‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 3)Chapitre 20 sur 146 · FEMME DE L'UKRAINE · texte numérisé non relu

FEMME DE L'UKRAINE

(Russie d'Europe.)

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doit former probablement deux espèces distinctes. Le Lapon, immédiatement après le mois de juin, émigre dans le haut fjelde, où les rennes sont obligés de se réfugier, autant pour fuir les mouches que pour paitre. Il y reste tout juillet et la moitié d’août, allant souvent jusqu'en Norwége. Pendant ce temps-là le Lapon des montagnes trait ses rennes, fait du fromage avec le lait, partie pour sa propre consommation, partie pour l’échanger en Norwége contre du wadmal, espèce de drap grossier, ou contre des peaux de mouton et de l’eau-de-vie. Vers le milieu ou la fin d'août, il commence à rebrousser chemin vers l’est, par petites Journées, faisant des haltes selon les circonstances. Vers les premiers jours de septembre, il est de retour à sa station d'automne, où est son magasin déjà décrit. Là, s'il y a la paix, c’est-à-dire s’il n'y a pas de loups dans le voisinage, il laisse errer ses rennes selon leur instinct, liberté qui leur profite et les engraisse, mais dont ils n’abusent jamais jusqu’à s'éloigner beaucoup de leurs pâturages habituels. Le Lapon les rassemble de nouveau en octobre : l'instinct des rennes vient pour cela à son secours, car c'est bientôt la saison du rut; mais le Lapon tue le renne mâle, ayant soin de ne pas attendre que le rut soit arrivé, de peur que la chair ue devienne rance. Il s'arrête à sa station d'automne jusque vers le milieu de novembre, quand les lacs se couvrent de glace, descendant alors plus ou moins rapidement vers les bas pays et la côte du golfe de Bothnie. Les loups déterminent ses migrations de cette époque : s’ils se sont montrés de bonne heure, il hâte son départ, et fuit aux régions où ilespère n’en pas rencontrer. Au mois d'avril, nouvelle migration à l’ouest; si le soleil fond déjà la surface de la neige, il attend la nuit pour faire route, dormant comme il peut dans le jour; il arrive en mai à son magasin, ou station automnale, et là se termine son voyage. Tel est le cercle parcouru annuellement par le Lapon des montagnes, tel est son mode d'existence, vivant de ses rennes exclusivement, ne chassant et ne pêchant jamais. Cependant ceux qui séjournent près d’un lac peuvent bien avoir quelques instruments de pêche, et prendre du poisson par hasard; quant à la chasse, il n’y a à tuer sur les hauteurs du fjelde que quelques ptarmigans, ou petits cogs de bruyère. Les plus pauvres Lapons peuvent bien jeter le filet dans les rivières et tendre des piéges aux oiseaux, mais ce n'est pas là l’occupalion régulière du Lapon des montagnes qui a un troupeau de rennes à lui. |

Voici maintenant la manière de vivre du Lapon des forêts. Pendant tout l'été, il demeure dans les bois de la Laponie, et n’entreprend aucune migration lointaine. Chaque Lapon de cette classe a son canton distinct, où il se tient et où s'élèvent ses nombreuses huttes en bois, placées à une lieue environ l’une de l’autre; chaque hutte a son hangar et son enclos, c’est-à-dire un espace entouré de barrières où l’on conduit les rennes pour les traire en été. Les fromages sont pendus sous le hangar pour être séchés. Il y a un magasin de provisions dans plusieurs stations, mais particulièrement à la principale où demeure ordinairement le Lapon. Commençons, au reste, son histoire au printemps, lorsqu'il revient des bas pays de la côte. En arrivant à son canton de dépaissance, vers la fin d’avril ou aux premiers jours de mai, il laisse aller ses rennes en liberté jusqu'aux approches du mois de juillet, ou à la mi-été. Pendant cette période de loisirs, il se livre à la chasse et à la pêche, qui sont, en seconde ligne, les occupations régulières du Lapon des forêts. Immédiatement après le mois de juillet, les mouches commencent à devenir nombreuses : c’est le signal de réunir les rennes. Il est toujours quelque clairière, ouverte à tous les vents, qu'affectionnent les rennes, parce qu'ils s’y préservent plus facilement des mouches ; c'est là que le Lapon va les chercher d’abord; au premier qu’il trouve, il attache une clochette, et parcourt avec lui le bois : bientôt un troupeau s’est formé en entendant ce tintement bien connu ; les rennes se réunissent volontiers d’ailleurs, et ils se laissent conduire à la

