‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 4)Chapitre 11 sur 83 · CAVALIERS ÉGYPTIENS · texte numérisé non relu

CAVALIERS ÉGYPTIENS

disent-ils. Heureusement les coutumes barbares disparaïtront inévitablement devant les progrès de la civilisation.

Les Égyptiens sont naturellement satiriques, et souvent spirituels; leur langue admet les ambiguïtés, les mots à double sens, qui abondent dans leurs conversations, fréquemment licencieuses. Les idées ne sont pas moins scabreuses que les expressions; et peu de femmes, même entre les plus vertueuses, savent bannir de leur langage l’indécence et les obscénités. Les Turcs d'Égypte sont adonnés au vice odieux de la pédérastie; mais si ce crime est moins commun chez les Arabes, ils en commettent un plus repoussant, s’il est possible : nous voulons parler du crime de bestialité.

Nous ne devons rien dire ici du costume musulman primitif, encore en usage il y a peu d’années chez les mahométans de l'Égypte, et dont la description trouvera sa place lorsque nous parlerons des Turcs d'Europe; mais nous devons mentionner la métamorphose qui s’est opérée dans l'habillement des Égyptiens vers l’année 1893, et qui fut la conséquence de l’organisation des troupes réglées. La suppression du turban commença la réforme; trois ans plus tard on procéda à de nouvelles modifications; tout en laissant subsister la culotte large jusqu’au genou, et que termine une espèce de guêtre, on adopta un gilet à manches, par-dessus lequel on portait une carmagnole, à peu près semblable, quoique plus ample, aux vestes de nos hommes du peuple. On s’est bientôt aperçu combien les manches ouvertes de cette espèce de dolman, qui flottaient par derrière, entravaient les évolutions des militaires, et on les a mises à l’index.

L'influence de l’armée, devenue alors l'institution la plus importante de l'Égypte, devait s'étendre à tout, même au costume traditionnel. Qu'ils appartinssent ou non à l’armée, les dignitaires de l'État adoptèrent peu à peu l'habillement militaire : brahim- Pacha donna l’ exemple et le premier prit le tarbouch; tous l’imitèrent bientôt, et le vice-roi lui-même adopta le vêtement qu'il avait intronisé.

Aujourd’hui les couleurs éclatantes, si chères aux anciens Orientaux, ne sont plus portées que par le peuple; les gens de distinction ne font cas actuellement que des beaux draps noirs, bleus, marrons, etc. Si le tarbouch avait une visière, il serait analogue aux bonnets des chasseurs d’Afrique, et, quoique moins gracieux que le turban, il aurait du moins l'avantage de préserver le front et les yeux des ardeurs du soleil, chose fort utile dans un pays où la lumière est très-vive. Mais la visière donnerait au tarbouch une certaine ressemblance avec le chapeau européen, et il est douteux que les musulmans consentent à l’adopter : ils ont un tel mépris pour notre coiffure, que lorsqu'ils veulent exprimer qu’ils sont capables de tout, ils s’écrient qu’ils prendront le chapeau, ce qui pour eux équivaut à changer de religion ou à renoncer à leur nationalité.

Le mezz, espèce de chausson en peau jaune, remplace, chez les personnes aïsées, les bas dont peu de musulmans font usage ; le mezz est placé dans un soulier de maroquin jaune ou rouge, qu’on nomme markoub, et qui est porté en pantoufle. Jadis les musulmans seuls pouvaient porter la couleur jaune; le noir était principalement affecté aux chrétiens qui, néanmoins, avaient droit de se passer la fantaisie des souliers rouges. Grâce à la double chaussure, les Orientaux sont libres, en entrant dans une mosquée ou dans un appartement, de déposer leurs souliers à la porte, ce qui leur permet de fouler les nattes, les tapis, les divans, sans crainte de les salir, et en même Lemps sans avoir les pieds nus : on s'explique facilement son utilité.

