BRETONNE ET BRETON
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entend la musette, qu’ils nomment biniou. Les fêtes patronales, appelées pardons, attirent au pied des autels une foule empressée qui y assiste avec beaucoup de recueillement et va ensuite remplir les cabarets ou danser au son du biniou. Dans l'Armorique, les costumes sont aussi variés que les dialectes : à Rumingol, chapelle siluée près de la petite ville du Faou, dans le Finistère, on en peut juger aux jours de fêtes. On y voit le montagnard avec son habit de berlinge; les demi-messieurs des environs de Brest portant l’habit à poches ou la veste ronde du matelot; le paysan de Plougastel avec sa culotte longue et son bonnet de laine; celui de Landivisiau avec un énorme chapeau, une large redingote, l’ample bragou-bras noué aux genoux, et de longues guêtres de cuir; celui d’Audierne vêtu de grosse Loile et d’une espèce de capuchon de camelot qui couvre son feutre et ses épaules. Le costume des femmes n’est pas moins diversifié : l'habillement de la paysanne de Lambezellec se rapproche de celui des riches artisans des villes; les femmes de Pleyben, fraîches et sveltes, sont vêlues d’étoffes de coton rayées : celles des environs de Douarnenez portent des jupons de diverses couleurs étagées, dont les bords sont garnis d’un galon d’or ou d’argent; celles de Morlaix ont une camisoleouverte et une guimpe d’une blancheur éclatante; enfin on remarque celles de Fouesnant qui passent pour les plus jolies du Finistère, et celles de Morlaix dont la coiffure enrichie de dentelles rehausse encore l’éclat.
La Bretagne n’est plus ce pays docile à la voix de quelques chefs ambitieux et toujours prête à se soulever. M. de Romieu nous représente ce pays sous les couleurs les plus vraies. « Le gouvernement, dit-il, a pu concevoir des craintes ; j’ajouterai même qu’elles étaient fondées pour certains cantons. Auray, la presqu'ile de Quiberon, Ploermel, là dorment encore des souvenirs que le moindre bruit éveillerait. Mais là même, une seule et simple mesure anéantirait tout : l'impôt du sel est supprimé ; écrivez ces mots sur une bannière, même tricolore, faites-la porter par un seul homme dans cent communes soulevées; et le clergé de 1790, avec les ombres des vieux chefs morts, restera sans force devant cette économique armée. La Bretagne n'élait pas, sous l'ancien régime, soumise à la gabelle. On comprend quelle charge pèse aujourd'hui sur des malheureux qui pouvaient autrefois prendre du sel à la mer, et qui, habitant ses côtes, sont forcés maintenant de payer vingt centimes la livre une denrée qu'ils consomment en si grande abondance. Leur nourriture se compose exclusivement d'aliments fades, de la bouillie, des farineux, des crêpes. On calcule qu’il faut douze livres de sel par an pour un individu seul. Une famille de quinze personnes (et il y en a beaucoup de semblables ) emploie donc trente-six francs par année pour un simple assaisonnement de ses mets. Qu'on juge de l’énormité de cette dépense, là où la pauvreté abaisse les gages d'un ouvrier jusqu'à la somme de vingt-quatre francs. »
Suivons maintenant M. de Romieu dans un des marchés de la basse Bretagne, et nous verrons l'intérêt que prend le peuple aux affaires publiques :
« Qui n’a pas vu un marché de la basse Bretagne ne saurait s'en figurer le spectacle; et qui le verrait pour la première fois pourrait se croire jeté dans les tribus errantes du Canada. Des chevaux, des bœufs, des hommes, pressés pêle-mêle; de grands chapeaux, de grands cheveux, de grandes guêtres; de l'or et des haïllons, des femmes à figures d'hommes ; un bruit aigre et perpétuel de mots inconnus; des jurements et des colères à faire craindre du sang; des personnages qui semblent se battre et qui concluent simplement une affaire; des signes de croix sur la Lête d'un veau; puis un notaire qui installe son étude volante dans un cabaret; puis des estropiés de toute nature étalant leurs plaies hideuses auprès de fraiches denrées; des chapelets, des images de mille saints, trois perdrix qu’on achète et dont il faut payer le prix Lotal par tiers successifs etséparés; ici un rebouteux ou charlalan de campagne qui prononce des paroles bizarres
