui poursuivait quelques fuyards. L'issue de celte guerre assura l'indépendance du Texas. Élu président de la république en septembre 18356, Houston, se conformant au vœu du pays, dépêcha au cabinet de Washington un ministre, avec la double mission de réclamer la reconnaissance de l'indépendance du nouvel État, et de proposer son adjonction aux États-Unis de l'Amérique du nord. Le congrès fit droit à la première demande; mais il n’accéda pas à la seconde. Le Texas fut donc érigé en république indépendante. | La France a donné à l’Europe un noble exemple, en même temps qu’elle a fait acte de bonne politique, en signant, le 25 septembre 1839, un traité de commerce avec celte république, qui parait être appelée à de hautes destinées. Vers la fin de 14840, l’Angleterre, la Hollande et la Belgique ont imité la France, et tout fait présumer que le Mexique lui-même sentira bientôt qu’il est de sou intérêt de faire oublier ses tortsenvers le Texas, en s’en faisant un allié, et en y cherchant un débouché pour son commerce. En travaillant à leur indépendance, les Texiens songeaient si bien à s’incorporer aux États-Unis, que leur organisation est entièrement calquée sur celle des diverses parties de l’Union américaine. C’est de là que résulte la division du Texas en comtés. Le gouvernement est divisé en trois pouvoirs : le législatif, l'exécutif et le judiciaire. Le premier est exercé par une chambre des représentants et un sénat; le pouvoir exéculif est confié à un magistrat qui prend le titre de président, est élu pour trois ans et n'est point rééligible au Lerme de sa magistrature; le pouvoir judiciaire repose sur une cour supérieure et des tribunaux secondaires. Les juges, nommés pour quatre ans, peuvent être réélus.
On doit remarquer que la population, qui a décuplé en cinq ans, ne comprend qu’un petit nombre de femmes et d'enfants. Composée de colons hardis et vigoureux, elle peut fournir, au besoin, un effectif de 60,000 combattants.
Les produits des impôts suivront inévitablement la même progression que la popu-
lation. On doit s'attendre à d'immenses progrès dans un pays qui offre tous les éléments possibles de prospérité. rave en 1838, les douanes ont versé au trésor environ 1,400,000 francs, et en 1340, 2,930,000 francs.
En 1858, on publiait déjà cinq journaux, qui s'imprimaient dans les villes de Brazoria, Houston, Matagorda, Macogdoches, et Velasco,
On évaluait, en 1856, l'effectif de l’armée à 2,500 hommes. La marine du Texas se composait alors d’une corvette, de deux bricks, de deux goëlettes, et de deux bâtiments à vapeur armés.
Les Texiens se livrent à l'élève des chevaux, des moutons, etc. Ils cultivent l’indigo, la cochenille, le tabac et la canne à sucre; celle-ci donne deux récoltes. Enfin, le cotonnier paraît devoir être une source de richesses pour le pays : on a calculé que le territoire du Texas pourrait fournir annuellement 5,000,000 de balles de coton, qui, à 49 dollars la balle :, produirait plus de 1,000,000,000 de francs.
Les sauvages, qui ont été pendant plus d’un siècle la Lerreur des colons espagnols du Texas, ne sont plus très-nombreux. Ils peuvent encore détruire çà et là quelques fermes, assassiner quelques voyageurs; mais leurs faibles restes ne sauraient inquiéter sérieusement les colons, et se replient sans cesse devant la population blanche, qui envahit leurs derniers domaines. Plusieurs tribus n’existent plus que de nom, et les peaux rouges du Texas, qu'il ne faut pas confondre avec les indigènes du Mexique, disparaissent aussi vite que celles des États-Unis. On voit souvent dans les rues d'Houston de misérables Indiens de la tribu autrefois puissante des CUSHATTES, qui s’étendait jusqu’à la Louisiane. Ils sont pelits, et plutôt bronzés que rougeâtres. L’eau-devie, qu’ils se procurent en échange des produits de leur chasse, les dévore et les abrutit.
Les Lappans ou Lrpans sont d’une taille plus élevée que les Cushattes, ils ont la peau plus rouge, le maintien plus noble, la physionomie plus fière. Ils vinrent un jour en députation auprès des Texiens, qui les reçurent avec beaucoup d’égards; ils dinèrent avec les officiers du gouvernement, qui leur firent un discours contre les Mexicains, lequel les pénétra si bien que plusieurs Indiens qui savaient un peu l'espagnol s’écrièrent avec leurs hôtes : Muerte a los Mejicanos ! (mort aux Mexicains). Du reste, on leur offrit en vain du rhum du whiskey et de l’eau-de-vie; ils suivirent presque tous l'exemple du chef Castro, qui ne but que de l’eau et du café; aucun d’eux ne s’enivra.