Le législateur, qui sans doute connaissait le goût passionné des Arabes pour la parure, s’est efforcé d’ y remédier par une STE EU spéciale; mais ce fut en vain : l'influence religieuse, quoique immense, ne fut pas assez forte pour vaincre ce penchant. Mais si nul peuple ne fait autant profusion d’or et de pierreries, nul n’harmo-

nise plus mal lés richesses qu il prétend déployer; on à vu souvent un Oriental unir l'or aux guenilles. La garde-robe des Égyptiens est moins bien fournie que celle des Européens aisés ; ils n’ont pas autant d'habillements; les riches pourtant en changent assez souvent. Le linge du corps est renouvelé plusieurs fois par semaine, excepté parmi le peuple qui se montre peu fidèle aux règles de propreté. Le linge n’est pas, comme chez nous, plissé, repassé, etc. Tout est lavé à l’eau et au savon ; on n’y fait pas usage de la lessive.

Le costume du fellah est très-simple : il se compose d’une chemise et d'un caleçon de toile de lin, par-dessus lesquels on revêt une grande chemise bleue nommée herie, qui descend au-dessous du genou, et que serre autour du corps une ceinture de peau ou d’étoffe. La coiffure du fellah est le tarbouch et le turban, ou une calotte feutrée, de couleur blanche ou grise, appelée lebdeh. L'hiver il porte le zabout ou capote à manches amples.

En général, les Égyptiens musulmans ne laissent subsister de leurs cheveux qu’une

petite touffe nommée choucheh, au sommet de la tête; cette infraction aux lois du Coran, qui ordonne de raser entièrement la chevelure, vient de ce qu'ils craignent que, venant à être pris par les infidèles, ceux-ci ne leur tranchent la tête, et ne trouvant pas de cheveux pour la saisir, n’introduisent leur main impure dans la bouche, la barbe ayant souvent trop peu de longueur pour la saisir. On sait que les Égyptiens, comme tous les peuples des climats chauds, ont la barbe peu fournie; ils n’en laissent guère que ce que nous appelons la royale, et jamais sa longueur ne dépasse un travers de main. Ils coupent la moustache au niveau de la lèvre supérieure, tandis que lés Osmanlis la laissent croitre librement. Quoique la barbe soit un symbole de virilité et de puissance physique et morale, le vice-roi l’a supprimée dans l’armée aussi bien pour les officiers que pour les soldats. Un jeune homme, s’il n’est pas majeur, ne peut porter de barbe qu'autant que son père le lui permet. Les esclaves ne peuvent que bien rarement obtenir cet honneur. L'absence de moustaches, chez ceux qui n'ont point de barbe, est stigmatisée par une épithète qui frise souvent l’outrage. Les chrétiens du pays ont pour la barbe une considération aussi grande que celle dont les musulmans font profession. A l'exception de la barbe, toutes les parties chevelues du corps sont soigneusement soumises à l'épilation qui se fait au moyen du rasoir, ou en arrachant les poils, ou en les faisant tomber à l'aide d’un cosmétique composé de chaux et d'orpiment. Quelques hommes de la basse classe se tatouent les mains et les bras. Les bains et les ablutions sont les mêmes que chez les Turcs proprement dits; aussi n’en parlerons-nous pas ici, Il en sera de même pour tout ce qui appartient positivement aux mœurs ottomanes. |

Les domestiques égyptiens sont avides, et l’on ne saurait se reposer sur leur fidélité. Dans les pays musulmans, il n’était jamais permis aux chrétiens d’avoir des serviteurs de Mahomet pour domestiques ; l'Égypte seule à fait infraction à cette absurdité religieuse. <

Les femmes arabes qui forment la plus grande partie de la population féminine de l'Égypte, sont de taille moyenne et de formes élégantes. Elles ont la colonne vertébrale arquée, les membres réguliers et arrondis, les mains et les pieds petits et potelés. On sait que souvent elles surpassent en vigueur l’homme dont elles partagent les fatigues. Leur nez est petit, souvent épaté Lébetembat, et leurs lèvres un peu épaisses. Leurs dents, parfaitement alignées et d'üne blancheur éclatante, contrastent assez agréablement avec la teinte badaniée de leur peau, et plus ou moins foncée selon qu’elles appartiennent à la ville ou à la campagne, à la haute ou à la basse Égypte. Mais ce qui surtout embellit leur physionomie, ce sont de grands yeux noirs, élincelants de viva-

