‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 3)Chapitre 130 sur 146 · HABITANT DE LA MURCIE · texte numérisé non relu

HABITANT DE LA MURCIE

(Espagne.)

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Ils parlent un dialecte fort rude, et dans les passions violentes ils s'expriment avec une énergie qui se manifeste dans leur accent, dans leur geste et dans les mouvements de leur visage.

Les Catalans suivent, en général, les modes de France pour leur habillement; mais les marins et les muletiers portent des vêtements étroits et de couleur brune, avec un bonnet de laine rouge et un réseau de soie par-dessous, qui forment la coiffure ordinaire des artisans et de tous les villageois espagnols.

Les villageoises ont une espèce de corset d’étoffe noire, et des souliers sans talons; elles vont les épaules nues, et se couvrent d’un voile noir qui s'attache avec des rubans. |

Les dames de Barcelone se piquent de luxe, particulièrement dans leurs souliers, qui sont enrichis d’ornements en or, en perles et en broderies élégantes. On doit remarquer aussi que les Espagnoles ont généralement le pied très-petit, et que la plus grande faveur qu’une femme puisse accorder à son amant, c’est de lui laisser toucher son pied.

Les habitants de l’Estramadure mènent pour la plupart la vie pastorale, et ils sont si peu sociables, qu’ils fuient même la compagnie des Espagnols des autres provinces : leur sobriété et leur endurcissement à la fatigue en font d’excellents soldats.

Les habitants de la Galice sont pauvres, et cela se conçoit si l’on considère combien le sol qu'ils foulent est ingrat.

À Leon, et dans les autres villes du royaume de ce nom, les personnes aisées suivent les modes de Madrid; mais dans la classe du peuple, l'habillement est généralement de couleur brune. Les servantes se font particulièrement distinguer dans ce pays par leurs manières aisées et libres. Elles portent une jupe d’étoffe brune très-courte, et un mantelet noir ayant une espèce de capuchon qui leur couvre la tête; elles ont en outre un tablier orné le plus souvent de broderies et de cordons des plus vives couleurs. Cette moe domine particulièrement à Salamanque, où les couleurs les plus brillantes sont recherchées dans tout ce qui tient à l’ornement de l'habillement, qui ne semble être fait d’étoffe à fond brun, que pour faire ressortir davantage l'éclat des accessoires. Rien de plus pittoresque, en effet, ni de plus propre à donner de la grâce au corps, que l’habillement des bourgeois des environs de Salamanque.

Les hommes, en général, portent un justaucorps de couleur, garni de broderies et d’une quantité de petits boutons, avec les poches à la hauteur du bas-ventre. Les élégants le tiennent ouvert par devant, pour laisser voir une chemise de toile fine avec un jabot de mousseline et une collerette en forme de réseau. Ce justaucorps a, en outre, les manches tailladées au coude, et est orné de rubans de couleur. Un large manteau, avec un collet de couleur brillante, est négligemment jeté sur leur épaule droite et leur couvre presque tout le bras. Leur coiffure se compose du réseau et d’un chapeau large et-rond. Les femmes portent aussi un large chapeau rond garni d’un ruban formant un nœud, d’où pend une espèce de demi-voile; elles se mettent encore sur la tête un mantelet orné de broderies, qui leur descend sur les épaules. Elles ont une chemisette sans manches et ouverte sur le devant, qui laisse voir une pièce d'estomac richement brodée avec plusieurs colliers d’or, d'argent, de corail et d’ambre, qui, le plus souvent, sont faux. Les manches de leurs chemises sont aussi garnies de larges broderies vers les extrémités, avec des manchettes au bout. Un tablier très-court, et une jupe avec un bord en couleur complètent leur habillement. Les hommes et les femmes font usage d’une pièce d’estomac ornée de boutons d'argent en filigrane d’un travail curieux.

Les habitants de la province de Murcie, n’offrent rien de particulier sous le rapport du vêtement. Murillo, les taxe de paresse ! les enfants, dit-il, sont tellement gâtés par

leurs mères, qu’ils se déterminent difficilement à perdre de vue le clocher du lieu qu'ils habitent : aussi trouve-t-on peu de gens de ce pays dans les universités, moins dans les armées, et moins encore dans la marine. Ils n'aiment que le repos et les passe-temps.

