ESQUIMAU
Esquimaldo.
Vers. :
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CR
LT eo, =
FEMME ESQUIMAUDE.
Muger esquimalda.
rable. Ils égorgent tous ceux qui tombent entre leurs mains, car la crainte leur a donné le principe de ne jamais faire de prisonniers. Ils se soumettent aux Knistenaux, qui sont bien moins nombreux.
La contrée qu'ils appellent leur pays n'a que très-peu de terre végétale; aussi ne produit-elle presque pas de bois ni d'herbe. Ce qu’on y trouve en quantité, c’est de la mousse que paissent les daims. Une autre espèce de mousse croit sur les rochers et sert d’aliment aux hommes. On la fait bouillir dans de l’eau, et en se dissolvant elle forme” une substance glutineuse assez nourrissante. Le poisson abonde dans les lacs des Chippeways, et des troupeaux de daims couvrent leurs collines. Mais, quoiqu’ils soient les plus clairvoyants et les plus économes des sauvages de l'Amérique septentrionale, ils ont beaucoup à souffrir de la disette en certaines années. , su,
Ils se prétendent les descendants d’un chien; aussi regardent-ils cet animal comme sacré. Ils se figurent le créateur du monde sous la figure d’un oiseau dont les yeux lancent des éclairs et dont la voix produit le tonnerre. Les idées d’un déluge et de la longue vie des premiers hommes leur sont héréditaires.
Les Chippeways, qui habitent le territoire du Missouri, sont plus doux, plus dociles que les Sioux. Avec plus de sang-froid et de résolution que ceux-ci dans les combats, ils y apportent plus de prudence et d'adresse. Ils ont d’ailleurs l'avantage de posséder des armes à feu. La calligraphie est remplacée chez eux par des hiéroglyphés sculptés en bois de cèdre ou de pin.
Les tribus désignées par Hearne sous le nom d’INDIENS pu Norb, et qui demeurent entre la rivière de Churchill, peuvent être considérés comme une branche des Chippeways. Ces Indiens du nord sont, en général, d’une taille moyenne, bien proportionnés et forts; mais ils manquent de cette activité, de cette souplesse si naturelles aux Indiens dont les tribus habitent les côtes méridionales et occidentales de la baie d'Hudson. La couleur de leur peau approche de celle du cuivre foncé. Leurs cheveux sont noirs, épais el lisses comme ceux des autres Indiens. À l'instar des Chippeways, ils prétendent devoir leur origine aux amours de la première femme avec un chien qui, la nuit, se transformait en un beau jeune homme.
La femme n’est chez eux qu’une espèce de bête de somme. Qu'on demande à un Indien du nord en quoi consiste la beauté, il répondra qu’une figure large et plate, de petits yeux, des joues creuses dont chacune offre trois ou quatre traits noirs, un front bas, un menton allongé, un nez gros et recourbé, un teint basané et une gorge pendante la constituent véritablement. Ces agréments augmentent beaucoup de prix lorsque celles qui les possèdent sont capables de préparer toutes sortes de peaux, d'en former des habits, de porter un poids de 100 à 140 livres en été, et d’en tirer un plus lourd en hiver. L'usage de la polygamie leur procure un plus grand nombre de ces servantes soumises, fidèles et même affectionnées. Lorsqu'ils ont reçu un affront quelconque, ils provoquent leur ennemi à une lutte; le meurtre est très-rare parmi eux. L'homme qui a versé le sang de son compatriote est abandonné par ses parents et ses amis; il est réduit à une vie errante, el dès qu’il sort de sa retraite, chacun s’écrie : « Voilà le meurtrier qui paraît! »
Les CrtHs : se rapprochent beaucoup des Assiniboins. Ils sont de haute taille, trèsvigoureux. Leurs mœurs sont, à peu de chose près, les mêmes que celles de ce dernier peuple, et leur costume en diffère bien peu. Ils portent les cheveux retombant droits sur les épaules, mais avec une touffe large et plate qui vient recouvrir les yeux, et qui, chez quelques-uns, descend jusqu’à la bouche; chez d’autres, les cheveux sont partagés
1 Cristinaux ou Knistenaux.
pe AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE. — ESQUIMAUX.
en plusieurs queues tressées. Ils se coiffent de bonnets de peau ornés de plumes; quelquefois ils y attachent la queue entière d’une poule des prairies. Beaucoup d’entre eux portent les gaines en cuir de leur fusil roulées sur la tête en forme de turban. Ils se peignent le visage en rouge avec des raies noires. Les hommes sont souvent taloués, et se couvrent, dans certaines circonstances, le corps d’une peau de loup dont la tête pend sur la poitrine et la queue traîne à terre. Parmi les fenmes, il ÿ en a de fort bien faites, et elles se teignent le corps d’une belle couleur rouge, avec la racine du galium tinclorium, et en noir avec l'écorce d’aune.
