‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récentsChapitre 9 sur 78 · CHINE · texte numérisé non relu

CHINE

entreprendre des incursions nouvelles ; ils étaient dans un état prospère; et à raison de l'extrême éloignement, ils ne conservèrent pas d’attachement pour les Han (Chinois). Tchang-Khian suivit le roi des Yué-Tchi, et n'ayant pu lui faire prendreun parti, ils’en revint. » |

Les Yué-Tchi étaient en effet dans un état prospère. Ils avaient fourni des troupes auxiliaires aux arsaces des Parthes, Mithridate Ier et Phrahate II son successeur, el les avaient aidés à se débarrasser pour toujours des attaques des Grecs de Sÿrie (154: Phrabate If, leur ayant fait des promesses qu’il ne tint pas, fut massacré (198). Il s'ensuivit une guerre longue et acharnée; elle tourna à l'avantage des Yué-Tchi, qui de: vinrent une grande et puissante nation. Tous ces peuples germains et slaves de l'Asie, ces Yué-Tchi, Yu-Ti ou Jutes ont été connus des Greés et des Romains sous les dénominations de Scythes, Gètes, Yutes, ou Jutes.

Deux grandes hordes guérrières des Yué-Tchi se détachèrent de bonne heure du corps principal de la nation. L’une prit sa route vers l'occident et alla s'établir en Europe dans la Chersonèse cimbrique (Danemark), à laquelle ils donnèrent le nom de Jut-Land (pays des Jutes). Ces hommes, aux cheveux roux et aux yeux bleus, enverront plus tard des colonies dans la Grande-Bretagne. Les Cimbres, expulsés (113), des cendirent au sud-ouest, dévastant tous les pays qu’ils traversaient, écrasant toutes les légions romaines qui venaient à leur rencontre. Selon l'usage de tous les Barbares émigrants, les guerriers marchaient en tête à pied et à cheval, Le bétail venait ensuite; ceux qui n'étaient pas propres au combat, vieillards, femmes, enfants, suivaient dans des chariots :. IIS allaient à Rome lui demander des terres pour se fixer. Marius enfin leur donna des terres en Provence dans les champs de Pourrières, près d'Aix (102); et en Italie dans le champ Raudien, près de Verceil (101). |

Tel fut le sort de l'avant-garde de la grande émigration des Barbares que la Provis dence mettait en mouvement depuis les frontières de la Chine jusqu'aux Alpes. Les Barbares hériteront de l'empire romain comme les Tartars de l'empire chinois, quand tous les éléments humanitaires qui étaient en travail dans ces deux mondes auront été suffisamment décomposés et éprouvés. |

L'autre horde guerrière des Yué-Tchi, descendant au sud-est, détruisit le royaume grec de la Bactriane (126) , et passa ensuite dans le pays de l’Inde qu’elle soumit jusqu'au Gange. Ces Yué-Tchi en furent chassés, vers l’an 36 avant Jésus-Christ, par le grand rajah Vikramä-Ditya, dont la puissance était telle qu’il ôtait à l’aimant sa vertu attractive ou la lui rendait à son gré, et que, du haut de ses-remparts, il fou- . droyait ses ennemis de son tonnerre artificiel. Les Yué-Tchi y revinrent au commencement de notre ère, mirent à mort tous les rajah, et restèrent maîtres de ces belles et riches contrées pendant près de 200 ans. Le bouddhiste chinois Fa-Hian rencontra, en l'an 500 de notre ère, les dernières tribus germaines sur les rives de l'Indus,

guerroÿyant encore avec les Hindous pour la possession du magique Pot d'or de Bouddha ?.

* Ces Cimbres établirent sur leur passage des postes militaires qu’ils appelaient At-Uuath ou A- Uuacht, expression cimbrique ou teutonne qui signifie à la garde, et que les Romains ont conservée dans les mots Afvata, Atvatuca et Atvacta. C’étaient des campements fortifiés ; ils y déposaient leurs bagages et les dépouilles des nations, et les confiaient à la garde d’une de leurs hordes. Aïnsi les Atwatiques étaient les hommes de l'Atwacht.