demeure du maître; mais comme ce troupeau, ainsi rassemblé, appartient à divers pro-. priétaires, chacun, d’un commun accord, vient y reconnaitre ses rennes, et c’est un échange qui a lieu entre les Lapons, échange qui coûte une ou deux semaines de visites réciproques. Pendant tout le mois de juillet et une partie d'août, le Lapon tient ses rennes en troupeau : c’est l’époque où l’on trait les femelles. Pour cela on les mène deux ou trois fois par jour dans les enclos ci-dessus mentionnés. On y allume des feux sur lesquels on jette de la tourbe humide, et la fumée épaisse qui s'en dégage écarte les mouches; l’animal peut ainsi se reposer, ruminer, et laisser presser sa mamelle : chaque renne donne près de trois quarts de pinte de lait par jour. C’est un lait qui est riche, presque aussi épais qu'une bouillie, ou potage au sucre : on ne saurait en prendre beaucoup à la fois; mais il est excellent surtout avec des groseilles, dont il tempère l'acidité ; abondant en matières caséeuses, il se convertit facilement en fromage.

Si les Lapons des forêts établissent un si grand nombre de stations à de courtes distances les unes des autres, c’est pour n'avoir pas à aller trop loin conduire leurs rennes au pâturage ou dans leur enclos de la traite. Ils les placent volontiers près de quelque lac où ils puissent pêcher lorsqu'ils ne paissent pas leurs troupeaux. Vers la mi-août, quand la chaleur diminue, que les nuits sont plus fraîches et que les mouches deviennent moins fatigantes, on ne peut plus tenir les rennes ensemble, et ils commencent à se débander d’eux-mêmes. Alors le Lapon leur rend la liberté pendant six semaines; il s’arme de ses filets et de ses piéges pour prendre le poisson et le gibier, jusqu’à la Saint-Michel, à la saison du rut : puis encore une fois rassemblant le troupeau, toujours de la même manière, il le cenduit pendant tout l'hiver, comme Île Lapon des montagnes, dans les régions du bas pays. Les rennes du Lapon des forêts sont plus gros et plus forts que ceux du Lapon des montagnes, ce qu’on attribue à la liberté qui leur est rendue deux fois l’année.

Les Lapons des forêts ne sont pas en aussi grand nombre que les Lapons des montagnes, mais on en trouve dans toute la Laponie; dans la province de Pitea, ils égalent les autres; dans le canton d’Arvidsjour, ils sont seuls de leur race; et dans celui d'Arjeplog, il y en a beaucoup. Ce sont aussi les plus civilisés et les meilleurs de tous; Jeur genre de vie paraît aussi le plus heureux; et il serait difficile pour tout homme forcé de gagner sa vie à la sueur de son front, de trouver une existence plus digne d'envie. Les poëtes vantent le bonheur de la vie pastorale, la chasse est un divertissement de roi; pour bien des gens, il n’est pas de plaisir au-dessus de la pêche : que manque-t-il donc au Lapon des forêts? Nous parlons de ceux qui possèdent un certain avoir; car la pauvreté est dans tous les pays un pesant fardeau; mais comparez la vie du Lapon des forêts à celle du Lapon des montagnes : celui-ci est condamné dans toutes les saisons et par tous les temps à conduire ses rennes sur le fjelde stérile; point d’abri pour lui contre la pluie et les frimas dans ses caravanes , et sous sa hutte même il est bien mal à couvert. Ce n’est qu’à sa station d'automne qu’il peut faire sécher ses vêtements sous son hangar : il lui est souvent refusé d’allumer du feu, car dans le fjelde où il erre en été, il n’y a d'autre combustible qu’un frêne nain, et encore cet arbre rabougri est rare, humide d’ailleurs et donnant plutôt de la fumée que de la flamme; il faut donc qu'il se couche sous sa tente tout mouillé, sans quitter ses vêtements : c'est ce qui ôle au Lapon des montagnes tout goût de propreté, tout soin de ses habits; jamais il ne se peigne; jamais il ne se lave, et la vermine vit sur lui comme elle veut. Serait-il riche, il est exposé à la faim; car, dans le vaste désert du fjelde, il ne peut loujours retourner à sa tente quand il le désirerait. Il ne change que rarement de costume, soit pour aller à l’église, soit pour se rendre en un pays étranger; peu