La terre de LABRADOR est une vaste péninsule découverte, en 1496, par les Portugais, qui la nommèrent Terra Labrador *, Gette contrée, de forme triangulaire, a d’un côté les côtes orientales de la baie d'Hudson qui en font partie, projette une de ses faces sur le détroit de Davis, et s'appuie avec la troisième sur le Canada et le golfe Saint- Laurent. |
Les Esquimaux ont peuplé toutes les côtes septentrionales et orientales de cette contrée ; ils vivent de la pêche. C’est parmi eux que les frères moraves ont fondé les trois colonies de Nain, d’Oxkaxk et de HOFFENTHAL ou Hopepaze. Lorsqu'ils y abordèrent, les Esquimaux avaient la coutume de tuer les orphelins et les veuves, pour ne pas les exposer à mourir de faim. Les missionnaires, après leur avoir enseigné diverses pratiques utiles pour la pêche, bâtirent un magasin où chacun püt conserver son superflu; ils les engagèrent à mettre de côté la dixième partie de leurs récoltes pour les veuves et les orphelins. Voilà comment on convertit véritablement les peuples!
Ils ont le visage plat, le nez court, les cheveux noirs et rudes, les mains et les pieds très-pelits, et diffèrent des indigènes de l’intérieur par la barbe, qui manque à ceux-ci. Leur nourriture consiste principalement en chair de phoque et de renne, et en poissons qu'ils mangent quelquefois crus et même dans un état de putréfaction.
Les vêtements des Esquimaux du Labrador consistent en une camisole à capuchon, des pantalons, des bas et des bottes en peau de phoque dont le poil est en dedans, du moins en hiver. Les femmes ont le même costume que les hommes, à l'exception de leurs bottes qui sont plus amples et de leur habit de dessus qui a une queue; elles ornent leur tête de petits objets en verroterie, ou d’un cercle en laiton brillant.
Les Esquimaux vivent, en été, dans des tentes de forme circulaire, construites avec des perches, couvertes de peaux cousues ensemble, et qu’ils transportent continuellement d’un lieu à un autre. Ils ont uñ grand nombre de chiens qui servent à tirer leurs traineaux, et dont la peau est quelquefois employée comme vêtement et la chair comme nourriture.
Ils sont adonnés à la polygamie; mais leur famille est, en général, peu nombreuse. Leurs armes sont la javeline, l’are et la flèche. Ils n’ont ni gouvernement ni lois. Un homme n’est regardé comme supérieur à un autre que lorsqu'il se fait remarquer par son Courage, sa force, ou le nombre des membres de sa famille.
Nain, le principal établissement des frères missionnaires moraves, est situé sur la côle orientale, vis-à-vis des îles Hillsborough ; il possède un port assez bien abrité.
Une tribu particulière habite les montagnes méridionales; malheureusement le mélange avec les Canadiens français en a effacé les traits avant qu'ils aient pu être examinés avec soin. Cette peuplade, qui a adopté le rit catholique, se nourrit de rennes et de gibier. On ne les appelle que les Montagnards. Une autre tribu, nommée les Escopics, habite la partie occidentale.
1 Terre du laboureur.
Le GROENLAND ;, contrée de l'Amérique septentrionale, dont on ne peut déterminer exactement les limites, paraît, d’après les explorations des navigateurs Parry, Ross et Graah dans la mer Polaire, être entièrement séparé du continent par cette mer, par celle de Baflin, par le détroit de Lancastre et par celui de Davis. L’Atlantique le baigne au sud-ouest et au sud-est, et l'océan Glacial arctique à l’est. Au nord et au nord-ouest ses bornes sont tout à fait inconnues; on présume cependant que sa longueur du nord
au sud est d'environ 600 lieues, et que sa largeur vers le 78° degré est de 300 lieues de l’est à l’ouest. Les habitants du Groenland, qui ont pris la place des anciens Islandais, paraissent être au nombre d'environ vingt et un mille, dont sept ou huit mille chrétiens. Ils appartiennent à la grande famille des Esquimaux.