cité, et ombragés de longs cils. Leur sein, puissamment développé, ferme et bien placé, ne cède jamais aux artifices souvent funestes de la coquetterie européenne. Leur démarche élégante, leur pas sûr et allongé, leurs poses majestueuses rappellent de gracieux souvenirs de l’antiquité. La douceur de leur voix s’harmonise admirablement avec l’adorable tendresse de leurs expressions familières : Jah heny (mes yeux), Jah kholbi (mon cœur), Jah rohihi (mon âme). Elles se servent toujours du nom de frère ou dé celui de maître lorsqu'elles adressent la parole à un homme.

La toilette préoccupe beaucoup les Égyptiennes, et leur excessif désir de plaire enfante mille pratiques curieuses : par exemple, au lieu de laisser croitre librement leurs sourcils, elles en diminuent la largeur et n’en laissent qu’une ligne très-mince. Elles teignent en noir le bord de leurs paupières au moyen d’une poudre noire qu'elles nomment Æhol (antimoine), qu’elles renferment dans un petit flacon en cristal ou en argent; elles introduisent dans ce flacon un stylet, qu’elles promènent ensuite sur le bord des paupières, et lorsqu'elles ne surchargent pas trop la teinte, le résultat qu’elles se sont proposé, et qui consiste à rendre les yeux plus brillants, est assez bien atteint. Elles parsèment leur visage, leur cou et leur gorge de mouches noires, et se teignent communément les ongles, l'extrémité de la face palmaire des mains, et la plante des pieds en noir ou en rouge avec des feuilles de henneh. Les femmes du peuple ont la lèvre inférieure, le menton, les mains et les bras tatoués.

Les femmes turques sont les plus belles de l'Égypte; ce sont pour la plupart des esclaves venues de Géorgie ou de Circassie, et c’est DATI elles qu’on choisit les odalisques du sérail.

Lorsqu' elles ont atteint sept ou huit ans, on fait subir aux jeunes filles une espèce de circoncision; pour cela, on les conduit au bain, et ce sont les baigneuses qui les mulilent. Cet usage, que la religion ne prescrit pas, était, dit-on, pratiqué dans l’antique Égypte; son but probable paraît être de modérer dans son principe même un penchant trop prononcé à la volupté. Dans ce pays, les femmes sont nubiles vers leur dixième ou onzième année; elles sont souvent mères à douze ans, grand’mères à vingtquatre, bisaïeules à trente-six, trisaïeules à quarante-huit, et on en voit même qui sont contemporaines de leur cinquième génération. Mais leur précocité et leur fécondité déterminent une vieillesse hâtive, et une Européerine à cinquante ans est souvent moins fanée qu'une Égyptienne à vingt-cinq. IL n’est aucun moÿen qu "elles ne mettent en pratique pour devenir mères, car la stérilité n’est vue qu'avec mépris.

La richesse et la variété de l'habillement distinguent la femme de l’homme puissant. Elle porte une chemise de mousseline, de toile très-fine, de crêpe ou d’autre tissu recherché; cette chemise est blanche, de couleurs éclatantes, quelquefois noire; quelques-unes sont parsemées de paillettes brillantes; plus fréquemment elles ont une bordure de soie ou d’or. Elles sont amples, ont des manches larges, ne tombent pas tout à fait jusqu’au genou, et recouvrent un caleçcon de toile ou de mousseline. Un chintyan (pantalon) fort large, fixé par une gaîne à la ceinture et lié à la jambe, retombe sur les pieds, offrant ainsi l'aspect d’une jupe. Une grande robe (yalek) serre la taillé sur les hanches et descend jusqu'aux pieds; elle est échancrée de façon que la gorge n'est couverte et retenue que par la chemise; elle est boutonnée par devant jusqu'audessous des hanches, et ouverte des deux côtés à partir des hanches. Les manches pressent les bras, s’élargissent au coude et Lombent ensuite jusqu’au bas de la robe, ou s'arrêtent au poignet. La taille est entourée d’une ceinture faite d'un châle de cachemire ou d’un carré de mousseline, d’indienne, selon le rang et la fortune. Le carré est plié diagonalement et placé sur le bas des reins ; un de ses angles reste derrière, tandis que les deux extrémités, ramenées sur le devant, y sont fixées par un nœud ou une

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ganse. Une espèce de surtout (gebbeh), en drap pendant l'hiver, avec ou sans broderies, est placé par-dessus le yalek; les manches s'arrêtent au coude; quelques dans le remplacent par le saltah ou spencer.

