‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 3)Chapitre 42 sur 146 · HOMME ET FEMME DU SCHLIR · texte numérisé non relu

HOMME ET FEMME DU SCHLIR

(Bavière.}

sont laborieux et susceptibles de comprendre leurs intérêts. Dans les montagnes du Spessart, l’agriculture, autrefois négligée, fait chaque jour des progrès : les pommes de terre forment avec le pain la principale nourriture.

Après l’agriculture, les bestiaux forment la principale branche de la richesse terri- Loriale : les prés qui s'étendent le long des rivières en favorisent l'accroissement et la multiplication; il est même à remarquer que dans les départements où la culture est arrivée à un certain degré de perfection , les moyens d'améliorer les races se sont multipliés. Les chèvres sont nourries avec soin dans la contrée qui s'étend au sud de Munich, ainsi que dans la plupart des montagnes qui bordent le royaume. Le porc est engraissé dans presque toute l'étendue de la Bavière. Les Bavarois ont jusqu’à présent encore moins réussi à améliorer la race des chevaux que celle des autres animaux, Le cheval est rarement employé par l’agriculteur, qui tire du bœuf des secours suffisants. L'amélioration des bergeries commence à devenir lebut des soins et des essais des agriculteurs; partout on s'occupe avec beaucoup d'intelligence de croiser les races indigènes avec les mérinos : depuis longtemps les manufactures de draps s'aperçoivent de l'avantage qu’elles peuvent retirer de ceite importante industrie. L'éducation des abeilles est encore une des occupations les plus lucratives de quelques propriétaires. I en est des animaux domestiques comme de l'agriculture : les Bavarois sont également arriérés dans ces deux branches de l’économie rurale. Nous devons donc répéter ici ce que nous avons dit à propos de la culture des terres : l'ignorance, et nous pouvons même dire la superstition du peuple des campagnes, sont dans cette classe les prineipaux obstacles aux améliorations. Tant qu'on verra le paysan, négligeant les moyens curatifs qui peuvent neutraliser ou faire cesser les ravages causés par les épizoolies,

conduire en pèlerinage les bestiaux malades, il y aura peu de perfectionnement à espérer dans l’agriculture.

L' De a pris plus d'extension; on cite plusieurs établissements importants de jardiniers-fleuristes et de pépiniéristes.

L’ignorance du peuple des campagnes n'est point la seule entrave aux améliorations que le gouvernement bavarois a projetées dans l'intérêt de la propriété foncière. IL existe éncore en Bavière des débris d'institutions féodales qui résistent depuis longtemps aux efforts de l'administration ; les redevances seigneuriales, les droits de chasse, les dimes , les corvées inhérentes au sol, et d’autres coutumes non moins surannées, maintenues par les efforts de ceux qui en profitent. En vain une loi récente a-t-elle déclaré que tout individu peut utiliser sa propriété comme bon lui semble: tant qué des charges entachées de servitude pèseront sur les terres, le droit de propriété restera presque illusoire; en vain a-t-elle proclamé la liberté de culture : tant que celle des bois sous la surveillance des agents forestiers ; tant que celle de la vigne sera soumise à des règlements, et que les seigneurs fonciers auront le droit de s'assurer si les biens ruraux sont gérés.el cullivés convenablement, l’agriculture restera en enfance. C’est en admettant en principe le morcellement des terres inculles; en exemptant les nouveaux propriétaires de toutes charges et contributions pendant un temps plus où moins long ; en leur donnant même des primes d'encouragement; en livrant à la culture des pâturages trop maigres pour avoir quelque influence sur l'amélioration des bestiaux ; en abolissant le droit de pâture et de parcours sur les terres d'autrui; en engageant les habitants à donner la meilleure nourriture possible à leurs béstiaux, el à éviter qu’ils ne restent jour el nuit exposés aux intempéries de l'atmosphère; en accordant aux cultivateurs la faculté de faire détruire les arbres forestiers situés dans les prairies où ils ne sont destinés qu'aux plaisirs du propriélaire de la chasse; en ne déterminant point le minimum des terres qui doivent être possédées dans une famille ,

et surtout en n’exigeant point la possession d’une certaine quantité de terres pour pouvoir bâtir une maison.