lui importe comment il parait devant les autres. Il a cependant des habits de gala, quelquefois assez coûteux, mais, s’il les met, ils sont couverts de poils de renne, et tachés de boue depuis la dernière orgie où il les a portés. L'hiver est peut-être sa meilleure saison ; il descend alors aux régions boisées , où il est moins exposé aux intempéries du ciel. S'il a deux pelisses, il en suspend une à l'air, pour que le froid lue la vermine qui y abonde. Pourvu que les loups laissent son troupeau tranquille, il dort, fait sa cuisine, et mange nuit et jour dans sa tente. Il ne se nourrit guère que de viande. Plusieurs de ces Lapons négligent de traire leurs rennes en été. C’est là l'existence du Lapon des montagnes.

Mais le Lapon des forêts, pendant que ses enfants conduisent ses rennes au päturage, va se promener avec sa femme sur le lac où est située sa hutte : il pêche tranquillement ; et, lorsqu'il distingue le bruit des clochettes, près du clos où le troupeau va se faire traire , il y dirige son bateau avec son butin. Les enfants accourent sur la plage pour voir ce qu’il a pris et nettoyer le poisson. Pendant que l’on trait les rennes, le repas est préparé. En automne, le gibier ajoute un rôti au poisson, et des fruits sauvages servent de dessert : voilà, certes, des mets aussi délicats que ceux qui parent la table des riches; et le Suédois, dans sa chambre, n’est pas mieux abrité que le Lapon des forêts dans sa hutte. Celui-ci change d'habit quand il a été mouillé, et fait sécher ceux qu'il quitte, soit sous le hangar, soit sous sa hutte même. En quelque lieu qu'il erre dans ses forêts bien connues, il a toujours, à peu de distance, une maison nette pour se mettre à couvert. Il y à aussi un indéfinissable plaisir à changer d'habitation, un charme irrésistible dans la nouveauté; le Lapon éprouve si vivement le bonheur du départ et celui du retour, qu’à la vue d’un site familier à ses souvenirs, il entonne une mélodie qui a sa grâce dans les échos de la forêt.

Ces Lapons sont propres; ils ont soin de leur personne, de leurs habits, de leur vaisselle et de leurs habitations. Ils ont un costume de dimanche pour aller à l’église, moins orné que celui du Lapon des montagnes, mais plus commode et de meilleur goût, leurs troupeaux sont moins nombreux; mais leur maison est mieux meublée, surtout en ustensiles de cuivre, et ils ont de plus une maison à eux sur la pelouse de l’église pour y passer le dimanche et Les jours de fête, tandis que ces mêmes jours le Lapon des montagnes loge où il peut, mange où il se trouve. En hiver enfin, les Lapons des forèts et ceux des montagnes descendent au bas et y vivent également sous la tente; mais ceux-ci se contentent de dresser la leur au premier endroit venu, étendent quelques branches d'arbres par terre, et s’y couchent sur une peau de renne; le Lapon des forêts commence par balayer la neige, dans un lieu choisi, et y cherche ses aises ; si bien qu’il est facile de distinguer les traces des uns et des autres partout où ils ont passé.