La coiffure consiste en une petite calotte de laine rouge, autour de Pa sont roulés, en forme de turban, un ou plusieurs mouchoirs de crêpe, de mousseline blanche ou autre, brodée suivant la fantaisie. Une plaque ronde, bombée, de trois pouces environ de diamètre, et nommée gours, est fixée à la partie postérieure du bonnet; cette plaque est en or, ou garnie de pierreries, suivant que les femmes occupent un rang inférieur ou élevé.- Les cheveux de la partie antérieure de la tête sont arrangés en boucles ou en bandeaux sur les tempes. De même qu’en Europe, les dames égyptiennes rejettent la masse des cheveux en arrière, mais avec cette différence qu’au lieu de les arrêter sur la tête, elles les laissent retomber sur le dos et les divisent en petites tresses dont le nombre, toujours impair, varie depuis onze jusqu’à trente-cinq. Dans la composition de ces tresses, on fait entrer trois petits cordons de soie noire, auxquels on attache de petites paillettes ou des bijoux en or. Chaque tresse se termine par un ornement en or, une grappe de perles, ou une simple pièce de monnaie percée à son bord. L'ensemble de cette coiffure a reçu le nom de sefé.

Ce costume est celui des dames du harem; elles ne portent point de bas; la peau de leurs pieds, souvent lavés dans une eau parfumée, est aussi douce que celle de leurs mains; les ongles sont teints avec le henneh, et quelques-unes vont jusqu’à garnir leurs orteils d’anneaux non moins précieux que ceux qui brillent à leurs mains. Le mezz, en maroquin jaune ou en velours richement brodé, chausse ce pied dont la beauté naturelle est rehaussée par l’éclat et le luxe de cette chaussure très-découverte, et qui en Cache à peine les extrémités; le mezz, sans rebord par derrière, laisse au talon toute sa liberté, Pour marcher ailleurs que sur les divans et les tapis, les dames ont des babouches dont la pointe aiguë est recourbée; lorsqu'elles sortent, elles ont, pour soustraire leurs jambes aux regards, de petites bottes en maroquin jaune; dans ce même cas, elles s’affublent du sableh, vaste chemise de soie noire, semblable à peu près au domino de nos bals masqués, et par-dessus laquelle elles ont un habbarah, immense voile en taffetas, noir pour les femmes mariées, blanc pour les jeunes filles, et qui enveloppe tout le corps. Un autre voile en mousseline dérobe entièrement le visage, à l'exception des yeux. Les femmes de moindre condition portent le milayeh : c'est la même chose que le habbarah, si ce n’est qu’il est en tissu de fil et de coton à fond bleu, et à carreaux.

Bien que les caprices de la mode aient peu d’empire en Égypte, le costume des femmes a, comme celui des hommes, subi quelques changements dans ces dernières années, et il n’y à rien perdu certainement. Ainsi la coiffure aujourd’hui n’est plus alourdie par des turbans massifs, surchargés de bijoux. Les cheveux tressés et relevés sur la tête ont remplacé le sefé. On ne laisse plus, comme autrefois, les chemises pardessus le pantalon. Le yalek est moins long; ses manches ne dépassent pas le poignet; il n’est plus échancré sur la poitrine, et se boutonne ou se croise sur l'estomac comme les robes des dames européennes. Le gebbeh, entièrement délaissé, n’est plus porté que par les vieilles femmes. Les dames d’une classe distingnée ont adopté l'usage des bas, et les étoffes en mousseline simple sont justement préférées aux tissus brochés d'or. Si la prodigalité inintelligente y a perdu, le bon goût y a considérablement gagné.

