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coup de marchandises. On fabrique à Bournou des bagues ou anneaux d’or, d'argent et de cuivre jaune; des aiguilles, des couvertures de lit et des étoffes. Il y a aussi des graveurs en pierres fines et en cachets.
Le Bournou est très-peuplé : on y compte treize villes principales, et l’on y parle dix dialectes différents de la même langue. Les Chouaa y ont apporté un arabe assez pur. Ils sont divisés en tribus qui portent encore les noms de quelques-unes des hordes de Bédouins qui parcourent l'Égypte; ils se prétendent doués du don de prophétie; l’une de leurs tribus offre la plus grande ressemblance avec les bandes de bohémiens qui parcourent la terre. Ils fournissent à l’armée du Bournou 15,000 hommes de cavalerie.
Les Manparans sont mieux partagés que les Bournouais sous le rapport physique. Ils ont le front haut et plat, le nez presque aquilin, et la physionomie pleine d'expression. Les femmes sont jolies, et leurs mains et leurs pieds sont d’une petitesse charmante. Le costume est le même que celui des Bournouais.
Les KanEmBous ou Koyam sont en partie mahométans, en partie idolâtres; ils sont armés d’une lance, d’un bouclier et d’un poignard fixé sur le bras gauche par un anneau qui entoure le poignet. Le costume de leurs femmes est semblable à celui des Bournouaises.
Les habitants du BAGHERMER ou BAGHIRMAH passent pour être chrétiens ; on peut en dire autant des habitants du pays d’AnDpam, qui ont les dents naturellement pointues. Cette forme de dents est commune aux JEMIENS, qui sont païens et anthropophages. On ne dit rien des KeNDiss, si ce n’est qu'ils ont les cheveux longs.
Le pays de Baghermeh relevait jadis de l’empereur du Bournou, lorsque ce dernier était dans sa toute-puissance, ainsi que le prouve le fait suivant, rapporté par un habitant de Mobba, nommé Hassan : Le sultan de Baghermeh avait épousé sa sœur. Une action aussi contraire à la loi ne pouvait rester cachée; elle parvint à la connaissance du sultan de Bournou, qui, outré de colère, lui ordonna de renoncer de suite à cette alliance, et le menaça de la vengeance d'Allah et de la sienne. Le sultan de Baghermeh ne se laissa pas intimider, et renvoya la lettre, en écrivant sur le revers € que l'usage d’épouser sa sœur avait subsisté longtemps avant la naissance du prophète, et qu’il ne voyait pas de raison pour qu’il ne subsistât pas après lui. » Cette réponse laconique de la part d’un vassal mit le sultan de Bournou en fureur. Il ordonna de suite au sultan vassal de Mobba d'entrer avec une armée dans le pays de Baghermeh. Ce prince remplit sa mission, vainquit le sultan rebelle, et l’envoya prisonnier à Mobba.
Le Louccoux, pays qui doit son nom à l’une de ses villes les plus méridionales, et qui a pour capitale Kernok, est peuplé d’une race d'hommes qui passent pour être plus beaux" que les Bournouais. Les Loucconiens des deux sexes sont intelligents et industrieux; dans presque toutes les maisons on trouve un métier à tisser. Les femmes sont les plus belles négresses que l’on puisse voir, mais aussi très-dépravées. La langue de ce pays est un mélange de baghermien et d’arabe.
Le Kosserx est un petit État indépendant dont on n’aborde le sultan qu'en lui tournant le dos.
Les habitants de Marraraï sont indolents et aiment beaucoup la danse.
Les naturels du KouLca appartiennent à deux races d'hommes, les uns noirs et les autres cuivrés ou rouges ; ceux du nord-est reconnaissent l'autorité d'un roi; les autres sont divisés en petites tribus indépendantes. :
Le royaume de Mogpa: est habité, en général, par des nègres mahométans. La circon-
1 Les Arabes établis dans ce royaume l'appellent Dar-Szaley. Les Fezzains le nomment Ouadaï, et les Bournouais Bergou,
cision est en usage pour les deux sexes. Les femmes ne sont pas voilées. Ces nègres ont
pour armes des lances, des boucliers, des arcs et des flèches; les fusils y sont en petit nombre. La petite vérole exerce de grands ravages parmi eux, mais la peste y est peu connue, |
Le Dar-Four est un groupe d’oasis entouré de déserts, dont la superficie est évaluée à 9,300 lieues, et la population à 200,000 habitants.
