‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récentsChapitre 10 sur 78 · ES VS · texte numérisé non relu

ES VS

Après Jésus-Christ.

re année youan-chi (commencement originaire), de Hiao-

Âe

année

Ping-Ti. TR id.

{re année de l'interrègne de Jou-Tseu-Yng (sous le protec-

id.

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torat de Wang-Mang).

tsou-chi, du règne de Jou-Tseu-Yng. ê de l’usurpation clairement manifestée de Sin-Mang (Wang-Mang).

thiang-foung, du règne usurpé de Sin-Mang.

ti-hoang, id.

keng-chi, du règne de Ti-Youan, des Han.

kian-wou, du règne de Kouang-Wou-Hoang-Ti.

Observation. Ici commence la dynastie des Han orientaux, ainsi appelée parce que les empereurs transportèrent la cour de Si-Ngyan-Fou, dans” le Chen-St, où elle était auparavant, à Ho-Nän-Fou, dans le Ho-Nân.*

1% année kian-wou-tchoung-youan, du règne de Kouang-

re

Âre

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Wou-Hoang-Ti. .

young-ping, du règne de Hiao-Ming-Ti.

id. id.

année Kian-tsou, du règne de Hiao-Tchang-Ti.

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année

youan-ho, du même.

tchang-ho, du même.

young-youan, du règne de Hiao-Ho-Ti. youan-hing, du même.

yen-ping, du règne de Æiao-Chang-Ti.

young-tsou, du règne de Hiuo-Nqan-Ti.

Youan-tsou, du même.

young-ning, du même.

kian-kouang, du même.

yen-kouang, du même.

yen-kouang, du même.

année young-kien, du règne de Hiao-Chun-Ti.

id.

id.

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yang-kia, du même.

young-ho, du même.

han-ngan, du même.

kian-king, du même.

Young-kia, du règne de Hiao-Tchoung-Ti.

Cycles, Après Jésus-Christ,

47 146 1'e année pen-tsou, du règne de Hiao-Tchi-Ti. » 447 id. kien-ho, du règne de Æiao-Hiouan-Ti. » 150 id. ho-ping, du même.

» 151 OISE youan-kia, du même.

» 153 id. young-hing, du même.

» 155 id. young-chéou, du même.

> 158 id. yen-hi, du même. » 167 id. young-keng, du même.

» 168 id. kan-ning, du règne de Hiao-Ling-Ti. » 472 id. hi-ping, du même.

» 178 id. kouang-ho, du même.

48 184 id. tchoung-ping, du même.

» 190 id. tsou-ping, du règne de Hiuo-Hien-Ti. » 194 id. hing-ping, du même. | > 196 id. kian-ngan, du même.

» 290 Observation. C’est ici que commence la division de l'empire en trois royaumes.

Désormais, l'empire chinois, les Tartars et le bouddhisme seront les éléments fondamentaux de l’histoire de l'Orient, de même que l'empire romain, les Barbares et le christianisme seront ceux de l’histoire de l'Occident.

Comme César-Auguste, l’usurpateur Sin-Mang voulut renouveler l'empire; et il ÿ avait des jours qu’il faisait mourir plusieurs centaines de personnes; et il dépouillait les tombeaux des membres de la famille impériale, prétendant que les richesses enfouies avec les morts seraient plus profitables aux vivants. C'était significatif : il altaquait la Chine dans ce qu’elle eut toujours de plus sacré, dans sa base morale, les ancêtres, la piété filiale. Le profanateur des tombeaux sera égorgé, son corps coupé en morceaux, et sa tête, suspendue sur la place publique, sera percée de flèches par la populace. Hideuse image de l’état où fut réduite la Chine à celte époque! La guerre civile, les révolutions politiques se succèdent, sans rien changer au fond. Les armées se révoltent et choisissent elles-mêmes les empereurs. Les eunuques règnent : ils forment dans le harem impérial un conseil suprême pour l'examen de toutes les propositions des ministres. Les eunuques, il y en aura bientôt dix mille qui seront revêtus des plus hautes dignités, et cela durera jusqu’au dixième siècle! Des bandes de brigands, routiers aux sourcils rouges, s'organisent et ravagent toutes les provinces. Les Hioung-Nou se soulèvent ; l'Asie centrale confédérée et la Cochinchine rompent également avec l'empire.

Un élément nouveau vint encore augmenter la division. Ming-Ti (empereur éclairé) eut, dit-on, un songe à la suite duquel il envoya, en l’an 64, des ambassadeurs dans le Thian-Tchou (l'Inde) pour en rapporter la doctrine de Fo, son image peinte et quelques-unes de ses statues. « Y a-1-il quelque chose de plus monstrueux, dit alors un des philosophes de l’école de Confucius , et de plus éloigné du respect que l'on doit avoir pour ses ancêtres, que d’avoir été chercher cette religion chez des étrangers, que nos ancêtres ne suivirent pas ni ne voulurent suivre, et qui, ennemie de la paix et de la société humaine, trouble et détruit tout l’ordre et les rapports que la nature à établis entre les pères, les mères et les enfants, les rois et les sujets? Ge crime est de la plus grande gravité. »

Bon gré, mal gré, les idoles du Tao (la raison) se rangèrent et firent place à celles

de Fo (l'intelligence). Proscrit dans les lieux où il avait pris naissance, le houddhisme s’était d'abord réfugié chez les Tartars. En Chine, il passa par des vicissitudes semblables à celles du christianisme dans l'Occident. Dès l’an 76, l'empereur Tchang- Ti, protégeant contre lui les anciennes doctrines, réunit une assemblée de lettrés, el l’année suivante fut achevé le grand Commentaire explicatif des cinq King. C'était un titre officiel à opposer au Darma-Khanda qui contenait la croyance et les préceptes‘de Bouddha. La lutte a commencé.

Ce fut pourtant un immense bienfait de la Providence que l'introduction au sein-de la dégradation intellectuelle, morale et sociale de l'Orient, d’une religion qui prêchait ces commandements : |

« Tu ne tueras point. |

» Tu ne regarderas pas comme saints les Védas et les Pouranas (livres sacrés de » brahmanes), parce qu’ils demandent des sacrifices sanglants. ;

» Tu ne seras ni menteur ni calomniateur. |

» Tu ne seras point superstitieux.

» Tu ne jureras point.

» Tu ne seras point égoïste.

» Tu seras chaste et tu éviteras les paroles impures.

» Tu ne lèseras point les autres; car tous les hommes sont tes frères. »

La morale était pure, mais le dogme était faux : habituées à s’absorber dans la personnification impériale, les populations chinoises se trouvèrent toutes préparées à s’anihiler dans l'infini.

Cependant l’empire chinois, vicieux et faible au dedans, se montra encore noble et imposant au dehors. Toute la Cochinchine fut reprise, et le général Pan-Tchao fut envoyé, en l’an 72, pour rétablir le système fédératif politique dans les provinces oceidentales de l'Asie. Voici comment cette expédition militaire est rapportée, d’après les Annales de la Chine, par MM. Klaproth et Abel Rémusat : 4

« À la mort de Ming-Ti, qui arriva en 75 de notre ère, les habitants de Yerkyang et de Koueï-Tseu (Bisch-Balickh) attaquèrent le commandement du Midi, et les Hioung-Nou, joints aux conducteurs de chars, assiégèrent le commandant du Nord: Tchang-Ti, ne voulant pas sacrifier le repos de la Chine au bien des barbares (c’est lé langage des écrivains chinois), retira les commandants de Tartarie, et les Hioung-Nou s’emparèrent aussitôt du pays des Ouïgours.

» Le général Pan-Tchao se trouvait alors à Khotan, et cherchait à contenir les habiltants de ces contrées. Ho-Ti ayant succédé à Tchang-Ti, suivit d’autres projets. Il envoya contre les Hioung-Nou du Nord-Ouest le général Teou-Hian, qui remporta uné grande victoire. On reprit le pays d'Ouïgour, et en moins de trois ans Pan-Tchao se rendit maître de toute la Tartarie occidentale, On lui donna en récompense le titre de gouverneur général , et il se fixa dans le pays de Koueï-Tseu (Bisch-Balickh). On rétablit aussi les commandants du pays des Ouïgours. Alors cinquante États de ces régions furent soumis et réunis à l'empire. On reçut même la soumission des Tadjiks (Perses), des A-Si (Ases), et de tous les peuples qui habitaient jusqu’au bord de la mer Caspienne, à quarante mille li de distance. La neuvième année, Pan-Tchao envoya le général Kan-Ying visiter la mer d'Occident. et son voyage procura une foule de connaissances qu’on n'avait pas eues sous les précédentes dynasties. On recueillit alors des détails exacts sur les mœurs, les productions, les traditions, les richesses d’un grand nombre de contrées. Parmi les royaumes les plus éloignés on cite ceux de Ming-Ki et de Teou-Le, dont les princes demandèrent à être admis comme vassaux, el reçurent en cette qualité le sceau et la ceinture. |

, L'intention de Pan-Tehao était que Kan-Ying pénétrât dans le grand Thsin (empire romain); mais quand ce général fat arrivé sur les bords de la mer Occidentale, les Tadjiks (ou Perses), chez lesquels il se trouvait, lui représentèrent que la navigation qu’il allait entreprendre était fort périlleuse. Suivant les récits qu'ils lui firent, il fallait, par un bon vent, deux mois pour traverser la mer; mais pour le retour, si l'on n'était pas favorisé des vents, il fallait mettre deux ans ; de sorte que les navigateurs qui voulaient aller dans le grand Thsin avaient coutume de prendre des provisions pour trois ans. Voilà les objections qu'on fit à Kan-Ying afin de le détourner de son projet, ou peut-être les excuses qu'il inventa pour justifier sa désobéissance. Ainsi l'empire romain ne fut pas mis celte fois au nombre des tribulaires de celui des Chinois: mais ceux-ci ne manquèrent pas d'y comprendre, outre toute la Tartarie, où ils exerçaient une puissance effective, la Transoxane, Samarcand, le pays des A-Si ou de Boukhara, celui des Tadjiks ou la Perse, et plusieurs autres contrées. -On eût pu y comprendre aussi l'Inde, dont on reçut alors des ambassades, et qui depuis a continué d’être rangée parmi les pays occidentaux, parce que l'on en venait dans les commencements par la route du nord et du nord-ouest, par Kaboul, Kandahar, Samarcand el Schach. L'Inde était dès lors remplie de curiosités et de marchandises venues du grand Thsin, avec lequel les Indiens avaient beaucoup de communications du côté de l'occident. On met ces raretés et les productions du sol même de l’Hindoustan au nombre des principaux objets du commerce qui se faisait alors dans ces contrées.

» Une circonstance à remarquer, c’est que le commerce entre les deux pays de Thsin, c’est-à-dire entre l'empire romain et la Chine proprement dite, paraît avoir été le vrai motif des expéditions des Chinois sur la mer Caspienne. De tout temps, dit un auteur Chinois, les rois du grand Thsin (les empereurs romains) avaient eu le désir d'entrer en relation avec les Chinois; mais les A-Si, qui vendaient leurs étoffes à ceux du grand Thsin, avaient toujours eu soin de cacher les routes et d'empêcher les communications directes entre les deux empires.

» On ne peut pas dire précisément combien de temps ces relations entre les deux plus puissants empires de l’antiquité ont duré; mais il est probable qu’elles continuèrent pendant tout le règne de la dynastie des Han, et jusqu’au commencement du troisième siècle.

» Il faut observer que les Parthes ne vendaient pas la soie écrue aux Romains, mais des tissus de cette matière fabriqués par eux-mêmes. Les historiens chinois nous apprennent la cause principale pour laquelle les A-Si s’opposèrent à toute communication directe entre Rome et la Chine: c'était parce qu'ils ne savaient pas aussi bien travailler les étoffes que les Romains, et qu'ils craignaient de perdre le profit de la fabrication sur la soie chinoise. Les Ta-Thsin (ou Romains), ajoutent-ils, désiraient beaucoup pouvoir acheter chez nous la matière première, car ils sont très-habiles à la travailler ; leur teinture est meilleure et leurs couleurs sont plus vives et plus brillantes. Ils préfèrent donc tirer la soie écrue de la Chine même, pour en faire des étoffes à leur manière, que d'acheter des soieries faites chez les Parthes et d’autres peuples voisins de la mer Caspienne. »

Les Hioung-Nou, divisés entre eux, avaient élé précédemment refoulés par les Sian- Pi au nord-ouest, dans les montagnes de l’Altaï. C’est 1à que le lieutenant de Pan-Tchao les avait vaincus; il les poursuivit jusqu'aux sources de l’Irtyche. Leurs hordes furent dispersées : les unes allèrent camper au nord près des Finnois orientaux, dans les vallées de l'Oural; d’autres s'avancèrent à l’ouest et refoulèrent devant elles les grands Yué-Tchi des bords de l’Ili. Ceux-ci se précipitèrent sur les Alains (Yan-Thsai, Massagètes), qui étaient alors possesseurs d’un pays de 80 à 100 lieues de long, au

nord-ouest de la Sogdiane, sur les bords de la mer Occidentale (la Caspienne et l'Aral, qui à cette époque n'étaient point encore séparés). Les Alains, se repliant au sud, dé: bouchèrent en Europe par les défilés du Caucase. Ils repoussèrent les tribus slaves établies au nord de la mer Noire, et s’établirent au commencement du tre siècle (120) entre le Don et le Dnieper, près de la grande nation des Goths. Cinquante ans plus tard, leurs hordes les plus avancées sont à Aquilée, aux frontières de l'Italie. Ces Alaïns étaient depuis longtemps convertis au bouddhisme. |

Dans ce temps-là (160) les Sian-Pi chassaient les Chinois de la Tartarie occidentale: ils fondèrent leur domination sur quatorze cents lieues d’étendue (190). C'est à eux maintenant à pousser sur l'empire romain et sur l'empire chinois les populations flottantes de l'Asie.

