GUERRIER DE TUA KICK
MOEURS, USAGES ET COSTUMES
ou Cabaïls, dans les montagnes d'Alger et de Tunis ; 3° les Tibbous, dans le désert entre le Fezzan et l'Egypte; 4° les Touariks, dans le grand désert.
La comparaison des vocabulaires a fait reconnaître l'identité de la langue que parlent les Berbers, et c'est là une des découvertes les plus importantes dont l'histoire ethnographique ait pu s'enrichir.
Les Berbers ont le teint rouge et noirâtre, la taille haute et svelte, et le corps grêle et maigre. Ils laissent croître leurs cheveux, et leur seul vêtement consiste en une large tunique de laine. La vengeance est chez eux une passion; le fanatisme religieux qu'ils poussent plus loin encore que les Mores, les rend cruels, et ils apaisent cette soif de vengeance quand l'occasion se présente, dans le sang des juifs et des chrétiens; ce qui n'empêche pas les Chillahs de boire du vin et de manger la chair du sanglier. Les marabouts, sorte de prêtres hypocrites qui distribuent des amulettes et font des miracles, exercent une autorité despotique, et sont vénérés comme des saints dans beaucoup de villages des Kabyles. Dans certaines contrées, notamment chez les Chillahs, ce sont des cheiks héréditaires qui gouvernent les petites tribus qui forment les divisions de cette nation. Celles qui habitent les hautes vallées de l'Atlas sont presque absolument indépendantes. Dans le Maroc, quelques tribus sont réunies sous la puissance d'un chef appelé amargar, dont l'autorité patriarcale se borne à réprimer les vols et les assassinats, et qui sont choisis quelquefois par l'empereur. La misère et la malpropreté des Berbers leur donnent une apparence sauvage; cependant ils font preuve d'activité dans la culture de leurs champs, et montrent une intelligence susceptible de développement. Ils procurent au More indolent du blé, des olives et d'autres denrées, et fabriquent eux-mêmes la poudre à feu dont ils font usage. Leur nourriture consiste en pain bis et en olives; pour boisson ils ont de l'eau. Dans leurs villages, dont quelquesuns ont l'étendue et la population d'une ville, on voit des tours de garde d'où ils découvrent l'approche de l'ennemi. A la moindre alerte, tous les hommes prennent les armes; ils manient parfaitement le fusil, le lancent en l'air, le rattrapent et le déchargent avec une adresse, une rapidité surprenantes.
L'Afrique septentrionale renferme, outre ces véritables nations, des colonies étrangères, parmi lesquelles on remarque surtout les Turcs, autrefois dominateurs à Alger, à Tunis, à Tripoli, et les juifs répandus dans toute la Barbarie, même dans les vallées des Cabaïls.
Salubre et favorable à la propagation de l'espèce humaine, ce pays, par suite de l'irrégularité du gouvernement, se trouve exposé à tous les fléaux. M. Jackson, consul anglais à Mogador, a tracé l'effrayant tableau d'une peste qui, au commencement de ce siècle, a dévoré 50,000 individus dans la seule ville de Maroc; 65,000 à Fez; 4,500 à Mogador; 5,000 à Saffi. On n'eut pas le temps d'enterrer les morts, et ceux qui survécurent jetèrent les cadavres dans de grandes fosses que l'on recouvrait de terre quand elles étaient à peu près pleines. Les hommes jeunes, sains et musculeux furent les premiers atteints; puis les femmes, les enfants; et enfin les gens maigres, épuisés, les valétudinaires et les vieillards. Quand le fléau eut cessé, on put s'apercevoir qu'une révolution soudaine avait eu lieu dans la situation et dans la fortune des individus : de simples ouvriers étaient devenus opulents, et achetaient des chevaux qu'ils ne savaient pas monter. Les vivres étaient à vil prix; les troupeaux et leurs gardiens erraient sans maîtres dans les pâturages, et tentaient les diverses tribus de ces contrées, généralement portées au vol, mais retenues par l'appréhension de la maladie; car la peste (el khere) est regardée comme un jugement de Dieu, et il était important de régler sa conduite de manière à mériter le paradis. Bientôt le prix des travaux fut exorbitant, et les travailleurs étaient en si petit nombre qu'il en résulta, pour presque
AFRIQUE. — BARBARIE
tous, la nécessité de vaquer eux-mêmes aux petits travaux domestiques. D'immenses terrains restèrent abandonnés, et les Arabes du désert vinrent s'y établir.
Nous croyons devoir dire un mol de la chasse aux autruches, qui offre un spectacle assez curieux : Une vingtaine d'Arabes, montés sur des chevaux du désert, qui sont dans leur espèce ce que sont les heiries parmi les chameaux, vont contre le vent, cherchent la trace de l'autruche, et quand ils l'ont trouvée, la suivent avec la plus grande rapidité, en ne s'écartant pas l'un de l'autre de plus d'un demi-mille anglais. Fatiguée de courir contre le vent qui s'engouffre dans ses ailes, l'autruche se retourne espérant passer à travers leur ligne. C'est alors qu'ils entourent l'animal et tirent tous à la lois sur cet oiseau qui bientôt tombe mort. On ne saurait prendre l'autruche sans cette ruse, car, quoique n'ayant pas la faculté de voler, cet oiseau dépasse à la course les animaux les plus véloces.