Les Dar-FouRIENS ou FourIENs ont la peau noire et très-épaisse ; les fibres musculaires d’un rouge éclatant, une force de contraction singulière qui parait résider dans leurs nerfs, la vue excellente, les dents blanches et fortes, les cheveux courts et laineux, Ils sont mahométans; mais ils ne se montrent ni rigoureux observateurs des pré- ,ceptes du Coran, ni sévères dans leurs relations d’un sexe avec l’autre. La circoncision et l’excision sont pratiquées par eux. La langue berbère paraît être celle du pays. Ils s’enivrent fréquemment avec une boisson fermentée appelée merissah ; ils voient d’un œil indulgent Jes infidélités de leurs femmes, pourvu qu’ils en retirent quelque avantage. Quoiqu'ils puissent avoir autant de femmes qu'ils en veulent, que le souverain en ait plus de cent, et les grands plus de trente, il arrive fréquemment que, sourds à la voix de la morale la plus naturelle, le frère épouse sa sœur et le père sa fille, Et chez eux il est permis de tromper ceux avec qui on a des rapports, et de s’emparer du bien d’autrui si l'on peut le faire impunément.
Les Dar-Fouriens ne connaissent pas les monnaies, et font le commerce d'échange. La capitale, nommée Cobbé, renferme 600 habitants, deux mosquéesset cinq moctebs ou écoles publiques. Lesouverain n’y réside point; il habite aux environs, dans un endroit appelé El-Facher. Ge prince est absolu; il fait le commerce, perçoit des impôts sur toutes les marchandises, et chaque village lui fournit annuellement une quantité de millet que ses esclaves sont.chargés de recueillir. Le seul corps qui ait Le droit de faire des remontrances à ce despote (presque loujours sans effet, il est vrai) est celui des foulkaras ou ministres de la religion; mais une institution redoutable pour lui est l'armée, car s’il encourt la haine des troupes, il périt bientôt par la strangulation. L’effectif de cette armée est porté à 30,000 hommes répartis en trois corps : les hommes montés sur des dromadaires, la cavalerie et l'infanterie.
La côte de l'Afrique occidentale, comprise entre le cap Lopez de Gonzalvo, et le cap Negro, est connue dans le commerce sous le nom générique de côte d’Angola, nommée Éthiopie occidentale par quelques auteurs italiens et français; elle est située dans la basse Éthiopie des Portugais, vaste division qui commençait près du fort de la Mina, au nord de l’équateur. Tandis que les meilleurs géographes l’ont appelée basse Guinée ou Guinée méridionale, M. Balbi lui a donné le nom de Nigritie méridionale. Il paraît donc plus convenable de donner à cette région le nom de Congo, puisque la langue de ce royaume, dont la domination a jadis embrassé le pays presque en totalité, est regardée comme la tige de tous les idiomes qu’on y parle.
Sans prétendre entrer ici dans une description partielle de toutes les petites divisions politiques, résultat naturel des usurpations des gouverneurs auxquels obéissail autrefois le Congo, nous tracerons l'historique du costume de chacun des principaux pays qui formaient naguère ce grand empire, afin d'éviter toute espèce de confusion dans la description de ces immenses contrées.
Placé près de l'équateur, le Congo est naturellement sujet aux chaleurs qui règnent dans les contrées de la zone Lorride. On n’y connaît à la rigueur que deux saisons, celle de la sécheresse et celle des pluies; les mares d'eaux stagnantes qu'occasionnent celles-ci, remplissent l’air de méphitismes et rendent le séjour de la côte dangereux pour les Européens.