Le Groenland n’est véritablement qu’un amas de rochers entremêlés d'immenses blocs de glaces, l’image réunie du chaos de l'hiver.
L'histoire d’un pays tel que le Groenland, à part les incidents de la découverte et de la colonisation, doit être à peu près nulle. Elle se borne à l’'énumération de quelques faits douloureux, tels que l'introduction de la pelite vérole, qui fit parmi ces pauvres gens des ravages épouvantables; des famines affreuses qui, à plusieurs reprises, décimèrent cette population infortunée, et quelques accidents météorologiques qui ont augmenté le nombre des pages lugubres de leurs annales.
Les GROENLANDAIS sont attachés si fortement aux croyances et aux usages de leurs pères, qu'ils répugnent infiniment à ouvrir les yeux à la lumière. Cependant aujourd’hui l’administration danoise régularisée suit un plan de colonisation propre à établir l’ordre et le bonheur; mais les anciens défauts et les nouveaux vices des Groenlandais y opposent de grands obstacles. Presque dépourvus de toute idée de religion et de lois, ils ne voient dans le culte qu’une cérémonie sans but, et dans les punitions que l'abus de la force. Le malfaiteur lui parait assez puni lorsque, dans une assemblée publique, il a été accablé de reproches. Les missionnaires ont avoué que la conversion des Groenlandais avançait lentement et n’influait que peu sur leurs idées morales. Depuis plusieurs années, les prédications des indigènes, élevés comme missionnaires, ont produit un heureux changement. Les frères moraves réussissent aussi singulièrement à frapper l'imagination de ces hommes simples, mais doués d’un esprit vif. L'administration commerciale, en introduisant le numéraire et même le papier-monnaie, leur a donné des notions nouvelles sur la propriété. Dans la partie méridionale, on leur a enseigné ‘ la tonnellerie et la construction des bateaux. Déjà ils oublient le nom de leur antique divinité, Torngarsouk, à laquelle ils n’ont jamais offert de culte, ainsi que la déesse malfaisante, sans nom, qui élait censée habiter un palais sous les flots, gardé par des chiens marins redoutables. Une sorte de philosophie s’est même glissée parmi eux, el il existe diverses opinions nouvelles sur la vie à venir et sur la transmigration des âmes. Les esprits forts groenlandais nient le paradis, où l’âme, dans une heureuse indolence, se nourrissait de têtes de chiens marins. Les sorciers-prêtres, nommés anghekok, et les enchanteurs malfaisants, nommées uliseets, perdent continuellement de leur influence. L'époque n’est peut-être pas très-éloignée où le sublime dévouement du vertueux Égède aura porté des fruits, et où une peuplade chrétienne et civilisée habitera cette mémo-
4 Ce mot danois signifie terre vertes
rable colonie, la plus boréale que les Européens aient fondée. Une gloire douce et pure récompensera alors le Danemark des sacrifices pécuniaires que lui a coùtés celle lutte contre les éléments, dans laquelle un zèle pieux et des souvenirs historiques l'ont Net sont petits, mais généralemeng bien faits. Ils ont la figure plate et large, les joues rondes et charnues; les yeux petits, noirs et sans feu ; la bouche étroite et ronde; la lèvre inférieure épaisse; les cheveux noirs, épais, longs et rudes ; presque pas de barbe, soit qu’elle ne croisse pas, soit qu'ils s’épilent avec soin ; les membres très-musculeux; la poitrine haute, les épaules larges, la main petite et potelée, de même que Île pied. Les femmes ont la taille remarquablement carrée, et les épaules aussi larges que les hommes. La couleur de ces indigènes est jaune verdâtre ; leur épiderme est d’un brun approchant du rouge clair; mais ce qui prouve que le brun n’est pas leur couleur naturelle, c’est que leurs enfants naissent blancs comme la plupart des Européens; ils acquièrent celte teinte d’abord par l'usage de la graisse et de l'huile dont ils se frottent continuellement le corps et le visage, ensuite par l'action de l’épaisse fumée que lhuile de leurs lampes répand dans leurs demeures.
