ILES SHETLAND
Les Shetland sont appelées Zetland par les Hollandais, et Yetland par les Danois. Elles sont entre 590 45’ et 61° 12’ de latitude nord, et entre 5° 5’ et 4° 36’ de longitude ouest. | |
Ce groupe qui se compose d’une quarantaine d’iles, dont les principales sont Mainland, Yell et Unst, à trente-six lieues du nord au sud et seize lieues de l’est à l’ouest.
La population de cet archipel est d'environ 25,000 âmes, et d'orignine norwégienne.
Les SHeTLANDaIs sont vigoureux, bien faits, mais un peu basanés; ils ne sont pas moins hospitaliers que leurs voisins des Orcades, mais ils passent pour être plus hardis encore et plus laborieux. Ils se marient de très-bonne heure, et rien n’est plus rare chez eux qu'un célibataire. Les femmes sont blondes, ont le teint frais et coloré, et passent pour chastes et laborieuses. Dans ces îles, une petite hutte, une couverture, une vache, un pot à cuire les aliments, une bêche pour labourer la terre, quelques filets, sont le mobilier d’un ménage pourvu du nécessaire.
Outre qu’elle est de mauvaise qualité et souvent insuflisante, la nourriture des Shetlandais est encore très-communément conquise au prix de la vie de ces malheureux. Beaucoup d’entre eux se nourrissent pendant la belle saison, des œufs et des petits des oiseaux sauvages qu’ils vont chercher au pied des rochers escarpés, hauts de trois à cinq cents pieds, et ce n’est point par la grève qu'ils y arrivent. La mer, constamment agitée n’a laissé qu’en bien peu d’endroits d’intermédiaire entre elles et les rochers de la côte; l’aventurier hardi descend du haut du rocher avec une corde faite de paille ou de soie de porc, et que tient une personne placée au sommet du rocher. Dans l'ile de Foula, on fixe en terre un petit pieu, ou même une cheville au bord du précipice, et l’on y attache une ligne à pêcher. C'est avec un soutien aussi frèle que les insulaires descendent aux endroits où se trouvent les nids ; ils prennent ce qui s'y trouve, et remontent avec une agilité suprenante. Les lois de Norwége regardaient, avec raison, cette manière de chasser comme une espèce de suicide, et punissaient le mort dans les membres resiants de sa famille, si le plus proche parent ne consentait à aller, par le même chemin, chercher et rapporter le cadavre du défunt.
Le paysan, ou le pauvré, ne possède en propre que sa liberté; et il est obligé de payer la terre où il végète dans la misère, et la vague qui engloutira sa frêle barque de pêcheur. Autrefois les redevances des fermiers se payaient en deux termes : l'un en beurre l’autre en argent; mais depuis longtemps, les stewards, ou délégués des lairds absents, exigent que les deux termes soient acquittés en argent. Tant de misère d’une part, de dureté et d’avarice de l’autre, chasseraient bientôt tous les habitants pauvres, si la ruse ne venait au secours de leurs despotes. Obligés de fournir un certain nombre d'hommes pour le service militaire, dont ils ont soin de faire un épouvantail à ces gens, qui voient si rarement un, uniforme, ils éloignent de préférence le Shetlandais qui a tardé à se marier, et à s'établir comme on l'y avait engagé dès l’âge de dix-sept ans. À ceux au contraire, qui ont consenti à prendre ce dernier parti, ils donnent la valeur de trois acres de terrain stérile, et Le retiennent ainsi au pays par l'attrait d’un simulacre de propriété. Car donner, ne signifie que prêter, dans la langue des lairds shetlandais.