Ces peuples font usage d’un traîneau qui ressemble beaucoup à une nacelle ; la personne assise dedans doit savoir maintenir l'équilibre. Les rennes, tirant avec le front seul, font quelquefois vingt de nos lieues avec un traineau chargé; mais souvent aussi ils s'arrêtent haletants, ou quittent la direction pour chercher de la mousse, et, au bout de trois jours, le meilleur de ces coursiers est hors de service. Une famille laponne voyage dans une longue suite de traîneaux, divisés par séries ou raid ; Le père, la mère, chaque enfant dirige la sienne. C’est ainsi que les marchandises des négociants sont transportées par les Lapons les plus pauvres. A la chasse ou en voyageant seul pendant l'hiver, le Lapon glisse avec une rapidité et une hardiesse étonnantes sur ses longs patins à neige. En été, il voyage à pied, et ne charge les rennes que de ses paquets. Grâce à la nature particulière du pays, il se sert aussi pendant cette dernière saison d'une frêle nacelle qu'il transporte sur des rouleaux d’un lac à l'autre; comme les lacs

se suivent à peu de distance, c’est la manière la plus sûre d'avancer sur certaines parties du plateau. Le voyage dans l'intérieur, au milieu de l’été pendant le jour perpétuel , présente d'innombrables inconvénients : transports plus difficiles, interruption causée par les fleuves, morsures des insectes, fatigue occasionée par la chaleur ; on peut y ajouter le danger de rencontrer des incendies de forêts.

Les Lapons sont fort sujets à l’oullem, ou colique causée par l’eau échauflée dans les lacs. Lorsqu'ils sont alteints de ce mal, ils se servent d’une:espèce de moxa qu ‘ils appellent toide ou feu; c’est un fongus qui croît sur les bouleaux, et dont on applique un pelit morceau sur la partie malade, en le laissant brûler doucement.

Une des joies des Lapons, c’est de se réunir pour manger et boire jusqu’à l’épuisement des provisions. Le puolem vine ou eau-de-vie, apporté de Flensbourg, circule abondamment dans ces festins. La loquacité la plus bruyante s’y méle aux facéties les plus gaies. Les deux sexes y entonnent des joila ou chansons sur des airs sauvages el : peu mélodieux. Les cartes à jouer ne leur manquent pas; elles sont faites d’écorce d'arbres, et coloriées avec du sang de renne. A l’occasion d’un mariage, on voit souvent une tribu entière se réunir. On donne à chaque enfant, lors de sa naissance, un ou plusieurs rennes qui lui appartiennent en.propre, indépendamment de sa part dans la succession future.

Nous ne nous occuperons pas des anciens habitants de la Finlande. Les FINLANDAIS actuels ne manquent ni de bonnes ni de mauvaises qualités. Intrépides, infatigables, la persévérance devient souvent chez eux une obstination sauvage. Leur caractère est sérieux , et ils montrent un attachement extrême pour leur nom national, leur langue et leurs usages. Ils n’ont pas su apprécier les bienfaits de la civilisation que les Suédois ont tenté de répandre parmi eux; ils ont prouvé leur ingratitude envers Gustave TI, qui, sans leur trahison, se fût emparé de Pétersbourg. On remarque entre ces peuples et les Russes une certaine sympathie de caractère. Cependant quelques-uns préféreraient à la domination russe un gouvernement indépendant qui sût tirer parti des avantages naturels du pays. Ils en ont obtenu en quelque sorte l’image. Le grandduché est censé une principauté distincte de la Russie, quoique inséparable. On a nommé à toutes les places des Finlandais. Un sénat de Finlande veille sur l’administration, et sur la justice, toutes les deux réglées parles lois suédoises, traduites en langue finnoise. La représentation nationale pour quatre ordres d'État, selon le système suédois, est conservée de droit, puisque Alexandre [er à présidé une diète finlandaise.—La liberté du paysan est aussi étendue que dans les provinces suédoises les plus libres; dans certaines localités, celte liberté dégénère même en licence.

