‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 3)Chapitre 129 sur 146 · REZ · texte numérisé non relu

REZ

IAJO DE JÉ

Mexique.)

FAP

s'explique comment Saragosse, située dans une plaine, sans murailles, sans fossés , dominée par l’éminence du Torrero qui était au pouvoir des Français, put soutenir contre leurs armées deux siéges dont le second dura soixante-deux jours. Les passions des Aragonais s’allument vite et s’éteignent lentement; leur opiniâtreté, comme celle des Biscayens , est proverbiale. Pour en donner une idée, on représente ordinairement le Biscayen enfonçant un clou dans un mur avec sa tête; mais l’Aragonais, lui, enfonce la tête du clou dans Le mur en frappant du front contre la pointe.

La beauté des Aragonaises n’est pas renommée comme celle des Andalouses et des Valenciennes , et pourtant il est impossible de ne pas admirer le genre de beauté qui leur est particulier et auquel les yeux, dans nos climats septentrionaux, ne sont pas habitués. Ce qui frappe dans les Aragonaises, c’est la richesse et l’ardeur de la constitution, la pureté du teint, le feu des yeux qui brillent sous leurs mantilles noires ; Car par une singularité digne de remarque, le noir est, dans ce climat brûlant, la seule couleur portée par les femmes dont la contagion des modes françaises n’a pas encore défiguré le costume. Ce voile noir, posé sur la tête nue, et tombant sur les épaules et sur les bras, a quelque chose de monastique qui donne aux jeunes femmes un air de nonnes agitées de passions profanes, et aux vieilles un air de prophétesses et de sibylles qui parle à l'imagination.

Les habitants de Saragosse portent sous leur manteau noir ou brun un simple justaucorps sans Collet ni cravate. La seule chose qui distingue les individus des diverses classes, c’est le plus ou le moins de finesse dans l’étoffe du manteau. En été, les plus riches le portent en soie et le placent de manière à laisser une épaule découverte avec l'habit et la belle dentelle dont est brodé le col de leur chemise. La même simplicité règne dans le vêtement des femmes. Les villageoises se font néanmoins remarquer par une espèce de collerette de toile fine et plissée, qui remonte jusqu’à la moitié de leur Lête en s’élargissant comme le calice d’une fleur : usage qu'on prétend avoir pris naissance dès le temps de la reine Isabelle 1re. Les paysans portent pour coiffureun bonnet de feutre ou de laine en forme de calotte, et pour vêtement une espèce d’habit assez semblable à la dalmatique de nos diacres. Leur chaussure s'attache à la jambe avec des cordons qui se croisent jusqu’au genou.

En Biscaye, les nobles forment presque la moitié de la population; et en général cette classe d'hommes, appelés hidalgos, n’est nulle part aussi nombreuse que dans cette province.

Les Biscayens, qui descendent des anciens Cantabres, ont un dialecte qui leur est propre.

La civilisation n’a pas beaucoup altéré leur caractère national; ils ont le teint brun, la physionomie animée, le regard vif, l'air riant et ouvert, et de la vivacité dans les mouvements; ils aiment le vin et la bonne chère, et s’écartent à cet égard de la sobriété des autres Espagnols.

L'habillement des gens de la ville ne diffère point de celui du reste de la nation, et ils suivent par conséquent les modes généralement usitées en Europe. Mais les habitants de la campagne conservent encore leur antique simplicité. Les hommes portent des calecons de toile blanchâtre, un bonnet de laine, qui ressemble tantôt à la calotte des Catalans, tantôt à la montera des habitants de Murcie et de l’Andalousie, un justaucorps rouge, large, court et ouvert, etenfin un grand chapeau de laine. Le vêtement des villageoises ne diffère guère de celui des autres pays dont nous avons parlé plus haut, si ce n’est que les femmes mariées se ceignent la tête d’un mouchoir de toile ou de mousseline, qu’elles s’attachent sur le bout de la tête, et dont elles laissent retomber les bouts en arrière. Elles sont robustes et accoutumées à la fatigue, n’ont pour tout vêle-

ment qu’une jupe très-courte, et vont sans bas, sans souliers et les bras nus jusqu'aux épaules. Elles font les batelières, portent de pesants fardeaux, travaillent à la campagne, exercent les métiers les plus pénibles, et le plus souvent finissent la ; Journée par des danses au son du tambourin, dans lesquelles elles se tiennent toutes par la main.

