‹ Murs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents; (volume 5)Chapitre 11 sur 89 · NUBIE · texte numérisé non relu

NUBIE

Cette partie de l'Afrique est située entre 9° et 24° de latitude nord, et entre 26° et 57° de longitude est. Ses bornes sont : au nord l'Égypte, à l'est le golfe Arabique, au sud-est l' Abyssin ie, au sud-ouest la Nigritie, et à l'ouest cette même contrée et le Sahara. Elle a environ 350 lieues du nord au sud, 170 lieues de largeur moyenne, et 60,000 lieues carrées.

Le caractère principal de la géographie de ce pays est le Nil qui, dans la partie méridionale, y est formé par la réunion du Bahr-el-Abiad avec le Bahr-el-Arrak, que grossissent le Tournât, le Dender et le Bahad. Ce fleuve reçoit vers le milieu de la contrée le Tacazzé ou Atharah. La vallée du Nil constitue la Nubie proprement dite; le sol y est fertile; les maisons, les villages y sont en grand nombre, et c'est là que la population s'est concentrée. Hors de la vallée, dans les parties moyenne et septentrionale, presque tout est désert et stérile.

Dans l'été, le climat est d'une excessive chaleur, mais les nuits sont très-fraîches au-dessous du confluent du Tacazzé dans la vallée même du Nil (par 17° 40' de latitude nord) il ne pleut jamais, tandis qu'au sud de ce point les pluies tombent chaque année, à partir du mois de juillet, et ont lieu à des époques indéterminées dans les parties montagneuses de l'est. Le khamaya 1 commence à souffler en Nubie vers la fin d'avril, et règne à peu près jusqu'à l'équinoxe d'été. Périodiquement inondée par les eaux de ce fleuvre, la rive droite du Nil offre une plus grande fertilité que la rive gauche.

En général l'agriculture est assez soignée. Les principales productions de ce pays sont le dourah, le maïs, le dokhoum, l'orge, les lentilles, lupins, haricots, melons d'eau, tabac et coton; on cultive la vigne vers Deyr, les palmiers sont communs, les dattes d'ibrym et du Sokkot sont renommées. Dans la Nubie méridionale, il croît surtout un grand nombre d'arbres qui donnent la gomme arabique. Les animaux domestiques, tels que le cheval, qui est très-estimé, le dromadaire et l'âne, servent de montures; le bœuf et le buffle sont employés aux transports ainsi qu'à l'arrosement des terres; on rencontre dans les forêts et les déserts des sangliers, des éléphants, des tigres, des panthères, des rhinocéros, des girafes, des hyènes, des renards, des chats sauvages, des gazelles, quantité de singes et d'autruches, ainsi que de gros serpents et autres reptiles qui ne sont pas venimeux; le bouquetin existe dans les montagnes à l'est, et le lièvre en assez grand nombre dans les lieux couverts. Partout on voit des perdrix, des oies sauvages, des vanneaux, des cigognes, des corneilles. Les crocodiles et les hippopotames abondent dans le Nil et sur ses bords. La pêche dans le fleuve est

1 Vent pernicieux qui entraîne une grande quantité de sable, et qui est accompagné de tonnerre et d éclairs.

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peu active, si ce n'est vers Deyr. Il y a des mines d'or à l'est, dans le mont Elbéh; des mines d'alun à l'ouest, dans le désert de Nubie, et du sel gemme dans les montagnes de l'est.

Le sol de cette terre est couvert de magnifiques restes d'antiquités qui peuvent soutenir la comparaison avec les plus beaux monuments de la Grèce antique, et qui diffèrent de ceux des Égyptiens en ce qu'ils sont ou sous terre ou creusés dans le roc vif. Un des plus remarquables de ces débris est le temple d'Ebsamboul, taillé dans le roc vif, sur les bords du Nil, et parfaitement conservé.

Circonscrite dans ses limites, la Nubie correspond à VJElhiopiâ supra JEgyptum des anciens, région sur laquelle se répandent quelques rayons épars de l'histoire ancienne, et que font connaître les récits d'Hérodote, les recherches de Strabon, les voyages d'Artémidore et d'Agatarchide, par les inscriptions d'Adulis, monuments des expéditions d'un Plolémée, ou plutôt d'un roi d'Abyssinie, et par l'érudition de Pline le naturaliste.

