‹ Murs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents; (volume 5)Chapitre 12 sur 89 · ANNEXES DE LA NUBIE · texte numérisé non relu

ANNEXES DE LA NUBIE

Le Dâr-el-Keyl (province des chevaux) , et le Kamamyl, au sud du précédent, sont deux districts dont les habitants appartiennent à la race nègre. Le dernier passe pour le plus riche en sables aurifères; les indigènes en retirent par le lavage des paillettes

Arabe Bédouin.

(Afrique.)

MOEURS, USAGES ET COSTUMES

d'or qu'ils placent dans des tuyaux de plumes, et qu'ils vendent aux Arabes; ceux-ci en font des anneaux qui circulent dans le commerce.

Les nègres qui occupent le pays de Denka, sur la rive droite du Bahr-el-Abiad, méritent une mention particulière. Ils sont bien faits, vigoureux et vont dans un état complet de nudité. Ils paraissent adorer les astres. Leur courage et leur nombre en font des ennemis redoutables à leurs voisins. Leurs armes sont des lances très-lourdes, garnies d'un fer long d'un pied et demi, et d'une largeur de trois pouces; une massue grosse d'un bout, pointue de l'autre, qu'ils lancent à une distance assez éloignée, de manière que l'une des extrémités atteigne le but qu'ils ont choisi , Ils emmanchent encore sur des bâtons des cornes droites et pointues, et des dards en fer.

Les femmes sont d'une fécondité remarquable; elles mettent ordinairement au monde deux enfants à la fois. On voit assez communément une mère allaiter un enfant, en porter deux ou trois sur le dos dans une espèce de havre-sac en cuir, et être suivie d'un autre qui marche à peine.

La coiffure distinctive du chef est un turban blanc orné d'un panache en plumes d'autruche; les femmes s'enveloppent d'une peau dont la forme est celle d'un jupon court; les jeunes filles ne mettent d'autres vêtements qu'une peau qui ne couvre que îa chute des reins et s'attache par devant. Les personnes âgées portent une clochette suspendue au bras; et ce qui est plus étrange, c'est que les enfants des familles riches portent cette clochette attachée au derrière.

Suivant leur aisance, les femmes, et surtout les filles, se parent d'un nombre plus ou moins considérable de colliers et de ceintures en verroterie, de boutons et de bracelets d'ivoire ou de fer, et de bagues de ce métal. Lorsque les enfants sont parvenus à l'âge de puberté, on leur arrache les quatre dents incisives inférieures, qui, suivant ces nègres, sont inutiles et déparent la figure. Les hommes et les femmes se rasent la tête; les uns et les autres s'épilent tout le reste du corps. Le nombre de femmes que peut prendre un homme est proportionné à sa fortune. Le jour des noces, les nouveaux époux se couvrent le corps et la figure d'une couche épaisse de graisse; ils sortent de la cabane conjugale pour faire fondre cet enduit à la chaleur du soleil, et pour se frotter. Ces frictions ne sont pas seulement salutaires, elles sont pour les hommes une jouissance, et pour les femmes une affaire de coquetterie. Lorsqu'un nègre devenu vieux a des femmes jeunes encore, il confère à son fils le soin de le suppléer auprès d'elles.

Laissant de côté une foule de petites peuplades dont on ne connaît guère que le nom, nous terminerons la description des peuples nubiens par celle des habitants du Kourdofan.

Ruppel a reconnu trois races différentes d'individus dans ce pays : les Noubahs (nègres), qui sont indigènes, et dont le chef siège à Obéid; les Dongolais, qui s'établirent à diverses époques dans cette province; et enfin, les Arabes-Bédouins.

Les Noubahs sont, en général, agriculteurs; ils élèvent des chameaux, des bœufs, des troupeaux de moutons et de chèvres, et se montrent fort adroits dans la préparation du cuir. Chacun de leurs villages a son chef, dont la dignité paraît se transmettre par voie d'hérédité. Quatre langues sont en usage parmi eux : le chaboun, le deïer, le koldagi et le takète; chacune de ces langues est divisée en plusieurs dialectes.

Les nègres des montagnes sont partagés en une multitude de peuplades, dont chacune occupe communément une seule hauteur ou un groupe de montagnes. Leur taille est ordinairement bien prise et de hauteur moyenne; ils ont les cheveux laineux, le nez court et les lèvres épaisses.

Ces hommes se couvrent de boucliers en cuir; ils fabriquent eux-mêmes des sabres

AFRIQUE. — NUBIE

courbés, et lancent avec adresse leurs javelots dont la pointe est empoisonnée.

La coutume adoptée par les femmes de porter leurs enfants sur les reins nuit beaucoup à leurs formes, et leur donne cette protubérance qui distingue les Hottentotes. Les objets de parure qu'elles recherchent sont des bracelets d'ivoire et d'émail.

L'islamisme est suivi par quelques peuplades du sud; les autres sont livrées au paganisme et déifient la lune : tous néanmoins croient à une seconde vie.

Ces peuples ont généralement une existence paisible et heureuse; mais l'insuffisance des récoltes apporte souvent le trouble et le désordre dans les familles. La misère alors enfante des maux cruels : les mères vendent leurs enfants; les frères cèdent leurs sœurs pour quelques mesures de dourah.

Selon M. Ruppel, c'est à la disette seulement qu'il faut attribuer l'esclavage : a Tant que les progrès de la civilisation, dit-il, n'auront pas enseigné aux Africains à prévenir la famine, il est à craindre que la traite des esclaves ne dure. »

Les Dongolais sont surtout adonnés au commerce; ils parlent le berber et l'arabe, et les Noubahs leur fournissent presque toujours des épouses.

Autrefois, les Arabes du Kourdofan comptaient douze tribus; mais le despotisme égyptien les réduisit à sept, qui portent les noms suivants : Derihamat, el-Giomme, Habanie, Hemasmé, Liserra, Hammer et Mousirir. On a donné aux cinq premières, qui habitent au sud d'Obéid, le nom général de Bakara (bergers), parce qu'elles se livrent presque exclusivement à l'élève du bétail.

Tous ces Arabes font la chasse aux éléphants, qui se montrent par troupeaux durant la saison pluvieuse. En temps de guerre, ils se revêtent de casques, de cottes de maille et de brassards en fer. On voit même certains chefs couvrir leurs chevaux d'une housse en maille, usage que nous verrons se renouveler dans plusieurs contrées de l'Afrique.

Les marchands du Kourdofan tirent du Dar-four de l'encens, du tamarin, du natron qu'ils vont vendre en Nubie, ainsi que des cordes en cuir, des sacs de peau, des outres, des vases en bois, des plumes d'autruche et des esclaves. En échange, ils rapportent des verroteries, des aromates, des clous de girofle, du café, de la toile d'Egypte, des tissus de coton et de soie.

Pour le commerce intérieur, le dourah et les étoffes fabriquées dans le pays sont employés comme moyen d'échange; mais pour les petits achats on fait usage d'une monnaie en fer, qui est appelée haschaseh, et qui a presque la forme d'un marteau.

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