On n’a que de faibles notions sur la direction des différentes chaînes de montagnes, ainsi que sur l'origine et le cours des fleuves. Parmi ces derniers, le Congo ou Goango, qui se jette dans la mer avec tant de violence qu’on en ressent la secousse à trois lieues, et qu’on peut encore en apercevoir les effets à douze; car, outre que la mer y conserve la teinte de ses eaux noirâtres, elle est encombrée d'îles flottantes de bambous qu'elle y a entrainées. On prétend que ses cataractes, qui sont à cent vingt lieues de son embouchure, semblent plus majestueuses que celles du Nil.
Si le règne minéral n’y offre que des richesses médiocres, la nature, en revanche, y déploie un caractère de fécondité et de magnificence dont nulle description n’approchera.
Zucchelli et Cavazzie parlent du poisson-femme (ou pesce-donna), qui paraît être le phoque, peut-être le lamentin..Les reptiles y abondent, et les insectes y sont innombrables. Quant aux oiseaux, la description des espèces qui peuplent ces contrées formérait la matière de plusieurs chapitres.
À partir du cap Lopez jusqu'à la baie de Sainte-Catherine, où se trouve un port rarement visité, la côte peu connue est basse et couverte d'arbres. Les naturels sont misérables, passent pour traîtres et obéissent à un chef qui est sous la dépendance de
1 Les indigènes l’appellent le Zaire ou Zahire,
celui de Loango. À T’embouchure du grand fleuve Banno, on rencontre la baie de MavomwBa, dont les habitants sont doux, hospitaliers, et plus intelligents que ceux des États voisins. Ce peuple paraît adonné au commerce : il fournit la be grande partie de l’ivoire qui s’achète dans les ports des environs, travaille le cuivre, et recueille la meilleure gomme; mais supposer que les montagnes du Mayomba recèlent de l'or, est une prétention purement gratuite. Les chefs des Mayombas relèvent du royaume de LOANGO.
Ce dernier pays, dont la capitale est appelée Bouali, selon les indigènes, ne renferme pas plus de 600,000 âmes, lant la traite à épuisé la population. Les esclaves qu'on amène au marché de Bouali sont Mayombes, Quibongas ou Montéquès : les MayomBEs sont inférieurs en qualité, mais supérieurs en nombre; les QuIBoNGas, qui appartiennent à une petite peuplade de l’intérieur, sont Les plus beaux nègres qu’on puisse voir; ils sont bien faits, très-noirs, d’une jolie figure, et ont les dents admirables ; les Mon- TÉQUÈS sont beaux aussi, mais ils se gâtent les dents en les limant pour les rendre pointues ; leur corps, et surtout leurs joues, sont ornés de longues cicatrices. Ge pays, selon Oldendorp, renferme des juifs noirs. :
Le royaume de CacoNGo, appelé Malembé par les marins, fournissait autrefois les meilleurs esclaves. Le roi dine seul en public, et lorsqu'il se dispose à boire, tout le monde se jette à terre dans la crainte qu'il ne mourût si quelqu'un de ses sujets le regardait en ce moment. Lorsqu'il exerce les fonctions de juge, il est tenu de sceller chacun de ses arrêts par un coup de vin.
Leroyaumede N’Goxo, Ex-Goxo ou Goy, empruntesouvent lenomdesa capitale Cabinde. Les nègres qui sont vendus dans ce port sont des Congues, des Sognes et des Mondongères (ou Mondongonès). Les Socnes ou Sonxos sont généralement bien faits, grands et rouges. Les MoNponGonÈs sont beaux et bons; mais ils ont les mêmes habitudes que les Montéquès; de plus, ils se déchirent la poitrine en dessins symétriques, font gonfler les chairs avant de les cicatriser, de manière qu’elles forment, en surmontant les bords de la blessure, une broderie dont ils tirent vanité. Les femmes ont en outre la manie de s’inciser le ventre de trois larges blessures, et de faire renfler les chairs jusqu’à ce qu’elles forment trois grosses excroissances sur cette partie.