Les habitants de la Vieille-Castille sont extrêmement dévots, peut-être à cause du grand nombre de couvents et d’églises qui se trouvent dans cette province.

Ils sont en outre plus graves et plus taciturnes que les autres Espagnols. Pauvres pour la plupart, ils n’ont pas cet air de tranquillité intérieure que donne ordinairement l’aisance, Toujours réservés, ils semblent dans tous leurs discours peser leurs paroles, donner une grande importance aux moindres de leurs actions, et font tout avec une lenteur insupportable. La jalousie et la vengeance sont les passions dominantes dans les deux sexes, et les crimes les plus atroces ne leur coûtent rien pour les satisfaire. Mais ce qui doit paraitre extravagant, c’est qu'en même temps qu'ils méditent la mort de quelqu'un, ils font des neuvaines et des prières aux saints et pour les âmes du purgatoire, baisant les reliques et n’omettant aucun acte de dévotion, dans la vue d'intéresser le ciel au succès de leur projet.

L'habillement des gens de la ville n’y diffère guère encore de celui des habitants de Madrid, et il suit également les caprices des modes européennes. On sait que le costume des dames espagnoles en général, était autrefois d’une magnificence extraordinaire pour la quantité d’ornements en argent, en or et en pierreries dont il était enrichi. Les Castillanes conservent encore une image de cette magnificence dans les pierreries et les perles fausses dont elles se font de larges chaînes, qu’elles s’attachent à un des côtés. Elles ne portent point de colliers, mais seulement des bracelets, des anneaux et des pendants d'une forme bizarre, si larges et si pesants, que le bout de l'oreille court risque quelquefois d'en être déchiré. Elles mettent beaucoup d’ostentation dans leur habillement de deuil, qui est fait de laine noire, et par-dessus lequel elles portent un manteau de soie de la même couleur, et qui leur descend jusqu'aux pieds; elles se couvrent, en outre, la tête d'un morceau de mousseline noire, qui leur tombe sur la poitrine et leur cache les cheveux et le visage. Durant la Premiere année de leur veuvage, elles habitent une chambre toute tapissée en noir, où il n’entre pas un rayon de lumière du dehors.

L'ancien costume des montagnards n'a poilsé varié. Les femmes portent un corps de jupe brun, qui est étroit autour du cou, avec des manches tailladées jusqu'au coude, et qui se serrent au poignet : une large ceinture de laine les étreint au-dessous du sein; elles ont pour coiffure une montera de feutre, et leurs cheveux retombent en longues tresses derrière leur tête. Les hommes ont aussi conservé l'habillement des anciens Cantabres, qui consiste en un chapeau pyramidal, un justaucorps court et étroit, un collier, de larges calecons et une espèce de guêtres de drap qui se serrent avec des boutons.

L'activité, l’industrie, le courage et la fermeté forment le caractère des Catalans. Leur vivacité naturelle les tient toujours en mouvement; et jointe à ses autres qualités, elle les rend capables de grandes entreprises, comme ils l’ont prouvé dans la guerre contre Napoléon. Aussi constants dans leur affection que dans leur haine, il n’est pas de sacrifice auquel ils ne se soumettent pour la patrie et pour le prince qui a su gagner leur bienveillance. À un esprit martial, accompagné de galanterie, ils allient une extrême dévotion, qu’ils font paraître particulièrement dans leurs processions, dans leurs pèlerinages et dans toutes les cérémonies du culte intérieur ; il n’y a pas encore longtemps que les amants chez eux aimaient à se faire voir chargés de chaînes, et même à se fusliger jusqu’au sang sous les fenêtres de leurs maîtresses.

Page 1