pour guérir une vache; plus loin un aveugle qui chante... Je m'approchai de celui-là. Un groupe nombreux l’environnait : c'était sans doute quelque complainte; je le crus à l’avidité qui accueillait ses chants, à l'empressement avec lequel on s’arrachait ses petites feuilles. Je donnai aussi mes deux sous, et je parcourus de l’œil les cinquante couplets qu’il vendait si cher. Je lus le commencement. Certes, j'étais loin de m’attendre à ce que ces lignes barbares signifiaient : « Écoutez attentivement, Bas-Bretons, ce récit véritable ; vous y verrez en entier les détails de cette révolution qui vient d’être accomplie si rapidement par le courage de la nation. »
» J'étais loin de m'attendre à retrouver dans les glapissements d’un sauvage aveugle, au milieu de la cohue que j'ai décrite, les noms de la charte, des chambres, de l’école polytechnique et de Louis-Philippe Ier. J'ai cependant vu acheter plus de mille exemplaires de cette chanson, et par des hommes qui, venant de trois lieues, avaient craint d'exposer leurs deux sous à quelque utile emplette. J'ai rencontré depuis des braconniers qui savaient les cinquante couplets par cœur. »
Rennes est la capitale de l’ancienne Bretagne. Placée sur une rivière navigable, et au centre de douze grandes routes, elle pourrait devenir un entrepôt considérable; mais son industrie et son commerce prendront une nouvelle extension lorsqu'on aura terminé le canal qui doit lui ouvrir des communications avec Saint-Malo. Cette ville renferme une maison: centrale de détention destinée aux condamnés des quatre départements qui ressortissent à sa cour royale. Nous n'avons pas besoin de rappeler que Rennes fut le théâtre de quelques-uns des principaux événements de notre histoire : son parlement a contribué aux difficultés qui ont amené la convocation des états généraux en 1789. Pendant la Ligue, elle prit successivement les armes pour et contre son roi. Au xive siècle, les Anglais, sous le commandement de Lancastre, furent forcés par Duguesclin d’en abandonner le siége; el si nous remontons au delà de l'établissement de notre monarchie, nous verrons qu’elle fut une ville importante sous les Romains, ainsi que l’attestent plusieurs antiquités conservées dans ses murs.
Après Bordeaux, Nantes est la place maritime la plus importante qui communique avec l'Océan.
Dans les environs de Lamballe, et en général dans les campagnes autour de Suint- Brieuc, on remarque des coutumes particulières qui remontent à une époque trèsreculée. Les plus grandes fêtes sont le jour des Rois et le mardi gras : on ne travaille pas ces jours-là ; on se visite les uns les autres; on fait trêve aux crêpes et à la bouillie pour manger de la viande. Pendant l'été, il y a presque tous les dimanches des pardons, ou assemblées près des chapelles dédiées à quelque saint. Les dimanches où iln’y a pas de pardons, et pendant l'hiver, les jeunes paysans vont à la fillerie, c’est-à-dire, faire la cour aux filles. AL |
Brest est situé sur le penchant d’une colline, et se divise en haute et basse ville. Les embellissements qui y ont lieu sont plus nombreux dans cette dernière, où le quartier de Recouvrance augmente le nombre de ses constructions modernes aux dépens de ses maisons gothiques, et laisse entrevoir l'époque rapprochée qui le mettra en parallèle avec le quartier voisin du port. Dans les rues escarpées et tortueuses des quartiers supérieurs, les changements sont lents et difficiles : plusieurs maisons ont le cinquième élage au niveau des jardins des autres maisons, et les communications entre les deux villes ne se font que par des escaliers, qui ne sont point sans danger pendant la saison des pluies et des neiges. Au pied des tours et près de l'entrée du port, on remarque une belle machine à mâter les vaisseaux. À l’aspect de ces quais magnifiques bordés de vastes bâtiments construits en pierres de taille, couverts en ardoises et surmontés de paratonnerres, il est difficile de ne pas rendre hommage au génie de Richelieu, qui les
fit commencer,let qui devina le degré d'importance qu’une heureuse situation donnerait un jour à ce bourg, qu'il élevait au rang de ville maritime.
