‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 3)Chapitre 7 sur 146 · PRINCIPAUTÉ DE MOLDAVIE · texte numérisé non relu

PRINCIPAUTÉ DE MOLDAVIE

Confins. Au nord , la Bukovine dans l'empire d'Autriche et la Bessarabie dans l'empire russe. À l'est, la Bessarabie. Au sud, le Danube qui, le long d’un très-petit espace, la sépare de l'empire ottoman, et la principauté de Valachie. A l’ouest, la Transylvanie et la Bukovine dans l’empire d'Autriche.

Pays. Toute la Moldavie à l'occident du Pruth, à l’exception de la Bukovine, qui depuis longtemps a été cédée à l'empire d'Autriche; la partie à l’est du Pruth depuis 1812 a été incorporée à l'empire russe, et forme la province de Bessarabie.

Fleuves. Le DANUBE, qui reçoit le Sereth et le Pruth grossi par le Bachlui.

Villes. JAssy (Jasch), assez grande ville située sur une hauteur, environnée d’éminences encore plus élevées et arrosées par le Bachlui, qui est plutôt une longue série d'étangs bourbeux qu'une rivière. C'est la capitale de la principauté, le siége d’un archevêché grec et la résidence des consuls étrangers. Irrégulièrement bâtie, avec des rues recouvertes de grosses planches de chêne au-dessous desquelles coulent des ruisseaux fétides, son séjour n’est rien moins que sain et agréable, surtout pendant les fortes chaleurs. Les maisons, qui n'ont en général qu’un seul étang, sont presque toutes en bois et assez dans le goût oriental. Nous n’avons aucun moyen d'indiquer quels sont ses édifices les plus remarquables, tant cette ville a été ravagée par les incendies. L'ancienne Cour des Princes, dont on attribuait la construction aux Romains sous Trajan, a été la proie des flammes en 1783. Avant les deux terribles incendies qui en 14827 ont détruit la plus grande partie de Jassy, l’archevèché avec l'église métropolitaine, celle de Saint-Nicolas, où les princes sont sacrés par l'archevêque, le Golic avec la plus haute tour de la ville, l'imprimerie valaque et quelques couvents étaient les édifices les plus remarquables. Un petit gymnase décoré du titre de lycée avec trois professeurs, était encore dernièrement l'établissement littéraire le plus important de cette ville et de toute la principauté. Le peu d'industrie qu’on y voit est entre les mains des Allemands qui s’y sont établis depuis plusieurs années. Mais le commerce est assez actif; les plus grandes affaires sont faites par des maisons grecques et arméniennes. Avant la dernière guerre et les deux incendies de 1827, on portait la population de cette ville jusqu’à près de 40,000 âmes. |

Les autres villes les plus remarquables de la principauté dans la basse Moldavie (Zara de Schoss où Pays-Bas) sont : — Roman, petite ville épiscopale, d'environ 1,500 habitants, dans les environs de laquelle on voit les ruines d’une ville slavonne nommée Semendrowa. — Huscx, sur le Pruth, autre petite ville épiscopale, renommée par son tabac regardé comme le meilleur de toute la Moldavie, et célèbre dans les annales militaires par la paix que Pierre le Grand fut obligé de faire avec les Turcs qui l'avaient cerné près de Falschy en 1711.— GaLacz (Galasch}, située sur le Danube, entourée de remparts et beaucoup mieux bâtie que les autres villes de la Moldavie; c’est le centre principal du commerce d'importation, qui par ce grand fleuve se fait dans les deux principautés. Ce port, qu’un célèbre géographe nomme l’Alexandrie du Danube, est très-fréquenté par des bâtiments autrichiens et russes; des vaisseaux de 300 tonneaux peuvent s'approcher jusqu’au quai. Avant la dernière guerre on estimait à 7,000 âmes la population permanente de Galacz. — FoxscHanyx, petite ville, commerçante, dont la partie la plus considérable appartient à la Valachie; on accorde près de ?,000 habitants à la partie Moldave.

Dans la haute Moldavie (Zara de Suss où Pays-Haut) on trouve : Dorouo£ (Dorogoie),

EUROPE, Et

petite ville, regardée comme la capitale de la haute Moldavie. — Boruscant (Bottoschani), la plus considérable de cette partie de la principauté par sa population qu'on portait, avant la dernière guerre, au-dessus de 4,000 âmes, et surtout par ses relations commerciales qui s’étendaient jusqu'à Brody, Brunn et Leipzig. —Nramrs (Nemza), remarquable par sa situation pittoresque et par son monastère où se trouve une image de la Vierge en argent massif, visitée annuellement par un grand nombre de pèlerins. — Oxwa, petite ville, très-importante par ses mines de sel gemme, dont le produit rivalise avec les plus riches mines de ce genre que possède l'Europe.

Gouvernement. Tout ce que nous avons dit de la Valachie, peut s'appliquer également à la Moldavie. Le revenu de la Moldavie s'élevait, en 1839, à 8,491,956 piästres. La liste civile du prince est de 1,200,000 piastres (400,000 francs).

Religion. Les habitants sont chrétiens-grecs.