Ces bouleversements de l'Asie centrale et les longues guerres des Romains avec les Parthes, avaient ralenti les relations de l'Occident avec l'Orient par l'intermédiaire de ces derniers. Rome ne pouvait plus se passer des tissus de soie, des denrées et d’une multitude de choses précieuses propres à satisfaire les débauches et le luxe dévorant des patriciens. Des expéditions maritimes partaient de la mer Rouge et du golfe Persique pour se rendre par l'Océan dans l'Inde, à Canton ou à tout autre port de la Chine méridionale. C’est à ces expéditions que Ptolémée a dû les renseignements précis qu'il a laissés sur ces contrées de l'Asie. A part, la question humanitaire, il n’y a au fond de la guerre contre les Parthes, tout à tour alliés des Romains et des Chinois, que les relations commerciales de l'empire romain avec la Chine. Marc-Aurèle Antonin fit la paix en 165, et la même année il envoya une ambassade en Chine. « Sous Hiounan- Ti, disent les annales chinoises, le roi du grand Thsin, nommé An-Thun, envoya une ambassade par la route du midi. »

Que se passail-il au sein de l'empire? Des empereurs enfants se succédaient sur le trône. Puis Hiouan-Ti vendait les magistratures, protégeait les eunuques, favorisait les sectateurs du Tao, s’entourait de prêtres de Fo; il entretenait en même temps mille femmes dans son sérail et dix mille chevaux dans ses écuries. Celui qui vint ensuite ouvrit une foire dans le palais, afin d’avoir le plaisir de voir ses femmes se quereller, se prendre aux cheveux pour les jolies choses qu'elles s’enviaient mutuellement. C’est ce même empereur qui attelait à son char des ânes au lieu de chevaux; les grands, les employés de l’État l’imitèrent; l'élite de la nation se fit traîner en voiture par ces nobles animaux. Cependant les eunuques et les lettrés étaient aux prises pour l’ex* ploitation du pouvoir. Il y eut cent grands de l'empire et sept cents lettrés qui furent mis à mort le même jour. C'était un sacrifice aux eunuques. Les sectateurs du Tao recrutèrent, les bonnets jaunes se mirent en Campagne, la guerre civile éclata de toutes parts, et la dynastie des Han s’éteignit. Un empirique s'emparant des imaginations malades, fonda une nouvelle dynastie (220). ,

Sixième dynastie dite des Weï, de 220 à 265. — Cette dynastie eut cinq empereurs.’ :

C’est ce qu’on appelle l'époque des San-HKoué (trois royaumes).

48 291 1e année tchang-wou, du règne de Tchao-Lie-Ti, des Han. » 99% 14 kian-hing, du règne de Héou-Tchou, des Han. - » 227 Cette année, Ming-ting succède à Wen-Ti dans le royaume de Weï, et nomme les années de son règne taï-hao. » 258 1% année yen-hi, de Héou-Tchou.

» 239 Tsao-Fang succède à Ming-Ti dans le royaume de Weï. Il donne

aux années de son règne le nom de tcheng-chi.

Cycles. Après Jésus-Christ.

49 244 7e année yen-hi, de Héou-Tchou.

» 254 4re année de Koung-Tcheng, descendant de Tsao-Tsao. "Te 258 Are année king-yo, de Héou-Tchou.

» 265 id. yen-hing, du même.

Observation. Cette année 265 après Jésus-Christ, la 41e du règne de Héou-Tchou , la dynastie des Han est entièrement éteinte. Youan-Ti, descendant de Tsao-Tsao , est reconnu pour légitime empereur l’année suivante.

o 264 Are année hien-hi, du règne de Youan-Ti, des Weï. Observation. Cet empereur, étant le seul de sa race qui ait été reconnu

pour légitime, n’est point censé faire une dynastie à part. On le place à la fin de celle des Han.

L'empire chinois a commencé son démembrement. Comme l'empire romain, il est en proie aux eunuques, à la guerre civile, à la dissolution morale et aux Tartars. Le bouddhisme grandit au milieu des persécutions.

Sur l'Euphrate, Ardeschir renverse le dernier roi des Parthes et fonde la dynastie persane des Sassanides (226). I1 chasse les légions romaines : nouvelle série de guerres, nouvelle intervention des Chinois.

Septième dynastie dite des Tein, de 265 à 428. — Quinxe empereurs.

Cycles. Après Jésus-Christ.

49 265 {re année taï-chi, du règne de Wou-Ti, des Tein.

Observation. Ici commence la dynastie des Tçin occidentaux.

» 975 Are année hien-ning, du règne de Wou-Ti.

» 280 id. taï-keng, du même.

» 290 id. taï-hi, du même.

» 290 id. young-hi, du règne de Hiao-Hoeï-Ti.

Observation. Comme cette même année Wou-Ti mourut, et qu'après sa mort son successeur changea le nom de {ai-hi en celui de younghi que portait l’année, on la nomme la 1'e année fai-hi et la pre-

mière année young-hi (ou joie grande, joie éternelle); elle est comptée néanmoins comme étant du règne de Wou-Ti.

» 291 1'e année youan-kang, du règne de Hiao-Hoeï-Ti. > 800 id. young-keng, du même.

» 301 id. young-ning, du même.

» 302 id. taï-ngan, du même.

50 904 id. young-hing, du même.

Ù 306 id. kouang-hi, du même.

» 307 id. young-kia, du règne de Æiao-Houi-Ti, des Tin, » 515 id. kien-hing, du règne de Ming-Ti, des Tein. 517 id. kien-wou, du règne de Youan-Ti, des Tein.

Ê Observation. C’est ici que commence la dynastie des Tçin orientaux, ainsi appelés parce qu’ils transportèrent leur cour de Ho-Nan-Fou, où elle était auparavant, à Nan-King. La première ville est plus occidentale que la seconde. Le surnom de la famille des Tçin était Sse-Ma.

Cycles. Après Jésus Christ, 50 318 1e année taï-hing, du règne de Youan-Ti. » 322 id. young-tchang, du même.

: 323 id. taï-ning, du règne de Ming-Ti.

» 326 id. hien-ho, du règne de Tching-Ti.

| AL 395 id. hien-kang , du même.

» 345 id. kien-youan, du règne de Kang-Ti.

» 545 id. young-ho, du règne de Mou-Ti.

» 97 id. ching-ping, du même.

» 362 id. loung-ho, du règne de Ngaï-Ti.

» 363 id. hing-ning, du même.

51 564 2 année hing-ning, du même.

» 366 {1e année taï-ho, du règne de 7i-Y.

» 571 id. hien-ngan, du règne de Kian-Wen-Ti. » 315 RUE CT ning-kang, du règne de Hiao-Wou-T. » 316 id. taï-youan, du même.

» 597 id. loung-ngan, du règne de Ngan-Ti.

» 402 id. youan-hing, du même.

» 405 id. i-hi, du même.

» 419 id. youan-hi, du règne de Koung-Ti.

Observation. Ici finissent les Téin, qui sont remplacés par les Soung; la cour est toujours à Nan-King.

Dix-huit petits souverains se disputaient la souveraineté impériale. L'empereur Wou-Ti (265) devint un moment le seul maître de toute la Chine. Se reposant sur ses vicloires, il-se renferma dans les débauchies du palais. Pour se délasser, il se faisait promener avec ses troupeaux de femmes, dans ses jardins impériaux, sur des chars traînés par des moutons.

Cependant les relations, quelque temps interrompues entre l'empire romain et l’empire chinois, furent rétablies. Et l’on vit un jour (284) arriver à Lo-Yang, dans le Ho- Nan où l’empereur tenait sa cour, une ambassade romaine envoyée par Dioclétien. L’Arménie venait d’être enlevée aux Perses; on en avait donné la souveraineté à Tiridate. L'empereur chinois chargea donc un Tartar, nommé Ma-Myÿo, d'aller s'entendre avec le vassal des Romains. Dix ans après, le roi des Perses Narsès reconquit l’Arménic, en chassa Tiridate et les marchands chinois. Mais il fut ensuite vaincu et réduit à demander la paix. Dioclétien mit pour condition : que les limites de l’empire seraient portées jusqu'aux sources du Tigre (chaine dersale) ; que l'Arménie resterail aux Romains; queles rois d'Ibérie (Géorgie actuelle) recevraient l'investiture de Rome: et que la ville de Nisibe serait l’entrepôt Libre des marchandises de l'Orient, et le centre du commerce entre les deux États.

La concentration d’un commerce libre dans Nisibe eût été plus désastreuse que le négoce sinique de l’Arménie. La Perse et ses vassaux étaient ruinés. Narsès consentil à toul; mais sur ce point il fut inébranlable. La part de Rome était assez belle. L’article fut effacé, et la paix signée à Nisibe (297). Après cela, Dioclétien revint dans sa Nicomédie au milieu de ses femmes et de ses eunuques; puis il alla à Rome où le triomphe l’attendait : toute la famille du roi des rois, les images du Nil, du Tigre, de l'Euphrate, du Rhin, du Danube, de la Tamise et de l'Afrique, enchaînées, montèrent au Capitole, Le sénat et le peuple romain s’enivrèrent de fêtes, de vin et de sang. Puis,

Dioclétien fit graver sur ses médailles ; Nomine christiano deleto (le nom chrétien détruit) (503). Ce fut la dernière persécution, comme le dernier triomphe.

Les âmes sauffraient. Les stoïciens se multiplièrent à Rome et en Chine; les uns et les autres appartenaient à la Secte du Vide et du Néant (Wou-Weï-Kiao.)

La Chine eut aussi son Valérien. En l’an 319, la résidence impériale de Lo-Yang fut prise par Lieou-Tsong, grand khan des Hioung-Nou du Midi. L'empereur Hoeï-Ti, fait prisonnier, fut réduit à la condition d’échanson, et ensuite mis à mort.

Après tout, les empereurs chinois ne valaient pas mieux que les empereurs romains. Jugez. Un des rois de cette dynastie fit élever un magnifique palais où demeuraient plus de dix mille personnes de tout sexe, parmi lesquelles était un nombre considérable des plus belles jeunes filles habillées des robes les plus somptueuses, des devins, des astrologues et les archers les plus habiles. Mais le corps de troupes le plus remarquable était un régiment de dames, à la taille fine et déliée, qui, montées sur des coursiers légers, avec des parures et des robes élégantes pour faire ressortir leurs belles figures, lui servaient de gardes du corps. Quand il sortait, ces femmes jouaient de plusieurs instruments; elles amusaient également ses hôtes à sa table somptueuse; et le sang coulait aussi dans ces fêtes.

Cependant les doctrines de Fo faisaient des progrès rapides. La première traduction en chinois des livres bouddhiques, date de l’an 418 de notre ère.

Les eunuques étranglèrent l’empereur, Koung-Ti avec sa propre ceinture, et donnèrent l'empire à un soldat qui avait fait autrefois un petit commerce de sandales.

Huitième dynastie dite des Soung du Nord, de 420 à 479 (premiers rois mérovingiens). Cette dynastie eut neuf empereurs.

Cycles. Avant Jésus-Christ.

j1 420 re année young-tsou , du règne de Wou-Ti, des Soung. » 423 id. king-ping, du règne de Chao-Ti.

D2 424 ids youan-kia, du règne de Wen-Ti.

; 454 id. hiao-kien, du règne de Hiao-Wou-Ti, des Soung. » 457 id. ta-ming, du même.

» 465 id. taï-chi, du règne de Ming-Ti, des Soung. » 472 id, taï-yu, du même.

> 475 id, youan-hoeï, du règne du Tchou-Yu, des Soung. (On désigne encore cet empereur par le nom de Tsang- Wou-Wang.) » 474 id, ching-ming, du règne de Chun-Ti, des Soung.

Observation. lei finit la dynastie des Soung, à laquelle succèdent les Tsi.

A l’avénement du-chef de cette dynastie, la Chine fut divisée, comme Rome l'était alors, en deux empires, celui du Nord et celui du Midi.'Les empereurs du Midi protégèrent les sectateurs de la nouvelle religion, et ceux du Nord les livrèrent aux supplices, détruisirent leurs temples et leurs monastères. Les prêtres du Tao vendaient le breuvage de l’'immortalité aux fils du ciel; les lettrés s’agitaient; le peuple mourait de faim ou se repaissait de chair humaine. Les khans des Hioung-Nou, des Sian-Pi, des Khitans prenaient le titre d'empereurs. C'était juste : les armées chinoises se recrutaient parmi les Tartars qui pénétraient de toutes parts dans l'empire. Les choses se passaient de la même manière dans l'empire romain.

Depuis la première émigration (voyez page 53), les Finnois orientaux campaient

près de l’Oural dans les vallées de l’Obi. Pressés par les Sian-Pi qui dominaiént toujours dans l’Asie centrale, les Finnois s'étaient mis en mouvement dès l'an 376. Leurs principales tribus étaient les Huns proprement dits, les Akatsirs (ancètres des Khazars), les Ephtalites ou Huns blancs, campés dans le Kharizm; les Koutrigoures (les Boulgares des siècles suivants), les Outourgoures, les Saragoures, les Ougours (Hongrois, Vogoules), et enfin les Avares. D’autres tribus, d’origine germaine :, slave, hiounsnou ou même sian-pi, avaient dû sans doute être absorbées, et faire corps avec ces Huns, avant qu’ils fussent rejetés hors de leur territoire ?. :

Les Huns proprement dits, formant la fraction la plus considérable de la nation, vinrent s'établir avec leurs maisons roulantes, leurs familles et leurs troupeaux sur les rives du Volga, suivis des Akatsirs. De là ils se portèrent sur le Don, et se jetèrent sur les Alains qui faisaient partie de la confédération des Goths. Les Alains dispersés, une partie se décida pour les vainqueurs; une autre partie, se rejetant à l’est, où se trou vaient encore des familles de sa race, se mit à ravager les provinces persanes: 4 troisième partie se transporta sur le Danube, s’unit aux Vandales et passa avec eux et Espagne et en Afrique. Puis ce fut le tour des Goths... Lee |

Le torrent des Huns passa, remuant jusqu’au fond toute la pourriture du monde romain, Comprimé dans les champs de Mauriac par Aétius, par Théodoric et par les bandes de Mérovée, roi des Frances, il refoula les populations de la Vénétie dans les lagunes de l’Adriatique, et ne s'arrêta qu’à la voix de saint Léon (452). Le pouvoir des chefs temporels fut ruiné; le pontificat romain grandit. Le pontificat romain, la Venise du moyen âge et la France chrétienne ont absous le fléau de Dieu.

Vingt-quatre ans plus tard (476), un chef de brigands du Noricum (Bavière) prenait provisoirement la place du dernier des Césars : Odoacre, de la tribu des Scyrres , était fils d’un général d’Attila, roi des Huns.

La dynastie des Soung finit. Un soir, que l’empereur Tchou-Yu rentrait ivre, selon son habitude, les eunuques lui coupèrent la tête (479).

Neuvième dynastie dite des Thsi (479 à 502). — Cinq empereurs.

Cycles. Après Jésus-Christ,

52 479 1e année kien-youan, du règne de Kao-Ti, des Tsi. » 483 id. young-ming, du règne de Wou-Ti, des Ti. D3 484 2° année id. du même.

» 494 1'e année kien-wou, du règne de Ming-Ti, des Tsi. » 498 id. young-taï, du même.

» 499 id. Joung-youan, du règne de Zchou-Pao-Kiouan. (Gel

empereur est encore appelé Thoung-Houen-Heou, prince des troubles de l'Orient.)

ÿ 501 id. tchoung-hing, du règne de Ho-Ti, des Th. Observation. Ici finit la dynastie des Tsi, à laquelle succède celle des Liang.

* Tels que les Kian-Kuen, les Ting-Ling et les Ou- Caspienne.