Jusqu’au temps de Gustave III, l'instruction fut très-négligée , et les lumières, plus généralement répandues en Suède que dans d’autres pays de l’Europe n'avaient pu pénétrer parmi les Finlandais, à cause de la différence des langues. Mais depuis 1806, on a établi des écoles primaires finnoises dont le nombre va chaque jour croissant. On importe beaucoup de livres, principalement suédois. Dans tous les endroits où la population est composée de Finnois et de Suédois, le service divin se célèbre alternativement dans les deux langues. Un archevêque luthérien préside au clergé, ét le rite grec ne progresse nullement.

On reproche à tous les Finlandais (d’origine finnoise) des sentiments profonds de vengeance, el l'on accuse les habitants des côtes méridionales d’être égoïstes et de mauvaise foi. Néanmoins , dans leurs relations particulières, les Finlandais sont hospilaliers, charitables; on leur accorde même de la franchise et de la bonhomie. — Ils ont pour la poésie et la musique une disposition innée. Un misérable village au fond des bois et des marais voit souvent naître un poëte populaire dont les chants, quoique

grossiérs, ne sont dépourvus ni de verve, ni d'esprit, ni de sentiment, et qu'ils disent en s’accompagnant sur une espèce de harpe nommée kandela.

Les pærtiou cabanes des paysans finlandais ne sont point divisées en chambres; on les chauffe au moyen d’un grand poêle appuyé contre le mur; la faméesort indifféremment, soit par un trou pratiqué dans le toit, soit par la porte ou par la fenêtre. En hiver, de longs éclats de bois de sapin produisent une flamme assez vive qui compose le système d'éclairage. Aussi, n'est-ce pas sans étonnement qu'on voit du linge et des habits entretenus avec soin et propreté dans ces huttes noires et enfumées.

Parmi les plaisirs les plus recherchés des Finlandais, il faut citer les bains de vapeur. Les étuves sont spacieuses et garnies de bancs de pierre qui s’y élèvent en forme d’escalier. On les chauffe jusqu’à 64 degrés Réaumur ; ensuite, on verse sans intérruption de l’eau sur les pierres chauffées à rouge : l’étuve en peu de temps, se remplit de vapeur, et le baigneur qui descend de banc en banc est bientôt dans un état complet de transpiration. Après cela, tout son corps est lavé à l’eau tiède, frotté et fouetté légèrement avec des branches de bouleau en feuilles; opération que font les femmes, et à la suite desquelles le Finlandais se roule dans la neige, ou sur le gazon pendant l'été. |