Pour étudier la vie domestique des habitants des trois provinces de Servie, de Valachie, de Moldavie, et de quelques autres provinces de la Turquie au sujet desquelles nous n’avons encore rien dit, il faut quitter les grandes villes, les routes battues, et aller chercher au fond de leurs gorges et de leurs sauvages vallées les tribus restées fidèles aux mœurs primitives. Là se dévoilent, dans toute la naïveté de leurs vertus et de leurs défauts, le robuste et laborieux Bulgare, an cœur mieux doué que l'esprit; le Serbe paresseux, mais-poële et guerrier intrépide; le simple et obstiné Bosniaque; le Monténégrin, libre penseur au village, renard aux mille ruses dans le combat, mais vainqueur généreux ; Fastucieux et indomptable Albanais ; le doux et spirituel Valaque; le Grec, à la fois économe et magnifique , enthousiaste et raisonnable, aventureux et prudent. Mais pour entreprendre un pareil voyage, il faut se préparer à toutes les privations; savoir coucher en plein air, vivre de fruits comme un anachorète et risquer sa vie comme un soldat. Si on ne craint pas de s’exposer, à travers les repaires des Klephtes, aux hasards d’une telle exeursion, on fait sa provision de vivres et on se procure un guide pour la route; une petite boussole même, pour s'orienter au besoin, n’est point chose superflue. Il faut se garder d’emporter des armes brillantes; un fusil simple, un poignard et des pistolets communs doivent suflire. Les brigands laisseront passer le voyageur ainsi armé, en lui souhaitant bonne fortune, dobra stretja ; peut-être même l’inviteront-ils à partager leur repas sous le rocher. Il ne faut pas non plus, comme dans un voyage d'Asie, prendre le turban et Fhabit osmanli. Ici le Ture n’est plus chez lui : il est seulement campé. Si donc l’on veut être respecté de tous, on doit revêtir le magnifique costume grec ou garder l'habit franc. Comme on est assez exposé à s’égarer, même avec un guide, il ne faut pas manquer non plus de se munir de cartes.

On monte ces chevaux slavo-tatars, maigres et petits, qui semblent n'avoir que le souffle et qui vont comme le vent. A peine le cavalier a-t-il un pied dans l’étrier qu’il est emporté au galop. Nos belles voitures à vapeur, marchant sur des lignes de fer, vont-elles aussi vite? Je ne sais; mais elles offrent certainement aux hommes lassés de la vie casanière moins de jouissances qu’une caravane ainsi lancée. Au lieu de grandes routes, à peine trouve-t-on des sentiers; là où manque un pont, ce qui n’est pas rare, le voyageur n’a qu’à pousser sa monture dans le torrent, sans s'inquiéter de sa profondeur, et le cheval le transportera sûrement vers l’autre rive, à gué ou à la nage, peu lui importe. Si l’on persévère quatre ou cinq jours, cette manière de voyager ne tardera pas à séduire; bientôt on comprendra tout le charme de Ja vie nomade, on comprendra l'Orient, pays des pèlerins et des sophis, où l'homme ne regarde sa maison que comme une tente, son existence que comme une halte passagère, pour laquelle il est superflu de s’entourer de tant de meubles et de choses prétendues confortables à Fusage de notre Europe. Le soir on cherche, pour y camper, un lieu pittoresque, une colline, un

platane près d’une source. On enfonce dans le sol la lance à boule dorée, d’où se déroule la toile de lin qui doit abriter le voyageur. On s'étend sur le sein maternel de cette vieille terre qui nourrissait nos premiers aïeux, comme elle nourrira nos derniers descendants. Un tapis préserve de l'humidité du sol, sans enlever ce qu’a d’embaumé le contact des gazons fleuris. Aux lèvres la chibouque, près de soi une amphore de vin grec, on regarde se coucher le soleïl, et dans un repos total, partagé en ce moment avec toute la nature, on attend le repas du soir. Vous êtes dans le désert, mais en même temps sur le grand chemin du monde; tout frère, c’est-à-dire tout homme qui passe, s'arrête, ou vous envoie la femena, ée magnifique salut oriental qui consiste à s’incliner en posant là main sur le cœur et à se redresser en Fa portant aü front, comme pour dire: Ami, mon cœur l’est dévoué et mon esprit l'élève vers le ciel. Si vous prenez votre repas, souvent le passant s’invitera lui-même et viendra S'asseoir à votre table de gazon. Si c’est vous qui passez, on vous appelle, on vient vous prendre; il faut que vous parlagiez le repas de vos frères inconnus; bergers ou marchands, grands ou pauvres, n'importe, ils sont vos égaux, et il est si naturel que des frères partagent ce qu'ils ont.

La nuit venue, on se range autour du foyer improvisé, et la conversation se fait souvent en quatre où cinq langues. Si les environs du campement sont infectés de chakals et de sangliers, au lieu d'élever une tente on suspend avec des cordes son hamac entre des arbres; d’un tapis étendu on se fait un dais pour se préserver de la rosée, et l'on s'endort en sécurité.