WÜRTEMBERC.

Le royaume de Wurtemberg confine : au nord au grand- -duché de Bade et au royaume de Bavière; à l’est au royaume de Bavière; au sud à ce même royaume, au lac de Constance et au grand-duché de Bade; à l’ouest au grand- -duché de Bade.

Le Wurtemberg est divisé en quatre cercles ’. Nous donnons ces divisions et leurs sous-divisions dans le tableau qui suit :

CERCLES. CHEFS-LIEUX , VILLES PRINCIPALES ET PRINCIPAUX ÉTATS MÉDIATS

Necker ou Neckar. . . . |Ludwigsburg, Stuttgard ; la Solitude, la Favorile ; Hohenheïm, | Rosestein: Marbach ; Sindelfinden : Kochendorf ; Kannstad!t ;

Esslingen, Heilbronn ; Jaxtfeld; Asberg ; F'eiblingen. ForèT-Noire (Schwarzwald), |Reutlingen ; Rotweil ; Rothénbourg : Tubingen ; Freudenstadt ; Nagold ; "Ehningen ; Cao ; Urack ; Meilzingen ; Ebingen :

Schivenningen : 'idbad ; Bahlingen ; Tulilingen.

JAGST. . s É nhuf ai an BIWangen Hu: Mergenthein ; Gmiünd ; Heidenheim ; Giegen ; Creilshelm ; Schorndorf ; Ochringen ; Bartestein : Aalen ; Taxis. Les possessions des princes de Hohenlohe; parties de celles du prince de Thurn-et-Taxis.

Ulm ; Gœpingen; Kirchheim; Biberach; Friedrichshafen ;

Ehingen ; Ravensburg ; Altorf: Isny ; Munsingen ; Geislingen. Les possessions des princes de Waldbourg.

Les ducs de Wurtemberg, dès le commencement du seizième siècle, partageaient la souveraineté avec l'assemblée des États, composée des quatorze principaux ecclésiastiques et de quatre-vingt-neuf députés des villes et districts. Lorsque Napoléon érigea ce duché en royaume, l'assemblée des États fut dissoute; mais depuis l'établissement de la nouvelle confédération germanique, les districts et les anciens seigneurs du royaume réclamèrent l'établissement d’une nouvelle constitution qui déterminât les droits de la souveraineté absolue, en fondant une représentation nationale. On satisfit à ces réclamations en 1819.

Le roi, d’après la constitution qui consacre l’inviolabilité de sa personne, est majeur à dix-huit ans; il peut suivre, à son choix, l’une des diverses communions chrétiennes;

à lui seul appartiennent la sanction et l'exécution des lois, le droit de rendre la justice, celui de faire la paix ou la guerre, ete commandement de l’armée.

La loi fondamentale du royaume proclame la liberté de conscience et l'égalité des cultes, garantit la liberté individuelle, et abolit la confiscation des biens; une loi n’est mise en vigueur qu’aulant qu'elle a été approuvée par l'assemblée générale des districts, qui vote aussi les contributions.

La chambre des nobles se compose de treize membres, élus à vie et choisis parmi les propriélaires de biens scigneuriaux ; de six ecclésiastiques protestants; d’un évêque et

1 En 1822 on à supprimé le petit gouvernement de la capitale , et on la réuni au cercle de Necker,

de deux prêtres catholiques; et de quatre docteurs appartenant aux diverses sociétés savantes du royaume. Le tiers des membres sont élus à vie par le roi; les autres sont héréditaires. Ces derniers doivent avoir un revenu de six cents florins, et peuvent siéger à l’âge de majorité.

Les députés nommés par la bourgeoisie forment la seconde chambre; les villes en choisissent un par deux cents habitants; ils sont élus pour six ans, à moins de dissolution extraordinaire. Les dépenses de l'assemblée générale et les frais de voyage des représentants sont couverts par une caisse spéciale, dont les fonds sont pris sur les contributions. | |

Les députés de districts sont élus par des colléges particuliers, composés de citoyens ayant des possessions dans le district, et qui, pour jouir du droit d’électeur, doivent avoir atteint leur vingt-cinquième année.