La condition des pêcheurs est encore plus dure que celle des fermiers. M. Biot, dans sa notice sur les Shetland, décrit ainsi les vicissitudes de la vie de pêcheur : « Six
hommes, bons rammeurs et sûrs les uns des autres, s'associent pour occuper une même barque, un canot léger, entièrement découvert. Ils prennent avec eux une petite provision d’eau et de gâteaux d'avoine, une boussole; et, dans ce frêle esquif, ils s’en vont hors de la vue des iles et de toute terre, à une distance de quinze ou vingt lieues; là ils tendent Leurs lignes, et passent un jour et une nuit à pêcher. Si le temps est beau et la pêche favorable, ils peuvent gagner chacun dix ou douze francs dans un pareil voyage; si Le ciel se couvre et que la mer gronde, ils luttent, dans leur nacelle découverte, contre sa fureur, jusqu’à ce qu’ils aient sauvé les lignes, dont la perte serait leur ruine et celle de leur famille; puis ils rament et voguent, dans la direction de la terre, au milieu de vagues hautes comme des maisons. Le plus expérimenté, assis sur l’arrière, Lient le gouvernail ; et, jugeant la direction de chaque lame, élude son choc direct qui suffirait pour les engloutir, En même temps, il commande les mouvements de la voile; il la fait baisser chaque fois que la barque est montée sur le dos d’une vague, afin de modérer sa descente, et hausser chaque fois qu’elle est descendue au fond, afin que le vent la fasse voler sur le dos de la vague suivante. Quelquelois, enveloppés d’une obsecurité profonde, les malheureux ne voient pas la montagne d’eau qu'ils fuient; ils n'ont, pour juger son approche, que le bruit de son mugissement. Cependant les femmes et les enfants sont sur la côte, implorant le ciel, épiant l’apparilion de la barque qui porte leurs seules espérances, croyant parfois la voir soulevée ou engloutie dans le roulis des ondes, s’apprêtant à assister leurs maris ou leurs pères, s’ils arrivent assez près pour qu'on puisse les secourir, et quelquefois appelant à grands cris ceux qui ne les entendront plus. Mais leur destinée n’est pas toujours si funeste. À force d'adresse, de fatigue, de sang-froid et de courage, le canot sort voinqueur de cette lutte terrible; le son bien connu de sa conque se fait entendre; il arrive : alors les embrassements succèdent aux larmes, et la joie de se voir s’accroit par lé récit de l’affreux péril auquel on vient d'échapper.
» Toutefois, pour ces pauvres gens, ajoute M. Biot, l'âäpreté mème de leur patrie a des charmes. Ils aiment ces vieux rochers, dont les formes hardies et l'aspect si souvent observé leur marquent l’étroit passage que leur barque doit suivre, lorsqu’au retour d’une pêche heureuse, et ramené par un vent favorable, elle rentre dans la baie protectrice, saluée par les cris des oiseaux de mer. Ils aiment ces cavernes profondes où ils ont souvent lancé leur nacelle au milieu des vagues, pour aller surprendre les phoques endormis. Moi-même, tranquille sous leur conduite, j'ai contemplé avec admiration ces hauts escarpements des roches primitives, cette vieille charpente du globe, dont les couches, penchées vers la mer, et minées à leur base par la fureur des flots, semblent menacer d’ensevelir sous leurs ruines la frêle barque qui bondit à leurs pieds. À notre approche, des nuées d'oiseaux de mer sortaient par milliers de leurs retraites, surpris de se voir troubler par des humains, et faisant retentir ces lieux solitaires de leurs cris confus; les uns s’élançant dans les airs, d’autres se plongeant dans les vagues et ressortant presque aussitôt avec la proie qu'ils y avaient saisie; tandis que des cétacés et des phoques élevaient çà et là leurs têtes noirâtres au-dessus des ondes transparentes comme le cristal; partout la vie semblait abandonner une terre froide et humide, pour sesréfugier, plus variée et plus active, dans l’air et dans les eaux. Mais aussitôt que le soir étend son voile sur ces sauvages retraites, tout rentre dans la paix, dans le silence. Quelquefois un léger vent du sud adoucit la froideur de l'air et permet aux astres de la nuit d'éclairer de l'éclat le plus pur cette scène tranquille, dont aucun bruit n’interrompt plus la paix profonde, si ce n’est, par intervalles, le murmure lointain des vagues mourantes, ou le cri doux et plaintif d'une mouette rasant rapidement la surface des flots. »
Les Shetlandais sont adonnés à une foule de superstitions et de croyances bizarres ; voyez à ce sujet nos Cérémonies religieuses de tous les peuples.
Ce peuple si malheureux et si ignorant n'est pourtant pas entièrement dépourvu d'industrie; les bas qu’il tricote sont si fins, que quelquefois on peu les faire passer au travers d'une bague.
Avant de savoir apprêter les peaux de phoque, dont il fait des harnais et des couverlures à ses chevaux, il fabriquait, pour sa consommation, des draps grossiers, des toiles communes, des bonnets et des gilets de laine. |
On présume aisément que le commerce de ces îles n’est pas très-important. Le plus élendu est celui qui se fait avec les bâtiments pêcheurs qui s’approchent des côtes. IL consiste principalement en échange de matières ou d'objets fabriqués ; on remarque surtout, dans ces transactions, le talent que déploient les Shetlandais pour apitoyer les chalands. Ils commercent aussi par l'intermédiaire des stewards, qui en ont tout le profit. Ils exportent ainsi environ mille tonneaux de morue sèche ou salée et d’autres poissons; cinq cents tonneaux de soude, extraite du varech, de l'huile de baleine, des plumes d'oiseaux rares, et enfin différentes espèces de peaux.