Le matin, le soleil se lève sans aurore et inonde subitement la terre de ses rayons. Un léger cri du guide fait accourir vos petits chevaux arabes et slaves, aux yeux à fleur de tête, au front saillant ét aigu. Vous partez, et, s’il le faut, votre monture irajusqu’au soir sans bronchér , sans s'arrêter même pour boire. De distance en distance, on rencontre quelque tombeau turc, avec ses deux colonnes debout, que, sous le crépuscule, où pourrait prendre de loin pour deux rayas qui causent. Parmi ces colonnes, il y en a de très-belles, et même d’antiques, de marbre blanc; presque toujours elles sont penchées : qui saît si par là les anciens imans ne voulaient pas indiquer la chute du guerrier retombant au sein de la terre? Ces sépulcrés alternent sur les routes avec les fontaines. Quelquefois celles-ci sont couvertes d’un tronc d'arbre creusé, ou d’une grosse pierre forée et plantée sur l’orifice du puits. On trouve de ces pierres qui sont d’élégants chapitaux pareils à ceux qui ornent les gracieuses fontaines des petites rues déterrées de Pompéïa. Au-dessus de ces puits, les Grecs et les Bulgares du désert ont soin d'entretenir, pour l'usage de leurs caravanes, un balancier et un seau formés d'un tronc d'arbre. pt

Autant ces plaines sont tristes et dépouillées, autant les villages sont frais et riants. Voyez ceux des musulmans de la Bosnie, de la Macédoine et de l’Albanie : le silence règne dans les rues désertes; mais ces bosquets qui entourent, qui cachent presque chaque maison, cés arbres qui entrelacent autour des fenêtres et des portes leurs branches chargées de fruits, ces eaux courant sous l'herbe haute, comme à la dérobée, vers la eabane qui sert de salle de bain à la famille, tout cet ensemble enfin, porte un caractère d’innocence, de pureté calmé, qui ramène la pensée vers les jours des patriarches. Si l’on entre dans un village chrétien, par exemple dans un celo bulgare, onn'y remarque pasle mêmeluxe de végétation , parce que le Bulgare, exploitant toute la campagne, ne peut consacrer autant de soin à l'entourage de sa demeure; et puis il est raya, il tremble de paraître riche, il enfouit sous le sol sa hutte de branchages. Mais attendons le soir : dès que la nuit approche, on voit descendre de toutes Îles monlagnes voisines les bergères et les enfants ramenant du désert leurs innombrables troupeaux, À leurs chants joyeux se mélent les bélements des moutons, des chèvres,

ÉUROPE. = TURQUIE D'EUROPE.

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le mugissement des grands buflles et le iintement de la sonnette des vaches mères. Chaque baba (femme de ménage bulgare), debout sur le seuil de sa cour, compte le bétail au passage, et se prépare à traire le lait. Alors se révèle toute la magie agreste des Balkans. |

En Orient même, où l'hôte est un être si sacré, l'hospitalité des Bulgares est proverbiale; elle ne peut être comparée qu’à la philoxenia des Grecs. C’est grâce à cette hospitalité que les coins les moins fréquentés de l’empire deviennent abordables pour le voyageur. En Serbie, il en est de même : dès que sont dissipés les premiers soupçons que provoque nécessairement l’arrivée d'un inconnu chez des hommes qui ont été longtemps esclaves; dès qu'ils se sont assurés qu’on ne leur veut pas de mal, ils sont tout à l'étranger. Le Serbe offre à son hôte la place d'honneur au foyer, le consulte sur les lois de l'État, comme pour l’organisation de sa famille. Dans toutes les cabanes où entre l'étranger, les petits enfants viennent à lui en souriant, au lieu d'aller se cacher, comme font les enfants des Turcs. S’il visite un riche citoyen, la maitresse de la maison se présente d’abord pour lui baiser la main, et il ne peut échapper à cette triste politesse de l'Orient qu’en élevant la main et la posant à la grecque sur son cœur. Introduit dans la salle d'honneur qui sert en même temps de chambre à coucher, sans laisser ; ainsi que doivent faire les Turcs, leurs souliers sur le seuil, il s’avance, en Franc libre, sur les beaux-tapis rouges, et va se placer en face du Knèze ou chef, sur des coussins de velours.

