PAYSAN CALABRAIS
sur les places publiques; mais le plus souvent à s’adonner au vol, dont ils s’acquittent avec beaucoup de dextérité. Les femmes parcourent le pays en disant la bonne aventure. Sans demeures fixes, habitant sous des tentes où ils s’entassent pêle-mêle, hommes, femmes, enfants el animaux, ils ne contractent jamais d’alliance avec les Calabrais et se marient toujours entre eux. On dit qu’il est difficile de se faire une idée de leur ignorance et de la dissolution de leurs mœurs. Leur idiome particulier indique par certains mots une origine orientale, mais ils parlent aussi l'italien; leur religion est un mélange de pratiques superstitieuses et de croyances chrétiennes : ils admettent la divinité de Jésus-Christ, mais n’ont aucune vénération pour la Vierge. Ils se conforment volontiers aux cérémonies catholiques pour les mariages, les enterrements, les baptêmes; mais lorsqu'ils ont quelques difficultés avec les ministres du culte, ils ne se font point scrupule de se passer de leur ministère, et alors ils y suppléent par des cérémonies qui rappellent celles du paganisme.
Dans le royaume de Naples, les manufactures ont fait peu de progrès et se sont peu mullipliées : les principales sont celles de soie, qui ne consomment pas la moitié de la récolte. Dans les provinces de l’est, on fabrique des mousselines et d’autres étoffes de coton. En général, les autres articles, tels que les couvertures de coton de Nardo et de Galatona, la poterie de Teramo et la plupart des produits de la capitale, sont encore peu importants. La navigation et le commerce sont restreints : l'exportation est réduite aux produits bruts du territoire, tels que huile, soie, laine, fruits, et une petite quantité de blé, de vin et de coton; les importations, beaucoup plus variées, consistent en denrées coloniales, épiceries, drogueries, lainages, tuiles, tissus de coton de diverses espèces , pendules, montres, bijoux, meubles , poissons salés, etc.
La ville de NapLes est la capitale du royaume de ce nom. Lorsqu'on voit se dérouler le riche panorama qu'offrent les environs de cette ville, on ne peut s'empêcher de dire avec le Napolitain : « Voir Naples et mourir! » Les quais, animés par la foule qui se presse, annoncent une ville populeuse. Lorsqu'on la parcourt, on voit partout régner une très-grande activité; mais c’est dans la rue de Tolède qu’on s’en fait une juste idée. Aucune rue dans Paris ne présente autant de confusion, ne retentit d'autant de fracas ; trois cents chars, aux essieux dorés, la traversent aussi prompts que l'éclair, et s’y croisent en tous sens, sans s'inquiéter s’ils trouveront un passage. Il semble voir le soc d’une charrue qui creuse un sillon, et jette doucement la glèbe de chaque côté, car personne ne bouge, et jamais aucun accident n'arrive : Le Napolitain pressent l'arrivée du char, détourne légèrement l'épaule, et reprend ensuite sa première position. La rue de Tolède est de toutes les rues celle où se passent les scènes les plus bizarres : c’est une foire perpétuelle. L’Aquaiolo y distribue sa boisson rafraichissante et glacée; le lazzarone y vend ses figues; le bateleur y dresse ses tréteaux, et, mélant dans ses parades le sacré et le profane, donne à ses auditeurs une idée des béatitudes du paradis, par le plaisir qu’ils éprouvent à manger du macaroni. Quelquefois, au milieu de la foule, un convoi s’avance processionnellement avec tout l'appareil d’un triomphe, car le coffre qui renferme la bière dépositaire du cadavre est éblouissant d’or et de sculpture, et repose sur une estrade revêtue d’un riche tapis.
Les Napolitains seremuent et se tourmentent sans rien faire, comme ils se querellent et se menacent avec fureur, sans jamais en venir aux mains. Il règne dans la dernière classe de Naples un sentiment de haine très-prononcé contre ceux qui tiennent la balance de la justice. Rouez de coups de canne un filou qui vous met la main dans la poche, le peuple approuvera la correction : conduisez-le au corps de garde , il murmurera. Un crime est-il commis, on plaint la victime; l'assassin est-il arrêté, c’est lui qui excile la pitié. Que l’on ne confonde point dans ces traits caractéristiques la pitié
pour l’homme qui ne peut manquer de subir son châtiment, avec cette sorte de haine jalouse que le peuple a souvent pour les classes riches.