La Nubie est peu peuplée eu égard à son étendue. Nous jetterons un coup d'œil sur les différents peuples qui l'habitent.

Ce pays est divisé en un grand nombre de petits États, dont chacun est gouverné par un chef indépendant et absolu qui prend ordinairement le titre de malek.

Le principal commerce est celui des esclaves qu'on importe du centre de l'Afrique au nombre d'environ 5,000 par an. On exporte en Égypte beaucoup de dattes, de la gomme et des plumes d'autruche. Le seul port remarquable de la Nubie est celui de Souakem. Le moud, petite mesure de dourah, est le terme de comparaison le plus fréquemment employé dans les échanges du commerce. On ne connaît guère d'autre monnaie que les dollars, les piastres et les paras.

Les Barabras ou Kenous. — Les Barabras sont maigres, grêles, et n'ont que des nerfs, des muscles et des tendons plus élastiques que forts; leur peau luisante offre une teinte bronzée; leurs sourcils surbaissés laissent étinceler des yeux profonds. Ils ont la bouche évasée sans que leurs lèvres soient grosses, les narines larges, le nez pointu, les cheveux et la barbe rares et par petits flocons. Toujours agiles, on ne saurait deviner leur âge, malgré leurs rides précoces, si ce n'est par la blancheur de leur barbe. Leur physionomie respire la gaieté; leur caractère est vif et bon. En Egypte, on les emploie généralement à garder les magasins ou les chantiers de bois. Leurs gains sont minimes, mais leurs besoins sont modérés; ils se nourrissent de peu, et gardent à leurs maîtres de l'attachement et de la fidélité.

Leurs vêtements consistent en une pièce de laine bleue ou blanche, retenue sur les reins et passant entre les jambes, et à laquelle ils ajoutent parfois une chemise de toile. Il en est qui portent les cheveux courts et bouclés; les autres les réunissent en tresses, comme on représente leurs ancêtres dans les monuments de l'antiquité; ces tresses formant plusieurs petits chignons, sont rassemblées sur le sommet de la tête, et retenues par une broche en bois assez longue. Leur costume est complété par une espèce de bracelet, attaché près de l'épaule au bras gauche, et dans lequel ils placent un petit couteau courbé. On les dit sobres, laborieux, d'un tempérament sec et peu sujets aux maladies. Ils considèrent comme un remède souverain contre presque tous les maux, la brûlure à l'aide d'un fer rouge. Ces peuples élèvent des bœufs, des moutons, et particulièrement des chèvres très-communes dans leur pays. Leur récolte se compose de dourah, d'orge, de tabac, de coton, de dattes, de bois d'acacia et de sycomore. Ils vont vendre, quelquefois jusqu'au Caire, ces denrées qu'ils transportent, à l'époque de la crue du Nil, sur de grands radeaux qu'ils construisent eux-mêmes.

Leurs femmes sont loin d'être belles. Elles portent une chemise de toile blanche ou

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bleue, ouverte des deux côtés, fermée par devant, et flottant sur un pantalon de même étoffe. Souvent elles s'enveloppent dans un manteau court dont elles se couvrent la tête.

Les Barabras ou Kenous habitent à l'occident du Nil et vivent dans un état d'indépendance presque complète.

Les Ababdèhs. — Ces naturels occupent les déserts situés à l'orient du Nil, depuis la vallée de Koséir en Égypte, jusque fort avant dans la Nubie. Ils diffèrent entièrement par leurs coutumes, leur costume et leur langage, des Arabes que l'on rencontre en Égypte. Les Ababdèhs sont presque noirs, mais la conformation de leur lête est celle des Européens; ils ont les cheveux longs et la tête toujours découverte; la graisse de mouton leur sert à oindre leur corps, et surtout leur lête, d'un enduit assez épais. Leur religion est le mahométisme, mais ils témoignent plutôt de la tiédeur que de l'amour pour leur croyance. Ils enterrent leurs morts en les couvrant de pierres. Leurs amusements guerriers sont animés par une musique moins triste et moins monotone que celle des Égyptiens. Le même homme cultive la poésie et la musique : il chante en s'accompagnant d'un instrument qui ressemble à la mandoline. Ils ne font point usage d'armes à feu, et ne se servent que rarement de chevaux. Ils élèvent une espèce de chameaux qu'ils appellent aguina, et qui est plus petite, plus svelte et plus prompte que l'espèce ordinaire. Leurs ennemis habituels sont les Arabes qui, comme eux, habitent à l'orient du Nil, mais au nord de la vallée de Koséir jusqu'à l'isthme de Suez.

