HOTTENTOTE
HOTTENTOTIE.
Cette région tire son nom du peuple qui l’habite; elle est située entre 25° et 32 de latitude sud, et entre 15° et 25° de longitude est.
Les Hottentots sont aborigènes de l'Afrique méridionale : ils en ont occupé toute l'extrémité, car les noms des cours d’eau et des montagnes de la Cafrerie propre, tirés de leur langue, prouvent assez qu'ils ont été chassés É ce pays et refoulés à l’ouest, comme ils l'ont été successivement au nord par les Européens depuis le milieu du xvire siècle. Ils se divisent en nations, qui présentent quelques légères différences quant au physique, mais de plus grandes dans le caractère et la manière de vivre. Ce sont : au nord, les Damaras et leurs voisins méridionaux les Kabobiquas; à l’ouest, les Namaquas, séparés en grands et petits par le fleuve Orange; au centre et voisins des Karamankeys, situés à l’est, les Koranas : ces deux divisions se trouvent entre l'Orange et la Kouroumana, son affluent. Au sud des Karamankeys, entre les deux branches de l'Orange et les limites de la Cafrerie, vivent les Gonaquas, et au sud-est de ceux-ci, sur la limite de la colonie anglaise, les Bosjesmans ou Houzouanas, et enfin l’ensemble des tribus qui retiennent le nom de Hottentots, et qui habitent au sud de l'Orange, entre les Bosjesmans et les Namaquas, et occupent encore la plus grande partie du gouvernement du cap de Bonne-Espérance. Ces tribus sont plus ou moins soumises aux Anglais, et c’est d’après elles qu'on a pu donner quelques détails sur les MŒUTS , Les coutumes, etc., de ces peuples.
Les Hottentotssont de couleur brun foncé ou jaune brun ; maiscettenuancen'’atteintpas le blanc des yeux qui reste pur ; ils ont la tête, le visage fort large d’en haut et finissant en pointe ; les pommettes des joues très-proéminentes, les yeux en dedans, le nez plat, les lèvres épaisses, les dents très-blanches, la main et le pied petits en comparaison du reste du corps; ils sont bien faits, d’une taille grande et droite; leurs cheveux, de couleur noire, sont frisés ou laineux, et ils n’ont presque pas de barbe. Les femmes ont réellement la difformité connue sous le nom de tablier, et que la décence nous empêche de décrire.
Le Hottentot sauvage erre en chantant et en dansant au milieu des troupeaux qui
forment toute sa richesse; il est couvert d’une peau de mouton, de gazelle ou de lion; inondé de graisse mêlée d’une couleur noire ou rouge, el armé d’une courte massue. Un usage bizarre parmi ces peuples, c’est la cérémonie par laquelle un jongleur ou magicien sanctifie l'union des nouveaux époux en les aspergeant d’une eau chaude et malpropre; elle sert encore à initier à la qualité d'homme fait, l'adolescent qui atteint sa dix-huitième année. Le tempérament de ces individus leur fait repousser la polygamie ; ils ont en horreur l'inceste et l’adultère, et la veuve qui veut se remarier doit perdre une phalange d’un doigt. On ne leur connaît aucune idée de la Divinité; cependant ils considèrent une espèce de mante (mantis fousta) comme un animal sacré, et se livrent à diverses opérations de sorcellerie.
La langue de toutes les tribus hottentotes est une, y compris celle des Bosjesmans,
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quoique celle-ci présente quelques différences avec l’idiome des autres tribus. Toutefois, nous devons ajouter que les tribus sauvages changent continuellement leur idiome, chaque nouveau chef voulant introduire quelques locutions nouvelles. Il en résulte une multiplicité de dialectes qui déroute toutes les observations.
Les Damaras sont réunis en communautés plus nombreuses que les Koranas et les Namaquas, et gouvernés par des chefs héréditaires; ils pratiquent la circoncision et habitent des villages; car, bien qu'ils sachent exploiter les mines de cuivre, ils sont trop misérables et trop grossiers pour bâtir des villes.
Les NAMAQUAS, disce en GRANDS et PETITS NAMAQUAS, sont un peuple pasteur chez lequel on retrouve les traits caractéristiques des Koranas. Leur naturel est doux, apathique et peu entreprenant. Les grands Namaquas vivent sous l'autorité patriareale du missionnaire Anderson.
Les KaBoBiQuas et les GEISSIQUAS paraissent être des branches de Namaquas.