* L'histoire du Pot d’or de Bouddha que de pauvres gens parviennent à remplir avec quelques fleurs , tandis que des gens riches qui apporteraient des fleurs en offrande pourraient en mettre mille et dix mille grandes mesures sans jamais parvenir à le remplir, cette histoire gracieuse est presque aussi touchante que notre vieille légende française du Barizel, ce baquet merveilleux que n’avaient pu

Retournons en Chine. L'empereur Wou-Ti, alarmé de la puissance des Hioung-Nou, fit alliance avec les blonds Ou-Sun, qui étaient restés près des petits Yué-Tchi sur les rives du Houang-Ho. En l'an 191, il alla les attaquer; il les vainquit en plusieurs batailles rangées. Poursuivant ses conquêtes à l’ouest, il se posa en maitre dans le grand désert de Kobi, jusqu'aux montagnes du Bolor. Il y établit le siége d’un gouvernement militaire composé de trente-six États particuliers ; il y plaça des colonies, et bâtit des villes. | +

C'était l'époque des expéditions de Sylla en Asie.

Ainsi, le monde oriental et le monde occidental s’avancent, à leur insu, l'un vers l’autre, Le seul royaume des Parthes les sépare; il servira d’intermédiaire entre le Thsin, la Chine, et le Ta-Thsin, la grande Chine (l’empire romain); et, dès cette époque, les annales chinoises enregistreront de curieux documents sur la géographie, l’histoire, l'industrie, les mœurs de nos ancêtres restés en Asie, comme de toutes les nations asiatiques. En voici quelques fragments tirés des documents de cette époque.

« Le Ta-Wan (Khôkand) produisait d'excellents chevaux, des chevaux qui suaient le sang. L'empereur Wou-Ti chargea des envoyés de porter au roi des sommes d'argent et un cheval d'or, pour obtenir de ces chevaux. Mais le roi, se fiant à l’extrème éloignement de la Chine, fit tuer les envoyés. L'an 104 avant notre ère, le général Li-Kouang- Li porta la guerre dans le Ta-Wan. Les habitants coupèrent la tête à la veuve de leur roi, et offrirent des chevaux aux Chinois. Ceux-ci prirent plusieurs dizaines de chevaux de la race la plus estimée, et trois mille étalons et juments de seconde qualité; puis ils mirent sur le trône un homme du pays de Wan, nommé Meï-Thsaï, et convinrent que chaque année on donnerait des chevaux en tribut. Les Chinois partirent ensuite, après avoir fait la récolte du raisin et du mou-sou (espèce de trèfle). Cette guerre dura six ans.

» Le Æi-Pin (Cophène ou Caboul), est un pays plat et tempéré. On y voit du mousou et d’autres plantes; les arbres les plus remarquables sont le than-hoaï, espèce de frêne, Le tsin, le bambou, une espèce d'arbre à vernis, toutes sortes de fruits, la vigne, etc. On fume les terres labourées et les jardins. Les terres basses et arrosées produisent du riz. En hiver, on se nourrit de plantes potagères crues. Les habitants sont industrieux, habiles à sculpter, à ciseler, à bâtir des palais et des maisons, à tisser, à broder, à faire des étoffes brochées; il excellent à préparer les mets, à fabriquer des vases d’or, d'argent, de cuivre, d’étain. Ils ont des marchés réguliers, avec des boutiques comme on eu voit en Chine. Ils font des monnaies d'or et d'argent qui portent d’un côté l’image d'un cavalier, et au revers une tête d'homme. Le royaume de Ki-Pin est un pays très-riche, très-commerçant, et où les négociants font de grands profits. Des lois sévères entretiennent le bon ordre dans l'État. L'homicide et le vol sont punis de mort. Ils ont beaucoup de pratiques superstitieuses. Dans les Thsoung- Ling (montagnes bleues), il y a des gens qui adorent le Dieu du ciel. Leurs rites sont très-recherchés ; ils construisent des édifices d’or et d'argent. Le roi porte un bonnet fait en tête de bœuf, et s’assied sur un trône construit en forme de cheval d'or. »

« Le pays des Asi (Boukhara) ressemble à celui de la Cophène. On y compte quarante grandes villes et un millier de hameaux. Les soldats les plus courageux sont appelés To-Kiei, guerriers. On y fait des monnaies d'argent qui portent d'un côté la tête du roi, et au revers la figure d’une femme. Quand le roi meurt, on refond ces pièces. Les marchands vont sur des barques ou sur des chars. Dans lous les pays voisins, on se ser

remplir toutes les fontaines, tous les fleuves , toutes les mers, et qu’une larme de repentir comble et fait déborder,

de cuir sur lequel on écrit en lignes transversales pour former des livres et des chro niques. Maintenant tous les livres des Barbares d'Occident sont écrits en lignes trans! versales, et non verticalement (comme dans l'écriture chinoise). Le cuir dont on park ici est une peau qui n’a pas été ramollie (parchemin). » |