Leurs femmes portent une petite jupe attachée sur les hanches, et qui ne descend que jusqu'au milieu des cuisses. Elles se parent de colliers ; mais l'ornement par excellence est, pour elles, un tatouage élégant qu'elles dessinent sur les bras et sur la partie antérieure du corps.

Habitants du Dongolah. — Le Dongolah fut, vers le milieu du dernier siècle, ruiné par les Chaijhjéhs, ce qui obligea les habitants à s'expatrier; c'est pour cela que la population est si faible et la culture si négligée. Dès qu'on entre dans cette province on découvre des myriades de ces insectes auxquels on a donné, dans ce pays, le nom de gourda, et que nous appelons vulgairement fourmis blanches; c'est une espèce du genre termès. Ils détruisent tout : grains, papier, linge, et jusqu'au bois qu'ils piquent et rongent en peu de temps. Les habitants sont forcés d'élever sur des pieux, des planchers qui servent à recevoir les provisions, pour les soustraire aux ravages de ces insectes dont les phalanges innombrables, aux attaques desquelles il est difficile de se soustraire dès que descend la nuit, instant où ils quittent leurs retraites, sont un véritable fléau pour ce pays déjà si pauvre.

Les hommes se distinguent par une chevelure épaisse et touffue, et par leur costume qui se compose d'une longue chemise ou robe à manches, et d'un long collier qui descend sur la poitrine. Ils n'ont habituellement pour armes qu'une lance. Ils sont apathiques, malingres, fainéants, et ne cultivent la terre qu'autant que leurs besoins les plus impérieux les y contraignent.

L'unique vêtement des femmes est un morceau de toile dont une extrémité est portée en trousse à la ceinture, tandis que le reste se drape sur les épaules ou autour du corps.

« Quelquefois, surtout dans leur ménage, elles suppriment cette dernière partie de leur ajustement. Celles qui sont aisées ont des bracelets d'argent ou d'ivoire, souvent même en cuir garni de quelques boutons d'argent ou d'étain : elles portent quelquefois des ornements de la même forme au bas des jambes. Leur cou et leur chevelure sont aussi parés d'ouvrages en verroterie et de petites plaques d'argent. Les femmes pauvres

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se contentent de bracelets de bois ou de verre. îl est du bon ton, pour les premières, d'avoir les ongles longs et teints en rouge. Des sandales en cuir, comme celles des anciens, sont la chaussure des habitants des deux sexes : leur nourriture ne diffère pas de celle des autres Arabes. »

M. Ruppel nous apprend que la démoralisation est telle dans le Dongolah qu'en général les femmes se prostituent pour de l'argent. Le maître partage le prix de la prostitution de ses esclaves.

Les Chaykyéhs. — En entrant dans la province de Chaykyéh , on est frappé d'un aspect bien différent de celui que présente le Dongolah : les champs bien cultivés prouvent l'industrie et l'activité des habitants.

La tradition rapporte que celte province était, vers le milieu du xiii0 siècle, une république gouvernée par trois chefs principaux qui avaient sous leurs ordres trois autres chefs chargés du commandement des troupes. Trop considérable pour l'étendue de terres en culture, la population conserva des habitudes guerrières; ce qui fait que la plupart des Chaykyéhs sont presque constamment armés de leur lance. Ils sont de taille moyenne, plus robustes que les Barabras, et pleins de bravoure et de fierté. Leurarme défensive est un bouclier long et étroit en peau de crocodile ou d'hippopotame. Avant qu'ils se fussent soumis au pacha d'Egypte, ces peuples exerçaient leurs brigandages sur les caravanes qui traversaient leurs parages. Leur territoire, qui n'a pas une lieue de largeur, en a trente de longueur, et ils peuvent mettre sur pied environ 600 hommes.

Leur habillement se compose d'une sorte de jupon qui descend jusqu'aux genoux, et d'une longue pièce d'étoffe jetée sur leurs épaules; leurs cheveux, tressés à la manière des anciens Nubiens, sont rabattus sur le col et le front en une infinité de petites nattes.