Les Koranas où KORA-HOTTENTOTS se divisent en un grand nombre de clans indépendants ou de kraals, dont chacun est gouverné par un chef ou capitaine qui est ordinairement l'individu le plus riche, mais dont l'autorité est à peu près illusoire, puisqu'on ne lui obéit qu'autant que ses ordres ont l'approbation générale. Ils transportent leurs huttes mobiles partout où ils vont s'établir, coutume commune aux Namaquas. Leur habillement est fait de peau de mouton; les femmes y ajoutent un tablier de peau, et les hommes une espèce de poche qui ne satisfait qu "imparfaitement au vœu de la pudeur. Les Koranas sont les plus beaux Hottentots.
Les GonAQuASs ou CHANNAQUAS sont aussi très-beaux comparativement aux races du pays. Comme les Koranas, ils ont l'esprit plus étendu que les autres tribus.
Les BosJEsMANS : paraissent être une branche des Hottentots, séparée anciennement. ils se trouvent incontestablement placés au dernier point de dégradation où puisse descendre l'espèce humaine : un regard incertain, farouche et sinistre; des traits confus, mous et insidieux; un embarras visible dans toute leur manière d’être et d'agir, annoncent, à la première vue, la dépravation de leur âme. Leur excessive maigreur fait singulièrement ressortir dans leur visage les caractères propres à la race hottextte: La couleur naturelle jaunâtre de leur peau n’est reconnaissable qu’audessous des yeux, où les larmes, provoquées par la fumée du feu autour duquel ils aiment à se blottir, enlèvent quelquefois l’enduit épais de cendre et de suif qui recouvre entièrement leur corps. Cependant, comparés à leurs femmes, les hommes peuvent passer pour beaux; celles-ci font vraiment horreur. Des seins flasques, allongés et pendants, un dos creux, rentrant et décharnécommelereste du corps, en contraste avec la partie inférieure qui est gonflée, très-éminente, et où, de même que chez les brebis d'Afrique, toute la graisse paraît s'être concentrée; tel est le portrait de la femme bosjesmane. La piqüre du scorpion, fort dangereuse dans cé pays pour tous les autres individus, n'a aucun effet sur ces sauvages. La plupart du temps, munis d’un arc, d’un carquois rempli de flèches, d’un bonnet et d’un ceinturon, d’une toison de mouton, de sandales de cuir, d’une calébasse ou de la coque d’un œuf d’autruche pour contenir l’eau, de deux ou trois nattes d'herbe, qui, étendues sur des bâtons, forment leur tente, accompagnés quelquefois de chiens barbets, ces indigènes infortunés traînent la plus déplorable existence, en rôdant seuls ou par petites bandes dans les arides déserts qui bordent au nord la colonie. Ils vivent ordinairement de baies, de racines, de larves, de sauterelles, d'œufs de fourmis, de crapauds, de souris, de lézards, et du rebut de la chasse des colons.
1 On les appelle aussi Boschismans et Quzonanas ; les Koranas les appellent Saabs.
MOEURS, USAGES ET COSTUMES. ail
Tantôt lens et brigands, tantôt mendiants, toujours cruels et lâäches, sans demeure fixe, sans forme sociale, sans gouvernement, sans aucune espèce d'intérêt commun, vivant au jour le jour, ils ont fait jusqu'ici échouer toutes les tentatives faites pour adoucir leurs mœurs brutales; aussi la haine des peuples voisins s’appesantissait-elle sur eux bien longtemps avant l’arrivée des Européens dans leur pays; ceux-ci, au lieu de leur donner la chasse, comme on l’a supposé gratuitement, accueillent au contraire ceux d’entre les Bosjesmans qui circulent près des frontières de la colonie, et leur font souvent des largesses en bestiaux, volaille, tabac, corail, eau-de-vie, boutons, etc., pour les engager à la paix. Dans les derniers temps, plusieurs colons septentrionaux s'étaient cotisés pour distribuer à une troupe de ces naturels, seize cents brebis et trente pièces de gros bétail; peu de temps après, il n’en restait plus aucune trace, grâce au concours des hordes éloignées, accourues pour partager le festin, et qui ne désemparèrent que lorsque tout fut consommé. Les Cafres et même les Hottentots les plus civilisés leur font sans relâche une guerre à mort; la vue seule d’un Bosjesman les met en fureur. Un Cafre député d’une petite horde de sà nation se trouvant, en 4804, au Cap, reconnut, dans l'hôtel du gouvernement, parmi les autres domestiques, un Bosjesman âgé d'environ onze ans; soudain il s’élança sur lui pour le percer d’un coup de hassagaie, et l’on eut toutes les peines du monde pour l’empêcher d'accomplir son dessein. Les Bosjesmans sont les seuls peuples de l'Afrique qui se servent de flèches empoisonnées; c’est avec cette arme qu'ils guettent le passage des karrous, en se cachant derrière les roches ferrugineuses, d'avec lesquelles on les distingue fort difficilement. Bien souvent, après avoir reçu le tribut qu’on est forcé de leur accorder, ils viennent la nuit, fondent sur les habitations dont ils ont reconnu les approches, enlèvent lout le bétail et se sauvent avec la plus grande rapidité dans leurs inaccessibles montagnes. S'il leur arrive d’être atteints dans la fuite, ils ne lâchent leur butin qu'après avoir tué ou du moins estropié tous les bestiaux volés; quelquefois même, ils se contentent de massacrer tout ce qui se trouve dans le parc, bœufs, moutons, chevaux, chiens, et jusqu’au berger, sans en tirer le moindre profit. Semblables à l'hyène, l'odeur des cadavres et la vue du sang leur procurent d’agréables émotions.