Le royaume du Con@o a été divisé en six provinces, SoGno, PEMBA, BATTA, PANGO, BamBa et Sounni, par les Portugais, qui, pour familiariser les nègres avec les formes de la civilisation européenne, ont fait prendre aux grands les noms de ducs, marquis, comtes, etc., au lieu de l’ancien titre de mani (seigneur). Mais, soit faiblesse, soit négligence, les Portugais, qui sont parvenus à soumettre ce pays à leur suzeraineté, le laissent en proie aux dissensions intestines. La capitale du Congo est San-Salvador qui, avec sa banlieue, forme un district à part, soumis à l’autorité immédiate du roi.
Indépendamment des six provinces que nous venons de nommer, il y en a d’autres moins considérables qui sont incultes, désertes ou occupées par des sauvages.
Les provinces d'Ouanno et de Demgr se sont soustraites à l'autorité du roi du Gensa, et sont placées sous la protection des Portugais.
Ces derniers n’ont pu parvenir à convertir au christianismeles habitants du royaume d'ANGOLA (Doxco ou N’GoLa) ; ils ont dû se contenter de les enrôler pour le service militaire. C'est sur la côte d’Angola que se trouve la colonie portugaise de Laonda- San-Paolo, capitale des établissements de cette nation dans l’ouest de l'Afrique.
La province de Soumbi et celle de Goloungo n’ont rien de remarquable.
Quoique sous le joug portugais, le BENGUELA a conservé le titre de royaume, et quelques priviléges insignifiants.
Le royaume de MATrEMBA ou GinGA est gouverné par une reine qui s’est rendue
célèbre par ses exploits guerriers. Le nom de celte femme, appelée Zinga, a fait donner aux habitants le nom de ZINGas ou GINGas.
Après avoir nommé les contrées connues et civilisées, ou du moins régulièrement habitées, nous jetterons un coup d'œil sur les nègres qui les occupent.
Les Concues sont inférieurs, sous le rapport de l'intelligence, à beaucoup de races africaines : à l'exception d’une mémoire assez heureuse, leur ineptie est complète; ils n’ont que des sentiments, des instincts grossiers; des mœurs et des habitudes tellement rapprochées de l’animalité, qu’ils ont regardé eux-mêmes les singes comme faisant partie de leur race. Le temps est divisé chez eux en jour et nuit; le jour en trois parties. Ils comptent par lunaisons, et n'ont aucune idée de l'écriture. Leur courage est aussi nul à la guerre qu’à la chasse : le chasseur ajuste longtemps la pièce, tourne la tête, fait feu, laisse tomber son fusil, s'enfuit au bruit de l'explosion, et ne revient que longtemps après pour ramasser le gibier qu’il apporte en triomphe s’il le retrouve. Leur navigation se borne à la pêche; ils n’ont que des pirogues faites avec des troncs d'arbres qui ne sont même pas façonnés et qui sont creusés à l’aide du feu; il est impossible de trouver des filets plus mauvais que ceux dont ils se servent. Tous les travaux utiles sont délaissés aux femmes et à de nombreux esclaves.
Quoique nés dans l’abrutissement, ces êtres dégradés sont pleins d’orgueil; et nulle part on ne saurait trouver de maîtres plus capricieux, plus durs, plus barbares : les esclaves ne les approchent qu’à genoux; et les grands, qui seuls portent des pantoufles, déploient une morgue insupportable dans leurs relations avec le peuple, qui se courbe servilement devant eux. Tous considèrent comme les plus grands monarques de l’univers, leurs rois, fiers de la prérogative de chausser des bottes... quand ils en possèdent, ét souvent affublés ridiculement de débris d’uniformes européens qui couvrent mal leur dégoûlante nudité.
On ne saurait indiquer toutes les superstitions indigènes des Congues, tant elles sont variées et nombreuses. Cependant nous en faisons connaïlre bon nombre dans nos Cérémonies religieuses de tous les peuples, où l’on trouvera le détail des ridicules momeries de leurs prêtres et de leurs magiciens et jongleurs religieux ou fétichistes.