Les femmes de la classe moyenne portent une chemise de soie et des marqgoubs (souliers) dans lesquels leurs pieds sont loin d’être gènés. Beaucoup plus simple, le vêtement des femmes du peuple consiste en une chemise de toile bleue, à manches très-

larges, et sur laquelle elles ont une chemise blanche et un caleçon. Elles ne font point, en général, usage de chaussures.

Les femmes égyptiennes sont très-portées aux plaisirs voluptueux; et si l'honneur des maris est plus en sûreté dans les contrées orientales qu’en Europe, c’est moins à des principes de morale qu’il faut l’attribuer qu'à la vigilance et aux précautions dont elles sont constamment entourées.

L'Égypte, qui se distingue des autres parties de l'Orient par un grand nombre de points, ne s’est point conformée à la loi du prophète, laquelle défend la prostitution, qui, rare en Turquie, est plus que tolérée chez les Égyptiens. Les femmes publiques, qui y élaient très-répandues, formaient une corporation qui avait ses chefs, ses règlements, et payait au trésor une redevance considérable. Dans ces dernières années, le gouvernement, en supprimant la prostitution, a volontairement renoncé à ce revenu. Mais cette mesure, prise dans un but moral, a produit un effet qui l’est peu, en faisant faire des progrès à la pédérastie, vice plus repoussant mille fois que le libertinage. D’ailleurs, il existe encore un grand nombre de femmes publiques, qui, quoique d’une manière occulte, n’en exercent pas moins leur triste métier.'« Je crois, dit Clot-Bey, que cette plaie sociale est alimentée plus encore par l'abus du divorce que par le tempérament voluplueux des Égyptiennes. » Et cette opinion est vraisemblable, si l’on considère que les prostituées sont, en général, des femmes répudiées auxquelles la servitude conjugale a inspiré du dégoût, ou qui, ne trouvant pas occasion de se remarier, n'ont que la prostitution pour ressource.

Quoique notre intention ne soit pas de placer ici la description du harem, nous devons parler des eunuques, puisque c’est en Égypte que la mutilation est aujourd’hui pratiquée exclusivement; cet acte ne s’accomplit que dans les villes de Syout et Girgeh. Le village de Zawy-el-Dyr, près de Syout, est la métropole des exécutions de cette œuvre ignoble. Les victimes sont de jeunes nègres de six à neuf ans, amenés par les caravanes du Sennaar ou du Darfour; ces infortunés sont vendus de 1,500 à 3,000 piastres :, suivant les chances de vie ou les qualités qu'on leur reconnait. Les mutilateurs sont des chrétiens, des prêtres même, des Cophtes... bourreaux de l’humanité, honte et opprobre de la religion du Christ qu’ils déshonorent ! Aussi le mépris qu'ils inspirent est-il universel, et l’opinion les flétrit aux lieux mêmes où ils exercent leur ignominieuse industrie.

L'automne est regardé comme la saison la plus favorable à l'opération. On aurait tort de croire que les mutilateurs se bornent à la castration : ils tranchent avec un rasoir toutes les parties extérieures de la génération; puis ils versent de l'huile bouillante sur les blessures qu'ils ont faites, et placent un tuyau dans la portion restante du canal de l’urètre. Ils répandent ensuite sur la plaie de la poudre de henneh, et enfin ils enterrent le patient jusqu’au-dessus du ventre, et le laissent ainsi durant vingt-quatre heures; après quoi, ils le retirent et le pansent avec un onguent composé d'huile et d'argile. Le quart des enfants ne survivent pas à cette opération; ceux qui n’en meurent point sont condamnés à une vie étiolée et souffrante!

De leur état naissent des signes distinctifs au physique et au moral : l’eunuque est sans barbe, sa voix est féminine, et il a de l'obésité; il est orgueilleux, mais sa fierté est sombre, méchante, ombrageuse, irascible..., car il a la conscience de son infériorité ; il est dévot, mais sa dévotion a moins pour but d’honorer Dieu, que de chercher dans les pratiques austères du culte une sorte de dédommagement à sa dégra-

1 525 à 750 francs.

dation. Et cependant, chose étrange, on voit des eunuques qui aiment les femmes, et plusieurs sont engagés par le mariage!