Les lazzaroni du port {semblent avoir renoncé à leur ancienne paresse : ilssont actifs et fort occupés. Depuis longtemps ils ont abandonné la sauvage nudité qui leur avait valu le nom de lazzuri (lazares) ; ils portent une chemise, un calecon de toile; et, quand il fait froid, un long gilet à manches et à capuchon, de grosse étoffe brune; ils ne campent plus perpétuellement, comme jadis; ils sont locataires, paroissiens, et ils n’ont plus enfin tout ce pittoresque qu’avaient observé et peint spirituellement mesdames de Genlis et de Staël. Ces hommes, qui, pour la valeur de quinze centimes, se procurent autant de macaroni qu'ils peuvent en manger, qui, pour deux liards, s’abreuvent d’eau glacée, ont facilement gagné de quoi satisfaire les besoins les plus impérieux. Cette portion du peuple, désœuvrée par goût et soumise par paresse, ne trouble point la tranquillité d’une ville où la police ne fait presque rien pour la sûreté publique.
La glace est de première nécessité à Naples ; on a dit qu’un jour sans glace ferait soulever le peuple napolitain ; cette assertion est moins exagérée qu on ne le pourrait croire; aussi le gouvernement met tous ses soins à la tenir à bas prix.
Le vol ne se pratique plus à Naples avec cette hardiesse originale qui donnait une si grande réputation à la rue de Tolède; mais le Napolitain a un tel goût naturel pour le Don d'autrui, qu’il n’a pu se guérir Det à fait : les filous, poursuivis et traqués de toutes parts, se sont rabattus sur les foulards, qui, en quelque sorte, leur sont abandonnés jusqu’à nouvel ordre, et ils exploitent avec acharnement cette proie, la seule qui leur soit encore permise. Grâce aux mesures énergiques qui ont été prises, les attaques nocturnes ont déjà presque complétement cessé.
Dans cette ville, la mendicité prend toutes les formes pour tromper les étrangers ou pour émouvoir les passants.
L'orgueil et la vanité, dans les classes au-dessus du commun, sont le mobile de toutes les actions : les femmes, dit M. Simond dans son Voyage en Italie, ne vont point à pied, et celles qui n'ont point d'équipage restent chez elles ; les dames du bon ton se font accompagner à l'église par un valet à livrée, qui porte les heures et le coussin: celles qui n’ont point de domestique en louent un, et l’on assure même que des maris complaisants ont quelquefois, par économie, endossé la livrée afin de faire passer leurs femmes pour des dames dé qualité. Les riches font remarquer leur luxe dans l'élégance des équipages et dans le nombre et la beauté de leurs chevaux. Quant aux mœurs, ajoute M. Simond, les hautes classes ne paraissent point chercher à sacrifier la réalité aux apparences : une femme parle avec autant d’indifférence de ses liaisons, de ses intrigues que de ses devoirs, et de ses amants que de son mari.
On trouve dans les beaux quartiers l'éclairage au gaz, de beaux magasins, enfin tout le luxe d’une capitale. Tous les métiers s’exercent en plein air; des milliers d’ouvriers travaillent au milieu de la rue. Les marchands d’eau glacée, avec leur petit tonneau et leur comptoir mobile, se montrent partout. Partout on rencontre de longues tables, chargées de fruits au plus bas prix, et qui paraissent très-fréquentées par les consommateurs. Le bien-être et la bonne humeur respirent sur tous les visages. Les rues ont un air de propreté qui charme; elles sont parfaitement pavées.
Naples est le pays de l'Europe où la vie est la plus facile, le ciel le plus affable, le plaisir le plus naturel.
Les bénédictins du mont Cassin étaient jadis propriétaires et seigneurs de toutes les terres environnantes ; aujourd'hui ces terres appartiennent à la couronne, et les environs de l'abbaye sont infectés de brigands. Les cadavres suspendus de distance en
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