Les Groenlandais exhalent par tous les pores une odeur repoussante. Comme ils ne se nourrissent guère que de chair de phoque, d'huile et de viande de baleine, et qu'ils manient continuellement les restes, souvent putréfiés, de ces animaux, leurs mains, leur bouche, leur haleine, et jusqu'à leur sueur, sont d’une puanteur affreuse. Le dimanche, lorsque plusieurs centaines de ces sales créatures sont entassées dans une église, c’est à peine si les missionnaires danois peuvent résister à l'action de l'atma* sphère empestée qui les environne. La respiration est gênée par les miasmes qui s'élèvent de cette multitude dégoûtante; et les exhalaisons de l'huile et de la graisse dont la lampe est garnie ajoutent singulièrement à ce supplice.
Les Esquimaux du Groenland sont intrépides, courageux et persévérants. Tel d'entre eux qui r’aura rien mangé depuis deux jours, ou qui n’aura pris pour toute nourriture qu'un peu de mousse de mer, ramera avec assurance dans son batelet, et le conduira sans crainte à travers les flots courroucés de l'Océan. Les femmes portent de pesants fardeaux, soit qu'elles aient pris leur nourriture habituelle, soit que la faim les dévore.
Naturellement tristes et silencieux, ces sauvages semblent presque constamment plongés dans une espèce de stupeur. Ils sont doux, paisibles, et d’un caractère sociable. Quoiqu'ils vivent dans un état de misère presque continuel, ils ne se trouvent pas malheureux; l'indépendance et une sécurité absolue pour leurs familles leur semblent une compensation suffisante. Ils ne sont ni querelleurs, ni rancuniers: quand ils voient des Européens se disputer, et quelquefois même se battre, ils s’étonnent de ces violences, et les attribuent à l'usage des liqueurs fortes : « Ils ont perdu l'esprit, disent-ils; la mauvaise eau les à rendus fous. » On dit qu’on ne les surprend jamais en flagrant délit de mensonge; toutefois, si l’on accuse un Groenlandais d’une mauvaise action, il ne l’avouera pas, de crainte de perdre, par un aveu sincère, l’estime de ses connaissances, dont il est éminemment jaloux.
Le caractère de ce peuple est difficile à définir. Il offre des contrastes étranges, des contradictions qu’on ne peut guère expliquer. S'ilestdouxethumain, d'unautre côté, il pousse quelquefois l'indifférence jusqu’à la cruauté. Par exemple, lorsque ces hommes voientun bateau prèsde fairenaufrage, ilsne portent pas secours au pêcheur en danger, s’ilne fait pas parle de leur compagnie. Toutefois, s'ils entendaient dans la barque des cris de femme ou d'enfants, ils ne balanceraient pas à se jeter à la mer pour les sauver. Il en est tout autrement lorsqu'ils partent plusieurs pour la pêche; alors tout est commun entre eux,
travail, péril, fatigue, misère et faim même ; ils ne se refusent jamais alors aucun service mutuel.