Les départements du Cantal et du Puy-de-Dôme sont formés de l’ancienne Auvergne.
« Veut-on, dit M. Huot, se faire une idée de la civilisation arriérée du peuple des campagnes ? Que l’on parcoure les montagnes : on verra partout l’Auvergnat traînant ses gros sabots, et armé d’un long aiguillon, conduire lentement des bœufs attelés à des chariots en bois, dont les roues sans ferrure font retentir les airs du cri aigre produit par le frottement de l’essieu; qu’on le suive dans ses champs, où, conservant l’antique araire, la charrue sans roues, il arrête ses bœufs par ces mots qu'il a conservés de la langue de ses anciens maîtres, sta bos, et qu’il prononce en ignorant leur antique origine; qu’on entre dans son habitation, à peine éclairée par des vitraux, à peine garantie du souffle des vents par des ais mal joints qui forment le plancher, on le voit courbé sous le poids du travail et de la misère, se nourrir du fromage de ses vaches chétives, amaigries par l'usage qu’il en fait en les employant à la place du bœuf. Ce peuple, cependant, est susceptible de perfectionnement; il aime le travail, et les paysannes, portant sur leur tête les provisions qu’elles vont vendre à la ville, ne cheminent jamais sans occuper leurs mains au tricot dont elles se chaussent, ou sans faire mouvoir rapidement le fuseau. On est souvent étonné du soin que prend l’Auvergnat de transporter sur des sommets à peine accessibles quelques hottées de terre qu’il livre à la culture. Il est abruti par les préjugés qui régnaient partout il y a trois siècles, et par l'ignorance la plus profonde, non de ses devoirs, car il est probe, mais de tout ce qui peut augmenter son aisance et son bien-être, et l'on peut dire avec vérité que des” lumières de plus et des superstitions de moins, le mettraient à portée de jouir des avantages que lui promet sa persévérance laborieuse.
Nous emprunterons encore quelques passages à la Géographie universelle :
Dans les hautes vallées, sur les cimes les plus élevées, et jusqu’au sommet du Plomb du Cantal la plus importante montagne de ce groupe, dont elle occupe le point central, les pacages et les prairies sont couverts de bestiaux; leurs vastes herbages nourrissent même ceux des départements voisins. Les bœufs engraissés dans le Cantal sont expédiés sur tous les points de la France; les moutons sont dirigés vers les départements méridionaux; les peaux de chèvres et de chevreaux, objets de commerce entre le Cantal et l'Aveyron, sont expédiées à Milhau, où on les convertit en parchemins; les chevaux, d’une petite taille, mais vigoureux, sont employés pour le service de la cavalerie légère. C’est dans les burons, cabanes dispersées au milieu des pâturages, que le lait des troupeaux est employé à faire le beurre et des fromages de trois qualités différentes. L’agriculteur cultive le seigle et le sarrasin, ses principaux aliments; le lin, qui par sa finesse rivalise avec celui de Flandre; le chanvre, que l'on tisse en loiles grossières employées dans notre marine ou vendues aux Espagnols ; des pommes de terre, des arbres fruitiers de diverses espèces, surtout des châtaigniers dont le fruit est d’une grande ressource pour la nourriture, et quelques vignes enfin, qui ne donnent qu’un vin médiocre. La fabrication des chaudrons et des divers ustensiles en cuivre employés dans les cuisines, celle de la dentelle et du papier, constituent presque toute l’industrie de ce département; à l'exception de quelques houillères, aucune mine n’y est exploitée, mais un grand nombre d'habitants vont chaque année exercer en France, en Espagne et même en Hollande, le métier de chaudronnier.
Dans l’espace de trois lieues qui sépare Aurillac de Vic-en-Carladez, appelé aussi Vicsur-Cère, parce que la Cère traverse cette petite ville de 2,500 âmes, qui possède un établissement d'eaux minérales très-fréquenté, on est frappé de la fraicheur, du teint et de la grâce qui distinguent les villageoises, et l’on peut dire, non comme ce
voyageur qui, à propos de l'humeur et des cheveux roux d’une hôtesse, qualifiait de rousses et d’acariâtres toutes Les femmes d’un canton, que dans celui de Vic la plupart des femmes ont les cheveux noirs et les yeux bleus.
