‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 3)Chapitre 136 sur 146 · L: ARE · texte numérisé non relu

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La classe des petits propriétaires est très-nombreusedansle Bourbonnais, et ils résident presque tous dans leurs domaines. Ce sont généralement d’anciens négociants qui se sont retirés avec 1,200 à 1,500 livres de revenu, s’estimant, avec cette peiite fortune, les gens les plus heureux du monde, et se promettant, pour le reste de leurs jours, une vie de flânerie et de plaisir; et vraiment ils tiennent parole, car rien de plus insouciant , de plus délicieusement paresseux que ce brave bourgeois. Il chasse, pêche, dine et dort, puis dort, dine, pêche et chasse.

Le jour des fêtes patronales, il transforme sa maison en une sorte de caravansérai - où il héberge et loge toute sa famille, qui, dans cette circonstance, s'enrichit d’une foule de cousins inconnus. Ce jour-là encore, le bourgeois le plus mür danse avec une ardeur toute juvénile; quelques-uns même s’échappent furtivement pour payer en secret des rubans aux paysannes... Le soir il y a bal, qui s'appelle généralement le bal de la Saint-Crépin. Les toilettes sont charmantes; le plaisir étincelle dans tous les yeux; on danse avec amour, avec fureur. Le dévouement et un peu de politique s’en mêlent; on voit même les mamans figurer au quadrille de leurs filles. Le bal fini, les jeunes filles changent detoilette, se mettent au matin, et se promènent dans la campagne en attendant le déjeuner, qui est immédiatement suivi du diner, que suit de près la seconde soirée dansante.

Le propriétaire, dans ses relations avec le paysan, est tout patriarcal. Après la moisson, il donne une fête aux travailleurs et les fait danser; il reçoit amicalement son métayer, qui ne le quitte jamais sans vider un verre de vin du maître. Il a une chambrière qui est presque toujours jeune, accorte, et qu’il protége. Il est mécontent si, en partant, ses convives oublient la chambrière. Le bourgeois est maire, ou adjoint, ou capitaine de la garde nationale; il a son banc à l’église, privilége auquel il attache le plus grand prix.

Le gros propriétaire n’a ni les aimables défauts, ni les qualités réelles du petit. Celui-là est un homme politique dans les diverses acceptions du mot : il thésaurise, il spécule, il est membre d’une bande noire particulière au pays, et dont les opérations consistent à prêter, à forts intérêts, à un paysan qu’on est certain d'exproprier à

l'échéance, faute de payement. On les reconnait à un généreux embonpoint, à leurs airs de tête superbes, à leur dédaigneux silence. Du reste, ces messieurs se marient entre eux, ne voient qu'eux, n’estiment qu'eux, et sont, comme de juste, essentiellement conservateurs.

Un écrivain du xvne siècle décrit de la manière suivante le bourgeois citadin : « Les habitants de Gannat, dit-il, ont conservé la grossièreté et l’impolitesse des Auvergnats; mais, comme eux, ils sont actifs et laborieux. Les citadins de Bourbon, Moulins et Vichy, continue-t-il, sont pleins de bonnes manières et de civilités ; il se policent dans le commerce qu’ils ont avec les gens de qualité. »

Il est bien d’autres provinces dont nous devrions parler; mais l'espace nous manquant, nous sommes forcé de renvoyer le lecteur à notre Supplément aux Moœurs, usages el costumes.

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