L’habitant des villes n’exerce pas l’hospitalité avec moins d’empressement que le montagnard. Pour héberger le Franc, il vient souvent le chercher au hhane (hôtellerie), que l'on quitte sans regret, car tout ce que le voyageur peut se procurer au khane , c'est une chambre vide pour lui et une place à l'écurie pour son cheval. Il faut aller à la mehana (restaurant oriental) prendre ses repas; et si c’est l'hiver, dans une chambre sans vitres, on n’a pour se préserver du froid qu’un mangal (brasier) qu’il faut renouveler sans cesse. Content de quitter un tel gîte, vous suivez votre nouvel hôte, dont la famille regarde comme une fête votre entrée sous son toit. Ce jour-là, une activité inaccoutumée règne dans cet intérieur, d'ordinaire si monotone. Pour vous honorer, votre hôte invite tous ses voisins. Le chef de la maison, qui mange presque toujours à part, trop respecté de la famille pour qu’elle ose partager son repas, ce pontife du foyer descend cette fois jusqu’à la table commune. Le raki (eau-de-vie de prunes ou de cerises sauvages) circule d’abord, dans un gobelet grossier chez le pauvre Bulgare, mais chez l’Albanais, le Grec, le Slave macédonien , dans une belle et ancienne coupe, souvent dorée, où ont bu les aïeux. Transmise aux convives par le père, qui la vide le premier, elle passe à la ronde. On mange au même plat, mais avec beaucoup plus de propreté qu’un Franc ne le croirait possible. Le diner fini, les toasts commencent, car l'Oriental ne boit qu'avant et après ses repas, et rit de nous voir boire en mangeant. Si les libations se prolongent longtemps, c’est que le Grec et le Slave aiment la conversation, et que le vin l'anime. L'ancien de la famille se lève enfin de table, en disant : Nous nous sommes assis honnêtes, nous nous levons en tout honneur. De la Salle (odu) , on passe au tchardak (espèce de belvédère), où les pipes et le café ne tardent pas à être apportés. De même qu’en Orient on boit à la même coupe, ainsi l’on fume, en signe de respect, à la même chibouque, que l’on se passe de main en main. Aussitôt après le coucher du soleil, l'étranger est conduit dans l'appartement qui lui est destiné, et sur le seuil de:sa chambre les enfants, de préférence les jeunes filles, veillent toute la nuit comme des anges silencieux, en se relevant les uns les autres jusqu’au jour, pour entretenir le feu et garder le sommeil de leur hôte.

D'autres fois, au lieu d'un pareil accueil, le voyageur ne Lrouve Île soir, au bout de

MOEURS, USAGES ET COSTUMES, fl

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sa roule, qu'un khane désert et ruiné, où, seul avec son guide, il étend son grabat et mange les provisions dont il s’est pourvu. Ge cas sereproduit fréquemment en Roumélie, en Bosnie et dans le bas Danube. Mais souvent aussi il rencontrera dans ce khane abandonné une compagnie de palikares, et l’arrivée d’un vrai Franc éveillera chez eux une gaieté, une verve poétique où se révélera tout le moderne hellénisme. Tantôt ce seront des danses mimiques et à caractères, comme l'Europe n’en connaît plus; tantôt ils raconteront quelque légende des anciens temps de la ville, c’est-à-dire de Stamboul, qui égalera en luxe d'images les plus beaux contes de l'Asie, ou bien ils se livreront à des exercices où éclate leur admirable souplesse, et où l’on reconnait tous les jeux décrits par Homère. Puis, s’accompagnant de la Iyre de leurs frères barbares, comme quelques-uns appellent encore les Slaves, c’est-à-dire, de la gousla, ils chanteront leurs derniers combats. Au milieu du silence profond des auditeurs, assis en cercle autour du feu, passe et repasse, pleine de vin pourpré, l'énorme tchoutoura, bouteille de bois ciselé, dont le bouchon, de bois aussi, ferme si hermétiquement l’orifice, qu’on a peine d’abord à le croire séparé du vase. Peu à peu tout s'anime, la réserve fait place x l'abandon, et alors devient claire la grande, l’éternelle antithèse entre l'Orient et l'Occident. Le raya accable de questions le voyageur étonné, sur les événements et les institutions de l’Europe civilisée. L’Oriental admire le Frankistau pour ses lumières et pour la discipline de ses troupes, mais il le croit impie, novateur, sans respect pour les mœurs et la vieillesse. Notre costume le fait sourire, nos rapides saluts lui paraissent sans dignité, nos danses efféminées Le révoltent, notre galanterie lui semble une prostitution; les statues, la musique instrumentale, transforment pour lui nos églises en temples d’idoles; nos théâtres lui paraissent une insulte au créateur. Il appelle tyrannie notre manière de traiter les domestiques, et ne peut comprendre les nuances si variées de notre état social. En effet, dans ce pays, où le dernier raya et le capilaine causent ensemble avec une égale familiarité, les gens pauvres n’ont pas à supporter les mêmes humiliations que chez nous, et la classe ouvrière ne peut éprouver les irritations d'amour-propre qu’excitent parmi nos travailleurs le luxe et le ton dédaigneux de la bourgeoisie et de l'aristocratie. En Turquie, les valets ne sont que ce qu'étaient les pages de la féodalité, des enfants que des familles d’un rang égal se confient entre clles; de cette domesticité on peut s'élever aux plus hautes positions. Quant aux esclaves des musulmans, ils ont aussi de très-grandes facilités pour sortir de leur élat, qu’on ne peut nullement comparer à celui des nègres de nos colonies.