Au fond d’une gorge profonde où coule un des affluents de la Truyère, Chaudes- Aigues était connue des Romains sous le nom de Calentes-Aquæ. Elles est peuplée de 2,000 habitants. Ses eaux thermales, réputées dans le pays, amènent pendant la saison un nombre de malades égal à sa population. Ces eaux, qui se font jour au travers des roches volcaniques, varient de température entre 20 et 65 degrés; elles ne seraient point utiles pour la santé qu'elles le seraient sous d’autres rapports : elles servent à tremper la soupe, à faire la lessive, et à tous les usages domestiques auxquels on emploie l’eau chaude, et, distribuées dans chaque maison par des canaux souterrains, elles échauffent, l'hiver, les chambres de rez-de-chaussée.
On trouve sur la rive droite de la Maronne, Salers, petite ville bâtie sur une coulée volcanique qui couronne un plateau : elle donne son'nom aux montagnes d’alentour, où on nourrit les plus beaux bestiaux de toute l’ancienne Auvergne. Les habitants de ces montagnes ont la réputation d’être mutins et querelleurs.
Arrivé au-dessus de la région des sapins, des pâturages couvrent les flancs de tous ces puys qui se groupent autour de celui de Sancy; leurs bases forment un plateau vers le sud; des bestiaux paissent çà et là; quelques cabanes dispersées animent ce triste paysage qui n'offre qu'une verdure uniforme, sans un seul arbre pour se mettre à l'abri des rayons du soleil. Une chapelle gothique, bâlie au xvi° siècle, sert de point de réunion aux habitants dispersés dans la montagne; chaque année il s’y fait un pèlerinage célèbre dans la contrée, et chaque semaine, le jour consacré au service divin y amène un grand concours de montagnards. Près de cette chapelle, une cabane, qui passe pour une auberge, est le rendez-vous des promeneurs du Mont-Dor et des Auvergnats qui, pour se rafraichir, ne se contentent point d’une eau limpide qui coule à quelques pas de là d’une source consacrée à la Vierge. On ne trouverait point un guide qui consentit à passer à Vassivière sans s'arrêter dans cette cabane. À l'approche de l'hiver, ces habitations éparses sont abandonnées ; la chapelle est fermée jusqu’au printemps, et la neige ne forme plus au loin qu’un vaste tapis qui cache la trace des chemins.
De l’ancienne CHAMPAGNE on a formé les départements de l'Aube de la Haute-Marne, de la Marne et des Ardennes. |
La région de l'Aube, dépouillée d’arbres ,‘mérite.sous tous les rapports le nom de Champagne Pouilleuse : l'habitant y est aussi pauvre que le sol. La région du sud-est est, sous le point de vue géologique, à peu près de la même nature que la précédente; mais la craie y est partout revêtue d’un épais dépôt d’alluvions terreuses doué d’une grande fertilité, qui exige, dans certains cantons, douze chevaux pour y trainer la charrue. La richesse de ces terrains fait une heureuse diversion à la stérilité des autres : on y élève des bestiaux, des volailles et des abeilles; cependant la Champagne Pouilleuse pourrait, nous en sommes convaincu, être productive si l’on avait soin d’y multiplier les arbres verts et résineux qui ne demandent point une grande épaisseur de terre. La: . population de ce département est au-dessous du terme moyen de la France; mais sa richesse en céréales est trois fois plus considérable; la quantité de pommes de terre que l'on y récolte est surlout énorme. Il produit d'excellents vins dontilexporteles deux liers; il est abondant en chevaux, mais pauvre en bêtes à cornes et à laine. Ses manufactures et son commerce ne sont pas sans importance : la craie, exploitée et façonnée sous le nom de blanc d'Espagne, la fabrication du coton et des draps, diverses espèces de charcuteries renommées, sont les branches d'industrie qu’on exploite avec le plus de succès.
