‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 3)Chapitre 8 sur 146 · JEUNE FILLE VALAQUE · texte numérisé non relu

JEUNE FILLE VALAQUE

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Une brume épaisse qui s'élève de l’Archipel nuit quelquefois aux oliviers; en retombant sous la forme de rosée, elle péuètre partout et infecte jusqu'aux racines et jusqu’à la séve; les feuilles jaunissent, les fleurs tombent, et celles qui nouent donnent une olive avortée.

L’Attique exporte pour 300,000 piastres et la Morée pour 400,000. Corinthe peut toujours vanter ses petits raisins, et l'Arcadie ses fromages. Les plantes aromatiques dont le sol de l’Attique est couvert, donnent au miel de ses abeilles les bonnes qualités qui l’ont rendu célèbre. Plus doux et doué d’un parfum plus exquis que tous les autres miels connus, il est en même temps de la plus belle transparence, quoique d’une couleur rousse.

La Grèce peut devenir l’émule de l'Espagne pour la beauté de ses laines; ses pâturages sont très-favorables pour les brebis. Les terrains les plus incultes produisent en abondance le thym, le serpolet, la marjolaine, et toutes les plantes aromatiques. Ici, comme en Espagne, on fait voyager les troupeaux. Les bergers Albanais mènent leurs bestiaux paître en Grèce pendant l'été. Le mouton de Livadie et d’Arcadie est le plus beau ; celui de l’Attique a le plus perdu.

Le sol de la Grèce continentale est en général très-montagneux ; mais aucune de ses montagnes n’atteint la région des neiges éternelles : le Taygète est la plus élevée. Voici d'après les travaux de MM. les officiers d'état-major Puillon de Boblaye, Pétrier et Servier , les hauteurs des principales montagnes de la Grèce :

mètres.

Le Saint-Elias du Taygète, , . , +, . . ., 2408 Le mont Ziria, l’ancien Cyllène. . . . . . . 2574 Le Khelmos, à l'extrémité septentrionale du Magne. 2355 Le Liakoura , l’ancien Parnasse. . . . . . : . 2940 L’Olonos , au sud de la Kaminitza. . . . . . . 2933 Le Saint-Élias de Levidi, au nord-ouest de Tripolitza, 1980

Le climat de la Grèce, de tout temps si vanté, offre, comme dans le midi de l'Europe, la variété de nos saisons, mais avec des nuances différentes. L'approche du printemps s'annonce dès le mois de janvier, par la floraison des amandiers ; en février, il tombe beaucoup de pluie, quelquefois de la neige, mais le soleil a beaucoup de force et la chaleur commence à se faire sentir; c’est en mars que le printemps est dans toute sa beauté, et que les prairies se parent de mille fleurs qui durent ou se succèdent jusqu'à la fin d'avril. Le mois de mai voit paraître l'été; c’est alors que les vergers sont dans toute leur beauté; en juin, on s'occupe de la récolte des céréales; en juillet, les épis sont mis sous les pieds des chevaux et des buffles pour en faire sortir le grain : vers cette époque commence une longue sécheresse qui tarit les sources et les ruisseaux, et qui dessèche toutes les plantes; ce mois est le plus chaud de toute l’année. Vers la moilié de septembre commencent les vendanges. C’est en octobre que tombent les premières pluies, mais avec quelques interruptions; les derniers beaux jours de l’année sont en novembre; en décembre, les pluies deviennent presque continuelles, les rivières et les ruisseaux débordent, el les travaux des champs cessent complétement. Cet état dure quatre à six semaines, pendant lesquelles les orages se succèdent continuellement: c’est le fort de l'hiver. La neige tombe aussi quelquefois en abondance; mais elle ne persiste que sur le sommet des monts; le froid est rarement rigoureux. Les chaleurs de l'été sont quelquefois assez fortes pour faire monter le thermomètre centigrade à 54 et même à 40 degrés. Malgré la douceur et la beauté du climat, la Grèce n’est pas une contrée généralement saine. Il faut en excepter l’Attique, dont la salubrité est attestée

Li EUROPE. — GRÈCE.

par la longévité de ses habitants, et dont les marais situés dans les champs de Marathon ontété défrichés par les soins du gouvernement. C’est à l'influence des terrains humides que certaines provinces doivent leur insalubrité : la Béotie, les environs de Gorinthe, et les plaines voisines de la mer en fournissent la preuve.