La province habitée par les Finlandais bien plus fertile qu’on ne le supposerait d’après sa position astronomique, pourrait un jour nourrir 2,000,000 d'habitants, mais il y a des obstacles naturels que l'industrie humaine ne saurait entièrement faire disparaître. En 1832 on portait la population à environ 1,400,000 âmes. Les gelées subites détruisent souvent les blés naissants ; une espèce de ver, nommé dans le pays Lurila , dévore les moissons au moment où elles vont récompenser les soins du laboureur. L’humidité de l’air oblige les cultivateurs à sécher tous les grains dans des fours semblables à ceux qu’on emploie dans le reste de la Russie. Grâce à cette opération, on conserve en Finlande les grains jusqu’à la quinzième ou même jusqu’à la dix-huitième année. L’humidité du sol rend excusable et peut-être nécessaire la méthode que les Finlandais emploient pour défricher leurs terres, quoique cette méthode, poussée à l'excès, soit extrêmement nuisible à La conservation des forêts. Les Finlandais ont de temps immémorial semé dans les cendres produites par l'incendie de leurs forêts. Les terres ainsi défrichées sont divisées en trois classes ; ils appellent houtka ou alme celles où les bois sont coupés lorsque la feuille est grande; on y consacre des terrains fort étendus, couverts de vieux bois, et surtout de sapins blancs. Les bois ainsi coupés : restent deux ans sur la place avant d’être brülés; ensuite le terrain est ensemencé de seigle. On nomme kaski un terrain couvert d’un plus jeune bois, et qui peut-être brûlé au bout d’une année ; on l’ensemence de menu blé ou de raves; cependant on s’en sert communément pour le seigle. Enfin on désigne sous le nom de kieskamaa la coupe que l'on fait au printemps sur de petites collines où le bois a peu d’élévation. On commence par couper les branches et les sommités de ces arbres; et, la même année, aussitôt qu’elles sont sèches, on les réduit en cendres, après quoi on ensemence le terrain de seigle, et un peu plus tard de blé sarrasin et de lin. En quelques endroits on met le feu aux arbres au milieu de l’été; un jour suffit pour sécher la terre, et le même soir où le feu s'éteint, on jette la semence, afin que les cendres s’y attachent au moyen de la rosée, et qu'elles ne soient point enlevées par le vent de la nuit. Ces terres ainsi ensemencées sont labourées avec une charrue en forme de fourche, qu’ils nomment kaskisachra , et râtelées avec un râteau de bois; car les charrues ordinaires et les herses de fer ne sauraient y servir. Lorsque ce travail réussit, il produit trente et quarante pour un. Un champ ainsi cultivé rapporte ordinairement le centuple.

Ils ont encore une méthode de culture pour les terrains marécageux, qu'ils appellent

kytæ. Is commencent par mettre le feu à un morceau de la terre pour l'essayer; si elle rend de la cendre rouge, c’est un signe que l'endroit peut servir pendant longtemps et avec avantage, mais lorsque la cendre est blanche, la terre est considérée comme mauvaise. Ensuite on éconduit les eaux; on coupe les arbres qui peuvent se trouver sur le terrain; au bout de quelques années, on l’environne d’un fossé; on arrache les racines, et on le laboure à différentes reprises. On laisse sécher la terre pendant quelque temps; on brüle la tourbe, puis on laboure et râtelle la terre, et on y sème le seigle.

Les ESTHONIENS repoussés vers le nord, subirent de bonne heure les incursions des Scandinaves, qui y répandirent le culte de Thor; les envahissements des Lettons qui y introduisirent leur idiome wende et les invasions plus durables des Allemands renversèrent leurs arbres sacrés. La langue esthonienne embrasse les idiomes de Reval ou de la Harrie, celui de Dorpat ou de l'Ungannie, et celui de l’ile d'OEsel , ou Kurri-Saar. Elle possède des chants populaires, versifiés à la manière finnoise, c’est-àdire par le mètre et l’allitération. Un littérateur plein de goût, l’ingénieux Herder , en a recueilli un grand nombre, où respirent à la fois la naïveté d’un peuple encore peu civilisé, et la mélancolie d'hommes réduits à la servitude. Harmonieuse à force de voyelles sonores et bien distribuées, la langue esthonienne est aujourd’hui assujettie à une prosodie plaintive el trainante; ce n’est peut-être que l'accent de l'oppression. Les Esthoniens furent toujours sensibles aux charmes de la musique. Dans le xure siècle, une de leurs armées qui assiégeait un château fort, cessa les hostilités aux sons d’une harpe qu’un prêtre chrétien fit entendre du haut des remparts. L’Esthonien, obstiné comme tous les Finnois, a résisté à tant d’influences étrangères avec un rare succès; il conserve les cheveux roux-jaunes et les autres-traits caractéristiques de sa race. Les paysannes, peu sévères envers leurs compatriotes, ne se laissent que bien rarement séduire par un Allemand; celles qui cèdent à la puissance de l’or sont bannies de la société de leurs villages; mais la soldatesque russe a nui à la pureté des mœurs et du sang. La haine d’une caste esclave contre une caste dominante n’est pas la seule barrière entre les Allemands et les Esthoniens ; il en estencore une, non moins moins puissante: c'est la langue qui nediffère du finnois que comme un dialecte de l’autre.