Les Navarrais sont braves, laborieux, agiles à la course, bons sauteurs et passionnés pour le jeu de boule; mais en même temps fiers, violents et querelleurs. Quant à l'habillement des hommes de la campagne, il consiste, commé celui des Aragonais, en une tunique de laine, ayant sur les côtés de longues ouvertures par où passent les bras; un large collier, qui est attaché à la chemise, leur tombe sur la poitrine, et ils ont un chapeau rond et large; leurs souliers sont garnis de boucles. Dans les vallées, les femmes ont un habillement qui leur est propre : leur coiffure est garnie d'un long voile, et elles ont, à la manière des religieuses, une gorgerette qui leur monte jusqu'aux oreilles. Elles portent, par-dessus leur chemisette à manches étroites, une robe longue dont les manches sont larges, avec un tablier étroit de diverses couleurs, qui est soutenu en haut par une ceinture.

Les habitants du royaume de Valence sont accusés de légèreté : ce qui a fait dire, que les hommes y sont des femmes et que les femmes n’y sont rien. Murillo dit également qu’ils sont légers d'esprit et de corps, spirituels, gais, pleins d’égards pour les étrangers, passionnés pour la danse, pour les plaisirs et pour les spectacles tant sacrés que profanes; mais inconslants et incapables de conserver de l'attachement pour quoi que ce soit. M. de Laborde assure néanmoins que, suivant les circonstances, ils savent aussi être sérieux et graves ; qu'ils se montrent actifs dans le commerce, industrieux dans les arts, infatigables dans les travaux de l’agriculture et profonds dans les sciences. Valence a produit, en effet, plusieurs grands artistes et savants.

Il nous reste à parler du commerce, de l’industrie, etc., de l'Espagne. Cette contrée est riche en soude, en sel, en fer et en autres métaux; elle produit de l’huile, du savon, des fruits secs et des vins, la laine est la plus estimée que l’on connaisse, et la soie la plus belle après celle de l'Italie. Le vin est la plus lucrative de ses productions , gt le serait davantage si les droits de sortie en étaient plus sagement calculés. On en exporte cependant chaque année vingt à vingt-cinq mille tonneaux, qui donnent lieu à un bénéfice net de plus de quinze millions de francs. La soie que l’on récolte dans les provinces d'Aragon, de Valence, de Grenade et de Murcie, ne le céderait point à celle de l'Italie, si l'exportation en était favorisée et si l’on encourageait la culture du mürier. Les mines, malgré leur abondance, n’offrent pas tout l’avantage que l’on devrait en attendre. Au commencement de ce siècle, elles produisaient en mercure, en cuivre, en fer, en plomb, en zinc et en antimoine, une valeur d'environ huit millions de francs. Depuis cette époque, de nouvelles mines de fer ont été ouvertes : déjà celles du Guipuscoa seules livrent au commerce pour plus de huit cent mille francs de ce métal. Dans les Asturies on a découvert des houillères qui donnent plus de neuf cent mille quintaux de combustible. Les montagnes des Alpuxarras et celles de Gador, depuis 1822 jusqu’en 1835, ont fourni du plomb au commerce pour plus de cent millions de francs. Enfin aujourd'hui, si l'Espagne se livrait aux spéculations industrielles , elle pourrait fournir à l’Europe, et en quantité considérable, non-seulement les substances que nous venons d'indiquer, mais encore de l'or, de l'argent et de la plombagine. On a peine à croire qu'avec une aussi grande étendue de côtes que celle qu’elle possède, l'Espagne soit tributaire de l'étranger pour tout le poisson sec ou salé qu’elle consomme. Un auteur espagnol a calculé qu’elle en importe annuellement pour plus de douze millions de francs. Ainsi donc, dans son seul commerce de consommation intérieure, elle perd, d'un côté, la plupart des avantages qu’elle retire de la fécondité de son sol.