* Les Avares ét les Hongrois ne se mirent en marche qu’un peu plus tard, lorsqu'ils durent se soustraire à une nouvelle expansion des Hioung-Nou qui avaient pris le nom de Thou-Khiu (Tures).

Quant à l’origine des Huns, quelques auteurs l'ont rapportée aux Hioung-Nou ; d’autres aux Mongols et aux Kalmouks de nos jours : rien v’appuie ces opinions. Tout prouve au contraire qu’ils formaient le noyau principal des Finnois orientaux, dont les Vogoules de nos jours sont les derniers débris asiatiques. Voyez M. A, Jardot: Révolutions des peuples de l'Asie moyenne. Paris, 1839.

Sun qui se trouvaient alors campés vers la mer

L'anarchie, les cruautés, les débauches continuent. Le Prince des troubles de l'Orient est assassiné par le chef de la principauté de Liang. Celui-ci proclame le fils de sa victime, qu’il empoisonne ensuite pour se mettre en sa place.

Voilà cinq cents ans que le travail a commencé, et déjà les caractères de la langue idéographique des Chinois ont insensiblement perdu, dès le premier siècle de notre ère, toute ressemblance avec ceux de l’âge polythéistique précédent. M. Klaproth ajoute que, depuis cette époque, l'écriture chinoise commence même à admettre des signes phonétiques correspondant au mot parlé :.

La langue latine avait subi une transformation semblable.

Le même sort avait frappé toutes les langues de la terre *.

Or, le langage est l'expression la plus fidèle de ce qui comme dans un seul homme.

La décomposition n'est pas finie; elle s'achève. Les principaux éléments sont là, libres. Les Barbares peuvent venir dans l'Occident, les Tartares dans l'Orient : le chrislianisme attend les uns, le bouddhisme les autres; il s’agit de deux sociétés nouvelles. Le mahométisme s’interposera.

Ile PÉRIODE DU VIS AU XI° SiÈCLE. — (Empire byzantin, les Francs.)

Au vie siècle, tous les éléments moraux, intellectuels et politiques désassociés, gravitèrent plus librement vers le monde religieux constitué; et le bouddhisme en Orient, comme le christianisme en Occident, tendit nécessairement à réunir en lui le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel.

Alors parut aux limites communes de l'Orient et de l'Occident, le fils d’Abdalla; il s'éeria : « Il n’y a point d'autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète. » L’is- Jamisme (consécration à Dieu), proclamé le glaive au poing, revêtit, dès son origine, un caractère semblable à celui qui se développait successivement dans chacune des deux autres religions; il les devança : il fut tout à coup puissance politique et religieuse à la fois.

L'islamisme consacre le sensualisme et le dogme de la fatalité. Il périra donc aussi. il n'en fut pas moins, à l’époque où il parut, un bienfait et un progrès. En Arabie et partout où il pénétra, il abolit l’idolâtrie et les sacrifices humains ; il introduisit des idées de justice et de charité parmi des populations brutales et ennemies; il éveilla surtout en elles une énergie morale, une activité intellectuelle qui devaient tourner au profit de la civilisation. À sa mort (632) Mahomet se trouvait à la tête d’une armée de cent quatorze mille hommes.

Au dedans, chacune de ces trois grandes puissances aura toujours ses divisions, ses

se passe dans l'humanité,

: L'histoire de l’écriture chinoise est en 80 volumes. M. Murris en a rapporté un exemplaire en 32 volumes in-folio (voyez le journal l’Éclair, mois d’avril, Bruxelles 1840). Cette histoire contient toutes les modifications qu’ont subies les caractères et leur prononciation dans toutes les provinces de l'empire depuis les premiers âges de la nation.

* Alors avait péri le sanscrit, l’antique langue des brahmanes, le pali des bouddhistes , le zend des sectateurs de Zoroastre, le chaldéen d’Assyrie , le pehlvi des Mèdes et des Parthes , l’hébreu , larabe ancien, le punique, l’égyptien, le grec, le gaël, l’ancien germain, l’ancien slave... pour faire place à des langues de transition , lentement préparées par les peuples et destinées comme eux à s’assimiler aux idées nouvelles.

Bien que nous ne sachions pas quelles modifications éprouvèrent à cette époque les langues de l’Afrique, de l'Océanie et des deux Amériques, cependant, à cette époque, des révolutions semblables s’accomplissaient dans ces autres parties du monde (voyez MM. de Humboldt et d’Avezac). Il est donc permis de croire que leurs langues se modifièrent comme celles de l'Asie et de l'Europe, Nous reviendrons sûr cette question.

schismes particuliers, qui toucheront à tout, pénétreront tont : au dehors, elles commenceront à lutter entre elles; ces luttes retentiront sur toute la terre.

D’autres barbares apparaissent sur la scène.

Nous donnerons d’abord la liste de trois petites dynasties.

Dixième dynastie dite des Liang, de 502 à 557. — Quatre empereurs.

Cycles. Après Jésus-Christ,

Da 502 17e année thian-kian, du règne de Xao-Tsou-Wou-Ti, des Liang. » 520 id. tsin-thoung, du même.

» 527 id. ta-koung, du même.

» 527 id, thoung-ta-thoung, du même, » 535 id. ta-thoung, du même.

D4 d44 10e année id. id, » 546 1e année tchoung-ta-thoung, du même.

» D47 id. taï-thsing, du même. :

» 550 id. ta-pao, du règne de Kian-Wen- Ti, des Liang. » D52 id. tching-ching, du règne de Hiao-Youan-Ti, id. » 555 id, . tchao-taï, du règne de Aing-Ti, id. » 556 id. taï-ping, du même.

Observation. Ici finit la dynastie des Liang.

Onxième dynastie dite des Tchin, de 557 à 581. — Quatre empereurs.

54 557 1e année young-ting, du règne de Wou-Ti, des Tchin. » 560 id. thian-kia, du règne de Wen-Ti.

» D66 id. thian-keng, du même. .

> B6T, . id. kouang-ta, du règne de Tchou-Pe-Tsoung, id. » 569 id. taï-kien, du règne de Siouan-Ti, id. Ù 580 Observation. Ici finit la dynastie des Tchin.

Douxième dynastie dite des Souï, de 381 à 618. — Quatre empereurs.

Cycles. Après Jésus-Christ.

54 581 1° année kaï-hoang, du règne de Wen-Ti, des Souï. » 588 (Les Tchin sont entièrement détruits.) » 601 1 année jin-chéou, de Wou-Ti, des Sour. 55 604 4° année 17 pee id.

» 605 17° année ta-ye, du règne de Yang-Ti, des Sout. » 617 id. y-ning, du règne de Koung-Ti, des Soui.

Observation, Ici finit la dynastie des Souï, à laquelle succède la grande dynastie des Thang.

L'introduction du bouddhisme et la propagation de la doctrine dégénérée du Tao, avaient été Ja cause de beaucoup de troubles et de dissensions. Le fondateur de la dynastie des Liang voulut remettre en vigueur la philosophie morale de Confucius: mais sur la fin de ses jours (528), il devint un des plus ardents propagateurs du bouddhisme : il se fit moine, et il lui prit fantaisie d'aller habiter un des treize mille

couvents que possédaient alors les bonzes ; la tête rasée, el sous unñ vêtement grossier, il y vécut selon la règle. Les grands, humiliés de l’avilissement de leur souverain, allèrent le chercher dans sa retraite et le ramenèrent malgré lui dans son palais. Il indemnisa les bonzes au moyen d’une forte somme en or. Cet empereur n’en Conlinua pas moins à suivre la doctrine de Fo, dont il expliquait les livres à ses courtisans el aux gens du peuple réunis dans une salle du palais. Bientôt il reltomba dans les mains des moines, et il lui fallut encore se rédimer.

Dans l'empire du Nord, il se passait des choses semblables. La princesse Hou régnait. Elle voulut aussi se retirer dans un monastère; mais les prêtres, craignant de perdre ainsi leur domination, lui persuadèrent de leur bâtir un vaste temple où mille d’entre eux seraient entretenus, et où il y aurait neuf tours pyramidales de plus de neuf cents pieds de hauteur chacune. L'impératrice fit élever cet édifice, et le nomma le Séjour de la paix éternelle.

La doctrine de Fo, tout incomplète qu’elle soit, contient réellement des préceptes de paix et de haute morale. L'empereur Kao-Tsou, en la faisant asseoir avec lui sur le trône, rendit un édit portant suppression de la peine de mort dans l'empire.

Il y eut bientôt réaction : au nord tous les temples des bonzes furent détruits; au midi les tao-ssé réprirent leur influence. Le bouddhisme, religion populaire, n’en continua pas moins ses envahissements.

L'empire du Midi avait été le théâtre de continuelles révolutions. Celui du Nord avait été moins agité, el il avait conservé des relations avec toutes les tribus qui habitaient au delà du lac Baïkal jusqu’à l’Obi, et jusqu'aux contrées voisines de la mer Glaciale. Jamais les régions septentrionales de l’Asie ne furent mieux connues des Chinois.

Sur la fin de la dynastie des Liang, une tribu de Hioung-Nou, qui, après le désastre de la nation, s’était retirée vers les sources de l’Irtyche, au pied d’une montagne dont le sommet présentait la forme d'un casque (Thou-Khiu ou Turc}, anéantit les derniers débris de la puissance des Sian-Pi (552). Ces Thou-Khiu ou Turcs, nouveaux maitres du grand désert, vainquirent ou refoulèrent les populations éparses autour d'eux.

Six ans après, ils forcèrent les Avares, grande tribu des Finnois orientaux, à quitter leurs campements du Volga et à émigrer en Europe. Les Huns, leurs frères, qui les avaient précédés, avaient déterminé la chute de Rome et le premier établissement des Germains dans les Gaules. En l’an 566, les Avares battaient, sur les bords de l’Elbe, Sigebert, fils de Clotaire, roi d’Austrasie; en 575, ils aidaient les Lombards à conquérir l'Italie, et dans le même temps ils rançonnaient les empereurs grecs de Constantinople et refoulaient diverses tribus germaines dans lAustrasie; la famille des Pepin paraît avoir été de ce nombre. L'arrivée de ce nouvel élément plus vivace y modifia les idées politiques. Les maires du palais, créés primitivement par nos rois pour contenir les grands, s'unirent à ces derniers devenus plus nombreux, plus puissants; et la dynastie carlovingienne monta sur le trône (751). Une invasion de barbares est toujours un progrès dans les destinées humaines. La mission de ceux-ci était finie. Charlemagne détruisit le foyaume des Lombards (774), et alla attaquer les Avares en Pannonie (791). Quelques années après, l’histoire ne fait plus mention de ce peuple. — Viennent ensuite les Boulgares et les Khazars, autres tribus des Finnois orientaux.

Al'avénement deladynastie des Soux (581), les deux grandes fractions politiques du Nord et du Midi furent réduites à l'unité, et la monarchie tendit à reprendre sa constitution, Sa grandeur, sa puissance primitives. On promulgua un nouveau code de lois, on construisit des palais, des greniers publics, on fonda des bibliothèques, on encouragea les

lettrés de toutes les sectes. On ouvrit des canaux. Le commerce fut rétabli avecles peuples du versant occidental. On dressa une carte de tous les pays qui s'étendent jusqu'à la mer Caspienne :. Un grand nombre de ces pays reconnurent la suzerainelé de la Chine. On soumit le Kiao-Tchi (Tun-Kin) et le Lin-Y (Siam), où l’on avait trouvé des richesses immenses et entre autres dix-huit idoles en or massif. La Corée et les iles Liéou-Khieou furent aussi visitées militairement par les flottes chinoises , mais sans beaucoup de succès. « Ce petit roi de Corée, dit un ministre à l'empereur, ne mérite pas voire sublime colère; s’il ne veut pas se soumettre, tant pis pour lui. »

Pendant que ces choses s’accomplissaient, l’administration intérieure était: sous l'influence des eunuques. Les révoltes éclataient dans les provinces que désolaienten même temps d'innombrables troupes de voleurs.

Le dernier empereur de cette dynastie, réduit à boire la coupe empoisonnée, se mil à genoux, et pria Bouddha de ne jamais le faire renaître empereur.

Treizième dynastie dite des Thang, de 618 à 909. Vingt empereurs.

Cycles. Après Jésus-Christ, , 59 618 * 1'e année wou-te, du règne de Æao-Tsou, de la dynastie des Thang.

Observation. Comme le terme {sou et l’épithète kao ou taï dont on Paccompagne sont employés plusieurs fois pour désigner les fondateurs des dynasties, on sera bien aise d’en savoir le sens. Tsou signifie an: cètres , principe, origine, et kao, grand , sublime, élevé ; taë signifie grand , suprème.

» 6927 re année tching-kouan, du règne de Taï-Tsoung, des Thang:

Observation. Le mot tsoung signifie henorable, et s’applique à celui des ancêtres qui, après le chef qu’on appelle fsou, s’est rendu le plus recommandable, etc.

Ù 650 1e année young-hoeï, du règne de Æao-Tsoung, des Thang. » 656 id. hien-tsing, du même.

» 661 id. 1 SL HOUS , du même.

96 664 id. lin-te, du même.

» 666 id. kian-foung, du même.

» 668 id. tsoung-tchang, du même.

» 670 id. hian-heng, du même.

» 674 id. chang-youan, du même.

» 676 id. i-foung, du même.

» 679 id. tiao-lou , du même.

» 680 id. young-lou, du même.

» 6S1 id. kaï-yo, du même.

» 682 id, young-tchun, du même.

» 683 id. houng-tao, du même.

» 684 id. sse- ÉHUR, du règne de Tchoung-Tsoung, des Thang:

Observation. L’impératrice Wou-Héou chasse son fils, le répudie el s'empare du trône; elle donne aux années de son règne le nom dé kouang-tchaï. Depuis cette année 684 jusqu’à l’année 705, Tchoung- Tsoung est toujours en exil , et c’est l’impératrice Wou Héou , sa mère, qui règne ; elle donne souvent des noms aux années , mais comme elles ne sont point désignées dans la table chinoise, on ne les TapPOES pas ici.

* M. Abel Rémusat remarque avec raison que les plus anciennes cartes européennes ressemblent singulièrement aux cartes chinoises.

Cycles,

Après Jésus-Christ.

1% année chin-loung, du règne de ZTchoung-Tsoung.

C’est dans cette année que cet empereur est rappelé et qu’il règne : on ne met point sa mère dans la liste des souverains, parce que les historiens chinois la regardent comme une usurpatrice.

1% année king-loung, du règne de Tchoung-Tsoung.

id. king-yän, du règne de Joui-Tsoung.

id, taï-ki, du même.

Il mourut quelque temps après; son successeur Ming-Hoang-Ti appela le reste de l’année du nom de sien-lian.

1 année kaï-youan, du règne de Ming-Hoang-Ti.

12° année kaï-youan, du même.

Le nom de Ming-Hoang-Ti signifie empereur éclairé; c’est un des plus grands princes qu’ait eus la Chine. On le désigne encore sous le nom de Hiouan-Tsoung.