Les Esthoniens, sont vigoureux, quoique de taille moyenne, cbstinés, patients, soutenus par une humeur joviale, mais avilie par tous les vices inhérents à la servitude. Ils ont conservé une fierté personnelle, une aversion pour les insultes et les chàtiments arbitraires, une tendance aux révoltes et aux vengeances qui prouvent un fonds de sentiments élevés.

Les paysans esthoniens sont les seuls débris de la population aborigène de ce pays; naguère encore ils étaient serfs, mais en 1898, un ukase de l’empereur Nicolas décida leur émancipation. Une des conséquences de ce fait fut que le paysan, autrefois désigné comme les autres sefs russes par son nom de baptême joint à celui de son père, dut enfin se choisir un nom de famille. Ce soin fut dévolu “par lui aux châtelains et châtelaines qui ne trouvèrent pas sans quelque peine toutes les appellations nécessaires pour distinguer leurs nombreux tenanciers. Le dictionnaire et Walter Scott en firent les frais; aussi Ja moitié des Esthoniens porte-t-elle des noms allemands, tandis que l’autre semble issue des Cameron et des Douglas; ce qui donnera sans doute du fil à retordre aux généalogistes à venir. La grande difiiculté de cette opération fut de contenter tous ces braves gens. Plus d’un, qui avait accepté son nouveau baptême, revint le lendemain, l'oreille basse, dire que sa femme ne s’accommodait pas du nouveau nom, et en demander un autre. Très-souvent il terminait sa doléance en sollicitant la permission de porter le nom imposant et aristocratique du comte ou du baron auquel il s'enorgueillissait d’obéir; cela lui semblait aussi simple que de passer un collier à ses armes : mais, loin

MOEURS, USAGES ET COSTUMES. ao

de tolérer un pareil abus, le noble esthonien n’accorde pas même à la caste qu’il domine le droit de partager avec lui l'appellation nationale dans laquelle partout ailleurs se mêlent les citoyens d’un même pays, quelle que soit la différence des conditions. Il garde le nom d’Esthlander : le paysan n’est qu’un Esthe. Une autre conséquence de l’affranchissement est de soumettre le paysan à la loi générale de conscription et de faire enregistrer tous les actes de leur état civil, non par le seigneur, comme jadis, mais par l'administration impériale. Les seuls motifs qui exemptent du service militaire sont des défauts de conformation physique, ou cette circonstance, qu’on est père de trois enfants. L'année dernière, un paysan , à qui sa femme avait déjà donné un fils et qui allait devenir père pour la seconde fois, fut atteint par le sort, et, l'œil plein de larmes, il sortait déjà de la salle pour aller dire adieu à tous les siens, lorsque son père, accouru tout à coup, le prit dans ses bras et lui annonça qu'il était libre, sa femme venant d’accoucher de deux jumeaux.

Les Lerrons, ainsi que les restes des Koures, des Semigalles et d’autres tribus, appartiennent à la race wendo-lithuanienne, qui, sous le rapport des idiomes, des croyances, des monuments, doit être distinguée de la race finno-hunnique.