La Coconie pu Cap renferme une population de 64,000 blancs ou de nègres libres,
32,000 Hottentots et 36,000 esclaves. Aujourd’hui celte colonie est divisée en sept districts. La partie méridionale du district de STELLENBOSCH a conservé le nom de Hollande hottentote.
Nous ne pouvons terminer la description de la Hottentotie sans parler des colons de la Vie pu Car. Fondée en 1652 par Van Riebeck, elle fut d'abord peuplée de mauvais sujets exilés de Hollande, de soldats libérés du service, de matelots qui, ayant amassé quelque argent à Batavia, avaient pu rompre leur engagement. À l’époque de la révocation de l’édit de Nantes, un grand nombre d’infortunés Français qu'une marûtre repoussait de son sein, trouvèrent l'hospitalité en Hollande; beaucoup d’entre eux allèrent s'établir au Cap et peuplèrent un petit canton qui fut nommé le Coin Français, et que leurs descendants habitent encore; ils n’ont conservé que les noms français défigurés, ont presque oublié leur langue, et ont adopté les usages des Hollandais. L'éducation de ceux-ci est très-négligée ; les jeunes gens parlent assez bien le français et l'anglais, mais là paraît se borner leur instruction. Quoiqu'ils excellent dans les arts d'exercice, les trois quarts de leur vie se passent à fumer; ils boivent continuellement du thé, du café et du genièvre. Un voyageur, M. Collin, parle ainsi des habitants du Cap :
« Les femmes, jusqu’à l’âge de vingt à vingt-cinq ans, restent charmantes : des yeux bleus, des cheveux d’un châtain sn un leint de rose, et leur extrème propreté, voilà
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des charmes qui font oublier leur mise peu élégante : après cet âge, elles perdent ordinairement leur légèreté; un embonpoint épais remplace la finesse de leur taille, elles deviennent alors très-dignes de leur mari, dont le flegme, l'air gauche et la démarche lourde, contrastaient auparavant avec leur délicatesse. On trouve au Cap des femmes qui, sous des dehors de simplicité, sont très-aimables et très-instruites. Parny, qui a peint les mœurs du Cap dans de jolis vers, dit dans une note : « Vous êtes accueilli avec un air d'intelligence et d'amitié qui, parmi nous, signifierait beaucoup. Vos yeux peuvent s'expliquer en toute assurance, on leur répond sur le même ton. » Ces observations étaient très-justes dans le temps où Parny écrivait (1773). Même à une époque plus rapprochée, les demoiselles avaient des airs fort libres; un baiser était compté pour rien : on le prenait en jouant, en jouant on vous le rendait, lors même que le père et la mère se trouvaient présents; ces bonnes gens riaient de tout leur cœur. Ils altachaient peu d'importance à ces libertés qui, chez les Français, semblent attaquer l'honneur et la verlu : même un étranger arrivé de la veille pouvait aller le lendemain se promener avec la demoiselle de la maison où il logeait. Elle avait soin de lui faire remarquer les belles ailées du jardin de la compagnie, et surtout l'allée couverte; ils y allaient même ensemble, ils pouvaient s’y trouver seuls, s'asseoir l’un près de l’autre, rire, folâtrer, et ressortir encore animés de leurs jeux, sans que personne ait eu l’idée d'une réflexion maligne. Aujourd’hui cette simplicité de mœurs est un peu altérée; les filles sont plus réservées, ei les mères les veillent de plus près, el cependant les aventures fâcheuses sont beaucoup plus fréquentes qu’autrefois. » |
M. Coliin ajoute que le séjour des Anglais au Cap y a apporté de grands changements el lui fera perdre peu à peu le caractère d’une contrée hollandaise.
Celle colonie est susceptible de beaucoup d’accroissement, et, en temps de guerre, la Ville du Cap est le centre d’une station maritime qui commande la navigation des Indes orientales par son union avec les îles Sainte-Hélène el Mauritius.