1e année thian-pao, du règne de Ming-Hoang-Ti.

id. tchi-te, du règne de Sou-Tsoung.

id. kian-youan, du même.

id. chang-youan, du même.

id. pao-yng, du même.

id. kouang-te , du règne Tai-Tsoung.

id. young-taï, du même.

id. ta-li, du même.

id. kien-tchoung, du règne de Ze-Tsoung.

id. hing-youan, du même.

id. tching-youan, du même. id. young-tching, du règne de Chun-Tsoung.

id. youan-ho, du règne de Hien-Tsoung.

id. tchang-tsing, du règne de Mou-Tsoung.

id. pao-li, du règne de Æing-Tsoung.

id. taï-ho, du règne de Æ/en-Tsoung.

id. kaï-tching, du même.

id. hoeï-tchang, du règne de Wou-Tsoung.

4° année id. id.

1% année ta-tchoung, du règne de Siouan-Tsoung. id. hian-thoung, du règne de Y-Tsoung.

id. kian-fou, du règne de Hi-Tsoung.

id. kouang-ming, du même.

id. tchoung-ho, du même.

id. kouang-ki, du même. ’ id. wen-te, du même.

id. loung-ki, du règne de Zthao-Tsoung.

id. ta-chun, du même.

id, king-fou, du même.

id. kian-ning, du même.

id. kouang-hoa, du même.

id, thian-fou, du même.

id. thian-yeou, du même.

2° année thian-yeou, du règne de Tchao-Hiouan-11.

Tandis que la dynastie carlovingienne héritait de la puissance romaine dans le christianisme, au centre l’islamisme faisait des progrès immenses, et le bouddhisme attirait à lui toutes les âmes de l'Orient. |

Ce fut donc aussi une nécessité que l'empire chinois se montrât puissant et redoutable : il allait devenir le principal arbitre de ces grandes querelles. 3 Aussi, la dynastie des Thang représenta toutes les idées, tous les besoins de l'époque: Elle continua l’œuvre de reconstitution commencée sous la dynastie précédente.

Après son installation, Kao-Tsou (l'ancêtre élevé) se rendit au collége impérial et.y fit la cérémonie à la mémoire de Confucius. Il ordonna aux princes et aux grands de l'empire d'envoyer leurs enfants à ce collége; et il voulut que, dans tous les lieux, villes, bourgs et villages, il y eût des colléges et des écoles publiques , où l'on enseignât les livres qui contenaient les anciennes doctrines. En même temps il faisait bâtir un temple magnifique en l’honneur de Lao-Tseu , dont la philosophie était devenue la religion des tao-ssé; il approuvait aussi celle des sectateurs de Fo; mais en même temps il obligeait cent mille bonzes ou moines bouddhiques et tao-ssé d'abandonner la vie cénobitique et de se marier.

On lit dans l’histoire de Ma-Touan-Lin :

« Dans les années wou-te (618-627), le roi de Tsao (Osrouchnah en Boukharie) envoya une ambassade avec celle de Kang (Samarkand). L’envoyé tint le langage suivant“ On m'’estime brave dans mon pays, et comme on y a appris les exploits divins du roi de Thsin (Chine), on a voulu que je vinsse servir sous vos drapeaux. L'empereur fut très-flalté de cette déclaration. » Ces preux de la Boukharie, nobles de sang, pauvres de domaines, offrant leur cœur et leur glaive au divin empereur Kao-Tsou, semblent être dans l’Orient cé que furent en Occident les débuts de la chevalerie. |

Son fils, Taï-Tsoung (honorable au plus haut degré), ordonna une nouvelle édition des cinq King ou livres sacrés, pour être distribués dans l'empire. Il fit construire dans les cours de son palais de grands bâtiments où une foule de lettrés habiles furent occupés à composer des livres. Lui-même il expliquait souvent au peuple les doctrines des anciens empereurs. Il fonda dans la capitale Si-Ngan-Fou un grand collége-pour plus de dix mille élèves, et une académie littéraire chargée de rédiger l'explication des livres sacrés connue sous le nom de Tching-I (véritable sens). Une salle de son palais fut décorée des portraits de tous les grands hommes. Il établit partout des gymnases militaires, il réorganisa l'armée et composa un livre sur l’économie politique sous le titre de Miroir d’or. I fit reviser le Code civil et le Code criminel : le premier fut ren= fermé en cinq cents articles; l’autre en vingt. Les coutumes, qui, sans être des lois en avaient presque la force, furent réduites à 1590. Vers le même temps Justinien publiait son Code, et un peu plus tard Charlemagne ses Capitulaires. |

La piété filiale s'était éteinte au milieu des révolutions; Taï-Tsoung la remit en honneur. Voici comment il s’y prit. Il fit dresser une liste exacte de tous ceux qui s'étaient distingués par leur piété filiale, et ordonna qu'à l'avenir on y inscrivit ceux qui mérileraient la même faveur. Les mandarins eurent ordre de donner, par provision, à chacun | d'eux, cinq grandes mesures de riz, et de leur permettre d'écrire en gros caractères sur le seuil de leur porte ces deux mots, piété filiale, se réservant à lui-même le soin de les récompenser plus libéralement. Il assigna ensuite une mesure de riz à toutesles femmes, chaque fois qu’elles deviendraient mères, afin de leur faire entendre qu'il adoptait pour siens leurs enfants, et qu’il se regardait comme obligé de pourvoir à leur subsistance: Il détermina pareillement qu'on distribuerait, en son nom, une certaine quantité de riz aux vieillards de différents âges; deux mesures à ceux qui étaient parvenus à leur quatre-vinglième année, trois mesures à ceux qui comptaient quatre-

vinigt-dix ans et trois mesures avec deux pièces d’étoffes à tous les centenaires.

Voilà done l'empire chinois qui tend manifestement à se reconstituer dans toutes les doctrines du passé. Taï-Tsoung devient l’égal des Yao, des Chun, des Yu; il sera, comme eux, l'éternel modèle des souverains. Les lettrés lui reprochèrent pourtant une chose capitale : trop d’attachement à la secte de Fo. Le vieil empire absorbera tout, s'assimilera tout, doctrine de Confucius, doctrine de Lao-Tseu, doctrine de Fo. Le culte ancien restera son culte civil. On sera bouddhiste , tao-ssé , confucéen, tongou, mongol, mandchou; qu'importe? il faudra se soumettre aux anciennes doctrines

patriarcales.

Pendant que l'empire se reconstituait au dedans, il reprenait toute sa grandeur et

son influence au dehors.

Les Tures, qui avaient recueilli l'héritage des Sian-Pi sur le versant occidental, s'étaient divisés, dès l’an 584, en quatre principautés, dont l’une avait ses campements vers la partie méridionale du steppe des Kirghiz actuels. Celle-ci s’avança insensiblement sur le territoire byzantin et sur la Perse, où elle rencontra les Arabes.

L'empereur Taï-Tsoung, profitant de la dislocation de l'empire ture, envoya (640) une armée dans les plaines comprises entre le Kuen-Lun et le Thian-Chan, et y rétablit sa domination, Il y fonda quatre Tchin ou gouvernements militaires dont les siéges furent Koutché, Picha près de Khotan, Kharachar et Kachgar.

Bientôt les frontières de l'empire furent portées, au nord, jusqu'aux monts Altaï, et à l’ouest jusqu’à la mer Caspienne. La chaîne des montagnes du Khorassan le séparait du royaume de Po-Sse (Perse), et celle de l’'Elbourz des provinces asiatiques de Fou- Lin (empire de Byzance). Les relations commerciales et politiques avec l'Occident devinrent plus actives que jamais.

Le règne de Taï-Tsoung fut un des plus brillants de ceux qui ont illustré la Ghine, et l'empire devint l'asile de toutes les grandes infortunes, le point de mire de toutes les espérances.

IL y avait à sa cour beaucoup d’ambassadeurs. C’est alors (655) qu'on vit arriver à Si- Ngan-Fou des chrétiens nestoriens de Syrie. O-Lo-Pen, leur chef, passait pour un homme d'une éminente vertu. L'empereur envoya ses officiers au-devant de lui jusqu'au faubourg occidental. Il le fit introduire dans son palais, et ordonna qu’on traduisit les livres saints qu'il avait apportés. IL permit qu’on élevât une église dans la capitale; vingt et un prêtres la desservirent. Telle fut la première introduction officielle du christianisme en Chine. Le patriarche fit graver sur une pierre l’histoire de cette église jusqu'en 781. Des missionnaires chrétiens découvrirent ce monument en 1626, et l'inscription syriaque en fut traduite. Marco-Polo l'avait vu antérieurement (1274) pendant son long séjour à la cour impériale. IL ajoute que de son temps il y avait deux églises de chrétiens nestoriens aux environs de Nan-King.

Les nestoriens furent des intermédiaires actifs entre la Chine et l'Occident.

On vit aussi arriver à la cour de Taï-Tsoung des ambassadeurs de Yezdedjed, roi de Perse (638) et de Théodose, empereur de Constantinople (643). Ils venaient exposer à l'empereur chinois leur situation pénible. Omar, calife des Arabes auxquels s'étaient ralliés par l’islamisme les Turcs occidentaux, s’emparait alors de l'Égypte, de la Syrie ct de la Perse. Quand l’armée chinoise se présenta (661), elle ne rencontra en Perse que des Arabes et des Tures. Les légions grecques avaient été défaites et Yezdedjed lué; son fils Phirouz se réfugia en Chine et y reçut le titre de général de droite. Les Mages se relirèrent dans le Guzarate (Inde), où ils portent le nom de Parsis, Guèbres ou Gaures.

Les Arabes à leur tour envoyèrent un ambassadeur en Chine, et commencèrent leurs incursions dans l'Inde. |

Pendant ce temps les Tartars Khitans (voyez page 54) deviennent de plus en plus, menaçants sur les frontières seplentrionales. La guerre avec diverses tribus turques et avec les Thou-Fan (Thibétains) devient de plus en plus active. Les provinces sont de nouveau en proie à la guerre civile. La dynastie se meurt : les eunuques commandent les armées; les dames du palais vendent publiquement les emplois et la justice, elles apposent les sceaux de l'État; les empereurs se déguisent en femmes, se font courtiers de débauches, histrions, maîtres de chant des belles jeunes filles réunies au palais. —Cependant les temples de Bouddha se multiplient avec une profusion et une magnificence extraordinaires. On donne également des diplômes de lettrés aux sectateurs de Fo, du Tao et de Yu. On reconstitue l’académie impériale des Han-Lin. Les apôtres de toutes les doctrines sont accueillis avec une égale faveur. Toutes les idées se fondent dans le même creuset; toujours le vieil empire s’assimile les éléments qu'on y Jette, de quelque nature qu'ils soient. II y eut bien quelques réactions contre les moines bouddhistes, on en renvoya encore douze mille dans leurs familles, on détruisit un grand nombre de temples et de statues, mais le bouddhisme alla toujours croissant. A cette époque (721) l'empereur Hiouan-Tsoung fit appeler à la cour un bonze chinois de Ia secte de Fo : c'était un mathématicien fort renommé. C’est à lui que la Chine est redevable de la première triangulation de l'empire, d’une foule de travaux astronomiques’, ainsi que d’une grande sphère hydraulique, représentant le mouvement des corps célestes. Il y avait deux statues dont l’une annonçait les heures en frappant sur une cloche, et l’autre, pour les quarts, frappait sur un tambour: ces statues disparaissaient ensuite ?.

Cependant, la puissance des Arabes s'était prodigieusement développée. Depuis l'Égypte à l’est jusqu'à la rivière de Canton en Chine 8 et à l’ouest jusqu'aux Pyrénées entre l'Espagne et l’Aquitaine, ce n'étaient qu’Arabes à l’est, que Sarrasins à l’ouest : immense et mobile croissant qui s’éclairait au soleil de l'Orient pour jeter de bienfaisantes lumières dans les ténèbres de l'Occident chrétien 4. Alors ce fut à l’est et à l’ouest un carnage effroyable : l’an 87 de l’hégire (709), une armée arabe écrasa dans l'Hindoustan deux cent mille Chinois et Tartars, vers le même temps que Charles avec les bandes belliqueuses que les Avares avaient refoulées dans l’Austrasie, martelait 300 mille Sarrasins dans les plaines de Poitiers (732).

L'Europe resta chrélienne et devint féodale. Ce fut une nécessité.

La Chine reçut alors des ambassadeurs de plusieurs nations : ils venaient demander protection contre les vexations et les succès des Arabes. Parmi eux se trouvait un. prêtre chrétien envoyé par Léon, l'isaurien, empereur de Constantinople.

* Lorsque Newton venait de découvrir le télescope à réflexion, il existait à Raguse, sur une tour, un instrument du même genre. Aboul Féda dit qu'il était fait de métal chinois. Quelques savants en tirent la conséquence que les Chinois connaissaient le télescope. (Voyez page 59.)

2 C’est probablement d’après ce Système que fut construite la grande horloge de Damas, dont Ben-…

jamin de Tudéla a donné la description vers l’an 4100, ainsi que les deux horloges sonnantes envoyées en présent par Haroun-al-Raschid à Charlemagne.

* Les Arabes et les Persans faisaient à cette époque un commerce considérable à Canton. En 738 , ils excitèrent une émeute dans cette ville, à la faveur de laquelle ils pillèrent les magasins, brülèrent les maisons des marchands, puis se retirèrent par mer. Le gouverneur de Ja ville se sauva en sautant par-dessus les murailles.

Les Arabes ont été à cette époque les conservateurs des sciences grecques et hindoustaniques, et les propagateurs des connaissances industrielles de la Chine, tandis que la vieille civilisation latine avait encore une étincelle vivante au fond des cloîtres. On sait aussi que ce sont les rabbins juifs qui

servirent ordinairement d’intermédiaires entre les Savants arabes et les moines chrétiens. Le douzième siècle est la grande époque littéraire des juifs.

La Chine elle-même eut bientôt besoin de l'intervention des Arabes. Un général ture qui servait dans les armées chinoises s'était emparé de la capitale. La dynastie Thang périssait, sans l’arrivée d’une troupe d’auxiliaires arabes et ouïgours (757). Dans le récit de cette guerre Les annales de la Chine font mention de mines que l’on fait sauter et de canons qui lancent des pierres de douze livres.

L'empereur Taï-Tsoung, pour récompenser ses principaux officiers, leur distribua les gouvernements des provinces en rétablissant en leur faveur l'hérédité des fonctions et des dignités ; c'était revenir à la vassalité féodale. Un de ces gouverneurs étant venu à mourir, confirmation fut demandée pour le fils : Le successeur de Taï-Tsoung refusa. De là des guerres civiles. La victoire resta à l'empereur. La Chine ne redevint point féodale.

Il se passait quelque chose de plus sérieux.