Nous retracerons ici, d'après M. de Storch, l’état civil et moral de ce peuple, qui occupe aujourd’hui le sud de la Livonie. «€ L’esclavage, dit-il, le défaut de civilisation et le dénüment des choses les plus nécessaires à la vie, sont gravés sur leur figure en traits lisibles. Les Lettons sont, en général, d’une très-pelite taille, les femmes surtout; if y en a qu’on prendrait pour des naines. Ils auraient de l’'embonpoint s'ils étaient bien nourris. Les paysans lettons ont rarement autant de force que les Allemands, surtout pour lever et porter ; au reste, ils résistent à de grandes fatigues, au froid, à la chaleur, à l'humidité; ils prennent peu de repos. Les Leltons font usage de bains chauds, comme les Russes, et passent de la chaleur la plus excessive à l'air extérieur ; ils sont peu sujets aux rhumatismes, aux refroidissements et aux douleurs de dents. En général, les Lettons ont peu de maladies dominantes; ils supportent également bien les excès et la disette; leurs dents sont fermes et ordinairement très-blanches jusqu’à un âge avancé. L'usage immodéré des liqueurs fortes paraît peu nuisible à leur santé. Les femmes accouchent très-aisément , la plupart debout, et sans aucun secours. »

Les habitants de la Samogitie, ou les SAMOGITIENS, paraissent appartenir à deux races distinctes : l’une, de stature élevée, descendant] des Goths ou des Wendes qui, jadis, oecupèrent ces contrées; l’autre, petite et trapue, mais dure et robuste comme celle des Lettons. — Les jeunes filles ne se marient qu'entre vingt-quatre et trente ans; les Samogitiennes et les Lithuaniennes sont, dit-on, aussi chastes que les Russes le sont peu. — Ce peuple n’a que de petits chevaux, et ses bœufs ne sont pas non plus d’une srande taille; mais ces animaux sont robustes et en grand nombre, Les cultivateurs s'obstinent à se servir d’une charrue, ou plutôt d’un araire, entièrement composé de bois ; ils prétendaient même autrefois qu’une charrue munie de fer porterait malheur à leurs terres. Aussi manquent-ils souvent de blé, et sont-ils réduits à manger des raves qui deviennent ici d’une grosseur énorme. Ils ne commencent guère les semailles que lrois semaines après la Pentecôte. Mais les très-fortes chaleurs de l'été font mürir les grains en six à sept semaines. Ils les moissonnent ordinairement le matin et le soir, tant ils trouvent insupportable la chaleur du milieu du jour, au rapport de témoins oculaires.

Les LiITHUANIENS , dit le docteur Lafontaine , ressemblent aux Polonais et aux Russes, mais ils sont inférieurs en tout à ces deux nations. Opprimés par la misère et l’esclavage, leur caractère physique même porte toutes les marques de l’avilissement dans lequel ils sont tombés. Leur santé est meilleure que leur extérieur ne l'annonce : on remarque moins de maladies en Lithuanie qu’en Pologne. Presque toute la contrée est

humide et marécageuse ; cependant, les fièvres intermittentes y sont rares. La plique et les maladies vénériennes y sont aussi moins communes que dans le reste de la Pologne : parmi le bas peuple, un dixième seulement est attaqué de la plique, et dans les classes les plus relevées, 1 sur 90 ou 100. Les érésipèles, la gale, les écrouelles, les fluxions de poitrine et les fièvres inflammatoires, sont les maladies les plus communes ; cependant, aucune ne l'est autant que les vers. L'usage de l’inoculation est encore inconnu.

Le peuple de la Russis blanche croupit dans une ignorance et une misère qui le rapprochent des sauvages. Un auteur moderne a vu des paysans de la Russie blanche arriver à Riga couverts de peaux de mouton, et exténués par la faim, quoiqu'ils conduisissent des bateaux chargés de blé pour le compte de leurs seigneurs; ces pauvres esclaves couchaient sur le rivage, sous de vieux bateaux ou dans des cabanes construites de débris de planches, liées ensemble avec de l'écorce; après avoir vendu leur cargaison et même leurs bateaux, ils s’en retournaient en chantant, aussi misérables qu'ils étaient venus, et rapportaient fidèlement à leurs seigneurs ou aux intendants de ces seigneurs de grandes sommes d'argent comptant, sans s'en approprier la moindre partie.

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