D’autres contradictions méritent d’être signalées pour bien faire cônnaître le naturel des Esquimaux du Groenland. Quoiqu'’ils soient généralement honnêtes, ils convoitent souvent les biens de leurs compatriotes, et se les approprient par les moyens les plus odieux. S'ils sont jaloux de la richesse de quelque voisin ou de son activité à se procurer les nécessités de la vie matérielle, ils ne prendront pas le parti de le. voler; ils iront l’attaquer en mer; ils renverseront son canot, ou lui lanceront un harpon par derrière, et l’abandonneront ainsi à la fureur des vagues. Enfin, quoiqu'’ils soient pacifiques et peu querelleurs, comme nous l'avons dit, ils n’en sont pas moins très-vindicatifs dans certaines circonstances. Ainsi, lorsqu'un homme a été assassiné, ses parents dissimulent leur ressentiment jusqu’à ce qu’ils trouvent l’occasion de venger le défunt ; cette occasion ne dût-elle se présenter que vingt ans après le crime, ils ne témoignent jusque-là au meurtrier ni haine ni colère. Si, un beau jour, ils rencontrent l'assassin dans l'intérieur du pays, ils le saisissent, lui reprochent son forfait, et le font mourir sous un las de pierres, ou le précipitent du haut d’un rocher. Quelquefois la fureur les porte à couper le malheureux par morceaux, et à manger son cœur, pour ôter, disent-ils, à ses parents le courage de venger sa mort. Ajoutons que la vengeance est héréditaire chez ce peuple, et se lègue comme un patriotisme, de génération en génération; elle passe même, à ce qu’il paraît, aux voisins, exceplé cependant lorsque le premier meurtrier a été un vagabond et un scélérat, méprisé de sa propre famille ; dans ce cas, personne ne cherche à le venger. |
Les mœurs et usages des Groenlandais se ressentent et de leur caractère généralement pacifique, et du climat dont ce peuple subit l'influence. Nous n’entrerons pas dans tous les détails que donnent à ce sujet les voyageurs et les chroniqueurs; nous nous bornerons à signaler les faits et les coutumes caractéristiques.
Le mariage est une affaire très-importante pour ces pauvres gens. C’est pour la plupart des femmes une question de vie ou de mort; car si l’homme auquel s’unit une jeune fille est incapable de la nourrir, ou s’il meurt, la malheureuse ne Larde pas à périr de faim et de froid, quand elle ne trouve pas une âme assez charitable pour la recueillir. Aussi voit-on souvent des filles nubiles qui craignent le mariage au point de s'enfuir dans les montagnes quand il'est question de leur donner un époux, et qui déclarent se vouer pour toujours au célibat, ce qu'elles expriment en se coupant les cheveux. Il paraît que les duègnes qui font, dans ces circonstances, l’office d’entremetteuses, se permettent quelquefois envers la jeune fille des violences qui ne sont pas désapprouvées par les parents. Les coups et les tortures sont les arguments ordinaires de ces furies, qui ont fort à cœur de gagner la récompense promise par le prétendu.
Point de cérémonie pour le mariage. Dès que tout est convenu, les parents unissent tout simplement et sans aucune Mennité les deux jeunes gens, et les installent dans leur hutte.
La polygamie est tolérée, mais uniquement dans un but de reproduction. Comme le plus grand déshonneur pour un Esquimau est de n'avoir pas d'enfants, celui qui est
assez riche pour nourrir plusieurs femmes a le droit d’avoir des concubines, mais seulement comme moyen de laisser une nombreuse postérilé; sa conduite serait sévèrement blämée si elle avait pour mobile le libertinage.
Au sujet de la polygamie et de ses conséquences morales, Égède fait une observation dont il importe de prendre note : « Avant l’arrivée des missionnaires, les femmes ne connaissaient pas la jalousie; mais depuis qu’elles savent que le christianisme prohibe la polygamie, elles ne supportent pas aussi facilement les infidélités de leurs maris. »
Hätons-nous d'ajouter toutefois que la meilleure harmonie règne dans la plupart des ménages groenlandais. Le divorce est en usage, et consiste dans l'expulsion pure et simple dé la femme, qui, en pareil cas, ne se sépare jamais de ses enfants.
Quand un Groenlandais perd sa femme, il cherche aussilôt à la remplacer. Quelques jours après l'avoir enterrée, il étale ses richesses à la vue de ses voisins; il affecte de se montrer lui-même plus qu’à l'ordinaire ; il fait parade de ses enfants; sa maison est ouverte à:tout le monde; il expose sa provision de poisson, son équipage de pêche et de chasse, en un mot tout ce qu’il possède. Cependant il ne convole en secondes noces qu'après un an de veuvage, à moins qu'il n’ait des enfants dont ses parents ne veulent pas prendre soin. Lorsqu'il a plus d’une femme, la seconde, par ordre de date, prend la place de la défunte. Ce qu'il y a de particulier, c’est que cette promotion par ordre d'ancienneté se fait avec les marques de la plus profonde tristesse de la part de fa seconde femme, malgré la joie qu'elle ressent au fond du cœur de cet événement.
Les Esquimaux aiment tendrement leurs enfants. Les mères ne les sèvrent qu’à trois ou quatre ans et les portent constamment sur leur dos, dans quelque lieu qu'elles aillent et à quelque travail qu’elles se livrent.