Depuis le cinquième siècle de notre ère, le siége patriarcal du bouddhisme persécuté dans l'Hindoustan avait été transféré en Chine dans la province de Ho-Nau. Cette religion, accueillie par le peuple, tour à tour confessée et reniée par les empereurs, perpétuellement aux prises avec les lettrés, les rationalistes et les eunuques, yavait subi, dans ses conditions sociales nouvelles, plusieurs modifications relatives au dogme et à la forme. Or, des bouddhistes venus de Khotan, qui avaient autrefois fondé quelques monasières au Thibet, inquiets de ce qui se passait en Chine, insistèrent auprès du dzanpou (héros, roi), leur disciple, pour qu’il envoyät quelqu'un dans l'Inde étudier la doctrine dans toute sa pureté primitive. Un ministre fut chargé de cette mission (632). À son retour, le pieux dzanpou fit construire dans Hlassa, sa capitale, un temple magnifique (Ye-Ke-tchao), en l'honneur de Bouddha, et ordonna la traduction en langue thibétaine des livres sacrés. Cette traduction, en 108 gros volumes in-folio, est connue sous le nom de Gand-Jour (instruction orale). Il est donc constant que le bouddhisme eut dès lors deux siéges pontificaux, deux chefs de religion (ho-chang) dont les doctrines différaient en quelques points. À la Chine ces pontifes prirent, en 706, le titre de Princes spirituels de la loi', et au Thibet celui de Dalai-Lamas (grands prêtres). Les uns et les autres établis sous l'influence de la politique, eurent longtemps une existence précaire dépendante de la fortune ou de la religion des princes. Les querelles de l'Asie tendirent à constituer leur domination temporelle.

Sous le dzanpou suivant, la puissance des Thibétains prit un grand développement. Une longue période de vexations et de guerres avec les Chinois s’ouvrit alors. Au fond s'agitaient les deux grandes fractions religieuses. On fut de très-mauvais voisins.

« En l’an 787, un des ministres de l’empereur Te-Tsoung, à l’occasion de la demande en mariage d’une princesse chinoise par un khan des Ouïgours, lui représenta la nécessilé de se rallier avec ces derniers contre les Thibétains. Il proposa aussi à l'empereur d'engager le roi de Yün-nän, les rajah de l'Inde et le calife des Arabes dans les intérêts de la Chine. Il insista surtout pour obtenir la coopération du calife (mahométan), comme étant l'ennemi du Thibet (bouddhiste) et Le plus puissant prince d'Occident, et disposé d’ailleurs à resserrer les liens d'amitié avec les Chinois. L’empereur suivit les conseils de son ministre; il promit une princesse au khan des Ouïgours; il envoya des ambassadeurs au roi du Yün-nân, aux rajah des Indes et au calife des Arabes. »

Or, ce calife des Arabes qui résidait à Bagdad sur le Tigre, allié de l’empereur chinois, l'était aussi de l'empereur Charlemagne. Le mahométan Haroun-Al-Raschid altaquait le bouddhisme au Thibet et le christianisme dans l'empire de Byzance, en

* Klaproth : Mélanges asiatiques, T. T, p. 128, et Mémoires relatifs à l'Asie, T.H, p. 89.

même temps qu’il envoyait à Charlemagne, comme au glaive de la chrétienté, les clefs du Saint-Sépulcre.

Ainsi, à cette époque les trois grandes puissances qui se disputaient la terre sont bien déterminées : à l’orient, l'empire bouddhiste chinois; à l'occident, l'empire chrétien de Charlemagne; au sud, le califat des Abassides de Bagdad touche à la Chine; ses navigateurs explorent les archipels de l’océan Indien et de l'océan Pacifique : le califat des Alides d'Égypte rayonne en Afrique : le califat des Ommiades de Cordoue touche à l'empire des Francs; ses navigateurs explorent les îles de l’océan Atlantique: A l'est, comme à l’ouest, les marins arabes revoient les Hieux jadis fréquentés par les Phéniciens, leurs ancêtres ". |

Quant aux masses d'hommes qui se meuvent au nord dans toute l'étendue du versant occidental, les unes, de race jaune, ravagent le monde oriental, se convertissentà Bouddha et passent sur le continent américain ?; les autres, de race blanche, ravagent l'empire d'Occident, se convertissent à Jésus-Christ; et, rois de la mer, cheminant gaie: ment à l’ouest sur /a route des cygnes, ils fondent une république en Islande (874),.et vont s'établir sur le sol des États-Unis actuels qu'ils nomment frland-ü-Mikla (frlande: la-Grande) (1000) 3%, On y viendra officiellement dans quelques siècles. pr:

Au centre, sur le Liban, fraction de la dorsale du globe, barrière de granit élevée par la main du Tout-Puissant entre le monde oriental et le monde occidental; c’est un pêle-mêle affreux. Les populations y seront bouddhistes, musulmanes ou chrétiennes selon la nécessité; et là se videra la grande querelle religieuse qui occupe toute là

période suivante.

Quel siècle ! quel travail! quelles analyses! quel développement d'idées ! | | Quelques années après (821), la paix fut conclue entre la Chine et le Thibet. Le traité, rédigé en chinois, fut gravé sur une table de marbre, que l’on plaça à droite de

* Lorsque les navigateurs européens abordèrent, en 1417, 1432, 1444, à l'archipel des Acores, ils découvrirent, dans l’île de Corvo, une statue représentant un homme à cheval, tenant de la main gauche la crinière et montrant de la droite l'Occident. Cet Occident était l'Amérique. Le géographe arabe Edrizi mentionne aussi celte statue équestre dès l’an 4150. On a recueilli dans cette mêmeile des monnaies carthaginoises et cyrénaïques. Les imposantes ruines de Palanque, de Quiché, d’Itzalan de Copan, etc. , rappellent l'architecture indienne, égyptienne et grecque. Héritiers des habitudes maritimes des Phéniciens, les pêcheurs de Guétaria, ville d'Espagne située à 6 lieues de St.-Sébastien, con: tinuaient au xrr° siècle à aller pêcher la morue sur la côte de l’ile de Terre-Neuve, qui en avait pris le nom de Baccalaos (morue), tandis que la côte voisine où ils préparaient ce poisson se nommait Labra dor (laboratoire, lieu de travail). Journal asiatique, T. IX. Sur la carte d’André Bianco, tracée en 1456, on voit une île nommée S{oka-fixe ou Stok-Fisch, située vers la pointe de l'ile de Terre-Neuve: en 1470, le navigateur polonais Janz Kolno, au service de Christiern Il, roi de Danemark, aperçut les côtes de Labrador. (Malte-Brun : Géogr., Liv. XIX.) |

* À cette époque répond l'invasion du Mexique par les Aztèques (1196). On a trouvé en 1820, dans l'Amérique du Nord, deux figures de divinités qui rappellent le culte de l'Asie.

L'une est une idole à trois têtes, semblable (sauf les six mains qui lui manquent) aux figures de 19, Trimourti ou Trinité indienne, telle qu'on en trouve dans toutes les collections des monuments de l'Inde: elle rappelle aussi l’image de Triglaff chez les Vendes. 11 y a, sur deux faces, quelques traces d’un tatouage ou peinture par incision dans la peau, semblable à ce qu’on voit dans l'Océanie et sur la côte nord-ouest de l'Amérique.

L'autre figure, à cela près qu’elle est nue, ressemble, par les traits et l'attitude, aux images des Bourklian ou esprits célestes, telles qu'on en trouve chez les Bouriates, les Kalmouks et d’autres tribus mongoles et dont Pallas a donné la gravure. Les deux traits parallèles sur la poitrine pour= raient bien être les restes d’un caractère thibétain. (Chateaubriand : f’ oyages en Amérique et en Italie t. 1%, Notes.) ‘7°

* Bulletin de la Société royale des Antiquaires du Nord; Copenhague,

la grande porte du temple de H'lassa. Gette pierre s'y est conservée jusqu'à nos jours. Ou lit dans l'inscription :

« Ce bienfait s’étendra aux générations futures; et la voix de l'amour se fera entendre partout où brille l’éclat du soleil et de la lune. Les Pho (Thibétains) seront tranquilles dans leur royaume, et les Han (Chinois) seront joyeux dans leur empire. Chacun est obligé d'observer cette foi jurée, qui ne doit jamais être altérée ou changée ; elle a été jurée devant les trois précieux (les trois Bouddha, celui de l'époque passée du monde, celui de l’époque actuelle et celui de la future), devant tous les êtres spirituels, qui existent sous le soleil, la lune, les étoiles et la voüte bleue du ciel, et par les animaux qu'on à sacrifiés. Celui qui ne remplira pas les clauses de ce traité el quirompra le serment, sera puni par eux et poursuivi de malheurs. » (Klaproth : Magasin asiatique, t. I, p. 296.)

Onze ans s'étaient à peine écoulés que la guerre recommença. De nouveaux maitres avaient paru au désert : c'étaient les Hakas (visages rouges), anciens Kian-Kuen, de souche germanique, qui, mêlés aux Turcs Hoeï-hé, formèrent les Kirghiz de nos jours. Ils dépouillèrent les Thibétains d’une partie de leur territoire. Pendant que ces grandes scènes tumultueuses se passaient dans la haute Asie, la Chine consacra quelques soins à son administration. Un des grands de l'empire fit le rapport suivant :

« L'empereur entretient plus de huit cent mille hommes de guerre; les marchands, les bonzes de Ko et du Tao, ainsi que les autres individus qui ne travaillent pas à la terre, sont dans le même rapport que cinq ou six à dix (c’est-à-dire que le nombre en était plus élevé que celui de la population agricole); il en est de même de tous les sujets de l'empire: il n’y a que trois parties à peu près sur dix qui travaillent à la sueur de leur front, et c’est à la faveur de ce rude travail que les sept autres parties doivent trouver de quoi manger et s'habiller; le nombre des mandarins civils qui ont des appointements n’est pas au-dessous de dix mille; beaucoup de bourgs sont devenus des villes detroisième ordre. Selon l’ancienne règle, un mandarin du premier ordreavait par mois mille mesures de grains ou de riz, et trois mille onces d'argent (22,500 francs). Les malheurs de la guerre ont obligé d'augmenter et Le nombre des mandarins et leurs appointements, en sorte qu’on a vu jusqu’à neuf mille onces d'argent (67,500 francs de notre monnaie) données par mois aux grands du premier ordre. Pour les autres mandarins, le terme moyen des appointements est de mille onces d'argent (7,500 francs) par mois, et même un peu plus depuis quelque temps. » En conséquencede l'ordre que donna l'empereur pour délibérer sur le nombre des mandarins à réformer, on diminua ce nombre, et la diminution fut de mille sept cents; on diminua en proportion Îe nombre des villes du premier, du deuxième et du troisième ordre.

Dans l'année 845, on rendit compte à l’empereur du nombre des bonzes, des bonzeries, et des temples de Fo, qui existaient dans l'empire. Les grands mandarins des rits et des cérémonies présentèrent un placet à l’empereur à ce sujet. Ensuite Wou-Tsoung fil publier un ordre qui portait que l’on devait détruire dans tout l'empire les temples de Fo, faire quitter aux religieux des deux sexes leurs monastères, et les renvoyer dans leurs familles ; comprendre leurs terres au nombre de celles qui devaient payer tribut, et mettre leurs esclaves au rang du peuple.

Les mandarins chargés de faire le rapport sur le nombre des temples de Bouddha qui existaient dans l'empire, n’avaient pas fait mention des temples des autres religions étrangères qui s'étaient aussi répandues en Chine, et dont l’une était la religion du Za-Thsin ou de l'empire romain (celle des chrétiens nestoriens, à ce que l'on pense), l'autre celle de Mou-Hou-Fou (que l'on présume être celle des Mages ou Mobeds). Par un second édit, l'empereur voulut que les ministres de ces deux religions fussent aussi

obligés de quitter leurs monastères, et de retourner dans leurs familles pour y être soumis aux mêmes corvées que le peuple ; l'empereur Wou-tsoung ordonnait en même temps de remettre les ministres de ces deux religions, qui étaient étrangers, aux commandants des frontières, pour être renvoyés dans leurs pays. L'empereur disait qu'il ne convenait pas que ces deux religions fussent les seules religions étrangères permises à la Chine. Seulement il voulut conserver dans les deux cours de Si-Ngan-Fou et de Lo-Yang, ainsi que dans chacune des provinces, un nombre déterminé de monastères et de bonzes de Fo, en les plaçant sous la direction des mandarins qui avaient soin des affaires des pays étrangers, parce que, disait l’ordre de l’empereur, {a religion de Fo est venue du pays des Indes. 4 |

Un dénombrement fait à cette occasion fit connaître qu'il y avait quatre mille six cent soixante temples et monastères autorisés par les empereurs, et quarante mille bâtis par des particuliers; que le nombre des religieux et des religieuses était de deux cent soixante mille cinq cents; que celui des ministres des religions du Zu-Thsin et du Mou-hou-fou était d'environ trois mille. On dit en général que les terres des bonzes où religieux de la secte de Fo étaientimmenses; mais on spécifie expressément le nombre de leurs esclaves qui était de cent cinquante mille.

Wou-tsoung rétablit ou renouvela, dit-on, une loi qui subsiste encore aujourd’hui, et qui retient dans le devoir tous les mandarins de la capitale, de qui dépendent les autres mandarins employés dans les provinces. Cette loi porte que tous les cinq ou tous Les sept ans on examinera sévèrement la conduite que ces premiers fonctionnaires de l'empire ont tenue dans l'exercice de leurs charges. C’est même un usage qui se pratique constamment, que chacun de ces mandarins fasse par écrit un aveu sincèreet détaillé de toutes les fautes dans lesquelles il est tombé, et en demande pardon à l’em pereur.

S'il arrive que, dans cette humble confession qu'ils sont obligés de faire, ils excusent leurs fautes, ou s'ils s'efforcent de les déguiser et d’en diminuer la grièvelé, ils n’ont nulle grâce à attendre, et ils sont privés irrémissiblement de leur emploi.

Il ÿ eut bientôt uneréaction en faveur des moines de Fo. L'empereur Siouan-Tsoung (847) leur permit de reconstruire leurs temples et leurs monastères. Mais six ans après on défendit aux sujets chinois de se faire religieux. Ce fut sur la proposition d’un grand de l'empire : il disait « que les populations étaient trop misérables, et que l'on voyait avec indignation les bonzes et les bonzesses avoir tout à discrétion pour leur nourriture, leur vêtement et leur logement, sans être d'aucune utilité pour l’État, et qu'il serait mieux que les religieuses travaillassent à l’entretien des vers à soie, et que les religieux cultivassent la terre pour subvenir aux besoins de l'empire. » Quatorze ans après cela, l'empereur Y-Tsoung assistait aux sermons des bonzes, allait au temple de Bouddha faire des cérémonies et réciter des prières: il écrivait de sa propre main les livres de cette divinité étrangère et prodiguait des largesses aux bonzes. Il envoya chercher fort loin au monastère de Fa-Men-Sse, un os de cette divinité qui fut apporté en grande pompe à Si-Ngan-Fou. Les moines, vingt fois détruits, vingt fois reparurent plus nombreux, plus puissants que jamais. Or, des choses semblables se passaient alors dans le monde chrétien. Les moines furent une nécessité : ils ont rendu d’immenses services; l’histoire moderne les justifie.