Les femmes ne démentent pas l'ardeur belliqueuse des Chaykyéhs : en d812, elles provoquèrent les mameluks, se mesurèrent avec eux, et les vainquirent parfois. En général, on les dit jolies, mais elles ont la réputation d'être fort dépravées. Leur vêtement principal consiste en une simple pièce de toile drapée autour du corps.

Habitants du Barbar ou Berber. — Le pays de Barbar a environ 20 lieues de longueur; la plus grande partie de son étendue est en plaines dont les deux tiers environ renferment des cultures de dourah, de cotonniers et autres productions. L'arbre le plus répandu est l'acacia; mais on y voit aussi quelques palmiers. L'atmosphère y est pure. Le chameau, le bœuf à bosse et le cheval y sont assez nombreux. Les chevaux renommés du Dongolah se tirent en général du Chaykyéh et du Barbar.

Les habitants des deux sexes sont de taille élevée et bien prise; mais ils ont les jambes trop minces. Les hommes ont habituellement des cheveux courts, frisés et formant une huppe sur le devant de la tête. Ils sont armés et vêtus comme les Chaykyéhs.

Les femmes réunissent leur chevelure en tresses comme les Barabras; dans leur maison, elles n'ont qu'une toile d'un seul lé roulée autour de la ceinture et dont les extrémités descendent un peu au-dessous du genou; mais lorsqu'elles vont dehors, elles se drapent dans cette pièce de toile. Le seul vêtement des jeunes filles est une trousse en lanières.

« Le divorce, dit Cailliaud, est une institution en vigueur chez les Barbars. Toutefois, si un homme, après avoir répudié sa femme et s'être marié à une autre, s'en repent et témoigne le désir de reprendre sa première femme, il le peut, pourvu que celle-ci y consente; un délai de quelques jours est réservé pour procéder aux formalités du second divorce : mais durant cet intervalle, la coutume autorise l'épouse rentrée en faveur à se choisir, par forme de représailles, un mari provisoire, avec lequel elle

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habile jusqu'au jour indiqué pour sa réunion avec celui qui l'avait délaissée. Il n'est point rare de voir des femmes, dans celte position, user, dans l'intérêt de leur sexe, de 3a prérogative que la loi leur accorde. Bien plus, si le mari par intérim paraît à une femme mériter la préférence sur l'homme dont elle a déjà éprouvé l'humeur inconstante, libre à elle d'opter; et de deux compagnes, l'époux volage se trouve n'en avoir aucune. »

Le goût du commerce et des spéculations qui y ont rapport a été répandu dans la province de Barbar par les caravanes qui la parcourent assez souvent, ce qui contribue à donner plus de valeur aux productions agricoles et manufacturières du pays. Aussi les Barbars font-ils de fréquents voyages en Egypte, où ils exportent les marchandises qu'ils reçoivent des caravanes, en échange de leurs toiles et de leurs autres produits, principalement le dourah. C'est de là, sans doute, que vient l'air d'aisance qu'on remarque dans le pays où l'on compte plusieurs personnages fort riches.

En général, les villages ne méritent pas une description; mais celui d'el-Mekheyr, situé sur la rive droite et à trois cents pas du Nil, est regardé comme la capitale du Barbar; son étendue est d'à peu près un quart de lieue. F. Cailliaud, dans son Voyage à Méroé et au fleuve Blanc, en parle ainsi :

« Les maisons y sont sur trois lignes, séparées par deux larges rues; elles sont en (erre crue et n'ont en général qu'un rez-de-chaussée. Quelques-unes seulement, en partie isolées les unes des autres et éparses sans ordre et sans alignement, ont trois ou quatre pièces et sont surmontées le plus souvent de terrasses avec des conduits pour l'écoulement des pluies; une cour, enceinte de murs, est destinée aux animaux domestiques, et il y a des espèces de petites étables où, la nuit, on les met à couvert. Une ou deux pièces obscures servent de magasins pour les provisions, les vases à boire et autres ustensiles. Le luxe de la chambre à coucher consiste dans le lit conjugal : il est Irès-élevé et entouré de nattes de paille, quelquefois très-fines et de diverses couleurs. Une pièce est consacrée aux travaux du ménage; elle n'est souvent qu'à moitié couverte : c'est là que sont les pierres pour triturer les grains; le feu se fait contre la muraille; enfin, c'est la cuisine proprement dite. Un grand nombre de maisons ont des portes faites de pièces de bois assemblées avec des lanières, et dans lesquelles il n'entre aucune espèce de ferrure; la serrure même est en bois et fixée de la même manière. »

Peuples du Chendy. — Les indigènes du Chendy ont plus de méchanceté, plus de perfidie que leurs voisins les Barbars, avec lesquels ils offrent d'ailleurs beaucoup de ressemblance sous les rapports physiques et sociaux; leur teint varie du basané noir au basané clair, et leur langue est ordinairement l'arabe. Ce sont des descendants des Arabes de l'Hedjaz, des compatriotes des Chaykyéhs, avec lesquels ils forment la race des Arabes Jahelin.