Les seules occupations des hommes sont la pêche et la chasse. Ils sont d’une habileté merveilleuse dans le premier de ces exercices. Pour frapper la baleine, ils se servent d’un javelot müuni d’une vessie de chien marin gonflée de vent; celte arme surnage toujours et empêche l'animal, une fois blessé, de rester longtemps sous l’eau. On retrouve cet instrument de pêche parmi les habitants sauvages de toute l'Amérique russe. Quant aux canots dans lesquels les Groenlandais s’aventurent sur la mer, leur construction révèle chez ce peuple une intelligence remarquable : ces canots ou kajaks sont des espèces de caisses faites de branches légères. Ils n’ont que cinquante centimètres de largeur, sur une longueur de quatre mètres, et on leur donne la forme d'une navette. Ils sont exactement couverts de peau dans la partie supérieure, ordinairement creuse. Au centre est pratiquée une ouverture circulaire; au cerceau de bois qui la forme, est attachée une peau qui, au moyen d’une courroie, se resserre comme une bourse. C’est dans ce trou que se place le pêcheur ; il est muni d’un simple aviron trèsmince, long d’un mètre et demi, et s'élargissant à ses extrémités. En ramant à droite et à gauche allernativement, le Groenlandais, porté par cet appareil rempli d’aïr atmosphérique, s'élance hardiment au milieu des-vagues les plus effrayantes, sans courir plus de danger que n’en courent les cachalots et les phoques, dont il est en quelque sorte devenu le rival, en se faisant homme-poisson. Il est surprenant que cette ingénieuse invention, commune, du reste, à toutes les tribus sauvages de l'Amérique septentrionale, n’ait pas été imitée en Europe pour le service des côtes et l’usage de la pêche. Elle n’a été mise à profit que par quelques pilotes norwégiens et danois.
Aux femmes groenlandaises sont dévolus, non-seulement tous les soins du ménage, mais encore l'entretien des vêtements de leurs maris, el des corvées très-fatigantes, telles que le transport des animaux pêchés ou tués à li chasse par les hommes. Leur condition est généralement fort douloureuse, surtout quand elles viennent à perdre leurs époux.
Les Groenlandais se visitent pendant l'hiver, et viennent les uns chez les autres quelquefois de très-loin. Les visiteurs sont toujours accueillis avec empressement el régalés à la manière du pays. Malgré les cérémonies qu'ils font, pour ne point paraître affamés, ils se laissent bourrer d'aliments grossiers avec une complaisance exemplaire. Le hareng Salé, la chair de phoque séchée; le mitriack, qui n’est autre chose que du chien marin à moitié pourri; les queues de baleine, mets réputé très-succulent; la viande de renne: les müres sauvages trempées dans le sang de cet animal ou dans l'huile
de cachalot, tels sont les aliments ordinaires que les Esquimaux servent sur leur table. Cependant on n'aurait pas une idée complète des usages culinaires de ce peuple, si nous n’entrions pas à cet égard dans quelques détails indispensables.
Le premier soin des pêcheurs, dès qu’ils ont pris un phoque, est de sucer la plaie qu’ils lui ont faite, pour étancher le sang qui en sort; on verse ensuite ce sang dans des pots et on le conserve précieusement pour en apprêter diverses viandes; c’est le seul coulis en usage. La tête et les pieds de l’animal se conservent sous l’herbe pendant la belle saison; le corps reste sous la neige durant l'hiver; les côtes sont séchées à l’äir et mangées telles quelles. Peu importe à ces appétits gloutons que la viande qu’ils exhument au fur et à mesure de leurs besoins soit gelée ou putréfiée; ils ne la mangent pas avec moins de plaisir et d’avidité. Du sang de chien marin ou de l’huile mêlée avec de l’eau de mer pour tout assaisonnement, telle est la sauce en usage. Le Groenlandais ne dédaigne pas non plus le ventre des jeunes animaux; la seule préparation qu'il fasse subir à ces débris infects, est de presser fortement les intestins entre ses doigts pour en faire sortir la fiente, Celle que contiennent les boyaux de renne est pour eux un régal. Ils en font des présents à leurs meilleurs amis. [ls n’estiment pas moins la fiente de perdrix et l'huile fraîche de baleine. Mais les deux mets les plus recherchés par ces barbares sont les deux suivants : le premier consiste en une pâte composée d'œufs, de graines de genièvre et de racine d’angélique battus avec de l'huile de poisson dans une vessie de phoque; le second, qu’on ne trouve que chez les habitants les plus riches et les plus gourmets, est un mélange de graisse d’ailerons d’oies sauvages et de chien de mer. On a dit que les Groenlandais mangeaient de la viande crue; cela n’est vrai qu'exceptionnellement : par exemple, quand ils ont tué un renne, ils enlèvent un morceau de sa chair et le dévorent encore tout palpitant, en l’arrosant de sang chaud ; mais on croit que c’est là un acte purement religieux.