Les habitants de ces contrées ont conservé dans leurs mœurs de nombreuses traces de la vie antique, beaucoup de poésie primilive, comme aussi beaucoup de superstilion. Chez eux, les nymphes et déités locales du rocher, de la source, de la montagne, de la ville ou du foyer, n’ont pas cessé d’être vénérées sous le nom d'anges et de génies. Le génie (sticheiou) se manifeste de diverses manières dans les lieux qu’il protège; tantôt il apparaît sous la forme d’un serpent; tantôt un souffle aérien, une lumière nocturne, révèlent sa présence; les sorcières thessaliennes font descendre la lune des cieux, et l’astre transformé en génisse leur donne un lait qu’elles emploient dans leurs opérations magiques. La foi dans les talismans est universelle. Chrétiens et Turcs, dans leurs maladies, avalent des papiers enchantés, ou boivent de l'eau que les sorcières ont bénie en y plongeant deux cailloux sacrés, emblèmes de deux génies, mâle et femelle. Les Slaves portent souvent dans leurs poches du poivre rouge ou de la corne de chamoïis, pour se préserver du mauvais œil. De là la défense faite par les Turcs aux giaours de regarder leurs étendards. |

Dans ce théocratique Orient, où la religion est restée la base des mœurs, toutes les fêtes nationales sont demeurées des fêtes religieuses. Les Gréco-Slaves ont dans l'année

deux grands jours, celui de Pâques et celui de Noël, ou de l'Épiphanie, nommés, l’un fête des lumières , l'autre fête du Jourdain ou de la bénédiction des eaux. La veille de Noël, chaque famille se procure un pain sans levain, dit tchesnitsa, et fait rôtir un cochon tout entier ou quelque autre animal; on appelle ces mets pescir petchesnitsa (rôti par excellence). La nuit se passe à l’église, ou plutôt dans l'enceinte qui l’environne. Là, tout le peuple est réuni, et quand, caché par les voiles qui dérobent le sanctuaire à tous les regards, le popos, au milieu de la liturgie, fait retentir les solennelles paroles : Mix bojiy, Christos se rodi (paix de Dieu, le Christ est né)! Alors la population se sent électrisée, et tous répètent d’une voix de tonnerre : Vo istinou rodi (il est véritablement né)! Puis chaque voisin embrasse son voisin, l'ennemi cherche son ennemi, pour lui donner, en l’embrassant, la paix de Dieu; même les époux, s'ils se rencontrent, sont forcés d'échanger un baiser en public. De retour au foyer, la famille réunie s’embrasse encore, et, chacun tenant à la main une bougie allumée, on se met à table. Le chène coupé pour faire cuire le repas de l’aurore n'a pas été entièrement brülé; le premier visiteur qui se présente le matin est prié de frapper de son bâton sur cette bûche sacrée, il le fait en disant : À vous autant de chevaux, de moutons, de vaches que cette büche a donné d'étincelles. L'accent plus ou moins affectueux avec lequel il prononce ces bénédictions est un augure plus ou moins favorable pour la famille. Les tisons non consumés sont alors éteints et réservés pour être suspendus aux branches des jeunes arbres fruitiers qu'ils feront prospérer. La pâque, en grec lampri (jour de lumière) commence de même à minuit, quand le pope du fond de la cella a crié : Christos anesti ou voskres (vraiment ressuscité), et, comme à Noël, ce ne sont partout que fraternels embrassements. L'anaphora (pain bénit) est partagé entre tous; on s’invite pour manger l'agneau, que chaque famille, même la plus pauvre, n’a pas manqué d’immoler. Les villages et les montagnes retentissent de coups de carabine et du cri : Vo istinou voskres. Les passants qui se rencontrent se présentent des œufs de Pâques et les claquent l’un contre l’autre; l’œuf cassé appartient à celui qui le brise, et qui tire de cette circonstance un augure de longévité pour lui-même. Cet usage grec est passé jusqu'à Pétersbourg, à travers tous les pays slaves. En Servie et en Bulgarie. les réjouissances pascales ont ordinairement pour théâtre le foyer domestique; car, à cette époque de l’année, la nature, engagée dans sa dernière lutte contre les vents du nord, est encore inhospitalière; vers le sud, au contraire, les fêtes se célèbrent en plein air sous les tentes. Durant la sainte semaine, l’Albanais et le Monténégrin cessent de guerroyer; c’est la trève qu’avaient coutume d’observer chaque dimanche les châtelains féodaux. Mais les haines héréditaires ne tardent pas à se jurer de nouveau sur la tombe des aïeux. Le lundi ou le mardi après Pâques, on se rend au cimetière ; chaque famille porte une tablette généalogique, transmise d'âge en âge, où sont écrits les noms de ses morts, et qui ressemble assez aux dyptiques des anciennes catacombes latines et grecques. On allume sur les tombeaux des bougies ou des lampes, et la journée se passe en prières funèbres pour les âmes des défunts. Alors on songe à leur mémoire terrestre, on exalle ce qu'ils ont fait de bien, et, pour perpétuer leur noble sang, on cherche de dignes alliés ; les mariages se concluent, ainsi que les fraternités. Cette dernière institution consiste dans une adoption solennelle, comme frère ou comme sœur, de la personne que l’on préfère. Pendant cette belle cérémonie, bénie par le prêtre comme un mariage, ceux qui s'aiment se tiennent par la main, et par-dessus la tombe de leurs pères se mettent mutuellement sur la tête une couronne de feuilles nouvelles ; puis ils se donnent le baiser d’union qui les rend l’un pour l’autre pobratim, frères ou sœurs d'adoption, pootchim , pomaikal, mères ou pères adoptifs. Ainsiliés , les pères et frères en Dieu sont tenus de s’entr’aider enftoute occasion, suivant leurs moyens, jusqu’à l’année suivante,