Les Grecs parlent une langue dérivée de l’ancien grec classique, et connue sous le nom de grec moderne ou romaïque. Ils ont Malhéureusernent conservé de leurs pères la vanilé, l’inconstance, et peut-être aussi la mauvaise foi; mais la nature ne leur refuse pas les dons de l'esprit, ils naissent encore orateurs et poëtes, le défaut seul d’instruc- Lion étouffe leurs talents. Le sarcasme et Ia raillerie sont encore, comme chez les anciens grecs, les principaux ornements du discours. Au milieu des objets les plus sérieux, un geste, une parole, une frivolité suffisent pour leur faire oublier les affaires les plus importantes. Les Moraïtes paraissent moins frivoles que les citadins de la Roumélie, et plus faits pour devenir un peuple libre sous une bonne discipline. Les Athéniens ont conservé quelques traces de leur ancienne politesse. L’idiome y est plus doux que partout ailleurs : il y a quelque chose de plus animé dans les sons, de plus précis dans l'expression.

Les Athéniennes d'aujourd'hui ne le cèdent en rien à celles d’autrefois : la forme ovale de leur figure, la ligne droite et régulière qui en dessine le profil, la pureté du contour, les yeux à fleur de tête, grands, noirs et vifs, le front petit, Les lèvres vermeilles et l’inférieure un peu renflée, les sourcils fins et bien arqués, la gorge ronde, la taille légère, les mains petites ainsi que les pieds; enfin un ensemble qui plaît, intéresse et enchante, soit qu'elles se meuvent languissamment dans la mélancolique danse d’Ariadne, soit que la volupté les entraîne dans les tourbillons de la rouréika. Leur costume à conservé quelques traces de l'antique. La tunique blanche et transparente qui caresse leur taille, à partir de leur gorge jusqu’en bas, le manteau de drap d'or ou de soie qui couvre leurs bras et tombe avec grâce sur leurs épaules, un mouchoir fin dont elles entourent négligemment leur tête, et sur lequel s’entrelacent en petites tresses leurs beaux cheveux noirs, tout cela fait un effet charmant et admirable. Mais une ceinture grossière et mal placée, mais des culottes d’étoffe rouge, mais un lourd manteau ture, désenchantent notre imagination et nous rappellent l'empire de la barbarie.

La religion des Grecs est le christianisme, mais ils ne reconnaissent pas le pape, et forment depuis Photius (858) une église particulière, dite Église grecque ou d'Orient, qui a pour chef un patriarche résidant à Constantinople. Les Grecs conservent avec leur foi leur Église et leur clergé. Les ecclésiastiques séculiers occupent les places de lecteur, de chantre, de diacre., de prêtre et d’archiprêtre. C’est parmi les moines que s’élisent les évêques, les métropolitains, les archevèques et les patriarches. Les prêtres ct autres desservants peuvent se marier, mais seulement avant leur ordination, une seule fois et à une vierge, Les Grecs font cinq carêmes tous Les ans, pendant lesquels ils ne peuvent prendre d’autre nourriture que des poissons secs ou salés, assaisonnés seulement avee de l'huile d'olive; c’est ainsi qu’ils observent tous les vendredis de l'année, et avec tant de rigueur, qu'ils pardonnent plus volontiers à celui qui vole ou qui assassine qu'à celui qui enfreint le carème ou le vendredi. Une partie des Grecs pourtant a élé entraînée à une sorte de réunion avec l'Église romaine; en conséquence, ils reconnaissent le pape pour chef spiriluel, en retenant néanmoins le mariage des prêtres et les rites de l’Église d'Orient.