Les Égyptiens font usage de beaucoup de nos mets, avec celte différence qu'ils font toujours la cuisine au beurre, et qu'ils mettent peu desoins dans la préparation de leurs plats. L'huile habituellement consommée est de qualité inférieure, et il n’y a que les Européens ou les indigènes fort riches qui emploient de l'huile de Provence ou de Lucques. Le vinaigre, fait de dattes, ne vaut pas mieux que l'huile. Le citron est communément employé. Le riz est un aliment national qui $e mange en pilau (roux moufelfel) ; ils le mêlent aussi à de la chair hachée, en font des boulettes qu’ils recouvrent de feuilles de vigne, et que l’on appelle ouarouk machie et doul mà.

Ils sont friands de pâtisseries, qu’ils composent de différentes manières et qui n’ont aucune ressemblance avec les nôtres ; la plupart consistent en gâteaux plats et ronds, garnis intérieurement de viande, de crème, d’herbages, de fromage blanc ou de confitures. Mais quoique leur pâte soit assez bien feuilletée, ils sont loin d’être aussi avancés que les Européens dans l’art du pâtissier. On rencontre communément des boutiques où l’on vend des gâteaux plats, appelés foutyrs. Les Arabes aiment les confitures qu’ils font avec du miel. Les hors-d’œuvre ne sont pas communs chez eux; néanmoins ils ont du poisson salé (fessyr), du caviar, des anchoiïs, des olives noires, des concombres au vinaigre, des salades, etc.; mais outre que ces entremets sont trop fortement salés et poivrés, les Européens refuseraient d'en manger, ne füt-ce que parce qu’ils sont arrangés avec de l'huile rance. Les desserts sont composés de fruits du pays, que les Égyptiens cueillent avant leur maturité, car autrement ils les trouvent trop fades.

L'usage de l’eau-de-vie est plus répandu et moins nuisible en Égypte que celui du vin; la plus commune, extraite des dattes, est de qualité médiocre; la meilleure est faite avec du raisin sec, tiré de la Syrie ou de Ia Grèce; dans sa plus grande force elle a 50 degrés.

Une espèce de bière, produite de la simple fermentation de l'orge, est fort goûtée des indigènes, quoique les Européens la trouvent très-désagréable au palais.

Le café est la boisson de prédilection dans ce pays : pauvres et riches en prennent le matin et après chaque repas; les personnes aisées en prennent quinze ou vingt fois dans la journée. Le café est brülé à peu près comme chez nous; mais ils ne le mettent point dans un moulin et Le réduisent en poudreenlepilant, prétendantextraire ainsi plus sûrement son huile essentielle. Pour le préparer, ils font bouillir l’eau dans une cafe- Lière, l’écartent du feu aux premiers bouillonnements, y versent la dose de café nécessaire, et le retirent après une forte ébullition. Après l'avoir laissé infuser quelques instants, on le verse dans les tasses en le remuant. |

Avant ou après le café, on prend des sorbets; le plus simple est de l’eau sucrée mêlée à de l’eau de rose, à de la fleur d'orange, ou dans laquelle on exprime le jus de l’orange ou du citron. Des amandes, des graines de melon, de pastèque, de courge, etc., servent à fabriquer une espèce d’orgeat. Le kouscheff est une eau sucrée, bouillie avec des raisins, des cerises, et à laquelle on joint ensuite de l’eau de rose. Le sorbet le plus recherché est celui qu'on prépare avec la violette (schareb-el-benefseg). On dépouille de leurs pistils Les violettes, dont on pétrit les pétales avec du sucre; la pâte ainsi formée, on la fait sécher, on la réduit en poudre, et l’on obtient ensuite le sorbet en la délayant dans l’eau. /

Le peuple égyptien, auquel on vend dans les rues une décoction de réglisse ou de karroub, estime fort une autre boisson nommée haschich. C’est une préparation . enivrante, tirée du chanvre d'Égypte. On broie les fruits de ce végétal, qu’on réduit en une pâte que l'on fait cuire avec du miel, du poivre, de la muscade et des essences

odoriférantes; après quoi on en forme de petites tablettes d’une teinte verdâtre et un peu fades au goût ; il suflit d'en avaler un morceau de la grosseur d’une noisette pour en ressentir bientôt les effets. C'est surtout en boisson qu'il est employé. Quelquefois aussi on le réduit en une poudre, que l’on fume dans une espèce de narghileh. Le haschich produit ordinairement une sensation de bien-être qui arrive jusqu’à une exhilaration extravagante, désordonnée; il aiguise l'appétit, et, la période d’exaltation terminée, il procure un sommeil doux et des songes heureux.