où ces mêmes liens se renouvellent, à moins qu’on ne préfère les contracter avec d’autres personnes. Ces liens ne sont plus indissolubles, comme ils paraissaient l'être autrefois, mais ils n’en sont pas moins sacrés, et le Serbe comme le Bulgare n’ont point de formule de serment plus solennelle que de jurer par leur frère adoptif. L'institution du pobratsvo (syn-adelphotis) a chez les Klephtes un caractère encore plus chevaleresque : deux Klephtes qui ont formé cette alliance sont unis à la vie et à la mort. Chez les peuples pasteurs des montagnes, ainsi que chez ceux du Nord, les mœurs se distinguent par leur rudesse. Les Slaves danubiens et les Moldo-Valaques ont souvent de sanglantes visions. Les populations de la Serbie, de la Hertsegovine ont conservé plus d’une sombre légende d’âmes condamnées, après la mort, à errer sur la terre pour expier leurs fautes, ou même à se renfermer dans le sépulcre, pour y faire vivre les vouhkollaks ou vampires. Le voukodlak (liltéralement loup-garou) dort dans sa tombe, les yeux ouverts, le regard fixe; ses ongles et ses cheveux croissent, un sang chaud court dans ses veines. C’est aux nuits de pleine lune qu'il sort pour faire ses courses, et sucer le sang des vivants, en leur ouvrant la veine dorsale. Quand un mort est soupçouné de quitter ainsi sa couche, on le déterre solennellement : s’il est en putréfaction, le pope se borne à l’asperger d’eau bénite; s’il est rouge et sanglant, on l'exorcise, et, en l’inhumant de nouveau, on lui plonge un pieu dans la poitrine, pour qu'il ne bouge plus. Autrefois les Serbes criblaient de balles la tête du cadavre, puis brülaient le corps. Ils ont aujourd'hui renoncé à ces vengeances, mais ils répèlent encore que les corbeaux les plus affamés fuient loin de ce cadavre vivant, sans même osér le toucher du bout de leur bec. La Thessalie, l'Épire et les Vlakhi du Pinde connaissent une autre espèce de vampires dont parlait déjà l'antiquité. Ce sont des hommes vivant en proie à une sorte de somnambulisme , qui, saisis par la soif du carnage, sortent la nuit de leurs huttes de bergers, et courent la campagne, déchirant de leurs morsures tout ce qu'ils rencontrent, hommes ou bestiaux. Ces voukodlaks, avides surtout du sang frais des jeunes filles, s’accouplent, dit le peuple, avec la viechtitsa, gnome femelle, fantôme aux ailes. de feu, qui descend la nuit sur le sein des braves endormis, les étreint dans ses embrassements, et leur communique sa rage; quelquefois aussi, changée en hyène, la viechtitsa emporte les petits enfants dans les bois. , Toutes ces terreurs d'hiver se dissipent peu à peu devant le sourire du printemps. La résurrection de Lazare devient, dans les chansons des paysans, le symbole de cette renaissance de la nature. Le lendemain du dimanche des Rameaux, les jeunes filles, au lever du soleil, rassemblées avec leurs amphores autour de la tchesma (fontaine), chantent l’eau délivrée de la glace, le ruisseau troublé, auquel l'œil ardent du cerf, image du soleil, rend, en s’y mirant, la limpidité. Puis, quand vient le soir, assises à la porte de la chaumière paternelle, elles répèlent : « O saint George, ta fête est prochaine; mais en revenant m'amène-t-elle un époux? Oh! puisse-t-elle ne plus me trouver chez ma mère! Puissé-je être morte ou fiancée! » La veille de la Saint-George arrive. Alors les femmes mariées s’en vont cueillir des herbes printanières, surtout celles qui entrent dans la composition de philtres d'amour; elles jettent ces plantes dans l’eau puisée sous la roue du moulin, emblème de la roue de la fortune, et le lendemain, à l’aurore, elles se lavent avec cette eau, espérant rajeunir comme la nature, dont elles aspirent ainsi les sucs mystérieux ; ensuite elles s’attachent derrière l'oreille ou se mettent à la ceinture des bouquets de fleurs nouvelles, et s’en vont à l’église. Pendant ce temps, chaque père de famille fait couler devant sa porte le sang d'un agneau ; on sert cet agneau rôli tout entier au grand repas domestique qui se donne en l'honneur de saint George, patron des tribus slaves, et représentant général des laboureurs. Cette fèle, une des plus populaires parmi les Danubiens, arrive vers la fin