Les Comancues ont la taille élevée, la peau rouge foncé, les cheveux d’un noir de jais. Quelques-uns, et surtout les chefs, portent la chevelure très-longue et pendante jusqu’au milieu du dos, sous la forme d’une tresse, à laquelle sont attachées, de dislance en distance, de belles plaques d’argent de deux à trois pouces de large, et placées les unes au-dessus des autres. Ces tresses sont au nombre de cinq chez les chefs. Presque tous ces naturels ont, au-dessus du coude, un large anneau de cuivre, auquel sont attachées les chevelures des ennemis qu’ils ont tués, et dont quelques-unes offrent les traces d’un sang noir et desséché. Ghez quelques-uns cet anneau est en or grossièrement travaillé. — Leur vêtement consiste en une couverture de laine rouge ou de couleur lie de vin; d’autres portent une peau de buflle avec le poil tourné en dedans.
Les femmes sont vêlues d’une espèce de pantalon collant en peau de daim launée, et d’une veste ronde, également en peau de daim et souvent sans manches. Quelquesunes ont aux doigts des anneaux d’or d’un travail très-grossier, et presque toutes des colliers de verroterie, Il est aisé de voir, dit M.F. Leclerc, queles grains de verre allongés, blancs ou rouges, charment surtout les belles Comanches.
Quant aux enfants, ils vont généralement nus.
! Le poids de la balle de coton peut être évalué à 500 livres anglaises environ.
Pendant le séjour que fit M. Leclerc à San Felipe de Austin, on y annonça l'arrivée d'une centaine d’Indiens comanches, qui allaient aussi faire leur traité de paix à Houston. Ils montaient de petits chevaux sauvages qu’on appelle mustangs, et formaient avec leurs femmes et leurs enfants une grande caravane. C'était un officier texien qui leur servait de guide. La tribu des Comanches est restée puissante; on la redoute encore au Texas, où les tradilions espagnoles lui ont fait une trop Juste réputation de courage et de férocité. Ces Indiens s’arrêtèrent à la droite et un peu au-dessous de la ville, sur le bord du fleuve. Chacun d’eux rendit la liberté à sa monture et la Jança dans la prairie : pour toute précaution, un long lacet de cuir pendant avait été attaché au cou des plus indomptables de ces animaux. Les hommes prirent leur pipe et se mirent à fumer gravement, sans presque jeler un Coup d'œil sur la ville, et en observant ce rigoureux silence qui est Le trait caractéristique de l'Indien. À peine descendues de cheval, les femmes coururent au bord du fleuve, couper des branches d'arbres qui, plantées en terre, entrelacées et recouvertes de peaux de buffalo (bison), servirent de tentes. Celle da vieux chef fut établie la première à une certaine distance des autres; elle était la plus spacieuse et la mieux construite; deux femmes qui paraissaient appartenir au vieux chef avaient été chargées du soin d'élever cette hutte.
De tous ces Indiens, celui dont l’accoutrement était le plus étrange, c'était certainement le vieux chef. IL avait pour vêtement une étroite ceinture rouge au milieu du corps, un habit bleu à collet rouge, des débris d’épaulettes et des boutons de métal, habit analogue à ceux des gardes nationaux ou des soldats d'infanterie française, et un chapeau recouvert de toile cirée, comme ceux de nos poslillons. Ce chapeau était celui d'un Mexicain qu’il avait tué peu de temps auparavant, dans une excursion sur les bords du Rio Grande. Les mœurs des Comanches nous sont peu connues. On sait qu’ils ne sont point cullivateurs, et que, semblables à certains Indiens de l'Amérique du Sud, ils ont appris à dompter le cheval.
« Au premier abord, dit M. Leclerc, on eut beaucoup de peine à s'entendre avec ces sauvages ; le jeune officier texien comprenait seul quelques mots de leur langue. Heureusement il se trouva parmi eux un pauvre enfant mexicain d’une douzaine d'années environ, Gui put servir d’interprète. Cet enfant avait été enlevé par les Comanches après le massacre de sa famille, et fait esclave; il parlait très-bien leur langue et n'avait pas encore oublié la sienne. J'ai cru remarquer que la langue comanche ne manquait pas de douceur; les mots en sont singulièrement complexes et les sons gutturaux.
