‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 3)Chapitre 110 sur 146 · ÉTATS DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

ÉTATS DE L'ÉGLISE

Les États de l'Église, appelés aussi États romains et États du pape, confinent : au nord, au royaume lombardo-vénitien et à la mer Adriatique; à l’est, à cette mer et au royaume des Deux-Siciles; au sud, à ce même royaume, à la Méditerranée et au grand-duché de Toscane; à l’ouest, à ce grand-duché et au duché de Modène.

Ces États comprennent : tous les ci-devant États du pape, moins le comté d'Avignon avec ses dépendances cédé à la France, et quelques fractions du Ferrarais dont la cession a été faite à l'Angleterre.

Le climat de ce pays est extrêmement doux, principalement vers le nord, où il est semblable à celui de la Lombardie; sur les côtes méridionales, exposées à la funeste influence du sirocco, la chaleur est tempérée par les brises de la mer et par les vents qui viennent des montagnes. Dans les Apennins, l'hiver commence dès la mioctobre et dure jusqu’en avril, mais l’air y est sain; les exhalaisons méphitiques des * marécages qui existent, sur plusieurs points des côtes, produisent, des maladies contagieuses. |

Le sol est généralement fertile; l’ancienne marche d'Ancône surtout se fait remarquer par sa fécondité. Malheureusement l’agriculture est négligée presque partout, et il n’est pas rare de voir des étendues très-considérables de terrain incultes et désertes, en sorte que cette partie de l'Italie, qui pourrait fournir à l'exportation beaucoup de céréales de toutes espèces, n’en produit guère que pour sa consommation.

Le gouvernement des États de l'Église est monarchique. Le pape en a la souveraineté absolue au spirituel et au temporel ; les lois fondamentales, il est vrai, donnent aux cardinaux quelque part au gouvernement, mais un pape habile sait y mettre des bornes. Les principales fonctions remplies par des cardinaux sont celles de camerlingue, ou de ministre des finances, chargé de l'administration des revenus de l'État et de présider la chambre apostolique : celles de secrétaire d'Etat, dont les attributions analogues à celles du ministre des affaires étrangères consistent à correspondre avec les nonces et les légats; celles de dataire, chargé de la nomination aux bénéfices, des dispenses et des annates; celles de vicaire, qui, outre les fonctions épiscopales qu’il exerce dans Rome, remplit celles de ministre de la police, et qui est chargé de tout ce qui regarde les mœurs, la conduite des filles publiques et les affaires relatives aux juifs ; celles de chancelier, dont le titre indique suffisamment les fonctions ; celles d’auditeur , qui a dans son département la justice, les affaires contentieuses et l'examen de ceux que l’on propose pour l’épiscopat; enfin celles de secrétaire des brefs, chargé de l'expédition de toutes les dispenses. |

Le principal collége par lequel les affaires sont administrées , est le consistoire de Rome, qui se compose des cardinaux; les colléges subalternes sont les congrégations . Présidées par un cardinal, et dénommées d’après le genre d’affaires dont elles’ ont à

s’occuper : telles sont les congrégations consistoriales de l’index, de l’inquisition, de la propagande, etc.

Bien que l'exemple de l'administration française ait donné lieu à d'importantes réformes dans les lois, la justice et les finances , il reste encore tant à faire sous ce rapport, qu'il est à craindre que les papes ne parviennent jamais à établir dans leurs États la pureté de mœurs, l’industrie et l'aisance dont les peuples soumis au saint-siége seraient sans doute susceptibles sous un autre régime.

Le territoire de l’Église est divisé en quatorze parties sous les noms de délégations et de légalions, à l'exception du territoire de Rome qui a le titre de comarca.

Pour juger du gouvernement et des mœurs des États de l’Église il n’est pas nécessaire de parcourir le pays : la capitale peut en donner une idée suffisante pour les faire apprécier.

« A Rome, dit un savant écrivain, la viehabituelle est une espèce de long carême, tant on s’acquitte avec ponctualité des devoirs extérieurs de la religion. Cette grande cité, qui pourrait contenir facilement trois fois plus d'habitants qu’elle n’en renferme, est d’un aspect triste que rendent encore plus frappant ses places spacieuses, ses rues larges et sans mouvement, les ecclésiastiques et les religieux de tous les ordres qu’on y rencontre, et les ruines majestueuses que l'on y aperçoit à chaque pas. Il n’est pas jusqu'aux marchés qui ne présentent le même calme. Mais ce silence se change tout à coup en une joie bruyante à l’époque du carnaval; Rome n’est plus la même ville, tant elle acquiert d'activité : tous Les rangs sont alors confondus, tous les temples deviennent déserts, et les rues peuvent à peine contenir une population qui s’empresse de quitter ses habitations pour courir après la joie et le plaisir. On voit pendant ces jours de folie de jeunes abbés, de graves magistrats, des prélats même, se couvrir d’un costume et d’un masque, et courir les aventures qui ne manquent point de se présenter; car chez les deux sexes, chacun les cherche, persuadé que quelques moments d’erreurs seront facilement expiés par les pénitences et les saintes privations du carême. La cour devient le rendez-vous d’une foule tumultueuse, les équipages s’y succèdent sur deux files, les balcons sont couverts de tentures, une pluie de dragées couvre les piétons et les équipages, aux acclamations d’un peuple de masques de toutes couleurs. A un signal donné, le milieu du Cours devient libre; une foule de chevaux en liberté, mais aiguillonnés par des plaques garnies de pointes, et par une mèche allumée que lon a la barbarie de leur introduire entre cuir et chair, s’élancent de la place du Peuple et parcourent l’espace, moins pour remporter le prix de la course que pour fuir les instruments de douleur qui les pressent. Aux folies du carnaval, qui rappellent les lupercales de l’antique Rome, succèdent le soir du mardi gras les moccoletti, petites bougies allumées dont chacun porte un faisceau, et avec lesquelles on se poursuit pour les faire éteindre ou les rallumer. Les équipages qui n’en seraient point pourvus seraient arrêlés et forcés par la foule à s’en munir. Cette coutume est un reste de la fête que l’on célébrait en l'honneur de Cérès, cherchant sa fille Proserpine.

>» Dans un pays infesté de brigands avec lesquels le gouvernement transige au lieu de les soumettre, on doit croire que la police est aveugle ou sans vigilance; cependant il en est peu où elle soit mieux faite qu’à Rome: pointderixes, point de vols, de ces petits brigandages si communs dans les villes populeuses, et qui, au sein de la foule, font disparaitre les mouchoirs et les montres. Il y est bien quelquefois question de quelques coups de stylet, mais ils sont toujours provoqués par la jalousie et non par la cupidité. Les rues de Rome ne sont point souillées par ces êtres dégradés, tolérés partout comme une lèpre nécessaire, et dont la vue est un sujet de tentation pour le vice, de scandale pour la vertu : les filles publiques en sont impitoyablement proscrites, ou du moins

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