« Quoique jusqu’à l'occident du pays des Wan, il y ait, jusqu’à celui des Asi,“de: langues très-différentes, elles offrent de l’analogie, et ceux qui les parlent s'entendent entre eux. » | | |

« L'empereur Wou-Ti fut le premier qui envoya des ambassadeurs jusque chezMles Asi. Leur roi ordonna à des cavaliers de venir à la rencontre de ces envoyés jusqu'à frontière orientale de ses États, dans la ville de Mou-Lou, que l’on nomme le pays des petits Asi. Ils firent route au nord et passèrent plusieurs dizaines de villes, dont les habitants sont tous dans la dépendance les uns des autres; aussi envoyèrent-ils des députés à la suite des ambassadeurs chinois, lesquels offrirent en tribut de grandsiseaux, des œufs et des jongleurs li-kian (romains). »

« Les habitants du royaume de Æhang-Kin (Samarkand) ont les yeux enfoncés, le nez proéminent, et une barbe touffue. Ils sont tous d’habiles commerçants. Beaucoup de Barbares se rendent chez eux pour échanger des chevaux. On voit dans ce pays de grands et de petits tambours, des guitares, des luths à cinq cordes, des flûtes de pltsieurs espèces. Ils adorent Fo (Bouddha), et composent des livres en langue barbare. On fait étudier les livres aux petits garçons dès l’âge de cinq ans; quand ils sont plus grands, on les envoie apprendre à trafiquer. Le commencement de l’année est fixé chez eux au premier jour de la sixième lune. Ce jour-là, le roi et jusqu'aux hommes du peuple se revêtent d’habits neufs, se rasent les cheveux et la barbe, et se rendent dans une forêt qui est à lorient de la ville pour tirer de l’arc à cheval. Le jour où l'on veut terminer cet exercice, on suspend une pièce de monnaie d’or devant une feuille de papier, et celui qui l’atteint en tirant obtient le titre de roi pendant une journée. »

« Ils adorent l'esprit divin et se montrent très-zélés dans le culte qu’ils lui adres sent. Ils racontent que le fils de Dieu est mort à la septième lune, et que ses ossements ont été perdus. Chaque mois les personnes consacrées au culte, et ce mois-là surtout, les autres habitants, sans distinction, paraissent revêtus de robes de laine noire: ils vont pieds nus en se frappant la poitrine, poussant de grands cris et. versant des torrents de larmes. Trois cent cinq personnes, tant hommes que femmes, jettent de l'herbe et parcourent les champs en cherchant les os du fils de Dieu. Cette cérémonie cesse au bout de sept jours. » :

«Il y a au dehors de la ville royale deux cents familles de gens qui se consacrent particulièrement au soin des funérailles. Ils bâtissent des pavillons dans lesquels ils nourrissent des chiens. Quand un homme meurt, ils vont chercher son cadavre , le déposent dans un de ces pavillons et le font dévorer par leurs chiens; lorsqu'il n'ya plus de chair, ils recueillent les os et les enterrent, mais sans les mettre dans une bière. »

Depuis l'extension de l'empire chinois dans l'Asie centrale, ses relations avec l'Occi dent se multiplièrent et son développement intérieur s’accomplit plus activement. Une flotte nombreuse (lou-tchouan, vaisseaux à appartements sur le pont) avait soumis 16s côtes orientales de l'empire jusque-là indépendantes. Le commerce et l'industrie flo rissaient. De grands travaux publics avaient été exécutés; on avait construit des pont suspendus en fer, des ponts volants à une seule arche, des ponts à plusieurs arches Superposées pour unir des montagnes séparées par des abîmes. Ces derniers subsistent encore dans la province de Chen-Si; ils sont comparables au pont du Gard près de

Nimes. Depuis la révocation de l'édit de proscription contre les livres, un grand nombre de personnages distingués dans la littérature, l'histoire et la science du gouvernement, avaient illustré la dynastie des Han.

Mais veut-on savoir quel était à cette époque l’état moral de la Chine? qu’on lise la remontrance que fit un philosophe à l’empereur Youan-Ti, 48 ans avant notre ère.