Le Champenois de l'Aube, de la partie nord et nord-est de ce département, que l'on
nomme la Champagne Pouilleuse se fait remarquer par quelques signes caractéristiques, reflets de l’ingratitude du sol de ce coin de la France, au contraire le Champenois de Troyes et de tout le territoire au sud et au sud-est de cette ville, nous donne une idée des richesses du sol par son maintien, sa mine réjouie et vivace, et par sa pétulance qui nous annonce qu'il a l'heureuse habitude de boire du vin excellent. Le même caractère se fait remarquer dans les habitants du département de la Marne, autre partie de l’ancienne province de Champagne. Vous voyez, dans la Haute-Marne, dont quelques parties frontières se confondent avec les Vosges et la Franche-Comté; dans le Champenois cette vigueur, ce développement hardi de la taille qui révèle une mère patrie aux montagnes escarpées, à l'air salubre et vif.
L'habitant de l’Ardenne, autrefois la haute Champagne, est fort agile, et a une physionomie martiale et sévère. On reconnaît en lui les traces d’une jeunesse passée à courir sur le flanc des montagnes à grimper aux vieux et nobles arbres des forêts qui couronnaient les hauteurs du pays. Quand il parle vous comprenez qu’il a grandi à l'ombre des vieux bastions de Sedan, de Charlemont, de Rocroi, de Mézières; qu'il a joué aux boules dans les arsenaux avec des bombes, qu’il a été élevé dans des traditions de siéges, de batailles ; qu’il a appris le maniement du fusil et la manœuvre du canon de lui-même et sans efforts; tandis qu’il lui a fallu un curé et un maître d'école pour apprendre le catéchisme et l’art de parler et d'écrire. L’Ardennais est élevé au milieu des images et des traditions de la guerre. Le Champenois, dans l’Ardenne, est un homme rude, un marcheur opiniâtre, patriote, froid, honnête. On fabrique des armes dans son pays, on y élève des chevaux pour la cavalerie légère, et le service de la garde nationale y est pris au sérieux.
Si vous allez rendre visile au Champenois vigneron, il vous fera une réception, il établira de suite avec vous des rapports qui ne seront plus du tout ceux du propriétaire de la haute et basse Bourgogne et de la Côte-Rôtie. L'accueil que vous recevrez de lui sera confortable, il ne vous fera manger que des petits pieds, il vous prêtera son fusil pour aller à la chasse, et il vous parlera de Rubini.
Le commis voyageur champenois pour les vins du cru loge dans un hôtel garni de la Chaussée-d’Antin ou du quartier de la Bourse. Il a horreur de l’intempérance : c’est un convive au goûl fin que les gras morceaux et les libations immenses révollent. Il ne parle de son article qu’avec modération, et il le débite pour l'ordinaire dans les salons, au foyer de l’Opéra, ou dans les promenades.
Le paysan bourbonnais, abandonné à lui-même, denué de ressources, attendrait paisiblement la mort plutôt que de recourir à la mendicité; car il est fier, et sa fierté est toujours plus grande que son malheur, élevé dans le respect de la propriété d'autrui, il pousse la probité jusqu’au scrupule dès qu’il est devenu le féal de la maison. Il est trèsintelligent; il comprend vite et retient facilement; mais là s'arrête le travail de son esprit; il est rare que la même idée l’occupe longtemps; il a une élocution vive et rapide; sa prononciation est pleine d’élisions. Sa gaieté revêt souvent une teinte d'ironie et de finesse piquante qui anime. Rien de doux et de gai comme son humeur.
Lorsqu'un jeune homme a fait son choix, il se rend, à la veillée, chez les parents de la fille, il emmène avec lui le gourland, personnage officieux, chargé d'exposer la demande du prétendant, et de discuter les dots respectives. Le gourland porte, en signe de sa mission, ou une branche d’arbre à la main, ou un bouquet de sauge à son habit. A leur arrivée, la ménagère met la poêle au feu ; est-ce pour une omelette? la demande sera refusée; est-ce pour une farinade (large beignet)? elle sera accueillie.