Une tribu de paysans de Laconie, réfugiés dans les monts Taygètes, a toujours conservé sous le joug des Turcs une ombre de la liberté si chère à leurs ancêtres. Les Muinotes, accoutumés dès l'enfance, à manier les armes, étaient toujours prêts à s’aller

mesurer avec les Turcs; leur courage, qui dégénère souvent en témérité, prend encore de la force d’une connaissance parfaite de leurs défilés. Souvent des dissensions ensenglantent leurs chaumières : implacables dans leur haine et dans leur vengeance, ils n’abjurent les unes et les autres qu’à la voix des vieillards les plus respectables du canton. Les avis de ces vieillards sont des oracles. C’est devant eux que l'on règle dans des synodes les dépenses communes, et que l’on détermine les mesures de sûreté et de conservation pour le pays. Ces mesures concertées dans les réunions des capitaines, sont adressées à un chef qui les met à exécution. Ge chef ou bey, simulacre de puissance, recevait autrefois une investiture du gouvernement turc, lorsque les Maïnotes lui avaient déféré le commandement, Ce peuple, qui a bravé si longtemps les forces ottomanes, est peu nombreux. On n'estime la population du pays qu’à 60,000 âmes, dans lesquelles on ne compte que 15,000 hommes faits. Les productions de ce petit pays et les principaux objets de son commerce sont l'huile, la vallonée, le seigle, le miel, la cire, la noix de galle, le coton, le kermès, les cuirs bruts et les laines. L'agriculture a fait depuis quelque temps de très-grands progrès. Les cantons du nord se fertilisent insensiblement; les ports du Magne, capables de recevoir les plus gros vaisseaux, sont destinés à acquérir un jour un haut degré de splendeur. Sobres, courageux et amis de la liberté, comme les Spartiates dont ils descendent, ils ont puissamment contribué à la conquête de l'indépendance de la Grèce. Les Turcs n’ont jamais pénétré dans leurs montagnes.

Les Cacovouniotes, pirates sanguinaires, qui demeurent vers le cap Matapan, ne doivent pas être confondus avec les Maïnotes. Ennemis du genre humain, ils ne respirent que le pillage et le meurtre. On en dit autant des Baniotes qui demeurent dans l’intérieur.

Les plus ardents admirateurs des Grecs, quand ils cherchent à excuser leurs défauts, disent : « Que pouvait-on attendre d'eux, après avoir été soumis pendant quatre siècles à l'empire des Turcs? » Ce qui signifie, en d’autres termes, que les Grecs ont dû nécessairement adopter les vices de leurs maîtres. Si cela est ainsi, la justice doit être singulièrement corrompue chez eux; car on sait que, dans les makhemis turcs, elle est vendue au plus offrant, et que Les témoins trafiquent de leur conscience, à la vue, pour ainsi dire, du mollah.

On s'étonne souvent que les Grecs ne se soient pas encore plus dégradés sous le gouvernement ottoman ; mais, en ce cas, pourquoi les Turcs eux-mêmes sont-ils moins dégradés encore que les Grecs ? Ceux-ci étaient soutenus par leur religion, leur langue, leurs souvenirs, par la sympathie de l’Europe, par des écoles et par un vaste commerce. Les Turcs ne jouissaient pas des mêmes avantages; leur croyance leur apprenait à baiser la main qui les opprimait; leur langue, par sa difficulté, mettait un obstacle à leurs progrès, ils dédaignaient le commerce, et pourtant les Turcs sont hospitaliers, sobres, charitables, citoyens paisibles et maîtres indulgents. On a souvent loué les Grecs d’être restés fidèles à leur religion, malgré les avantages que l'apostasie leur offrait. Sans rien ôter à cet égard au mérite des Grecs, n’allons pas imaginer qu'ils aient seuls donné un si bel exem ple. Portons les yeux sur les catholiques d'Irlande, qui ont eu une épreuve plus cruelle à subir, et à laquelle ils auraient pu se soustraire avec un bien moins grand sacrifice de principes, pour recueillir des avantages plus considérables. Combien peu cependant ont cédé à la tentation!