« Dans l'antiquité tout était déterminé sur certaines règlés. Dans le palais de nos emperéurs, les femmes ne passaient pas le nombre de neuf; le nombre des chevaux n'allait qu’à huit; les murailles étaient propres et bien enduites, mais sans ornements; le bois en était luisant et poli, mais sans sculptures. La même simplicité s’observait dans leurs chariots et dans tous leurs meubles. Leur parc n'avait que quelques lieues

‘étendue, et l'entrée en était libre à toutes sortes de personnes. On leur payait la dime (ou le dixième du revenu) des terres; c’est tout ce qu’ils en tiraient. Chaque famille fournissait par an trois journées d'homme; il n’y avait point d’autres corvées. Cent lieues de pays faisaient le domaine propre de l’empereur (voyez page 65); il tirait la dime du reste de l'empire. Toutes les familles étaient à leur aise, et on célébrait à l’envi ces temps fortunés par des chants harmonieux.

» Dans des temps très-voisins du nôtre, on à vu nos ancêtres Mo Tab Wen-Ti, King-Ti, imiter d'assez près l'antiquité. Le nombre de leurs femmes n'était guère que de dix; les chevaux de leurs écuries n’allaient guère au delà de cent. L'empereur Wen-Ti est celui qui a le plus approché de la simplicité antique. Ses habits étaient d’étoffe simple et grossière, sa chaussure de cuir brut. Jamais or, argent ni seulptures ne couvrirent ses meubles. Les choses ont bien changé depuis. Non-seulement chaque empereur a enchéri en fait de dépenses sur ses prédécesseurs, mais le luxe a gagné tous les ordres de l'empire. C’est à qui sera le plus magnifiquement vêtu, le plus proprement chaussé, à qui aura la plus belle épée ou le plus beau sabre. Enfin chacun use sans façon de ce qui n’était autrefois propre qu’à l’empereur; aussi, paraît-il pour donner une audience, ou sort-il pour quelque cérémonie, si on ne le connait pas d’ailleurs, on a de la peine à le distinguer. C’est en vérité un grand désordre; et ce qu’il y a de pis encore, c’est qu’on ne s’en aperçoit pas.

» Autrefois, comme aujourd’hui, c'était dans le royaume de Tsi qu’on fabriquait les étoffes et les habits pour la cour, Il y avait trois officiers députés pour cet objet, et ils suffisaient, car ces étoffes et ces habits ne formaient que dix grandes balles. Aujourd'hui (48 ans avant notre ère), ces éloffes occupent dans le même royaume (ou province) des officiers et des ouvriers sans nombre. Cette seule dépense monte par an à quelques centaines de mille onces d'argent :. C’est à Chou et à Kouang-Han que se travaillent pour la cour les meubles d’or et d'argent. Il en coûte pour cela cinq millions d’onces d'argent par an (environ 35,000, 000 de francs). IL faut cinquante millions d’onces d'argent par an (ou 350,000,000 de francs), pour entretenir à votre cour les intendants de vos ouvrages et les ouvriers qu’ils emploient, soit pour vous, soit pour l'impératrice. Vous nourrissez dans vos écuries près de dix mille chevaux; ils consomment bien du grain. Il sort fréquemment de chez l’impératrice (je l'ai vu moi-même plus d’une fois) des tables non-seulement riches et bien servies, mais chargées de vaisselle d’or et d'argent. Ce sont les présents qu’elle fait aux uns et aux autres, et souvent à des gens qu'il ne convient point de traiter avec tant d'honneur. Les dépenses de l'impératrice sont très-grandes. Cependant le peuple est dans la misère. Un grand nombre de vos pauvres sujets meurent de faim; plusieurs demeurent sans sépulture, servent de curée aux chiens, et cela, pendant que vos écuries sont pleines de chevaux

? L’once d'argent chinoise vaut un peu plus que 7 francs de notre monnaie.

nourris de grains, si gras et si fringants pour la plupart, que, soit pour leur faire perdre de leur graisse, soit pour les dompter, on est obligé chaque jour de les promener pour les fatiguer un peu. Les choses doivent-elles donc se passer ainsi sous ün prince que le ciel, en le meltant sur le trône, a établi le père et la mère de son peuple? Ce ciel est-il donc aveugle?