Les membres de l’une et de l’autre chambre fournissent à la haute cour de justice la moitié de ses membres. La chambre haute et celle des députés désignent pour la présidence trois membres, parmi lesquels le roi choisit celui qu'il croit digne de remplir cette fonction. Les séances de cette dernière sont publiques.

Le gouvernement de Wurtemberg, dans le but de maintenir le régime constitutionnel et les institutions qui en sont la base, a créé un conseil général, que l'on pourrait appeler conservateur de la constitution, composé de jurisconsultes et de magistrats inamovibles, dont la moitié est nommée par le roi, et l’autre par l'assemblée des districts. C’est devant ce conseil que sont renvoyés les fonctionnaires publics et les membres même des districts qui sont accusés d’avoir tenu une conduite inconstitutionnelle; il est aussi chargé de juger les différends qui peuvent s'élever entre les districts et les ministres eux-mêmes sur la manière d'interpréter la loi fondamentale du royaume. Les districts ont le droit de mettre en accusation les ministres du roi; mais ceux-ci ne peuvent déplacer aucun fonctionnaire public pour lui donner un emploi inférieur; encore moins le destituer, que lorsque son incapacité est prouvée, ou qu’il s’est rendu coupable de quelque délit. ss

Ce gouvernement n'intervient ni dans la nomination des membres de l'administration communale, ni dans les délibérations des conseils municipaux.

Les revenus du Wurtemberg s'élèvent à 20,183,000 francs qui présentent, pour les contributions directes et indirectes, les salines et les postes, une somme de 11,462,000 francs, ce qui porte les charges individuelles à 7 francs 18 centimes par tête. La dette publique est évaluée à 60,000,000.

Depuis 1829, l'institution des juges de paix a élé adoptée dans le Wurtemberg, el l'utilité de ce corps a été démontrée par un nombre de plus de soixante mille procès terminés amiablement dans la première année de son établissement.

Les systèmes hypothécaire et cadastral sont en vigueur.

La liberté de la presse n’est point illimitée”: elle est soumise à certaines restrictions contre lesquelles les partisans des libertés publiques ont réclamé jusqu’à présent en vain. Sous le prétexte d'éviter les prétendus abus d'un droit qui est devenu un besoin chez les peuples civilisés, une-loi du 30 janvier 4847 permet la publication des ouvrages qui ne renferment rien de contraire aux mœurs et à la tranquillité de l'État. Les journaux sont libres dans les circonstances ordinaires. En temps de guerre seulement ils doivent être soumis à la censure. Mais les tribunaux sont chargés de poursuivre les auteurs des écrits qui blessent la morale ou la religion, répandent la calomnie sur les particuliers, attaquent la conduite des fonctionnaires publics et des députés, ou portent atteinte à la majesté royale et aux agents des puissances étrangères.

Deux ordres de chevalerie et une médaille (en or pour les officiers et en argent pour

1m EUROPE. — CONFÉDÉRATION GERMANIQUE.

les soldats) sont les signes distinctifs, destinés à récompenser le mérite civil et le courage militaire. La croix de l’Aigle d’or : est destinée aux militaires et aux princes étrangers. Les statuts de cel ordre portent l'obligation d’une union intime entre tous les membres, de se secourir dans les combats, et de s’accorder une assistance mutuelle dans toutes les circonstances de la vie. Le nombre des décorations est fixé à 50; mais comme il exige la preuve d’une noblesse assez ancienne, l’ordre du Mérite civil? a été fondé en 1806 pour ceux qui ne peuvent prétendre à la décoration de l’Aigle d’or. Un traitement est affecté aux grand’croix, aux commandeurs et aux chevaliers de cet ordre. Ces distinctions honorifiques, la fortune, la diversité des états et l'importance des emplois civils, servent, depuis 1811, à partager en 10 classes les habitants du Wurtemberg.

Le Wurtemberg possède peu de manufactures en grand. Les habitants de la Rauhe- Alp fabriquent de la toile et des dentelles grossières; ceux des bailliages des Rothenburg, Horb, Nagold, Bôblingen, Gôppingen, Bahlingen, Neresheim, font des étoffes de laine; les éloffes de coton se fabriquent surtout dans l’est du royaume, et les ouvrages en bois dans la Forêt-Noire. Il y a quelques verreries et un assez grand nombre de papeteries, de moulins à plâtre, de distilleries d’eau-de-vie et de kirschwasser. de lanneries, de fabriques de potasse, ete. On fait beaucoup de cidre et de poiré.