Au fond, les Grecs n’ont rien perdu moralement sous le gouvernement des Turcs. Visitez un district chrétien en Turquie, vous y trouverez plus d’hospitalité, plus de bienveillance, plus d'industrie que dans la Grèce indépendante. Un des motifs que la Porte alléguait pour ne pas affranchir la Grèce, était la crainte que les raïas n’émi-

grassent pour se rendre dans le nouvel État. On devait naturellement s’y attendre : eh bien ! le résultat a été tout le contraire; l’'émigration s’est faite de Grèce en Turquie. Dans les trois années de 1834 à 1856, plus de 60,000 personnes ont quitté la Grèce indépendante. Pouqueville, Thiersch, Dood, Kirnnaird, Douglas, tous zélés partisans de la cause des Hellènes, avouent cependant que les Grecs jouissent d’un véritable bien-être. en Turquie. Des écrivains plus anciens, et qui par conséquent n'étaient point aveuglés par la manie du libéralisme, sont plus équitables encore dans leurs observations. Il n'y a pas jusqu'à lord Byron qui ne nous montre le$ Grecs, dans ses journaux et dans ses lettres, bien différents de ce qu’ils sont dans ses vers. Quand on arrive pour la première fois en Turquie, on est étonné de voir un Grec oisif et un Turc travaillant. Hâtonsnous de dire cependant qu’au Fanar et dans les riches villages grecs du Bosphore, la position des deux peuples paraît renversée. + BYE

De tous les malheurs, de toutes les fautes des Grecs, le plus grand a été, sans contredit, leur révolution. Les progrès qu’ils ont faits pendant le dernier quart du x1x® siècle ont été si marqués, ils avançaient si rapidement en richesse et en importance, que, s’ils fussent restés tranquilles, ils n’auraient pas manqué, par la seule force d'inertie de leurs maîtres, de se trouver en peu de temps sur un pied d'égalité avec les musulmans.

Veut-on savoir ce que c’est qu’une auberge dans la Grèce moderne? Ce n’est ni un magasin, ni une boutique, ni une échoppe, ni une taverne, mais quelque chose de tout cela. Le rez-de-chaussée suffit à tout : au bout de la salle, vous voyez un comptoir chargé d’une demi-douzaine de bouteilles remplies du vin résineux que préfèrent les Grecs, et de quelques autres fioles contenant le rachie, liqueur favorite parmi les gens du peuple, et qui provient de la distillation de l’anis. Sur quelques planches accrochées à la muraille, vous voyez des brimborions de papier qui contiennent du sel, du poivre, du café, et constituent le fonds d’épicerie du propriétaire; plus loin, des narguüilés et des pipes, et, plus loin encore, des pains, du riz et de la farine. Une ou deux tables et des chaises grossières composent tout le mobilier. Contre les paroïs de la salle règnent des bancs de bois sur lesquels on peut s'asseoir ou dormir. Dans les meilleures auberges, une espèce de lit de camp pratiqué au fond de la chambre permet à deux ou trois voyageurs de s'étendre sur la dure. En général, on pratique au-dessous de cette plateforme oblique un enfoncement qui sert à protéger des bouteilles, de la farine, des barils de vin et des barils de vinaigre, deux liqueurs très-analogues en Grèce, et que l’on confond aisément l’une avec l’autre. Messieurs les aubergistes grecs se tiennent presque toujours au fond de leur antre, les jambes nues et croisées, fumant sans faire attention aux voyageurs, et comme s'ils vous en voulaient de venir les déranger. L’un de ces braves gens avait été bandit dans sa jeunesse, et l’on voyait bien, à sa manière d'écorcher les étrangers qu'il tenait, que son premier métier avait laissé des traces chez lui.

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