Maintenant le temps et l’espace nous manquent pour raconter, pour énumérer seulement toutes les choses qui se passèrent alors en Chine. Les eunuques, depuis si longtemps arbitres absolus des affaires publiques, sont massacrés dans toutes les provinces, en vertu d'un décret impérial (903). Chose singulière : ces hommes dégradés par leurs semblables furent les soutiens des mœurs antiques dégénérées ! L'influence

des lettrés commence sans partage; elle se perpétue jusqu'à nos jours, presque sans interruption. Ils auront tous les emplois, toutes les dignités; bouddhistes ou rationalistes dans leur conscience, ils seront en même temps les ministres publics du culte civil de Yu.

Avec les eunuques s’éteignit la dynastie des Thang (907). Elle 1 ne possédait plus que les deux provinces de Ho-Nan et de Chân-Toung. Les gouverneurs des autres provinces s'étaient rendus indépendants; comme à cette époque en France, toute unité nationale et politique avait disparu en Chine. Les Turcs Ouïgours étaient maîtres du Tangout et d’une partie du Chen-Si. Les Tartares Khitans régnaient à Yan (Péking) etse posaient les dispensateurs des trônes. Alors commença une série de petites dynasties; les cinq premières portent le nom de Dernières successions. Nous donnerons d’abord les listes impériales.

Quatorzième dynastie, dite des Liang postérieurs, de 907 à 921. — Trois empereurs.

Cycles. Aprés Jésus-Christ, 60 907 re année kaï-ping, du règne de Tüi-Tsou , de la dynastie des Liang.

Ici commencent les cinq dernières successions Heou-Ou-Taï, qui sont les Liang, les Tang, les Tsin, les Han et les Tchéou.

» 911 1'° année kian-hoa, du règne de Tui-Tsou, des Liang. » 913 id. kian-hoa, du règne de Tchou-Tching, id.

» 915 id. tching-ming, du règne de Tching, id.

» 921 id. loung-te, du même.

Quinsième dynastie, dite des Tang postérieurs, de 923 à 934. — Quatre empereurs.

Cycles Après Jésus-Christ, ! 923 {'° année thoung-kouang, du règne de Zchouang-Tsoung, des Thang postérieurs.

» 926 id, thian-tching, du règne de Ming-Tsoung, id. » 930 id. tchang-hing, du même.

» . 954 id. yag-chun, du règne de Min-Ti, id. » 934 id. tching-taï, du règne de Lou- Wang, id.

Seixième dynastie, dite des Tsin postérieurs, de 936 à 944.— Deux empereurs.

» 956 17° année thian-fou, du règne de Kao-Tsou, des Tsin postérieurs.

943 8° année thian-fou, du règne de Ze hou-Tchoung g-Kouei, id. 944 1" année kaï-yun, du même.

Dix-se ptième dynastie, dite des Han postérieurs, de 947-948. — Deux empereurs.

Cycles. Après Jésus-Ch rist,

» 947 12e année tching-tsin-thian-fou, du règne de Æuo-Tsou, des Han postérieurs.

Ù 948 1e année kien-yeou, du règne de Yn-Ti, id.

Dix-huitième dynastie, dite des Tehéou postérieurs, de 951 à 954. — Deux empereurs:

Cycles. Aprés Jésus-Christ,

60 951 Are année kouang-chun, du règne de Zai-Tsou, des Tchégu

postérieurs.

; 954 id. hien-te, du règne de Chi-Tsoung, id.

Observation. Ici finissent les cinq dernières successions.

Dix-neuvième dynastie, dite des Soung, de 960 à 1119, —Dix-huit empereurs.

» 960 1" année kiang-loung, du règne de Tai-Tsou, des Soung. » 963 id, kian-te, du même.

61 964 2* année id. id.

» 968 1° année kaï-pao, du même.

» 976 id. taï-ping-hing-kouë, du règne de Zui-Tsoung, des Soung.

» 984 id, young-hi, du même.

» 988 id. touan-koung, du même.

» 990 id. tchun-hoa, du même » 995 id. Lchi-tao, du même.

» 998 id. hian-ping, du règné de Tchin-Tsoung, des Soûng » 1004 id. king-te, du même.

» 1008 id. La-tchoung-tsiäng-fou , du même.

» 1017 id. thian-hi, du même.

» 1022 id. kian-hing, du même. 4.

» 1023 id. thian-ching, du règne de Jin-Tsounÿ, des Soung. 62 1024 2° «añiéé es id: id.

» 1052 1 année ming-tao, du même.

°» 1054 id. Eing-yeou, du même, » 1038 id. pao-youan, du même.

» 1040 id. keng-ting, du même.

» 1041 id. tsing-li, du même.

» 1049 id, hoang-yeou, du même.

» 1054 id. tchi-ho, du même.

» 1056 id. kia-yeou, du même. és à 1064 id. tchi-ping, du règne de Yng-Tsouñg, des Soung. » 1068 id. hi-ning, du règne de Chin-Tsoung, id. » 1078 id. youan-foung, du même.

63 1084 7° année youan-foung, du même.

» 1086 1" année ÿouan-yeou, du règne de Tchi-Tsoung. » 1094 id. chao-ching, du même. | » 1093 id. youan-fou, du même.

» 1101 id. kian-tchoung-king-kouë, du règne de Hoëi-Tsoung. » 1102 id, tsoung-ning, du même, > 1107 id. ta-kouan, du même, »

1141 id. tching-ho, du même,

Cycles. Après Jésus-Christ, ZE ; 63 1115 Ar année où le chef des Kin, Tuï-Tsou, commença à prendre

le titre d’empereur, ti.

Ces Kin portaient aussi le nom Zu-Chin; ils venaient d’éteindre le royaume de Liao, et ils travaillèrent ensuite à s'emparer de toute la Chine. Les Tartares-Mantchous d'aujourd'hui se disentles descendants de ces mêmes Ki.

» 1118 4e année tehoung-ho, du règne de Hoeï-Tsoung. » 1119. id. hiouan-ho, du même.

» 1123 chute de la dynastie des Tsoung.

L'empire chinois en est donc réduit à la seule possession des provinces de Ho-Nan et de Chan-Toung. Des gouverneurs, des princes tartars, des rebelles, érigent les autres parties du territoire en royaumes indépendants. Ils sont, comme les empereurs légitimes, propriétaires exclusifs du sol, percevant la dime sur leurs fermiers. Les Litres féodaux étaient restés, mais sans conserver de valeur politique.

C'était l’époque où les fils de Charlemagne venaient de délier, dans le mouvement de leurs querelles, le faisceau des francisques, si glorieusement noué par le nouvel empereur d'Occident, couronné de la main de Dieu. De la diète de Tibur, en 887, date l'existence des principaux États de l’Europe. A la chute de la dynastie carlovingienne (987), le royaume de France ne consistait plus que dans les villes de Laon, de Soissons et de Compiègne. Il s'agrandit, mais pour se subdiviser en une multitude de petites souverainetés vassales, Toutes les formes sociales, religieuses et morales subirent la même décomposition, la même inféodation. Et l'Europe entière se trouva dans un état semblable.

Le royaume de France et l'empire chinois, dans leur extrême division, n’en reslèrent pas moins les vrais centres où convyergeaient toutes les idées qui agitaient l'Occident et l'Orient. Entre eux se trouvaient toujours les Barbares ou Tartars au nord, et les Arabes ou Maures au sud.

Nous ne pouvons esquisser ici que les traits généraux qui caractérisent les deux grandes formes symétriques sous lesquelles la civilisation se manifesta toujours aux deux extrémités opposées de l’ancien continent, ou, ce qui est la même chose, dans les deux grandes vallées où coulent, comme deux immenses fleuves, l'océan Pacifique et Locéan Atlantique, et dont les lignes de faîte sont sur l’arête dorsale du globe. Les détails se trouvent dans Loutes les histoires.

Les cinq dernières successions chinoises passèrent comme des tempêtes, ne laissant après elles que des ruines et des débris. La dynastie des Soung recueillit ces débris, releva ces ruines et reconstitua l'empire, mais encore une fois sur les bases primitives du vieil édifice. Toutes les idées nouvelles qui avaient germé, qui s'étaient développées au milieu de la dissolution, quelle que fût leur nature, se réduisirent toujours à une même dénomination, car il fallait qu’elles entrassent dans la perpétuelle unité chinoise.

Done, Taï-Tsou, le premier empereur de la dynastie des Soung, dès son avénement au trône (960), s’empressa de remettre en honneur Confucius, le restaurateur des anciénnes doctrines, le maître de La nation. I alla visiter le lieu de naissance du philosophe et composa son panégyrique; il revêtit aussi un de ses descendants d'un titre qui lui donnait un rang très-élevé dans l'empire. Puis on le vit s’entourer des lettrés ou docteurs les plus renommés, s’entretenant familièrement avec eux sur les livres canoniques, sur l'antiquité et sur les sages des trois premières dynasties. Bientôt l'œuvre fut achevée : les lettrés qui professaient les anciennes maximes gouvernementales furent appelés à remplir toutes les fonctions de l'État ; des concours furent institués

entre eux, les uns pour l’état civil, les autres pour l’état militaire; et l'opinion se fortifia, que celui qui entend bien les écrits des anciens doit, par une conséquence nécessaire, être un magistrat intègre, un habile administrateur et un excellent militaire. Depuis celte époque, les lettrés ne forment plus un Corps simplement académique, mais essentiellement politique. L'empereur rétablit aussi les anciens colléges et en fonda de nouveaux. Enfin, le plus grand mérite de Taï-Tsou fut d’avoir misen pratique, à un éminent degré, les cinq vertus capitales : Jin, y, li, tchà, sin, C'est-àdire l'humanité, la justice, l'amour de l’ordre, des cérémonies et des usages de Ja nation, la droiture et la bonne foi.

Les instincts nationaux qui travaillaient à rendre à la Chine sa grande figure patriarcale, furent merveilleusement secondés par l'art typographique qui venait d'être découvert. Ge fut sous l'empereur Ming-Tsoung (931 ou 932) que le ministre Foung-Tao demanda l'autorisation nécessaire pour qu’une édition des King, à l'usage des élèves du collége impérial, fût gravée, imprimée et vendue au public. Cette édition, imprimée avec des planches de bois, parut en 952 :. Tous les anciens livres furent réimprimés et répandus à profusion dans l'empire. Les moralistes, les littérateurs, les poëtes, les chroniqueurs se multiplièrent à l'infini. L'intelligence, rappelée à l'étude des vieilles institutions, y assimila bientôt les idées nouvelles, et les âmes y puisèrent de nouvelles inspirations.

Jamais peut-être les esprits ne furent plus actifs qu'à cette époque; jamais ils n'avaient divisé, décomposé, analysé plus intimement les formes anciennes et les nouvelles. Or, le même travail se manifesta aussi activement dans l’état politique, social et religieux. ù

C'est dans ces circonstances que l’usage du papier-monnaie prit une grande extension.

Sous la dynastie des Thang (807), la multitude des statues des saints de la religion de Fo avait absorbé beaucoup de métal. Le cuivre monnayé était devenu rare. On obligea les marchands à déposer leur numéraire dans les caisses publiques; et pour faciliter le commerce, ils reçurent en échange des bons du trésor nommés fey thsian (monnaie volante). Trois ans après ce papier n'eut plus de cours que dans les provinces.

« Le fondateur de la dynastie des Soung (960) permit aux marchands de déposer leur argent ou même des marchandises dans les divers trésors impériaux; les bons qu'ils en recevaient étaient des pian thsian (monnaie commode). On les reçut partout avec empressement. En l'an 997, il existait de ce papier pour 1,700,000 onces d’argent, et en 1021 on en mit encore en circulation pour 1,130,000 onces. »

« C'est dans le pays de Chou {province actuelle de Sse-Tchouan) qu’on a introduit pour la première fois un véritable Papier-monnaie, c'est-à-dire des assignats qui remplacèrent l’argent sans être garantis par une hypothèque quelconque.

Ces assignats furent appelés tchi-tsi (coupons). Sousierègne deTchin-Tsoung (997-1099) on suivit cet exemple, et l’on fit des assignats sous le nom de Æiao-tsu (changes). Ils étaient payables tous les trois ans; de sorte que, dans l’espace de soixante-cinq ans, il devait \ avoir vingt-deux termes de payement. Chaque kiao-tsu valaitune enfilade de mille deniers : et représentait une once d'argent pur. Seize maisons des plus riches dirigèrent cette opé:

* À la manière dont l’histoire rapporte ce fait, il semble qu'il s’agit ici, non d’une invention, mais d’une chose déjà connue. En 1512, l'empereur Jin-Tsoung fit déposer dans le collége impérial de Péking des cylindres gravés durant le 1x° siècle, et dont un missionnaire, au moyen d'empreintes obtenues sur le marbre même, a envoyé à Paris des inscriptions. Il y a même des écrivains qui prétendent qu'à celle époque on se servait déjà de caractères mobiles en terre cuile, procédé qui aurait été

ensuite négligé , comme peu compatible avee Ja nature complexe de l'écriture chinoise. On ne le remit en usage que vers l'an 1600. i

ralion financière; mais, par la suite, ces entrepreneurs n'étant plus en état de remplir leurs engagements, ils furent forcés de faire banqueroute, ce qui donna lieu à beaucoup de procès. L'empereur abolit les assignats de cette compagnie, et Ôta aux particuliers la faculté d'émettre du papier-monnaie, en se réservant d'établir une banque d’assignals \ Y-Tchéou. Vers l’an 1032, il ÿ avait en Chine pour 4,256,340 onces en kiuo-tsu. En 1068 on s’aperçut qu’il én existait de faux, et l’on punit les contrefacteurs de la peine appliquée aux fabricateurs des cachets du gouvernement. On établit plus tard et à diffé rentes reprises, des banques de kiao-tsu dans plusieurs provinces de l'empire. Les assignats d'une province n’avaient pas cours dans les autres. Souvent on changea les termes du payement et leur mode de circulation. (Klaproth : Mémoires relatifs à l'Asie, t. I, p. 378 et suiv.)

Depuis que les Khitans, peuple tongou, dominaient dans la Mantchourie actuelle et sur le versant occidental, toute relation commerciale avec l'Occident avait cessé par les routes du désert; mais il était devenu fort actif sur les côtes maritimes avec les naviga- Leurs arabes. Cependant l'histoire mentionne encore une ambassade envoyée en Chine, par Michel Ducas, empereur de Constantinople (1081). L'Europe oublia bientôt l’existence de l'empire chinois qui se fractionnait, comme elle, en une multitude de petites souverainetés.