La ville de Chendy, située sur la rive droite du Nil, à un demi-quart de lieue du fleuve, renferme environ 6,000 à 7,000 habitants, dispersés dans 800 à 900 maisons. Les habitations sont de forme carrée et surmontées d'une terrasse. De petites ouvertures, pratiquées dans le haut des murailles, servent de fenêtres. Les rues sont larges, assez bien alignées; mais le vent y accumule une si grande quantité de sable, que les piétons n'y circulent qu'avec peine.

« Nulle part en Nubie, dit M. Cailliaud, les mœurs ne sont aussi corrompues qu'à Chendy. Les femmes y sont l'objet d'un trafic public dont on stipule hautement les conditions dans les rues et les marchés. Les absences fréquentes que les hommes sont obligés de faire pour leur commerce, la chaleur du climat, la nudité des deux sexes, l'excès des boissons fermentées, tout tend à y entretenir le dérèglement et l'exaltation des sens. Je pourrais, sans craindre d'être taxé d'exagération, évaluer au-dessous du

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quart ies femmes qui conservent quelques sentiments de pudeur : la vertu même des dames d'un certain rang n'est pas, à beaucoup près, exempte de tout reproche. »

Le pays dont Chendy, que l'on regardait alors comme l'entrepôt principal du commerce de la Nubie, et son plus grand marché d'esclaves, était la capitale, se trouvait tributaire du roi de Sennaar, et était gouverné, depuis 235 ans, par une dynastie de princes arabes, lorsque le dernier de ceux-ci, Nimir ou Nemir, se vit, en 1821, dépossédé par Ismayl-Pacha. Voici les détails que nous avons recueillis à ce sujet. Un jour que Nimir s'était permis de faire au chef égyptien, qui avait pénétré dans la Nubie en vainqueur, quelques observations touchant une contribution de 1,000 esclaves, exigée dans les quarante-huit heures par Ïsmayl-Pacha, ce dernier le menaça de le faire rôtir s'il ne se soumettait à son ordre. Exaspéré par cette menace, Nimir jura d'en tirer vengeance. Quoique privé de ses États, il n'avait rien perdu de son crédit sur ses sujets. A son retour de Sennâh, Ismayl, avec quelques-uns de ses partisans, célébrait, dans un banquet nocturne, la joie de rentrer dans son pays ; l'ivresse laplus complète appesantissait ses paupières, lorsque Nimir, qui avait accumulé des matières combustibles autour de la cabane de son ennemi, le fit périr au milieu des flammes. A cette nouvelle, le pacha d'Égypte chargea un de ses généraux du soin de venger la mort de son fils. Cet ordre fut rempli de la manière la plus horrible par le générai Méhémet-Bey; les habitants de Chendy furent brûlés vifs dans leurs maisons; ailleurs il fit massacrer les femmes et les enfants; le pays tout entier fut ravagé par le fer et le feu. Après ces atrocités, le pacha fit peupler Chendy par des familles de Chaykyéhs; mais il est plus facile de soulever l'insurrection que de l'étouffer, et il fallut plusieurs années pour ramener le calme parmi les habitants.

La province d'El-Ayze est peuplée d'Arabes mahométans dont les quatre tribus principales portent les noms de Djemelyes, Hassanyeh's, Hetsenats et Mohamedyehs. Celles-ci habitent la rive orientale, tandis que sur l'autre rive on rencontre les Magdyehs, les Hellahouyehs et quelques autres tribus. Ces peuplades nomades n'ont d'autres habitations que des cabanes de paille. Leur nourriture se compose, en général, de poissons, et leurs mœurs passent pour être douces.

Les Kererats, les Kenaouys, les Kemehabes et principalement les Kababychs, qui habitent le désert de Bahiouda, bornent leurs occupations à la recherche et à l'exploitation du sel gemme.