Les Groenlandais prennent leurs repas de la manière la plus dégoûtante. Rarement les femmes se donnent la peine de laver les plats et les marmites; les chiens sont chargés de ce soin, et on n’y regarde pas après eux. Les plats consistent en petites planches de bois sans rebords; ils y déposent leur viande et leur poisson, après avoir avalé la sauce dans laquelle ces aliments ont été cuits. Pour manger le poisson de moyenre grosseur, tel que le hareng, ils en enfoncent un tout entier dans leur gosier, et coupent ce qui passe hors de la bouche. Tout ce qui a pu entrer est englouti dans leur insatiable estomac. Quant à la viande, ils la dépècent à belles dents, en la tenant à pleines mains. Leur couteau ne leur sert guère que de serviette; ils en nettoient leurs dents, ils en raclent leurs mains, ils en frottent même leurs lèvres huileuses. Lorsqu'ils veuleht traiter un Européen, ils lèchent très-soigneusement le morceau qu'ils lui destinent, afin de le débarrasser de la graisse et de la sauce qui y restent attachées en sortant du chaudron; ils le présentent ensuite à l'étranger, qui ne saurait le refuser sans faire à ses hôtes un véritable affront.
Les hommes mangent en particulier; mais les femmes n’y perdent rien; elles ont un appétit tout aussi vorace, et empiètent souvent sur la portion du mari. Leur plus grand plaisir est de voir leurs enfants se remplir de nourriture au point d’en être suffoqués. Quand ils ne peuvent plus avaler, elles les roulent à terre, et leur pressent le ventre, dans le but d'y faire place à de nouveaux aliments.
La gloutonnerie des Groenlandais est telle, qu’ils consomment fréquemment toute leur provision d'hiver dans les premiers mois de la mauvaise saison. Aussi, quand le temps ou un accident quelconque les empêche d'aller à la chasse et à la pêche, sont-ils réduits aux plus cruelles extrémités. Quelquefois ils sont obligés, pour ne pas mourir de faim, eux et leur famille, de dévorer le cuir de leurs chaussures, les peaux qui
couvrent leurs tentes d'été, et de tuer, pour les manger, les chiens qu’ils attellent à leurs traineaux. Rien de comparable à la misère de ces pauvres gens dans ces périodes de disette; il en est qui meurent d’inanition, quand la charité de leurs voisins ne vient pas à leur aide.
Quelques détails sur les habitations et le costume des Groenlandais compléteront cette esquisse d’un peuple encore peu connu en Europe.