C’est à l’insouciance de l'Espagnol qu’il faut attribuer la médiocre importance de

leur commerce extérieur. Il est peu de nations qui se trouvent dans une situation naturelle plus favorable; et, pourtant, le pavillon espagnol est celui qui flotte le moins fréquemment sur les mers. Ses marins, qui ont des relations avec quelques ports de la Méditerranée, n’en conservent que de bien insignifiantes avec ceux de la Baltique, et, s'ils traversent l'Atlantique, ce n’est que pour communiquer avec ce qui lui reste de ses colonies, jadis si nombreuses et si importantes.

La décadence commerciale de l'Espagne est un fait qui résulte des taxes dont les produits agricoles et industriels sont chargés; de la diversité des poids, des mesures et des monnaies ; du mauvais état des routes; de l'insuffisance des canaux, dont la navigation des plus utiles à été interrompue.

Cette situation est affligeante sans doute, mais elle n’est pas sans remède. Un jour, dit un géographe, le gouvernement, éclairé sur les intérêts du pays, prenant une marche opposée à celle qu’il a suivie, sentira le besoin de sages réformes et d’encouragements utiles, et nous osons prédire que lorsqu'elle ne sacrifiera pas les avantages réels de son territoire aux avantages hypothétiques que lui offrent ses possessions d'outre-mer , l'Espagne deviendra l’une des plus florissantes et des plus riches contrées de l’Europe. |

C’est en parlant de la capitale de l'Espagne, que nous aurons occasion de dire un mot des sciences et des arts dans ce pays.

Mann est bâtie sur la rive gauche du Mançanares, et occupe plusieurs collines inégales et peu élevées, au milieu d’une plaine sèche et nue, à 2,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. La partie moderne, qui est de beaucoup la plus étendue, peut passer pour une fort belle ville, à cause de plusieurs maisons d’une belle apparence, de ses rues bien alignées, pavées en silex et garnies de larges trottoirs. C’est aussi celle qui est la plus propre. Nous ne nous arrêterons pas à décrire les édifices publics de cette ville; mais nous devons dire que, malgré le reproche sévère qu'on adresse sans cesse aux Espagnols de négliger les sciences, Madrid possède plusieurs établissements scien- Lifiques, qui, par leur importance, lui assignent une place distinguée à côté des premières capitales de l’Europe; nous citerons le musée des sciences naturelles, où des professeurs habiles font des cours publics de minéralogie, de zoologie, de mathématiques , d'agriculture et de botanique, et auquel appartiennent le cabinet d'histoire naturelle et surtout la collection des minéraux, comptée parmi les principaux établissements de ce genre, ainsi que le jardin botanique, le plus riche de toute la Péninsule; on ÿ conserve la Flora de Bogota, collection précieuse qui n’a pas encore été publiée, et la Cérès espagnole ; le conservatoire des arts et métiers, institué dans le même but que celui de Paris; on y enseigne la géométrie, le dessin des machines, la physique, la mécanique et la chimie appliquées aux arts; la direction des mines, où l’on donne des cours de chimie docimastique; l’école de pharmacie, où la chimie, la physique, la minéralogie, la zoologie, la botanique, la pharmacie expérimentale et la matière médicale sont enseignées avec tous les développements convenables ; le laboratoire, le cabinet de physique, les collections d'histoire naturelle sont dignes de ce bel et vaste établissement ; Le magnifique institut de Saint-Isidore (Estudios reales de San Isidor), espèce d'université qui compte seize professeurs; l’école de médecine pratique, etc. Viennent ensuite le collége de chirurgie médicale de Saint-Charles, l’école des ingénieurs-géographes, le collége royal des nobles, avec vingl-trois professeurs et maîtres ; l’école vétérinaire; l’école des poinçons, annexée à l’hôtel des monnaies. Madrid compte actuellement treize académies ou sociétés savantes, parmi lesquelles se distinguent les Académies des beaux-arts, de la langue espagnole, de l’histoire d’Espagne, d'économie et de médecine, On doit ajouter la bibliothèque royale, une des plus riches de l’Europe;

celle de Saint-Isidore ; le médailler ; l'observatoire; la magnifique collection de tableaux établie dans le local du musée royal des beaux-arts, qui est une des plus nombreuses et des plus belles du monde; elle compte environ 2,000 tableaux. La bibliothèque particulière du roi, qui a été dernièrement enrichie de tous les ouvrages Les plus importants publiés récemment, ainsi que sa superbe collection d'estampes.

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