» Le vieux chef connaissait le pouvoir de l’eau de feu, car, un jour qu’on lui en offrait, je le vis faire un geste qui indiquait qu'après avoir bu de ce dangereux breuvage, la tête s’appesantissail, et l’on tombait dans un profond sommeil. Les Comanches passèrent quatre jours à San Felipe sans qu’on eût à se plaindre de leur conduite. Le jeune officier texien, leur guide, avait été pris de la fièvre intermittente; mais, grâce au vieux chef, il recouvra promptement la santé. Quelques instances que je fisse, je ne pus oblenir du vieillard qu’il me communiquât son secret. En quoi consistait donc ce traitement héroïque? Le quinquina était-il connu de l’Indien ? Cet arbre précieux n'a Jamais été rencontré à la Nouvelle-Espagne, et, des régions habitées par les Comanches aux montagnes du Pérou, la distance est trop grande pour qu'on puisse un instant supposer les moindres relations. Peut-être ce vieux chef devait-il ses connaissances médicales à quelques Européens ; je serais tenté de le croire, si j'en jugeais par le fait suivant : il fit un jour venir plusieurs enfants indiens et me montra leurs bras, qui portaient des cicatrices vaccinales parfaitement légitimes. Quelle que fût l’origine d’un pareil bienfait, il est certain que ces sauvages avaient compris et adopté ce moyen d'échapper au fléau le plus terrible qu'aient à redouter les Indiens.
Et
» Dix jours plus tard, les Comanches étaient de retour à San Felipe, et les cris sauvages dont ils faisaient retentir la forêt de l’autre côté du Brazos, nous avertissaient de leur approche. Ils attendaient que le batelier leur prêtât le secours de son bac pour traverser le fleuve; mais depuis quelques jours la seconde crue du printemps avait commencé, et les eaux s'étaient élevées très-vite à plus de quarante pieds au-dessus de leur niveau moyen. Le fleuve était couvert de débris et de gros troncs d’arbres, dont quelques-uns portaient encore leurs racines, leurs branches et leur feuillage. Au centre seulement il était plus libre, le courant entraînant vers le bord cette masse énorme de végélaux. Il y avait donc pour le batelier péril imminent à traverser; mais quelques Indiens , ennuyés d’attendre, se jetèrent dans l’eau et atteignirent l’autre rive sans accident. Sur le soir on put enfin aller chercher tous les autres : notre vieux chef était du nombre; il portait à la main une longue tige de bamousacée, au sommet de laquelle était attaché un drapeau texien ”. »
Le voyageur que nous venons de citer ajoute que les Comanches retournèrent à leurs tentes. La silencieuse gravité du chef avait fait place à une vive expansion. Il ne cessait de s’écrier : Houston ! Houston ! puis se frappait la poitrine, et montrait les présents qu'il avait reçus du président. Vingt fois il renouvela ce manége, et se fit apporter un grand sac rempli de verroteries, de couvertures et de pièces d’étoffes rouges. IL était dans un état d’exallation incroyable et témoignait la joie d’un enfant, en proclamant que Houston et lui étaient deux grands chefs, deux amis.
Cependant, lorsque les sentiments tumultueux, que la vue de tant de richesses avait fait naître, furent apaisés, le caractère de l’Indien reparut. 11 invitait les Texiens à entrer dans sa tente, et leur montrait des balles de plomb, en s’écriant: Polvora! polvora ! (de la poudre! de la poudre!) et, avec un geste significatif, il étalait aux yeux des visiteurs de belles peaux de daim et de buffalo parfaitement préparées.
Le drapeau que portait le vieux chef indiquait suffisamment que le traité de paix avait pleinement réussi; mais il ne devait pas être observé longtemps de la part des Comanches. Cette troupe, qu'on venait d'accueillir à San Felipe, volait, quelques jours après, tous les chevaux qu’elle rencontrait dans les environs de Béjar. Trois Texiens, entrainés par la passion des aventures, ou par le désir de gagner de l'argent et d'ouvrir de nouvelles voies au commerce, avaient suivi Les Indiens dans leurs sauvages retraites. Ces infortunés ne devaient jamais revoir leur patrie; l’un d’eux avait été assassiné longtemps avant que les sauvages eussent atteint leurs wigwams; quant aux deux autres, on n'en entendit plus parler.
Quelques autres tribus d’Indiens habitent les terres situées entre le San-Antonio et la rivière de la Vaca : ce sont les Tanxoways ou TARANKOWAIS, qui peuvent à peine mettre sous les armes une centaine de guerriers.
On voit aussi quelques peuplades de Cnérokis, dont le territoire se trouve aux environs des sources du Natchèz.
1 Frédéric Leclerc, Le Texas et sa révolution.
Dre
hd Koûis