Dans cet état de choses, il s’était formé parmi les principaux dignitaires, un parti de réformateurs qui prétendaient tout changer, tout régénérer d’après des principes diamétralement opposés à ceux des anciens temps. A leur tête se trouvait Wang-’An-Chi, premier ministre de l'empereur Chin-Tsoung. Le projet fut rédigé et sanctionné (1069). L'empereur mourut avant la mise en vigueur de la nouvelle constitution. La Chine conserva done ses anciennes lois. Mais tributaire de tous les Tartars qui ne cessaientd'envahir ses provinces, épuisée par les révolutions, travaillée par les idées religieuses de Fo qui avait pénétré partout, lasse enfin, elle fut par elle-même incapable de se reconstituer dans son unité nationale et sociale. Il fallut que les Tartars, peuple nouveau, mais toujours de race Jaune, se chargeassent de la besogne.

La Chine ayant donc appelé à son secours les Longous Iu-Chin contre les tongous Khitans du Liao, la puissance de ceux-ci fut détruite. Mais les Iu-Chin, poussant leurs conquêtes au sud, traversèrent le fleuve Jaune, s’emparèrent de la capitale de la Chine el fondèrent la dynastie des Kin ou d'Or. Celle des Soung se réfugia à Hang-Tchéou , chef-lieu de la province de Tché-Kiang, où elle continua de régner jusqu’à l’arrivée des Mongols.

Pendant ces cinq cents ans qui viennent de s’écouler, le monde oriental a donc travaillé, Selon sa mission providentielle, à l'œuvre de l'humanité. Sa langue parlée se présente à cette époque modifiée dans tous ses dialectes; sa langue écrite a subi aussi de notables modificalions : depuis cette période, l'écriture chinoise diffère peu de celle qui est aujourd'hui en usage. La poésie fut aussi réformée : elle adopta les règles qu'elle observe encore actuellement. (Abel Rémusat: Nouveaux mélanges asiatiques, tome IT, page 177).

Au reste il en fut de même dans l'Occident. C’est pendant cette période que s’élabora la langue française, qui, dèsle x° siècle, se montre sous des formes dont lesformesactuelles ne sont que des développements. La langue italienne, l'espagnole, la portugaise, la vala-

que, laromaïque ou grecque moderne, l'anglaise, la flamande, la slave, la persane, l'arabe moderne, l'hindoustani, et peut-être toutes les langues qui sont actuellement en usage Sur la terre, datent de cette période leur origine ou leurs modifications. Mais comme ces langues s'étaient formées dans le rapport des divisions territoriales, chacune Se manifesta d'abord en une grande variélé de dialectes. Il faudra toute la période

suivante pour que les systèmes phonétiques se nationalisent sur de plus gvailes surfaces. CT.

Le caractère général de toutes ces langues fraiches écloses dénote un immense progrès dans l'humanité. La plupart des langues de l’âge polythéistique précédent affectaient des formes plus ou moins complexes ; et, au moyen de certaines finales ajoutées à la partie fondamentale des noms, elles avaient personnifié tous les êtres et même leurs qualités. Les langues nouvelles rejetèrent un grand nombrede ces finales, et ayec elles les principaux indices du genre et du cas ; elles perdirent presquetoutes la voix passive etla voix commune, elles effacèrenten partie les signes personnatifs des verbes et adoptèren! généralement un autre signe pour le temps futur. Modifiant encore le signe radical et la construction de la phrase, elles donnèrent plus de précision au mot, plus de facilité à la syntaxe, plus de lucidité à l'expression de la pensée. Ainsi dépouillées de la plupart de leurs caractères de paganisme, elles s’offrirent à la science et à l’art plus simples, plus ingénues, plus aptes à phonétiser la transformation sociale qui s'était opérée sur la terre. Ce travail de simplification continue; la langue anglaise parait en être l'expression la plus avancée. | il° PÉRIODE, DU XI° AU XVI° SIÈCLE DE NOTRE ÈRE. (Croisades, Mongols.) é Au commencement de cette période, la domination des Arabes s'était divisée en une multitude de petites souverainetés, que des schismes nouveaux continuaient à diviser encore ‘, Les Turcs, leurs voisins, reprirent la mission du prophète et la continuèrent avec une énergie nouvelle. ‘le Dès l'an 1000, Mahmoud, descendant d’un esclave turc qui s'était emparé de Ghazna, fonda la dynastie des Ghaznévides, dans le même temps que Seldjouk, chef d’une tribu de Turcs hoeï-hou des environs de Boukhara, fondait la dynastie des Seldjoucic À ceux-ci s'étaient ralliés les Gouzz ou Turcomans, débris des anciens Thouki-Chi, repoussés par les Iu-Chin, maîtres de la Chine septentrionale. | + La lutte s’ouvrit bientôt entre ces deux dynasties rivales. Les Ghaznévides suCCOM bèrent, et le calife de Bagdad, vicaire de Mahomet, consacra Thogrul le Seldjouci Sultan d'Orient et d'Occident (1051). é Les Seldjoucides, plus que les Arabes, farouches propagateurs de l'islamisme, poussant leurs conquêtes à l’ouest, enlevèrent la Syrie et la Palestine aux émirs arabes, l'Arménie et la Cappadoce aux empereurs de Byzance (1071). 4008 Dix ans après, le begh Kilidje Arstan franchit le Taurus occidental, partie de l’arêtedes deux versants généraux du globe, et envahit l'Asie Mineure, belle et riche presqu'ile, jadis le foyer le plus actif du polythéisme, et alors toute peuplée de chrétiens livrés exclusivement à des querelles religieuses : ces populations ne surent opposer aux perséculions que la gloire du martyre.

Toute la chrétienté de l'Asie Mineure, de la Syrie el de la Palestine fut abimée. La chrétienté d'Europe s’en émut. Or l’Église romaine en se constituant avait recon- Stilué la société européenne. Le pontificat romain, ‘suprême pouvoir spirituel, tendil donc nécessairement à devenir aussi suprême pouvoir temporel. « Il n'y a pas dë royaumes, dit le bénédictin dom Clément, que Grégoire VII ne prétendit être tributaire

CG

: L'empire des califes était devenu la proie d’une foule de petits souverains ou émirs : les Ommiades régnaient en Espagne: les Fatimites possédaient depuis le commencement du x° siècle la Syrie, l'Egypte, une partie de l'Arabie et de l'Afrique; les Hamadanites avaient la Mésopotamie, l’Assyrie et le Kourdistan; les Bowaïh la Perse occidentale; les Sammanides occupaient depuis 874 le Mawarannahar , le Khorassan et le Sedjestan ; aux Dilémites appartenaient le Thabaristan, le Mazandéran, le Ghilan et le Chirwan ou Dilem. Il ne restait aux ealifes 4bbassides que Bagdad et quelques provinces environnantes.

du saint-siége; et, pour le prouver, il ne craint point d'alléguer des titres qui se conservaient, disait-il, dans les archives de l'Église romaine, mais qu'il n'osa jamais produire. » Il s'agissait bien de titres écrits! les titres légitimes du christianisme à la suprématie temporelle étaient dans toutes les âmes. Toutes les âmes de l'Occident tenlaient manifestement, depuis le sixième siècle surtout, à entrer dans la grande unité religieuse qui s'appelait Église, comnie toutes les idées philosophiques, dans la grande unité scientifique qui s'appelait Théologie, et dont la scolastique ne cessait, depuis Charlémagne , d'élaborer les formules: tous les arts venaient aussi prendre place dans la grañde unité monumentale qui allait s’appeler Cathédrale.

Ainsi s'essayait le christianisme à l'universalité, à l'unité catholique spirituelle et temporelle que le Verbe a révélée aux hommes comme conquête de l'intelligence et du cœur et comme fin des misères humaines. Gardons-nous donc d'accuser Grégoire VIT, (out son Siècle fut solidaire. Mais déjà, dans ce siècle-là même, entrent en lutte les nominalistes et les réalistes, qui se mettent, à leur insu, à tout diviser encore une fois. Cependant le pouvoir temporél du pontificat ne tombe pas quand cette lutte commence: loin de là, il monte à son apogée jusqu'au milieu de Ia période, il descend ensüile pendant l’aütré moitié, pour venir S’abimer dans le protestantisme du xvie siècle.

Toute la chrétienté d'Europe s’émut à la nouvelle dé l’irruption des Turcs seldjou-

cidés qui continuaient la mission temporelle et spirituelle de l'islamisme. L'Europe se trouvait alors dans les conditions, politiques sociales et morales les plus favorables pour eoinmencet là lutte d'une manière officielle : la première forme féodale en était arrivée à une époque dé décomposition complète, et toutes les couronnes des rois se rattachäient d’elles-mêmes à la tiare des pontifes. Les destinées de l'Europe, celles de l'humanité tout entière élaient en cause. Aussi, à la voix d'Urbain IT, tous les guerriers chrétiens se trouvèrent âu concile de Clermont ‘ (1098); l'entrainement fut général et Spontané : les croisades durèrent près de deux cents ans. À cette époque, la haine du bouddhisme contre l’islamisme n’était pas moins fervente que celle du christianisme. Aussi le litre de Sultan d'Orient et d'Occident ne fut pas un vain titre: les Turcs eurent alors à combattre les bouddhistes qui accouraient du fond de l'Orient et les chrétiens qui accouraient du fond de l'Occident. La lutte générale se formula près du tombeau de Jésus-Christ, où finit la vallée occidentale et commence la vallée orientale, aux limites communes des deux mondes; ear c'était une nouvelle phase humanitaire qui se préparait.

Or, c’est encore l’histoire de la Chine qui nous initie à l'intelligence de ces grands événements:

Dynastie dite des Kin, régnant simultanément avec celle des Soung:

Cycles. Après Jésus-Christ.

65 1195 1" année thian-hôéï, du règne de Tai-Tsoung, des Kin.

Les Kin étaient déjà maîtres d’une partie de la Chine; mais ils ne sont point regardés comme empereurs : on ne qualifie du titre d’empereurs que ceux de la race des Soung.

» 1126 Are année king-kañg, du règne de King-Tsoung, des Soung. » 1127 id. kien-yen, du règne de Æao-Tsoung, id.

* fl est à remarquer que ce fut à ce même concile que le titre de pape fut attribué exclusivement au souverain pontife,

1e année chao-hing, du même.

9° année thian-hoéï, du règne de Zaï-Tsoung, des Kin.

15° année thian-hoéï, du règne de Hi-Tsoung, des Kin, quia continué à désigner les années comme auparavant.

1e année thian-kiouan, du règne de Ai-Tsoung, des Kin.«

id. hoang-toung, du même.

14° année chao-hing, du règne de Kao-Tsoung, des Soung.

4° année hoang-tsoung, du règne de Hi-Tsoung, des Kin,

17° année thian-te, du règne de Tchou-Liang, id.

id. tching-youan, du même.

id. tching-loung, du même.

id. ta-ting, du règne de Chi-Tsoung, des Kin.

id. loung-hing, du règne de Hiao-Tsoung, des Soung, id, kian-tao, du même.

id. tsun-hi, du même. w id, tchao-hi, du règne de Kouang-Tsoung, des Soung. id. ming-tchang, du règne de Tchang-Tsoung, des Kin: id. tsing-youan, du règne de Ning-Tsoung, des Soung.

id. tching-ngan, du règne de Zchang-Tsoung, des Kin. id. kia-taï, du règne de Ning-Tsoung, des Soung. id. laï-ho, du règne de Tchang-Tsoung, des Kin.

4 année kia-taï, du règne de Ning-Tsoung, des Soung.

id. tai-ho, du règne de Tchang-Tsoung, des Kin. 1 année kai-hi, du règne de Ning-Tsoung.

id. kia-ting, du même,

id, la-ngan, du règne de Zchou-Young-Ki, des Kin. id, isoung-tsing, du même,

id. tchi-ning, du même.

La même année Young-Ki mourut. Son successeur Xiouan-Tsoung chan gea le nom de l’année.

1° année tchin-yeou, du règne de Æiouan-Tsoung, des Kin…

id. hing-ting, du même.

id. youan-kouang, du même.

id. tching-ta, du règne de Noui-Tsoung, des Kin.

id. pao-tsing, du règne de Li-Tsoung, des Soung. | id. chao-ting, du même. ?

id. thian-hing, du règne de Nqaï-Tsoung, des Kin. id. touan-ping, du règne de Li-Tsoung, des Soung.

Cest cette année que finit l'empire des Kin.

1° année kia-hi, du règne de Li-Tsoung, des Soung.

id. tchun-yeou, du même.

id. pao-yeou, du même, id. kai-tsing, du même.

id. king-ting, du même.

Les successeurs de Taï-Tsoung, premier empereur des Kin, poursuivirent leurs conquêtes sur la dynastie des Soung retirés sur le versant méridional des Nan-Ling.

Hi-Tsoung voulant s’affectionner ses nouveaux sujets, rendit au philosophe Confucius les honneurs posthumes qu’on a coutume de lui décerner. Mais les Kin n’eurent pas le temps de se nationaliser en Chine : les Mongols grandissaient au désert. Ils devaient exterminer les Kin au centre de la Chine, soumettre à leur tour les autres tribus tar- Lares de l'Asie et envahir l’Europe jusqu'aux Alpes Carniques.

Gette fois encore le mouvement partit primitivement d’un point de la ligne faitière des deux grandes vallées où s’agitent la civilisation orientale et la civilisation occidentale. Yésoukaï, chef d’une tribu mongole, avait ses campements dans le massif de Kenteï (page 5), qui sépare les eaux de l'Onon et du Kéroulen à l’est, de celles de la Toula à l'ouest. Au retour d’une expédition contre les tribus voisines (1163), sa femme lui présenta un fils qu'il nomma Témoudjin, du nom d’un chef tartar qu’il venait de vainere. Treize ans après, ce jeune prince, ayant hérité des États de son père, força toutes les tribus du désert à reconnaître sa supériorité et à se rallier à sa bannière. Comme il avait épousé la fille d'un chef de kéraïtes, chrétien et prêtre nestorien, les chrétiens s'imaginèrent que Témoudjin s'était converti. Les bouddhistes le crurent aussi pour leur propre compte. IL était simplement monothéiste radical, et n'avait de commun avec les bouddhistes et les chrétiens qu'une même haine contre les nations musulmanes. En l'an 4206, ayant assemblé tous les khans du désert dans la vallée du Khou-Khou-Noor, il se fit élire Tchinggis-Khan et proclama l’affranchissement des tribus mongoles.