d'avril; elle est, comme le sémik des Russes, destinée à célébrer le retour du soleil, en même temps qu’à honorer un pieux aniversaire. À partir de ce jour, le paysan ne couche plus qu’en plein air, sous ses hangars ou tchardaks, kiosques champêtres ouverts de Lous côtés : à ses yeux, le dragon tué par saint George est vraiment le génie noir et glacé de l'hiver. C'est après la Saint-George que les bergers partent avec leurs tentes et leurs troupeaux pour le désert, et Les huïdouks ou kleptos pour la montagne. C’est aussi à cette époque qu'ont lieu les grandes assemblées nationales des tribus libres de la Turquie. Dans ces assemblées, qui rappellent Les champs de mai de l’ancienne France, on arrête, comme chez les Gaulois du temps de Clovis, le taux de l'impôt que doit payer chaque tribu dans l’année; ou, si l’on est en guerre, on trace le plan de la prochaine campagne. À ces réunions, qui se tiennent dans certains couvents privilégiés, le laboureur et le marchand se rendent d’une distance de cinquante à soixante lieues. Le premier jour est voué aux prières ; le commencement et l'issue des offices sont annoncés par des salves de carabines; on couche en plein champ autour du monastère; on prie, on délibère, on danse, et le peuple dans ses hymnes célèbre deux choses que jamais Oriental n’a pu séparer, son Dieu et sa patrie. La slivovitsa (eau-de-vie slave) coule en abondance; des chèvres, des moutons entiers sont cuits et servis sur l'herbe. Les cimetières, autour desquels se tiennent ordinairement ces réunions, sont ornés çà et là de drapeaux de diverses couleurs; et, comme pour réjouir les mânes plaintifs, on se livre sur les tombes à des divertissements variés.

Pendant ce temps, les vieillards discutent gravement des plans politiques ou des projets d’alliances entre les familles ou Les villages. Il y a parmi les capitaines de la tribu des orateurs éloquents, dont les moines parfois sont obligés de tempérer la fougue. Le clergé, avec des dehors plus austères que le nôtre, est cependant beaucoup moins séparé du monde civil. Non salarié par l'État et très-pauvre, il est obligé de vivre davantage avec les populations, de s'associer à toutes les douleurs comme aussi à toutes les joies des hameaux ; il est l'hôte nécessaire de tous les festins, il est le juge de toutes les querelles. Soumis par des barbares étrangers au christianisme, les peuples de ces contrées n’ont sauvé leur nationalité, à travers les âges, qu’en la cachant au fond du sanctuaire, en investissant, à l'instar des Gaulois de l’époque mérovingienne, leurs évêques de tout le pouvoir civil laissé à leurs cités conquises, et en les proclamant despoti , vladikas. Mais le despoti, ou mieux l’igoumène, présent aux fêtes nationales, n’en trouble point la gaieté, comme ce serait souvent le cas si un semblable usage existait dans nos communes rurales. Sans se mêler aux danses, il les regarde en spectateur satisfait. C'est qu’au lieu d’affaiblir la morale publique, ces danses la fortifient et élèvent les âmes vers l’héroïsme. Voyez les palikares grecs et les yonnaks slavons préparer leur danse du kolo ; ils se placent sur deux lignes dans une plaine ouverte; chacun saisit son voisin par la ceinture, en lui tendant un mouchoir blanc. Alors commence le kolo (danse du cercle), qui va s’élargissant toujours, entraînant par centaines, dans sa course circulaire, tous ceux qu’elle trouve sur son passage.

Ailleurs, dans quelque coin de la plaine, au son de la gouslu, s'exécute une danse plus paisible, celle de l’oie, où le danseur et la danseuse isolés tracent des cercles de plus en plus étroits l’un autour de l’autre. On voit aussi danser la vulaque (la momatchkaigra des Bulgares), qui consiste à tourner sur les talons en se baissant et se relevant, puis à sauter en rentrant les genoux et en faisant claquer les doigts. On retrouve cette danse chez les paysans de la Moscovie,

Ce royaume, au sud-est de l’Europe, comprend la Grèce propre ou Hellas, la presqu'ile de Morée ou Péloponèse et les îles voisines. IL s'étend de l’ouest à l’est, depuis le golfe de l’Arta jusqu’au golfe de Volo, de 18 20" à 23° 20/ longitude est, et du sud au nord depuis 36° 20’ jusqu’à 40° latitude nord ; il.a pour bornes au nord la partie continentale de la Turquie d'Europe; au nord-est et à l’est l'Archipel; au sud la Méditerranée, et à l’ouet la mer Ionienne. La Grèce continentale peut avoir 520 kilomètres de long sur 200 de large. Capitale : Athènes depuis 1854 (c'était auparavant Nauplie). Immédiatement avant son indépendance, le territoire de la Grèce formait le pachalik de Morée, le sandjakat de Livadie, la plus grande partie de ceux de Carélie et de Lépanie, et une partie de l’eyalet des îles (Négrepont, les Cyclades et une partie des Sporades). En 1833, la Grèce libre fut divisée en 10 nomes (Argolide, Achaïe et Elide, Messénte, Arcadie, Laconie, Acarnanie et Etolie, Locride et Phocide, Attique et Béotie, Eubée, Cyclades); ces nomes étaient subdivisés en 54 éparchies. Au mois de juin 1836, celte première division fut remplacée par 30 gouvernements qui euxmêmes ont élé réduites à 24 au mois de juillet 1838. En voici les noms avez les chefs-lieux.

Gouvernements. Chefs-lieux.

Argolide, Nauplie, Hydra, Hydra, Corinthe, Sicyone.