La partie orientale de l'île Meroé renferme les Choukryehs et les Kaouahleh, ennemis irréconciliables des Djaleyns, dont la tribu est la plus nombreuse. Ces derniers passent pour les plus perfides des Arabes. Parmi leurs coutumes, il en existe une qui permet de racheter le sang versé moyennant une quantité déterminée de tamarin. Ce rachat assoupit, au moins pour un temps, les haines de famille. Ces Djaleyns, hommes robustes et bien constitués, se reconnaissent aisément, dans les marchés de Chendy, au large chapeau de feuilles de palmier qu'ils attachent sous le menton, et à leur barbe épaisse et courte.

La partie connue sous le nom de royaume de Sennaar ou Sennâr, paraît être l'antique Macrobc du temps de Cambyse, laquelle, après ce prince, fut régie par douze reines et dix rois. On rapporte que l'an 1480, une nation nègre, inconnue jusque-là, sortit du Soudan ou des rives du fleuve Blanc, et vint s'étendre sur les terres des Arabes de la Nubie. Ces peuples abdiquèrent le nom de Ckillouks qu'ils portaient, dit-on, chez eux, pour prendre celui de Foungis (vainqueurs), dénomination qu'ils avaient méritée, puisque, arrivés à Arbaguy », une victoire les rendit maîtres du pays. Après leur

1 Cette ville n'offre plus que des ruines.

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établissement en Nubie, ils renoncèrent à l'idolâtrie et embrassèrent l'islamisme. Ils obligèrent les vaincus à leur donner annuellement la moitié de leurs troupeaux. Ce sont eux qui ont bâti la ville de Sennaar, et fondé la monarchie dont le trône, occupé successivement par vingt-neuf rois, fut détruit en 1821 par le fils du pacha d'Egypte.

Les indigènes du Sennaar ont les cheveux crépus, sans ressembler néanmoins à ceux des nègres; ils n'ont pas non plus, comme ces derniers, le nez, les joues et les lèvres saillants; leur physionomie n'est point sans agrément, et leurs traits offrent une certaine régularité. Ce qui frappe en eux, c'est une étonnante diversité de nuances dans le teint et la couleur, ce qui vraisemblablement a pour cause le mélange du sang arabe avec celui des nègres et des Éthiopiens.

Ces peuples se divisent eux-mêmes en six races, qu'ils désignent par les noms suivants : el-asfar (les moins colorés) sont des Arabes venus primitivement du Hedjaz; el-hamar (les rouges) sont originaires du Soudan; et les moins nombreux, ci-Soudan ■ azrak (les bleus) sont les Foungis : leur teint est plutôt cuivré que noir ; el-ahcdar (les verts) ont les cheveux comme ceux des Foungis, mais leurs traits se rapprochent beaucoup plus de ceux des nègres. On donne le nom de el-kat-Fatelolem à une race qui tient de la première et de la quatrième, c'est-à-dire qui sont à demi jaunes et à demi verts; le sang qui domine en eux est celui des Éthiopiens, c'est-à-dire de la race la plus nombreuse dans l'ancienne Égypte. Enfin les Ahbits, Alibd ou Nouba, sont des peu-= plades nègres venues de l'ouest, et qui vivent isolées dans les montagnes du pays de Bertât.

Les hommes sont de haute taille, robustes et bien faits; les femmes sont belles et conservent longtemps leur fraîcheur et leurs charmes. Mais si leur physique est digne de louanges, il n'en est pas de même de leurs mœurs ; les Sennaariens sont fourbes, dépravés, et adonnés à la superstition quoique témoignant fort peu de zèle à l'endroit de la loi mahométane. Ils sont tellement enclins à la débauche et dépourvus de propreté, que les maladies honteuses y font de grands ravages et sont héréditaires dans les familles.

L'habitude de fumer est commune aux deux sexes, mais plus particulièrement aux femmes, qui font preuve d'une soumission servile envers leurs maris. On a observé qu'un des points les plus importants de leur toilette est celui-ci : elles se frottent longtemps de la tête aux pieds avec du beurre ou de la graisse de chameau; puis elles restent environ une heure exposées, sous une grande pièce de toile, à la fumée de copeaux odorants que l'on fait brûler sans flamme... C'est là une manière de se parfumer qui, nous le pensons, serait peu goûtée en Europe.