Le gouvernement fait de l'instruction des différnetes classes de la nation, l’objet de sa sollicitude. Toutes les villés un peu importantes possèdent des gymnases, et les autres des institutions d’un ordre inférieur. Partout où il y a une école primaire on est sûr d’en trouver une des arts et métiers. Ces établissements sont destinés aux enfants de six à quatorze ans, el pour ceux qui sont en apprentissage, ils peuvent, jusqu’à l'âge de dix-huit ans, fréquenter les écoles ouvertes le dimanche. Chaque village renferme une école gratuite, et dans les hameaux trop éloignés pour pouvoir profiter de ces établissements, un maitre d'école réunit deux ou trois fois par semaine les enfants des divers groupes d'habitations voisines. En général, ceux-ci ne peuvent cesser de fréquenter les écoles que lorsqu'ils savent lire, écrire et calculer. Tous ces établissements sont sous la surveillance immédiate des pasteurs et des curés, et chaque année des professeurs envoyés de Slutigard et de Tubingen sont chargés d'aller inspecter ces diverses maisons. Les écoles industrielles prennent, depuis plusieurs années, un accroissement sensible.

Le nombre des ouvriers qui suivent l’enseignement des écoles du dimanche est de 1500 à 1600. Pour répandre dans les classes inférieures les connaissances horticoles, on a établi quarante-quatre jardins-modèles publics, cinquante-trois vergers et deuxcent-cinquante pépinières : en 1830, ces établissements instruisaient 7,800 enfans. Tous les jeunes gens qui sortent des écoles élémentaires sont soumis à un examen et reçoivent un certificat de capacité, sans lequel il est défendu de leur donner de l'emploi.

Le séminaire général d'Esslingen est une école normale fort bien tenue; c’est de là qu'on Lire les maîtres qui dirigent les colléges et les écoles. Dans les institutions particulières seulement, on compte quelques ecclésiastiques. Quant aux jeunes gens pauvres qui désirent embrasser l’état ecclésiastique dans les communions protestante et catholique, ils sont élevés et instruits aux frais de l'État. IL y a aussi une institution pour les jeunes femmes qui se destinent à l'enseignement.

Dans le Wurtemberg, où les dimes enlèvent au cultivateur la moitié de son revenu

* Elle fut fondée en 1702, et porte pour devise Virtulis amiciliwque fœdus. 2 Il porte pour devise Bene merentibus.

net, où les impôts en absorbent un cinquième, où la disette des récoltes se fait souvent sentir, il n’est pas étonnant que le paysan se détermine à émigrer, soit dans les provinces méridionales de la Russie, soit en Amérique. Le géographe Stein rapporte que dans les quatre premiers mois de l’année 1817, les émigrations se sont élevées à 12,000 individus. Il est vrai que certaines idées religieuses en engagèrent un grand nombre à prendre ce parti, et que l’aurore boréale qui fut aperçue dans ce pays, au mois de février de la même année fut regardée par plusieurs personnes comme un signe que le ciel favorisait leur détermination.

La capitale du royaume de Wurtemberg est SrurrcarD ou Stuttgart, sur le Nesenbach, non loin de son confluent avec le Necker ; elle est située dans une magnifique vallée, entourée de montagnes élevées. Toutes les autorités y fout leur résidence; ou lui donne 33,800 habitants, dont 8,500 militaires ou étrangers.

Stuttgard s’est beaucoug agrandie et embellie depuis le commencement du siècle; on la divise en vieille et en nouvelle ville. La première est bâlie d’une manière irrégulière, les nouveaux quartiers sont d’une grande beauté; les alentours du château surtout offrent un aspect délicieux.

Parmi les établissements de bienfaisance on remarque quelques écoles gratuites, la Société générale de bienfaisance, une maison d'orphelins, la Société des amis du pauvre, et l'hôpital. Sur la place du château, entre l’église catholique et le théâtre se trouvent les ateliers du Dannuker. Dans la ville il n’y a point de fabriques, on s'y occupe de jardinage et de la culture des vignes; son commerce de librairie est considérable.

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