Achaïe, Patras.

KynϾthe, Calavitra.

Élide, Pyrgos.

Morée. Triphylie, Kyparissia.

Messénie, Calamata.

Mantinée, Tripolizza, Gortynia, Caritena.

Lacédémone, Sparte.

Laconie ou Maïna, Ariopolis.

Etolie, Missolonghi.

Acarnanie, Amphilochion.

Eurytania, Oïchalia.

Phocide; Amphissa.

Hellas. Phthiotide, Lamia, Atlique, Athènes.

Béotie, Libadia.

Eubée, Chalcis.

Tinos et Addros, Tinos.

Les îles. Syra, Hermoupolis.

Naxos et Paros, Naxos.

Thera, Thera.

La Grèce est traversée au nord, au centre et au sud par plusieurs chaînes de montagnes {rès-élevées, et qui sont entrecoupées de vallées fertiles; plusieurs de ces

montagnes sont surtout célèbres par les souvenirs qu’elles rappellent par le rôle qu'elles ont joué, soil dans la mythologie, soit daus l'histoire ; telles sont : l’Agrapha- Geb (le Pinde ancien), les monts Aninos (l’OEta), Liakoura (le Parnasse), Zagara (l'Hélicon), Élatia (le Cithéron), Malava (le Taygète), Trelo (l’Hymette), etc. — Il en est de même des rivières, qui toutes sont fort peu importantes par leur étendue, mais dont le plus grand nombre sont célèbres, telles que l’Aspropotamo (l’ancien Achéloüs), le Roufea (l’Alphée), le Gastunialf (le Pénée), l'Iri, ou Vasili-potamo (l’Eurotas), la Spirnatza (le Pamisus), le Mavro-potamo (le Céphise), etc. Les principaux lacs sont ceux d’Argyro Castro et de Topoglia (l'ancien Copaïs).

Dès le mois de décembre 1821, un congrès national s’assembla à Argos et rédigea une constitution pour la Morée, une partie de l'Épire et les îles qui venaient de secouer le joug des Turcs. D’après cet acte, le gouvernement grec se composait d’un conseil exécutif de cinq membres et d’un sénat. En 1827, une nouvelle constitution, promulguée à Trézène, déclara la souveraineté du peuple, l'égalité de tous les Grecs devant la loi et la liberté des cultes. Le gouvernement se composa d’un président élu pour sept ans, et d’un sénat dont les membres étaient choisis pour trois ans par le peuple. Mais en 1830, la France, l'Angleterre et la Russie arrêtèrent que la Grèce formerait une monarchie héréditaire, et le choix du nouveau roi tomba sur un prince catholique, le prince Frédéric Othon de Bavière, qui fut placé sous la direction d’une régence, jusqu'au 4° juin 1834, époque à laquelle il atteignit sa vingtième année, âge fixé pour sa majorité. L'ordre de succession au trône fut déterminé par les représentants des trois grandes puissances, le 30 avril 1833. « La succession à la » couronne et à la dignité royale en Grèce, dans la branche du prince Othon de » Bavière, roi de la Grèce, comme dans les branches de ses frères puinés les princes » Luispold et Adalbert de Bavière, lesquelles ont été éventuellement substituées à » la branche du dit Othon de Bavière, par l’article 8 de la convention de Londres, » du 47 mai 1832, aura lieu de mâle en mâle, par ordre de primogéniture.

» Les femmes ne sont habiles à succéder à la couronne grecque que dans le cas » d'extinction totale des hériliers légitimes mâles dans toutes les trois branches de la » maison de Bavière ci-dessus désignées ; et il est entendu que, dans ce cas, la couronne » et la dignité royale, en Grèce, passeront à la princesse et aux descendants légitimes » de la princesse qui, dans l’ordre de sa succession, se trouvera être la plus rap- » prochée du dernier roi de la Grèce.

» Si la couronne grecque vient à passer sur la tête d’une femme, les descendants » Jégitimes mâles de celles-ci obtiendront, à leur tour, la préférence sur les femmes, » et monteront sur le trône de la Grèce par ordre de primogéniture. Dans aucun cas » la couronne grecque ne pourra être réunie sur la même tête avec la couronne d'un » pays étranger. » |

La population du nouvel État grec, bien qu’imparfaitement connue, se compose de plus de 600,000 à 700,000 habitants ; mais son sol peut en nourrir environ 3,000,000. Le revenu ne s'élevait, en 1856, qu’à la valeur de 11,000,000 de francs et les dépenses excèdent celte somme de près de 3,000,000 de francs; aussi l'État a-t-il déjà eu recours à la voie des emprunts. L'armée de terre se compose de 10,000 hommes de troupes régulières, et la marine de 131 voiles.

En franchissant les Thermopyles pour entrer dans la Grèce proprement dite, le ciel devient plus ardent, les eaux abondent moins, mais le sol serait encore riche s’il était cultivé. L'huile est la production la plus importante des provinces méridionales. Celle de l’Attique passe pour la plus fine. L’olivier de l'Attique est alterne, comme la taille qu'on lui fail subir; mais il n’alterne pas de même dans tous les cantons de la Morée.

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