Parvenu à faire de sa cour une mauvaise copie de celle de Lisbonne, le roi du Congo, assis sur un trône à l'européenne, est servi par des comtes et des marquis noirs dont le costume élale des ornements grossièrement imités de ceux d'Europe. Les monarques païens ont conservé la barbarie de leur pompe. Jadis, celui de Loango se rendait une fois par an à une réunion de la nation pour ordonner solennellement à la pluie d’arroser la terre; et comme il arrivait parfois aux nuages d’obéir, le peuple s’en allait convaincu du pouvoir divin de son roi. Cependant, devenu moins crédule par le contact d'hommes civilisés, le peuple est plus difficile à tromper, et le roi s’est résigné à ne plus commander aux éléments; il a cédé cette fonction à un de ses ministres qui, pour mettre à couvert sa responsabilité, attend prudemment pour appeler la pluie qu'il ait commencé à pleuvoir.
Tous les souverains des provinces comprises entre le cap Lopez et le fleuve Zaïre reconnaissent la suzeraineté du roi de Loango, et lui payent un tribut en femmes. Leur pouvoir est d’ailleurs exercé despotiquement et sans contrôle; dans un accès de mauvaise humeur, ils vendent aux Européens jusqu'à leurs ministres, taxent leurs sujets suivant leur caprice, et disposent de leur vie quand la fantaisie leur en prend. Ceci n'empêche pas qu’ils ne plient devant leurs vassaux lorsqu'ils les craignent. Une loi fondamentale de l’État leur défend de faire usage d’aucune production étrangère, exceplé les métaux, les armes et les ouvrages en bois. Le domaine royal se compose de quelques villages et de tout le terrain qui n’est point occupé.
Au Congo le trône se transmet partout par voie d’hérédité. Mais il faut excepter le royaume de Loango. Ici, tous les princes nés dans les divers États dépendants peuvent aspirer à l'honneur de régner ; ils sont choisis par un corps électoral, composé des sept officiers principaux de la couronne, y compris deux seigneurs adjoints, et qui forme le gouvernement provisoire. Il résulte de cette disposition que les feudataires se trouvent vivement intéressés au maintien d’un trône auquel tous ont des droits, et qu'ils rompraient difficilement les liens qui les y rattachent. C’est la mère qui anoblit, et non le père, que l’on connaitrait difficilement; aussi, pour être prince-né, il faut être issu d’une princesse : de là vient le droit qu’a celle-ci d'épouser qui lui convient, et de le répudier à volonté pour appeler à l'honneur de sa couche un nouveau mari. Les princes font de même, mais leurs enfants nés d’une femme de condition inférieure peuvent être vendus par leurs frères ou sœurs qui ont pour mère une princesse. Le mari de celle-ci est prince tant qu’il vit avec elle, et conserve cette qualité si elle meurt dans cet intervalle. Le divorce n’est plus permis entre un prince et une princesse. Les princes ne peuvent remplir aucune charge du gouvernement, mais ils jouissent généralement d'importantes prérogatives.
Après le roi, les principaux officiers du gouvernement sont, à Loango, le grand capilaine (premier ministre et grand juge); le mafouc (ministre du commerce); le maquimbe (inspecteur général de la eôle); le monibanze (ministre des finances); le monibele (messager d'État); le soldat-roi (généralissime de l’armée et grand exécuteur).
Dans les autres États, le second personnage est le manbouc, l'héritier présomptif du trône. Après lui vient le macage, premier ministre, dont lautorité est limitée par celle du manbouc et des princes-nés; puis le mafouc, le maquimbe, le monibèle, et le grand capilaine, dont les fonctions sont les mêmes que celles du soldat-roi de Loango; enfin les gouverneurs et les suzerains.
Abstraction faite des charges, les rangs de la société se suivent ainsi : le roi et sa famille, les princes-nés, les maris des princesses, les suzerains, les courtiers, les marchands d'esclaves, les clients. Les suzerains sont de riches propriétaires, serfs du roi el princes-nés, quoique non attachés à la glèbe. Les courtiers sont les individus qui reçoivent des marchands les captifs, qu’ils transmettent aux Européens; la distinction avec laquelle ceux-ci les traitent, les font considérer de leurs compatriotes. Les clients sont obligés de servir et défendre leur maître, qui, de son côté, les loge, les habille et les protége.