» En ce qui concerne votre dynastie, c'est proprement sous Wou-Ti qu'ont commencé les dépenses excessives. Il fit chercher dans tout l'empire le plus grand nombre qu’il put de belles jeunes filles, dont il remplit son palais. L'on en compta jusqu’à plus sieurs mille. Sous Tchao-Ti, jeune et faible, le ministre Ho-Kouang eut toute l'autorité: Ce ministre insensé , après avoir amassé dans le palais des monceaux d’or, d’argentel de bijoux, fit rechercher partout un grand nombre d'oiseaux, de poissons, de tortues, de bœufs et de chevaux extraordinaires, de tigres, de léopards et d’autres bêtes féroces, pour remplir des étangs et une ménagerie dans l'intérieur du palais, destinés à servir de divertissements aux femmes.

» Depuis ce temps-là, le mal n’a fait que s’accroître. Sous Siouan-Ti, c'était à qui aurait le plus de femmes. Tel grand de l'empire en eut des centaines. Il en fut de même chez tous les gens riches. A l’intérieur, c’étaient des femmes en grand nombre occu: pées à déplorer leur sort, et à faire mille imprécations; à l'extérieur, une foule d’hommes fort inutiles. Un officier, par exemple, d’un rang médiocre, entretenaïit pour son plaisir quelques dizaines de comédiens. Le peuple cependant souffrait. I mourait beaucoup de monde; et l’on eût dit que l’on prenait à tâche tout à la fois de peupler les sépultures et de dépeupler l'univers. Le mal a commencé par la cour, mais il est devenu presque général. Voilà où en sont aujourd’hui les choses, et je n’y puis penser sans la plus profonde douleur.

> Je conjure Votre Majesté d’imiter les vertueux empereurs de l'antiquité, et quelques* uns de vos ancêtres ; de retrancher les deux tiers des dépenses de votre cour, en meubles, en habits et en équipages. Le nombre des enfants que vous pouvez espérer ne dépend pas du grand nombre de vos femmes. Vous en pouvez choisir sur ce nombre une vingtaine des plus verlueuses, et renvoyer le reste chercher des maris. Quarante chevaux dan$ vos écuries, c’est assez. De tous ces parcs qui sont si vastes, réservez-en un, si vous voulez; donnez tous les autres à cultiver au pauvre peuple. Dans un temps de misèré et de stérilité comme celui-ci, les retranchements que je propose ne sont-ils pas indis* pensables? Pouvez-vous n'être pas sensible à ce que souffrent vos peuples, et ne pass penser efficacement à les soulager ? Serait-ce répondre aux desseins du ciel? Ce cielÿ quand il fait naître des rois, c’est pour faire le bonheur des peuples. Son intention n'est pas de mettre un homme en état de se livrer à son gré à tous les plaisirs. € Ne Présumez pas trop, dit le Livre des vers à ceux qui règnent, de ce que le ciel a fait en votre faveur; il peut vous arriver des revers fâcheux. Régner cômme il faut n’est pas chose si fa cile. Le souverain supréme vous examine de fort pres. »

L'empire chinois n’eut donc rien à envier à l'empire romain. Deux vastes systèmes, de despotisme, de rapines et d’iniquités s'étendaient symétriquement, l’un du bout de l'Orient, l’autre du bout de l'Occident jusqu'aux lieux où les sources de l’Euphraté jaillissent de la chaîne de montagnes qui unit les deux mondes.

C’étaient les derniers efforts, les dernières magnificences du polythéisme, que célé= braient à la fois le kin chinois et la lyre latine.

Au nord, passaient les fils du désert.

Au sud , les poëtes de la cour d'Oudjeïn, en Malvah, tiraient du luth indien les sons les plus suaves et les plus purs : Jayadévas dans ses élégies pastorales, et Kalidasas dans sa gracieuse Sakountala. Dans le même temps, le brahmane Améra-Singha composait son

célèbre dictionnaire sanscerit selon l’ordre des racines, et d’après la valeur idéologique de chaque lettre, le mieux fait de tous les lexiques que l’on possède encore aujourd’hui dans quelque langue que ce soit. Mais c’étaient aussi les dernières voix poétiques et savantes de l'Inde antique. Car tout périssait avec le polythéisme : ses sociétés, ses arts, sa philosophie, ses langues. C'était justice : le polythéisme avait tout analysé, mais tout résolu dans l’erreur. Il avait méconnu le principe de toute vérité; conséquemment, il n'avait trouvé ni la vérité intellectuelle, ni la vérité morale, ni la vérité sociale.