Le costume des Sennaariens ne diffère presque point de celui des indigènes du Barbar ou du Chendy. De même que les Chaykyéhs, les militaires n'ont pour armes que la lance, le sabre à deux tranchants et le long bouclier en peau de crocodile ou de rhinocéros. On remarque quelques cavaliers qui portent des cottes de maille et une espèce de casque qui, à vrai dire, n'est autre chose qu'une calotte en fer.

Ces peuples se nourrissent principalement de dourah, et leur boisson la plus habituelle est la bulbul et la méryse, espèces de bière qu'on obtient au moyen de la fermentation de la graine du dourah.

Les maisons sennaariennes offrent beaucoup d'analogie avec les ruches; elles consistent en de petites enceintes circulaires faites en pièces de bois et en terre, sur lesquelles on pose la toiture qui se compose d'un grand chapeau formé de cercles de différentes grandeurs.

Ces indigènes sont adonnés au commerce et à l'agriculture.

Outre que leur pays est l'entrepôt de toutes les marchandises que l'on tire de l'inté-

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rieur de l'Afrique et que les caravanes y apportent, les Sennaariens expédient en Égypte des esclaves, du tamarin, de l'ivoire, des cornes de rhinocéros, des plumes d'autruche, de la civette, de la gomme, de l'encens, du séné, et des outres en peau de bœuf qui servent à porter l'eau sur les chameaux. Ils prennent en échange des toiles, des lames de sabre, du savon, du sucre, du riz, du papier, du girofle, du poivre, des rasoirs, de petits miroirs, et d'autres objets de quincaillerie.

La monnaie d'argent qui a cours dans le pays est la piastre d'Espagne; mais les achats se font généralement à l'aide du dourah : tout s'évalue en mesures de cette espèce de céréale. La mesure de longueur est le dera, qui signifie bras; elle équivaut à l'étendue comprise entre le coude et l'extrémité de la main, à laquelle on ajoute les quatre travers de doigt de l'autre main. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que cette mesure est exactement conforme à l'ancienne coudée égyptienne, dont la longueur est de 52 centimètres, et qu'elle porte le même nom.

Leur industrie n'est pas très-avancée; cependant ils travaillent le fer dont ils fabriquent des clous, des couteaux, des lances et quelques instruments très-simples pour le menuisier, qui cumule avec ce métier ceux de tourneur et de charpentier. L'état d'arpenteur ne demande pas des connaissances bien profondes : celui qui cultive cet art, mesure une pièce de terre en jetant une pierre qu'il lance de toute sa force. Au reste, on n'y regarde pas de si près dans un pays où les terres, presque toutes en friche, ne présentent qu'une valeur fort minime.

Au Sennaar, on ne fait point usage de la charrue : pour se livrer à l'opération du labour, les naturels attendent l'époque où elles sont imprégnées de l'eau des pluies, et se servent d'une espèce de houe. C'est au mois d'août qu'on sème le dourah, et la récolte a lieu trois mois après. Comme chez les anciens Égyptiens, on ne coupe ici que l'épi : la tige de la plante demeure en terre où on la coupe à mesure que cela devient nécessaire pour la nourriture des bestiaux. Lorsqu'on veut en extraire la graine, les épis du dourah sont foulés aux pieds par les bœufs. On conserve ensuite le grain dans des fosses enduites d'argile.

Ici, comme dans le Barbar, la principale occupation des femmes est de triturer le dourah, et d'apprêter le pain et la boisson. Elles font aussi des tissus de paille et des nattes très-fines sur lesquelles on couche, et qui servent encore d'ornements dans l'intérieur des habitations.

On fabrique aussi de larges toiles de coton appelées clammour, des vases grossiers en terre, et d'autres en calebasses que l'on nomme garalis.

La capitale de la province est Sennaar : c'est une ville à laquelle M. Cailliaud donne 9,000 habitants, mais dont les ruines annoncent qu'elle fut autrefois plus considérable. Sa forme est oblongue et présente une circonférence de plus de trois quarts de lieue d'étendue. On ne peut donner le nom de maisons à des cabanes couvertes en chaume, dont quelques-unes seulement ont un étage et une terrasse en mauvais état. Au centre domine l'ancienne résidence du roi, construction en briques cuites, élevée de quatre élages, et qui est inhabitée comme ses dépendances. Une mosquée contiguë à ce palais, et assez bien conservée, est le seul édifice consacré au culte.

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