Bien que le roi soit juge suprême, il est rare qu’une plainte lui parvienne. Les seigneurs des plaignants et des prévenus sont les premiers juges, et rendent la justice avec empressement, Il faut, selon les circonstances, la décision du mafouc, du maquimbe, du gouverneur, ou le concours de tous les magistrats. L’audience est publique; si l'affaire n’est pas criminelle, les spectateurs n’ont point d'armes; ils se rangent en cercle autour d’un tapis, sur lequel on dépose, aux frais des parties, des flacons d'eaude-vie en nombre proportionné à celui des assistants. IL n’y a pas d’affaires sans eaude-vie ; tout le monde peut pérorer, et chaque plaidoyer est accompagné de libations et de chansons. On achève de vider les flacons après le prononcé de la sentence.
Il n'y a pas de lois écrites ; l'usage et la tradition en tiennent lieu, Si le coupable a volé, il faut qu’il paye; s’il a fait des dettes jusqu’à concurrence de la valeur d’un esclave, il le devient lui-même à défaut de payement; s’il a commis un adultère, l'époux outragé a droit à la valeur d’un esclave; s’il a blessé au sang, il doit un esclave; s’il a vendu un esclave sur lequel il n’avait aucun droit, ou commis un homicide, il est mis en pièces sur-le-champ, et son corps est abandonné aux oiseaux, L’esclavage étant commun, il y a égalité de droit entre les hommes. Cependant les princes-nés ne sont
pas vendables, et les suzerains condamnés peuvent livrer à leur place un de leurs mainmortables.
Quand la culpabilité du prévenu paraît contestable, on le soumet aux épreuves du poison ou du feu. Une coutume bizarre consiste à faire prendreaux deux parties l'infusion d’une racine nommée imbondo ; cette boisson a deux effets; elle fait évacuer et uriner, ou elle agit sur la tête comme un poison narcolique. Le peuple attend lequel de ces effets aura lieu; celui qui rend promptement le breuvage est proclamé vainqueur ; l’autre est impitoyablement massacré,
La polygamie la plus effrénée règne au Congo, et toute l'influence de la religion chrétienne n’a pu que prohiber les unions incestueuses. L'intelligence du Congue ne va pas jusqu’à comprendre la sainteté du mariage, l'affection mutuelle des époux, et les jouissances d’un ménage bien uni; il n’éprouve aucun attachement pour ses enfants, qu'il verra vendre avec la plus complète indifférence. L'ivrognerie, une musique bruyante, des danses grossières, le sommeil : tels sont les plaisirs qu’il affectionne. Les hommes riches donnent quelquefois un vingaré (sorte de diner public) où tout un village s’enivre du melaffo ou yin de palmier qui coule à flots.
Au nombre des usages étranges du Congo, nous devons faire remarquer celui qui oblige les hommes à se mettre au lit lorsque leurs femmes viennent d’accoucher; ainsi placé, il reçoit les félicitations de ses amis, car ici les femmes ne sont que des esclaves, et la naissance d’un enfant élant regardé comme un événement heureux, c'est au maitre que les compliments doivent être adressés.
La langue des Congues passe pour une des plus belles de l'univers.
Le costume de ces peuples offre diverses singularités; les princes et les seigneurs du Congo, de Batta, de Sogno tiennent à honneur de se coiffer d’un bonnet blanc; ceux de Lubola attachent des sonnettes à leur ceinture, Dans le royaume de Mattemba, on conserve en général l'usage de se faire des incisions dans la peau,
Les hommes du peuple ne portent qu’une espèce de Lablier d’une étoffe grossière ; leurs femmes et les esclaves ne sont couvertes que d’une espèce de jupe, et ont le haut du corps entièrement nu.
Les femmes d’un rang distingué ont trois de ces Labliers, chacun de longueur différente, ornés de franges; celui de dessous leur descend jusqu'aux pieds; elles ont aussi une espèce de corset qui leur vient jusqu’à la ceinture, et ont pour coiffure un bonnet pareil à celui des hommes et dont la forme se rapproche de nos casquettes rondes à plis. Les femmes de condition moyenne s’habillent de même, excepté que les étoffes sont plus communes, et qu’elles n’ont qu’un tablier. La plupart des grands ont adopté l'habillement portugais ; mais les dames ne portent point le manteau.