Après un entretien plus ou moins long, les fiancés se rendent à l'église avec leurs parents; le prêtre officie, et, à la fin de la messe, nos Jeunes gens font un nœud,
c’est-à-dire qu’ils s'engagent par serment à ne pas contracter d'autre mariage avant un délai d’un an et un Jour. Celui des fiancés qui violerait cette promesse trouverait difficilement à entrer dans une autre famille.
Dans quelques villages, à la messe de mariage, le garçon de noce quitte son banc et vient frapper deux.légers coups de pied sur les talons de la mariée; ailleurs, il va détacher sa jarretière ou prendre un ruban qu’elle a caché entre sa pièce et son fichu. |
Les époux oublient, à table, tout ce qui les entoure, pour vivre en eux et pour eux. On les voit étroitement pressés l’un contre l’autre, manger dans la même assiette, et quelquefois se prendre amoureusement les morceaux des lèvres. À minuit, les époux se retirent. En Bourbonnais, l’inépuisable gaieté, s'exerce même dans la bourgeoisie, aux dépens des nouveaux mariés qui souvent, trouvent dans leur lit, à leur grande terreur, soit une grenouille, soit un saucisson colossal, Il n’est pas rare encore que les secrets de l’alcôve aient un témoin caché sous le lit.
Les jeunes gens se réunissent le lendemain pour planter le chou. La cérémonie consiste à aller attacher sur le pignon de la maison le plus gros chou du jardin, que l’on a couronné de rubans et de fleurs. "
Les fêtes du mariage ne sont pas les mêmes pour tüies les parties du Bourbonnais; . on y trouve, dans cette circonstance, d’autres usages.
Le montagnard du Bourbonnais est un homme de haute taille, aux traits rudes, à l'œil grave, à la force athlétique. Il est généreux, hospitalier, mais violent et vindicatif. Autrefois il portait une longue blouse blanche et un large chapeau dont il relevait les bords par devant ; aujourd’hui il a remplacé la blouse par une veste blanche, à basques très-courtes, ornées de quatre rangées de boutons métalliques, à quatre ou dix boutons par rangée. Le gilet est rouge. Quand il descend en ville, il porte un court et noueux rotin, attaché à l’une des boutonnières de sa veste. Dans les bois de sapin où il passe presque toute sa vie et contracte des habitudes de farouche indépendance, on le voit toujours coiffé du véritable bonnet phrygien.
Les femmes ont une robe à corsage et une jupe dont les plis forment un bourrelet derrière la taille; les manches descendant un peu au-dessous du coude; le reste de l'avant-bras est nu; le bonnet est orné de barbes relevées en mitre, qu’on laisse tomber sur les épaules dans certaines cérémonies, aux enterrements, par exemple. Généralement ces femmes sont belles; elles ont les yeux vifs quoique un peu durs, les lèvres fines, les dents magnifiques; la tête est carrée et les pommettes saillantes. Elle est l’inférieure de son mari : elle le sert à table et n’y prend place qu'après lui.
Quand un garçon va demander une fille en mariage, l’ami qui l'accompagne doit s’armer d'un bâton dont il aura eu soin de brüler les deux bouts; sans cette précaution la demande ne serait pas accueillie. A l'issue de la messe nuptiale, le cortége se mêle et tous Les gens de la noce s’embrassent cordialement, De retour à la maison, ils doivent goûler avec la même cuiller, et à commencer par la jeune mariée, à une soupe fort poivrée, dit-on, que la maitresse de la maison leur présente sur le seuil de la porte.
On peut diviser la bourgeoisie du Bourbonnais en deux catégories. Ce qui est commun aux deux bourgeoisies, c’est un caractère facile et doux, une grande affabilité, un esprit hospitalier et généreux, une impressionnabilité ardente. Ce qui leur est commun,cest une rare mobilité d'idées qu’on pourrait peut-être expliquer par l'inconstance de la température. Ce qui leur est encoce commun, c’est une vanité naïve el imperturbable, qui fait que la moindre famille de bourgeoisie se pavane d’un arbre généalogique, dont les racines s’enfouissent au moins de cinq siècles dans le passé. Ce qui leur est commun enfin, c’est une tendance démesurée à excéder la limite de leur revenu , el même à attaquer la plus pure substance du capital.
MACONAISE ET BRESSANE.
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