L'opium, appelé afioun par les Arabes, est peu en usage en Égypte.

Dans les repas, plusieurs grands seigneurs veulent aujourd’hui copier les habitudes européennes ; et c'est chose curieuse lorsqu'ils oublient nos usages pour les coutumes musulmanes. Ils font preuve d’une gaucherie vraiment grotesque dans leurs contrefacons ; les uns mangent leur potage dans le service affecté au dessert et réciproquement, boivent le vin ordinaire dans les verres à champagne; d’autres, unissant plaisamment les façons orientales aux manières européennes, prennent la viande dans le plat avec leurs doigts, tout en ayant soin, avant de la porter à leur bouche, de la planter aux dents de leurs fourchettes; il en est encore qui, dans un diner à la française, s'emparent du plat qu’on leur présente, et le gardent avec sang-froid devant eux.

Les fellahs ou paysans sont très-sobres; leur principale et quelquefois unique nourriture se réduit au pain de dourah. Quand leurs moyens le permettent, ils Y joignent des fèves bouillies assaisonnées de sel et de beurre, et quelques autres végétaux. L'eau du Nil et le café sont les seules boissons dont ils fassent usage.

Les maisons sont généralement plus spacieuses, plus belles dans les villes que dans les villages; les premières sont construites’'en pierres calcaires, en grès, en briques cuites ou desséchées au soleil; elles sont rarement vastes, par la raison que chacune est occupée par une seule famille. Leur apparence extérieure est presque toujours misérable, et elles n’ont pas même un crépi sur la façade. On entre par des portes trèsbasses, formées d’une seule pièce, ouvrant en dedans, fermées intérieurement par une barre en bois qui court transversalement dans le mur, où on la fait glisser pour ouvrir et d’où on la tire pour fermer. IL y a aussi parfois des serrures de divers genres. Les façades sont percées de grandes fenêtres fermées de grillages très-serrés qui permetment au vent et à la lumière de pénétrer dans les appartements, en dérobant aux regards les personnes et les objels qui s’y trouvent. Les parties supérieures de l'édifice, dans lesquelles des baies sont ouvertes, avancent de deux ou trois pieds, et forment ainsi des balcons couverts. Les muscharabyeh, ou jalousies, sont en treillis formés de petits morceaux de bois tournés adaptés ensemble et offrant des dessins gracieux. Ces grillages sont en roseaux ou branches de palmier dans les maisons pauvres. L'intérieur des maisons riches est protégé contre le vent et la poussière par des vitrages qui ferment les croisées.

Une terrasse, bordée d’un parapet à hauteur d'homme, recouvre la toiture qui est horizontale. Cette terrasse sert d’étendoir, et surtout de lieu de récréation, dans les maisons qui sont dépourvues de cour et de jardin; le plancher en est recouvert d’un maslic léger, formé d’un mélange de chaux et de plâtre avec de la cendre des fours.

Une cour intérieure a le double avantage de procurer à la fois à la maison de la lumière et de l’air; autour d’elle se trouvent toutes les pièces accessoires, et notamment le lieu où le maître reçoit les visiteurs, et qui est appelé mandarah.