Les soldats du Congo ont pour coiffure un bonnet garni de plumes d’autruche, de paon, de coq, etc.; ils sont nus de la ceinture en haut, et ont des chaines de fer avec des anneaux de la grosseur du petit doigt qui leur tombent du cou sur les flancs. Ils portent des caleçons de toile ou de tafetas, et par-dessus une pièce d’étoffe qui descend sur les talons et dont ils relèvent les bouts dans la ceinture; celle-ci, d’un travail délicat, est garnie de sonnettes. Leur chaussure se compose de bottes à la portugaise. Leurs armes sont un mélange ridicule d’ares, de sabres de bois dur et de quelques mousquetons. Ils empoisonnent leurs flèches, et leurs haches, arrondies en forme de faux, seraient redoutables si elles étaient conduites par un bras nerveux. Il y en a qui se couvrent d’un bouclier où de peaux d'animaux; d’autres cherchent à se donner un aspect terrible en chargeant leur corps de peintures de serpents et d’autres animaux dangereux.
Les soldats de Loango se peignent le corps en rouge pour marcher aux combats.
Les troupes du Congo sont divisées en plusieurs corps, portent leurs étendards déployés, et combattent ordinairement à pied; elles exécutent leurs évolutions suivant les divers sons qu’elles entendent et qui sont produits par trois instruments : le premier est une espèce de timballe dont la caisse de bois est recouverte d’un cuir sur lequel on frappe avec de pelits maillets d'ivoire; le second a la forme d’une pyramide renversée, et forme par le bas un triangle qui va en s’élargissant par le haut; il se compose de plaques de fer minces jointes ensemble, sur lesquelles on frappe avec des baguettes de bois; le troisième est fait avec des dents d’éléphant de dimensions différentes; elles sont percées dans leur longueur, et on en tire des sons en soufilant dans un trou qui se trouve sur le côté.
Des diverses tribus sauvages qui occupent les confins du Congo, il n’y a que les Anziquois qui puissent nous arrêter.
Les Anzrquois sont loyaux, courageux, agiles, intrépides, mais d’une barbarie si révoltante, qu’ils vendent publiquement la chair humaine dans les marchés. Quelquefois les naturels, dégoûtés de la vie, dit-on, ou égarés par un faux point d'honneur, s'offrent eux-mêmes à la boucherie. Les parents et les fils même se dévorent les uns les autres. Cette assertion est combattue par M. de Grandpré, qui nie même que l’anthropophagie existe en Afrique. Il soutient ainsi son opinion : « Si le voyage de Mungo-Park dans des pays où le mahométisme a pénétré, ne détruit pas sans réplique l’imputation faite aux Africains d’être cannibales, que pourrait-on répondre au témoignage de Levaillant, dont les pas se sont dirigés vers des peuples entièrement sauvages, absolument étrangers à toute espèce de civilisation, et parmi lesquels il n’a rien trouvé qui püt justifier une accusation aussi injuste? Je puis, de mon côté, certifier qu'il est faux que les noirs Congues mangent de la chair humaine: ces peuples sont doux, timides et paresseux ; ils ont en général horreur de verser le sang, et celui d’entre eux qui blesse un autre au sang, est condamné à donner un esclave ou la valeur en marchandises, et si l’agresseur n'en a pas le moyen, il est pris lui-même et vendu. » |
Les grands portent un bonnet de velours ou de soie bleu, rouge ou noir, des robes de soie ou des habits de drap. Les femmes sont vêtues de la têle aux pieds. Tous vont pieds nus, à l'exception des gens de distinction; les individus de basse classe ont la partie supérieure du corps nue et les cheveux nattés.
CIMBEBASIE:.
Cette contrée de la côte occidentale de l'Afrique a environ 275 lieues de longueur. Elle s'étend depuisle cap Frio jusqu'aux îles des Oiseaux, sur les limites de la Hottentotie. Elle est habitée par les CimBepas et les Maxosses ou Macasses, peuples sur lesquels on a peu ou point de renseignements.
1 Notre marche géographique exige que nous placions ici la Cimbebasie.