Après tout, la vérité ne saurait être humaine, c’est-à-dire divisible, périssable, finie; une, catholique, éternelle, elle procède de Dieu; Dieu seul peut la donner. Bien plus, pour être reconnue et féconde, elle doit se présenter comme une aflirmation et non comme un doute, comme une croyance et non comme une opinion ou une rêverie : sans quoi elle n’entrera pas dans les faits, elle ne se réalisera pas. Il faut donc que Dieu la proclame.

Un autre âge commence pour l'humanité. Le bouddhisme ! apparaît dans le monde oriental, et le christianisme dans le monde occidental; le mahométisme ?, un peu plus tard se posera entre deux : digue momentanée entre les envahissements de l’un en Occident et de l’autre en Orient ?; car les temps n'étaient pas venus; il faudra bien des épreuves encore!

Maintenant, tout ce qu’il y a dans l'humanité, tout ce qui se développe en elle, par elle et pour elle, va nécessairement évolutionner sous l'influence de l'unité de Dieu, proclamée également par Bouddha, par Jésus-Christ et par Mahomet : par Bouddha dans l’étérnité du néant (nirvana, panthéisme mystique); par Mahomet, dans l'éternité de la vie matérielle; et par Jésus-Christ, dans l'éternité de la vie spirituelle.

Ces trois religions se développeront comme l’histoire de l'humanité; elles formeront trois divisions bien tranchées dans le champ de la civilisation; elles lutteront contre ce qui n’est pas elles, puis en elles-mêmes; puis chacune d'elles contre les deux autres : il faut bien qu'elles s’éprouvent sur la terre, où tout est nécessairement épreuves.

Et que croyez-vous donc qu’il y ait, aujourd’hui même encore, au fond du prodigieux développement des sciences, de l’industrie et du commerce dans le monde occidental, au fond des mouvements politiques qui agitent tous les esprits, des inquiétudes sociales qui émeuvent toutes les âmes, au fond des grandeurs et des misères humaines? Dites, tout sur la terre ne gravite-t-il pas vers la vérité? Or il ne s’agit réellement dans ce qui se passe sous nos yeux, que du règne universel de la parole de Jésus. Déjà le bouddhisme s’enveloppe dans son essence, le néant, et le mahométisme se meurt sur les divans du sensualisme, tandis que le christianisme, catholique comme la vérité éternelle que Jésus seul a révélée, s’assimile le monde entier qu’il embrasse de sa toutepuissance.

Les idées religieuses ont-elles bien été examinées sous leur vrai point de vue, en ce

: Le réformateur du brahmanisme, S’akya-Mouni (S’akya le pieux pénitent) surnommé Bouddha, en chinois Fo (l'intelligence), naquit aux environs d’Oude et de Lucknow, au nord de l'Inde, en l'an 1029 avant Jésus-Christ. Cette date admise par les Chinois mérite le plus de confiance en ce qu’elle correspond avec la chronologie des successeurs de ce législateur, — Longtemps avant l’ère chrétienne les environs de Khotan étaient couverts de couvents de bouddhistes. Le bouddhisme s’introduisit en Chine plus de 200 ans avant notre ère; mais il n’y fut officiellement importé et reconnu que l’an 64 de Jésus-Christ.

. ? Mahomet naquit à la Mekke, le 10 novembre 570.

* On trouvera des notions spéciales sur ces trois religions, dans l'Histoire des ordres et des costumes

religieux , dont nous nous occupons actuellement.

qu’elles sont en elles-mêmes? Ces idées sont RAR nNeS dans la vie des nations, comme dans celle des individus, parce qu’elles sont les rapports les plus élevés entre Dieu et l'humanité. On n’a peut-être pas assez observé que si la Providence a seule la raison des voies dans lesquelles l'espèce humaine est engagée, il est pourtant dans les âmes un désir spontané, incessant, tantôt soustrait, tantôt soumis à la conscience, d'atteindre enfin leurs destinées ; chaque période humanitaire est un pas vers ce but.

ÈRE VULGAIRE.— 1"€ PÉRIODE, DU 1° AU VI SIÈCLE DE JÉSUS-CHRIST.—( L'Empire romain,

les Barbares et le Christianisme.) — Suite de la dynastie des Han.

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