Des différents appartements qui composent une habitation égyptienne, il n’y a guère que le mandarah (salle de réception des hommes) qui mérite de fixer l'attention. C'est une pièce carrée ou rectangulaire, avec une ou deux fenêtres donnant sur la cour. Une petite partie du sol, plus basse de cinq à six pouces que le reste du parquet, et qui

s'étend de la porte au mur opposé à l'entrée, est appelée dourkah ; une fontaine jaillissante (fiskych) est placée, dans les maisons riches, au centre de cet espace, qui est pavé en mosaïque de marbres dont les différentes couleurs offrent d’ingénieuses combinaisons. A l’extrémité qui fait face à la porte s'élève une console de pierre semblable à une cheminée; c’est la soufah, haute de trois à quatre pieds, adossée au mur, et soutenue par des arches, supportées elles-mêmes par des colonnettes. Elle sert à recevoir les urnes à parfum, le bassin et le pot à l’eau dont on fait usage pour les ablutions, et différents autres ustensiles.

Le lewan est la partie du sol plus élevée que le dourkab; il est pavé en pierres communes, el ordinairement recouvert d’une natte durant l'été, et d’un tapis pendant l'hiver. Le divan garnit ses trois murs.

On appelle divan un sofa composé d’une série de matelas de longueur arbitraire, larges de deux pieds et demi, épais de quatre à cinq pouces, et qui sont placés sur le sol ou sur des bancs de pierres, de bois, ou de grillages de dattiers, hauts de cinq à six pouces; ce qui, vu l'épaisseur des matelas, donne au divan l’élévation d’une chaise. Des coussins sont appuyés au mur dans tout le pourtour du divan.

Les parois des murs ne sont jamais tapissées, mais seulement blanchies à la chaux dans les maisons pauvres, et peintes à l'huile dans les riches habitations; le plafond est boisé et présente des cercles, des polygones, etc. , comme les peintures des murs.

Le pourtour du lewan est ordinairement garni d’étagères et de petites armoires; dans celles-ci on renferme les ustensiles de table; sur les autres on place des porcelaines de Chine.

Nous ne pouvons nous arrêter à décrire les villes de l'Égypte; nous dirons seulement que les principales sont le Caire, Alexandrie, Aboukir, Damiette, Rosette, Damanhour, Ramanyeh, Fouah, Mansourah, Mehallet-el-Kebir, Tantah, etc. On y trouve des bains publics, des hôpitaux, des palais, des arsenaux, des mosquées, etc. Alexandrie est la clef de l'Égypte; ses ports sont les seuls que possède ce pays.

La tolérance de Méhémet-Ali a permis aux Européens d’avoir des esclaves; voici ce que dit à ce propos M. Clot-Bey : « On croirait volontiers, pour l’honneur de notre civilisation, que ce doit être un bonheur pour les esclaves d’appartenir à des maîtres qui viennent de contrées où l'esclavage n’existe pas et dont le sol hospitalier donne la liberté à quiconque le touche; en général, on se tromperait. Ces Européens, qui, en parlant de la barbarie musulmane, ont toujours le mépris à la bouche, maintiennent peu souvent leur conduite au ton de leur verbeuse philanthropie; beaucoup vendent ou troquent leurs esclaves. Ces actes peuvent être justifiés jusqu’à un certain point et dans certains cas, lant qu’ils ne dégénèrent pas en trafic. Ce serait, en effet, une cruaulé que de donner la liberté à un jeune esclave qui ne pourrait subsister par son travail et dont on serait forcé néanmoins de se débarrasser. En l’affranchissant, on serait aussi barbare qu'un père qui chasserait son enfant du foyer domestique. Mais vendre un esclave qui peut gagner sa vie en travaillant, c’est faire un marché qui déshonore, et pourtant bien des Francs spéculent sur cette infamie. On en voit qui vendent des femmes enceintes de leurs œuvres, et qui abandonnent ainsi à l'esclavage leurs propres enfants, sur la naissance éventuelle desquels ils ne rougissent pas de percevoir une prime. Pour qualifier de si horribles immoralités, la langue est trop pauvre ou le cœur de l’homme d'honneur trop riche d’indignation. En les voyant, les Orientaux doivent s’enorgueillir de leur vertueuse barbarie, et prendre en mépris notre civilisation, souillée par des misérables qui couvrent leurs bassesses de ses oripeaux. Hâtons-nous de dire que des Européens hommes de cœur traitent leurs esclaves, hommes et femmes, avec bienveillance, adoptent tous les enfants qu'ils ont

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