Les Esquimaux habitent, pendant l'été, des tentes couvertes de peaux de phoques; en hiver, des huttes dans lesquelles ils bravent le froid et les tempêtes. Ces huttes sont construites en pierres superposées les unes au-dessus des autres, en terre, en mousse, en pièces de bois et en ossements de baleine. Un corridor assez spacieux, ménagé à l'entrée, forme une espèce de voûte dans laquelle l’air extérieur pénètre, et renouvelle celui de la hutte sans y apporter ni le vent ni le froid. Ce passage ou couloir est si bas, qu'on ne peut le parcourir qu’en se traînant sur les genoux et sur les mains, et c’est ainsi qu’on parvient à la retraite ou plutôt à la tanière de la famille groenlandaise. Des peaux tendues contre les parois de la cabane préservent de l'humidité; d’autres suspendues à des traverses divisent la demeure en compartiments, dont chacun est habité par un ménage; quelquefois dix familles sont réunies sous le même toit. Desimples bancs servent de lits; les hommes s’y tiennent, pendant le jour, les jambes pendantes, et les femmes assises à la manière des Orientaux. Point de fenêtres, ni de cheminées. La partie antérieure de la hutte est seule éclairée par une ouverture à laquelle est adaptée une membrane transparente provenant d'un intestin de poisson. L'absence de cheminée se comprendra aisément quand on saura que la flamme d’une lampe est, pour chaque famille, le seul mode de chauffage. Cette lampe dont la mèche est d’une mousse très-fine éclaire tout l'appartement. Elle produit en même temps une chaleur telle, qu’elle fait bouillir un chaudron immense contenant tout le repas de la famille, et qu’elle maintient la température à un degré aussi élevé que celui qu’on pourrait obtenir du meilleur poële d'Allemagne. On peut se faire une idée de la puanteur insupportable que répandent dans ces sales habitations la cuisson des aliments, la fonte de la graisse et de l'huile, l'haleine d’une dizaine d'individus, les peaux mal écorchées qui tapissent les murs, la fumée des lampes, les déjections des enfants, et l'urine que les grandes personnes ne se font pas faute de répandre dans tous les coins de l’appartement.
Le phoque, si utile à l’Esquimau pour la nourriture qu’il lui procure, l'huile qu’il produit, et les ustensiles que fournissent ses ossements et ses dents, offre encore à ce peuple un vêtement chaud et imperméable. Plusieurs peaux de ces animaux, jointes à la dépouille du renne, sont cousues en manière de robes, et forment un surtout merveilleusement propre à amortir les atteintes d’un froid glacial; ce surtout est muni d'un capuchon destiné à protéger la tête et le visage. La culotte, les bas et les souliers, ou plutôt les sandales, sont aussi faits de peaux de chiens marins. La chemise est de drap ou de toile de coton; quelquefois elle consiste en un assemblage de peaux d'oiseaux de mer, dont le plumage, tourné en dedans, entretient sur le corps une chaleur constante.
L'habit de mer se compose d’un manteau de peaux artistement unies, du gilet et du pantalon ordinaire; il est complété par une chemise imperméable faite avec des membranes provenant d'intestins de phoque.
L'habit de pêche consiste en un seul vêtement formé de la veste, de la culotte, des. bas et des souliers, le tout fait d’une pièce, s’adaptant parfaitement au corps, et si bien Cousu, qué l’eau ne saurait parvenir à traverser cette solide enveloppe. Une petite ouverture est ménagée à la hauteur de la poitrine, et sert, dit-on, à introduire la quanlité d'air nécessaire pour soutenir l'Esquimau dans l’eau de mer et l'empêcher de se
noyer. Après l'introduction de l'air, le trou est fermé au moyen d’une cheville de bois. Ainsi entouré d’une espèce de vessie gonflée qui le fait surnager, le pêcheur groenlandais peut poursuivre le phoque en s’élançant après lui dans les flots, où il ne craint pas de trouver la mort.
Le costume des femmes est à peu près semblable à celui des hommes. Elles portent aussi caleçon et culotte. Les jeunes filles, pour attirer les maris, se tracent sur le visage des lignes de couleur qui forment l’ornement le plus estimé de leurs adorateurs. Elles portent les cheveux longs et relevés sur-la têle, tandis que les hommes les tiennent courts.
Un mot seulement sur la langue de ce peuple. Les voyageurs et le missionnaire Égède, qui a écrit un dictionnaire et une grammaire groenlandaise, disent que cette langue est remarquable par la richesse de ses formes grammaticales. Malte-Brun, qui a étudié ces deux documents philologiques, a remarqué queles particules et les inflexions étaient aussi nombreuses dans cet idiome que dans le grec; mais comme il est de règle d'intercaler toutes les parties du discours dans le verbe, il en résulte des mots d’une longueur extraordinaire. Les consonnes r, 4 et t dominent et produisent, par leur accumulation, des sons désagréables par leur rudesse. Ce fait est assez singulier, vu l'aptitude des Esquimaux pour la musique et la justesse d'oreille qui les distingue. Les femmes, comme chez les Caraïbes, ont des mots et des inflexions de voix dont elles seules peuvent se servir.