Jusque-là, ces tribus, placées sous la dépendance de tous les maitres successifs du désert, n’avaient joué qu'un rôle fort secondaire. Tchinggis-Khan voulut un immense empire, une vengeance immense. Il attaqua d'abord les Kin sur le versant oriental dans les plaines de la Chine (1211), et huit ans après il mit en mouvement une armée de sept cent mille hommes contre les Turcs du Kharism qui dominaient sur le Turkestan actuel ét sur toute la Perse, et qui tout récemment avaient mis à mort ses ambassadeurs. Les armées mongoles passèrent comme un torrent. Les Kharismiens dispersés se replièrent vers la Syrie où leurs dévastations provoqueront un peu plus tard la première croisade de saint Louis. Une division mongole détachée du corps principal allà camper dans la plaine de Moghan en Géorgie, d’où elle franchit le Caucase par le défilé de Derbend et se jeta sur le Kaptchak (vallées inférieures du Volga et du Jaïk). Les Tures Ouzes et les Slaves, cette fois réunis dans un même sentiment de frayeur, joignirent en vain leurs forces : ils furent vaincus (1223) dans la plaine de Kalets (gouvernement d'Ekaterinoslaf).

Cette première expédition terminée, Tchinggis-Khan remit le commandement de ses conquêtes à ses fils, et revint avec les dépouilles des nations à son campement de Karakorum, qui formait une espèce de ville située dans une des vallées de l'Orkhon supérieur. Construite au milieu du vie siècle par un Khan des Turcs Hoeï-Hou , elle s'était agrandie sous la puissance mongole, et des artistes chinois ne cessaient de travailler à son embellissement. Des astronomes et des géomètres de l'Occident y vinrent pour s'attacher à la fortune du conquérant.

Trois ans après (1227) Tchinggis-Khan mourut en exhortant ses fils à vivre dans une parfaite union, dont il leur offrit l'emblème dans un faisceau de flèches qu'ils ne pouvaient rompre qu’en détail.

Oktaï, qu'il avait désigné pour son successeur, était alors occupé à réduire la dynastie des Kin. IL vint se faire reconnaître à Karakorum et fit alliance avec la dynastie des Soung. Les Kin furent complétement détruits en 1234. Puis ce fut le tour des Soung. Les Soung périront bientôt aussi, mais avec gloire.

En l’an 1257, Oktaï-Khan chargea son neveu Batou d’une nouvelle expédition dans

Ja Russie méridionale. Une armée nombreuse fat mise en mouvement. Depuis le Can case jusqu’à Novogorod, ce ne fut que ruines et flammes. Moskou et Kief furent fen versées, Nüvogo réa résista. L'empire des Ouzes fut anéanti. Les Mongols; poussant l'ouest , livrèrent Cracovie aux flammes et pénétrèrent en Silésie. L’alarme fut si grandi en Allemagne et en France que l’on ordonna des jeünes et des prières dans toutesMle églises. Henri de Liegnitz se fit écraser avec ses Allemands dans la plaine de Wah! stadt (1241) *. Ébpériaarits arrêté de front à l’ouest, Batou se rejeta au sud sur la Mol davie, la Valachie et la Boulgarie du Danube qui s'était affranchie de la dominatiomdi Constantinople dépuis le passage des croisés ; il poussa ses ravages jusque dans |. Servie et la Croatie. Après une campagne de huit années, riche ‘de dépouilles et d gloire, il S'en revint (1245) dans son campement du Kaptchak, où il fit bâtir Kazane Saraï : cette dernière devint sa capitale; elle était placée sur les bords de l'Aktouba une dés branches du Volga, à 45 lieues environ d’Astrakhan. En 1955, il se fit re man et commença ainsi la dislocation de l'empire des Mongols. ;

Les ravages des Mongols avaient alarmé la chrétienté : on songea non à les combattre. mais à les convertir. D'ailleurs on avait besoin d'eux contre les Turcs, leurs mortel ennemis. Des ambassades se succédèrent pour Karakorum. Le pape Innocent IV chargé (1246) Jean du Plan Carpin, moine de l’ordre de Saint-François, de se rendre à la courdt Grand Khan et de chercher à le fléchir. À son passage par Saraï, il obtint la faveurdt rendre hommage à Batou-Khan. La même année il arriva à Karakorum. Oktaï venaitdt

mourir, et l’on S’occupait de l'élévation de Kaïouk à la dignité de Grand Khan. Admi: en audience particulière, le franciscain échoua dans sa mission : Kaïouk le res en sommant le pape de venir en personne se reconnaître son vassal.

Cinq ans plus tard, Mongou succéda à Kaïouk.

En 1252, Haïton, roi chrétien d'Arménie, se rendit aussi à Karakorum pour solli citer réppüt des Mongols contre les Tures dont les excursions l’inquiétaient. Mangot lui promit que son frère Houlagou marcherait à la tête d’une armée contre les Turcs de l'Asie Mineure et de Syrie, et surtout qu’il détruirait la secte des Assassins: 4

L'année Suivante, Guillaume de Rubruquis, moine cordelier, arriva aussi à Kar& korum; il venait de la part de saint Louis, qui était alors en Syrie fort occupé contrt les Tarcs, offrir au Grand Khan une chapelle en écarlate avec d’autres pièces riche ment brodées où était représentée à Paiguille et fort artistement la passion de Notre: Seigneur. Divers autres ornements et un morceau de la vraie croix complétaient ce don.

L'envoyé dé saint Louis trouva Karakorum une ville fort peu étendue, composée de deux grandes rues principales, l’une dite des Sarrasins (Mahométans), affectée aux étrangers, où étaient établis des espèces de bazars; l’autre dite des Kathayens (Chinois); réservée aux artisans : les habitations des ministres du Grand Khan et des seigneurs de sa suite étaient disséminées dans d’autres rues. Cette ville renfermait alors douze temples bouddhiques, deux mosquées mahométanes et une église chrétienne reléguée à une des extrémités : elle était ceinte de murailles en terre, coupées par quatre portes près desquelles se tenaient des marchés de grains, de bestiaux, de chevaux et de char riots. Plusieurs Européens, capturés durant les expéditions précédentes, y existaient à cette époque, entre autres des mineurs allemands et un certain Guillaume; Parisien d origine, qui exerçait l'orfévrerie avec un talent fort remarquable. Ce Guillaume, fait prisonnier en Hongrie lors de la prisé de Belgrade, vivait à pe cour de Mangou

* C'est dans cette plaine qu’en 1813 le maréchal Blücher remporta sa première victoire sur les débris de la grande armée française, commandés par le maréchal Macdonald,

dans une grande aisance, Il avait confectionné pour ce prince un arbre en argent, reposant sur quatre lions de même métal ; des tuyaux intérieurs faisaient monter jusqu’à la cime de cet arbre du cosmos et de l’hydromel qui coulaient ensuite par la bouche de deux dragons dorés et tombaient dans de grands vases posés à terre, Au-dessus de cet arbre était une Renommée aux ailes déployées, qui sonnait de la trompette lorsqu'on servait à boire aux convives. Divers ambassadeurs étaient alors réunis à la cour de Mangou : celui du calife de Bagdad, voyageant en litière trainée par des mules; celui d’un prince indien, qui avait amené huit lévriers exercés à se tenir sur la croupe des chevaux, à l'instar des léopards; enfin un envoyé turc chargé également d'offrir de magnifiques présents au nom du sultan, son maître, Chacun de ces ambassadeurs venait solliciter des secours.

Après avoir passé entre deux lignes de feu (moyen de purification pour conjurer les mauvais génies), Rubruquis fut admis en présence du Grand Khan. Il le trouva assis sur un petit lit, avec sa femme et sa fille, et vêtu d’une robe fourrée, brillante comme une peau de veau marin : il lui remit ses présents, lui exposa le but de sa mission et réclama pour sa éroyance une protection spéciale, Quoique tous les cultes eussent à la cour mongole toute liberté de se produire, Mangou lui parut assez indifférent en matière de religion. Les membres du clergé bouddhique, chrétien et mahométan se disputaient vivement l'honneur de le convertir, en répandant leurs bénédictions sur ses voyages et sur les mets de sa table. Les prêtres bouddhistes avaient néanmoins le plus de chances de l’attirer à eux : adonnés à l’astrologie, ils tiraient des augures de chaque fait et se montraient fort habiles à calculer Les éclipses de soleil et de lune. En vain dans une conférence qui eut lieu en présence du khan, Rubruquis étala l'érudition et l'enthousiasme d’un moine du moyen âge, Mangou le renvoya poliment, en lui disant qu'il se serait peut-être converti s’il eùt renouvelé sous ses yeux les miracles de Moïse. IL lui remit pour son souverain une lettre terminée ainsi: « Au nom du Dieu tout-puissant, je vous ordonne, roi Louis, de m’obéir et de me déclarer solennellement ce que vous voulez choisir, de la paix ou de la guerre. »

A cette époque, Houlagou, frère de Mangou, venait de renverser le dernier calife de Bagdad (1258) ; il pénétrait en Syrie, rangeait toute la Mésopotamie sous sa domination, battait les Turcs égyptiens et les chrétiens d'Orient qui, éprouvant la même frayeur, avaient momentanément uni leurs efforts.

Ainsi, dit Abel Rémusat (Relations politiques des rois de France avec les empereurs mongols), les restes de la puissance des califes abbassides avaient disparu devant un petitfils de Tchinggis-Khan. Le campement des généraux tartars dans la Perse était devenu une principauté presque indépendante du grand empire mongol. Ge nouveau royaume confinait aux États de Bibars, sultan d'Égypte. Le voisinage, la différence des mœurs et des religions, allumèrent bientôt entre les Mameluks et les Tartars une rivalité que les chrétiens d'Orient s’attachèrent à aigrir par tous les moyens possibles. L’empire des Mongols, étendu d’un bout de l’Asie à l’autre, s'était bientôt divisé; ceux de la Perse eurent besoin d’auxiliaires: leurs vassaux, les rois d'Arménie et de Géorgie, leur en procurèrent en les obligeant d'accepter l’alliance des Occidentaux. La haine des nations musulmanes, commune aux Tartars et aux chrétiens, conduisit les uns et les autres à combiner leurs efforts. On fut d'autant plus disposé à agréer les propositions des Mongols qu'ils passaient alors pour avoir une grande propension au christianisme. C'était presque être chrétien, que d’être ennemi des Musulmans. Enfin les Tartars avaient été pris d’abord pour des démons incarnés quand ils avaient attaqué les Polonais et les Hongrois : peu s’en fallut qu’on ne les jugeñt tout à fait convertis, quand on vit qu’ils faisaient avec acharnement la guerre aux Turcs et aux Sarrasins.

Dans ce moment la puissance des Francs en Syrie était sur son déclin; elle ne tard même pas à tomber sous les coups des sultans d'Égypte. Mais de nouvelles croisade pouvaient la relever en un instant. Les Mongols se mirent à en solliciter dans l'Occi dent : ils joignirent leurs exhortations à celles des Géorgiens, des Arméniens, “de Grecs, des croisés réfugiés en Chypre. Les premiers Tartars avaient débuté par de menaces et des injures. Les derniers en vinrent aux offres et descendirent aux prières Des ambassadeurs furent envoyés par eux en Italie, en Espagne, en France, en Angle terre; et il ne tint pas à eux que le feu des guerres saintes ne se rallumât de nouveau et ne s’étendit encore sur l’Europe et sur l'Asie. ;

Ce fut une chose bien peu remarquée que l'introduction de trois officiers mongolsa deuxième concile général de Lyon, en 1274, face à face avec les évêques chrétiensel pourtant ils venaient solliciter une nouvelle croisade et raviver la grande question humanitaire au triple nom de Bouddha, de Mahomet et de Jésus-Christ. Des cérémonies d’étiquette firent manquer la mission. C'était d’ailleurs l’époque où la huitièmetet der. nière croisade venait d’expirer sur les ruines de Carthage. La question fut ajournéesll faudra d’abord que les successeurs de saint Louis reviennent en Algérie.

Les dernières colonies chrétiennes tombèrent au pouvoir des sultans d'Égypte avec la ville de Saint-Jean-d’Acre en 1291, et quand, en 1305, le pape Clément V précha

une nouvelle croisade pour reconquérir la Palestine, il ne fut plus compris. Les Tattars bouddhistes de la Perse avaient embrassé l’islamisme et l'empire de Tchinggis- Khan était divisé en une multitude de khanats particuliers. |

Les croisés et les Tartars avaient rempli leur mission : les croisés, c'étaientles Barbares qui, à leur insu, s’en étaient retournés dans l'Orient à la conquêtedela civilisation. Le songe de saint Louis s’est réalisé : il lui avait semblé que « la lumière de l'Orientétail tombée du ciel sur lui et l'avait tiré d’entre les morts. » Les croisades, en effet, firent dés Français une nation et de leur royauté une puissance. Tous les autres peuples de l'Et rope occidentale subirent la même transformation. L'invasion tartare eut le même résultat pour l’Europe orientale : elle abattit une foule de petits princes rivaux et éveilla dans les populations slaves, jusque-là ennemies, un sentiment commun de nationalité, qui, depuis Iwan I (1320), fit entrer la Russie dans la grande famille des nations européennes.

Sous le rapport des sciences, du commerce et de l'industrie, l'Europe ne doit guère moins à l'invasion tartare qu'aux croisades. Il paraît que c’est aux Mongols que nous devons l'imprimerie typographique, la gravure sur bois, les cartes à jouer, Le papiermonnaie, la poudre à canon, l’artillerie.…..; toutes choses qu'ils importèrent de la Chine. Houlagou, marchant à la conquête de la Perse, avait dans son armée un corps d’artilleurs chinois (1255). En Chine on faisait usage, depuis un temps immémorial, de pao à feu et de hallebardes à poudre et volantes (fusées), de ventouses remplies de poudre. L’Arabe Ben-Obeïd se servit de canons, en, 1257, à la défense de Niébla en Espagne; en France, il paraît que l’on n’employa ces armes à feu qu’à la bataille de Crécy en 1346. En Pologne et en Russie on se sert encore d’une machine arithmétique apportée par les Mongols et qui n’est autre que le soan pan des Chinois. Non-seulement les Mongols transportèrent en Occident une foule de découvertes des Chinois, mais ils enrichirent la Chine d’inventions occidentales. Des familles entières d’Européens y furent transportées pour cultiver la vigne. Le père el l'oncle de Marco-Polo y con: struisirent des catapultes qui mirent fin au siége d’une ville. En un mot, il y eut à cette époque un échange actif de connaissances entre les deux mondes, et ce fut l'Europe surtout qui y gagna. Ainsi la civilisation s'aide, dans ses progrès, des fléaux mêmes qui semblent destinés à l'anéantir.

Mangou-Khan était mort en l'an 1260. Son frère Khoubilaï (en chinois Hou-Pi-Lie) fut investi de la dignité de Grand Khan. Il transporta sa résidence à Khan-Balikh ou Ta-Tou (Péking), et fonda la dynastie des Youan ou Mongols.

Vingtième dynastie. Commencement de la dynastie des Youan. — Dix empereurs.

Cycles, »

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