‹ Murs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents; (volume 5)Chapitre 14 sur 89 · BARBARIE · texte numérisé non relu

BARBARIE

La Barbarie s'étend entre 25° 50' et 37° 30' de latitude nord, et entre 26° de longitude est et 44° de longitude ouest. Elle a 900 lieues de l'est à l'ouest, et 200 lieues dans sa plus grande largeur. Ses bornes sont : à l'est l'Egypte, au nord la Méditerranée, à l'ouest l'océan Atlantique, au sud le Sahara. L'Atlas, qui est compris en entier dans cette vaste partie de l'Afrique, donne naissance à une multitude de rivières dont les unes, après avoir fertilisé des campagnes, vont se jeter à l'ouest dans l'Atlantique, au nord dans la Méditerranée, et dont les autres abreuvent le désert ou forment des lacs considérables.

Le climat est plutôt chaud que tempéré. Le sol , excepté sur l'Atlas où il offre une nature calcaire, est léger et sablonneux. 11 renferme une grande quantité de sel et de nitre. Au reste, il est d'une telle fertilité partout où il est suffisamment arrosé, que, sous l'empire romain, cette région était déjà le grenier de l'Italie. Actuellement encore, malgré une administration tyrannique, l'impéritie et la paresse des habitants, ce pays se couvre de riches récoltes, et fournit des blés à l'étranger. Toutes les productions végétales de l'Europe méridionale y croissent à côté de celles qui lui sont particulières. Le blé, l'orge, le maïs, le riz, le tabac, le dattier, l'olivier, l'oranger, le figuier, l'amandier, la vigne, le pêcher, l'abricotier, le pistachier, le jujubier, les melons, le mûrier et la canne à sucre, sont les principaux végétaux que l'on cultive. L'avoine croit spontanément. Les flancs des montagnes se couvrent de belles forêts, principalement composées d'oliviers sauvages, de pins de Jérusalem, de lièges, de peupliers blancs, de genévriers de Phénicie, de térébinthes et de différentes espèces de chêne; l'une d'elles porte un gland qui égale en douceur nos châtaignes, et sert de nourriture aux habitants. Le lenlisque, le pistachier atlantique, le thuya articulé, le cyprès, le laurier-rose, l'arbousier, l'if, la bruyère en arbre, etc., ornent aussi les forêts. Les plantes aromatiques abondent sur les coteaux et dans les plaines.

Les animaux féroces, tels que le lion, la panthère, l'hyène, y sont très-nombreux. Les serpents, les vipères, les lézards et les scorpions abondent partout. D'autres animaux encore plus nuisibles sont les sauterelles, qui ravagent en peu de jours des régions très-étendues.

Les animaux domestiques sont à peu près les mêmes qu'en Europe. L'âne et le mulet sont employés à la culture des terres, à l'exclusion du cheval et du bœuf: celui-ci est nourri seulement pour sa chair et pour sa peau; le cheval sert uniquement de monture. Quoiqu'un peu dégénéré, le cheval de Barbarie est encore très-beau. Les chameaux sont remarquables par leur vitesse; quelques-uns parcourent jusqu'à 75 lieues en un jour. Parmi les moutons, il faut distinguer la variété à queue grasse, et celle dont la toison ressemble au poil de chèvre. Les campagnes éloignées des habitations sont couvertes de troupeaux de différentes espèces d'antilopes.

AFRIQUE. — BARBARIE

Malgré l'absence de notions positives, on sait que le sein de la terre en Barbarie renferme de l'argent, du cuivre, du plomb, du fer, de l'antimoine, du gypse et de grosses calcédoines. Les carrières dont les Carthaginois et les Romains tiraient leur beau marbre d'un jaune uni ou tacheté de diverses couleurs ne sont pas encore épuisées. La pierre à chaux abonde dans l'Atlas; elle est recouverte, sur les monts de Barkah, par du basalte. Le sel y est tellement commun qu'il forme des montagnes, et que la plupart des rivières et des lacs sont salés.

Cette contrée comprend: 1° le royaume de Tripoli avec ses dépendances; 2° le royaume de Tunis; 3° le territoire d'Alger; 4° l'empire de Maroc.

Nous décrirons tour à tour chacun de ces pays, et nous donnerons ensuite un aperçu du grand désert de Sahara; mais nous devons avant jeter un coup d'oeil général sur l'espèce humaine disséminée dans toute l'étendue de la Barbarie.

Les habitants des villes et des plaines cultivées sont désignés sous le nom de Mores. Bien qu'ils parlent un dialecte arabe rempli d'idiotismes, leur ensemble physique, la peau plus blanche que celle des Arabes, le visage plus plein, le nez moins saillant, et tous les traits de la physionomie moins énergiques annoncent qu'ils descendent d'un mélange d'anciens Numides, avec les Phéniciens, les Romains et les Arabes. S'il faut en croire les voyageurs européens, le caractère propre de cette nation serait la réunion de tous les vices, et ils ne rachèteraient par aucune qualité, l'avarice, la lâcheté, la débauche, l'esprit vindicatif, la paresse qui les distinguent. Cependant, la haine que les Mores repoussés hors de l'Espagne ont vouée à leurs persécuteurs chrétiens, n'a-t-elle pas fait naître chez les voyageurs un sentiment semblable... Les Mores qui professent l'islamisme appartiennent particulièrement à la secte fanatique appelée maleki; ils ont des saints qui se font remarquer, les uns par le repos, les autres par une manie turbulente et destructive; on a vu de ces derniers assommer des ânes et en dévorer la chair sanglante. On cite dans le nombre des cérémonies du mariage la procession solennelle dont le but est d'attester la sagesse virginale de la fiancée. Il n'est point de peuple aussi jaloux que les Mores avant et après l'hymen. Les Mores s'habillent simplement dans tout l'intérieur; mais à Tunis, à Alger, les femmes rehaussent l'élégance de leurs costumes par l'or et les diamants. Quoiqu'ils aient des astrologues, et qu'ils témoignent beaucoup de goût pour l'histoire et la poésie, les Mores regardent la lecture comme le comble de la science. Leurs maisons carrées et à toits plats sont quelquefois ornées à l'intérieur de riches tapis et de fontaines jaillissantes. Les exercices à cheval, et le tir d'armes à feu composent, avec les tours d'équilibre, leurs plus chers passe-temps. Lors des funérailles, un grand nombre de femmes accompagnent le mort jusqu'à sa dernière demeure en pleurant et en hurlant, probablement suivant l'importance de la rétribution qui leur est allouée, car elles sont payées pour simuler le désespoir.

Les Arabes nomades, venus d'Asie depuis l'établissement du mahométisme, conservent leur sang pur. Dans quelques tribus les femmes se peignent le corps de diverses lignes et figures noires, sur les joues et la poitrine. Les tentes sont couvertes d'étoffe grossière ou de feuilles de palmier, et ont conservé la forme d'un bateau renversé, attribuée par Salluste au Mapalia des Numides. Une cabane semblable est nommée chaima, et un groupe de quelques-unes de ces huttes compose un douar (hameau), souvent entouré d'une haie d'épines pour en repousser les lions qui rôdent à l'entour. De même que les Mores, les Arabes envoient à la Mecque des caravanes de pèlerins. Ces deux peuples portent en Asie le nom de Magrebi ou Maugrabins (Occidentaux).

Entièrement distincte des deux précédentes, la race des Berbers passe pour indigène de l'Afrique septentrionale, et forme quatre nations séparées : 1° les Amazygh, que les Mores appellent Cfiillah ou Clioullali, dans les montagnes du Maroc; 2° les Kabyles

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