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Après Jésus-Christ,
4e année tchoung-toung, du règne de Hou-Pi-Lie où Chi- Tsou, de la dynastie des Youan ou Mongols.
5° année king-ting, du règne de Li-Tsoung, des Soung. re année tchi-youan, du règne de Chi-Tsou, des Youan. id. nian-tchun, du règne de Tou-Tsoung, des Soung. Les Youan ou Mongols commencent cette année à établir des dénominations pour leur empire.
fre année te-yeou, du règne de Ti-Hien, des Soung. id. king-yen, du règne de Touan-Tsoung, id.
id. tsiang-hing, du règne de Ti-Ping, id.
C'est cette année que finit la dynastie des Soung.
Règne exclusif de la dynastie mongole.
Cycles.
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Après Jésus-Christ,
4e année youan-tching, du règne de Tching-Tsoung,des Youan,
id. ta-te, du même.
id. tchi-ta, du règne de Wou-Tsoung, des Youan.
id. hoang-tsing, du règne de Jin-Tsoung, id.
id. yen-yeou, du même.
id. ichi-tchi, du règne de Yng-Tsoung, id.
id. taï-ting, du règne de Tai-Ting-Ti, id.
id, tchi-ho, du même.
id, thian-li, du règne simultané de Wen-Tsoung, des Youan.
id. tchi-chun, du même.
id. youan-toung, du règne de Chun-Ti, id.
id. tchi-youan, du même.
id. tchi-tching, du même.
chute de la dynastie mongole.
Le fondateur de la dynastie des Youan poursuivit activement laguerrecontrelesSoung.
En lisant l’histoire de la conquête de la Chine par les armées de Khoubilaï-Khan, sous le commandement de Pe-Yen (cent yeux) et d’autres généraux, pour la plupart de l'Asie occidentale, on est surpris du spectacle extraordinaire que présente la Chine dans ce grand événement politique. Jamais nation n’a peut-être montré plus de résislance et de dignité avant de se soumettre à un joug étranger, et jamais cause désespérée n’occasionna autant de sacrifices volontaires. La plupart des hommes d'Etat, des gouverneurs et des commandants des villes fortifiées se donnèrent la mort, ou s'ensevelirent sous les ruines de leurs cités plutôt que de se soumettre aux conquérants. En voici quelques exemples : Pe-Yen faisait le siége de Tchi-Tchéou, dans le Kiang-Nan; le gouverneur de la ville, voyant qu’il lui était impossible de défendre sa place (1274), dit à sa femme qu’il ne pouvait se résoudre ni à être infidèle à l'empe-
reur des Soung, ni à voir la ville occupée par des étrangers. Après ces paroles ül s Lua, et sa femme en fit de même. 1
Lorsque les troupes mongoles s’'emparèrent de Tao-Tchéou, dans le Kiang-Si (1274) plusieurs mandarins de cette ville se donnèrent la mort avec leurs domestiques, pluté que de se rendre.
Un grand, ayant appris la fuite honteuse du premier ministre des Soung, donnäu festin à ses amis et à ses parents; il écrivit ensuite des lettres aux ministres et“au princes du sang; et, ne pouvant survivre aux calamités qui afiligeaient sa patrie, ils Lua trois jours après. (
Au siége de Tchang-Cha, un mandarin d'une autre ville qui s’y trouvait, voyant qu toute résistance devenait inutile, fit mettre le bonnet de cérémonie sur la tête de’se deux fils, encore jeunes, en leur ordonnant de se prosterner trois fois devant ceuxqu étaient présents. Ensuite, lui, ses deux fils et ses domestiques se jetèrent dans lefa ct y moururent, Le gouverneur de la ville assiégée, nommé Li-Fou, ordonna à umdi ses officiers de s'approcher, et lui dit : « Je n’ai plus de forces; il faut mourir; jenevew pas que les gens de ma maison me déshonorent par l'esclavage. Après que tu les aura tous tués, Lue-moi. » L’oflicier supplia le gouverneur de l’exempter de cette triste mis sion; il fallut qu’il obéit... Ensuite il se tua lui-même avec sa femme et ses enfants. Tou les mandarins de la ville, à l'exception de deux, se tuèrent; la plupart des habitant: en firent de même, et tous les puits de la ville se trouvèrent remplis de leurs cad lorsque les assiégés y entrèrent.
Il ne restait plus aux Soung que cent trente mille soldats refoulés sur les côtes mari times de la province de Canton. Au milieu d’eux s'étaient réfugiés la famille impériale la cour, le gouvernement. La flotte est au port; tous s’embarquent avec l’armée, Mai bientôt on fut joint par la flotte tartare, et il y eut un sanglant combat. Le premie ministre, à qui le jeune empereur Ti-Ping avait été confié, voyant qu’il n’y avait plu d'espoir, prit son pupille dans ses bras : « Il vaut mieux, s’écria-t-il, mourir libre qui de déshonorer ses ancêtres par une honteuse captivité, » et il se précipita avec lü dans la mer; l’impératrice les suivit; une noire tempête s’éleva tout à coup, et Les flot entr'ouverts se refermèrent sur les derniers débris de la dynastie des Soung (1279):
Pour la première fois la Chine entière obéit à des princes étrangers. C’est sous l'in fluence de ces princes étrangers que le monde oriental manifesta une prodigieus activité intellectuelle, activité semblable à celle du monde occidental après les croisade: et l'invasion tartare.
Dès son avénement au trône, Hou-Pi-Lie avait organisé l'administration en divisan la Chine en dix provinces, pourvues chacune de dix tribunaux dont les présidents était Mongols, et il fit exécuter de grands travaux pour achever le développement dt grand canal. Il remit en vigueur les institutions fondamentales du vieil empire. Quant il se vit revêtu des insignes des anciens empereurs, frappé de la majesté de l'appareil impérial, il s'écria : « C’est aujourd’hui seulement que je sens ce que c’est que d’être fils du ciel. » Mais comme ce nouveau fils du ciel, assez indifférent sur le culte national, refusa de faire en personne le sacrifice solennel au souverain suprême, les lettrés nc le lui pardonnèrent jamais; ils ne lui pardonnèrent jamais non plus, ni à lui ni à ses successeurs, d'avoir protégé le bouddhisme du Thibet et le mahométisme, et de s’être entouré d'étrangers. l N.
Sectateur du bouddhisme comme presque tous les Tartars, il fit venir du Thibet le célèbre lama Bäschbah et le fit reconnaître Bouddha vivant, roi, docteur et maître de l'empire et de l'empereur. H lui assigna de riches domaines. De là l'accession officielle du pouvoir temporel au pouvoir spirituel du Dalaï-Lama. La Chine, déjà envahie par
es bouddhistes ho-chang, le fut donc encore parles bouddhistes thibétains. Mais ceux-ci furent particulièrement protégés. Les livres sacrés de la religion de Bouddha, traduits sn tongol, furent écrits en lettres d'or, et ceux de la secte de Tao livrés aux flammes.
Comme les Tures occidentaux qui avaient embrassé l'islamisme étaient nombreux Janis les armées du conquérant, il institua un collége impérial pour les Hoeï-Hou, et les lissensions se multiplièrent.
Le chfistianisme fit encore à cette époque une apparition en Chine. Jean de Montecorvinô, religieux de l’ordre des frères mineurs, envoyé par Nicolas IV (1288), arriva peu de temps après à Khan-Balikh. Îl remit au souverain des Tartars une lettre du pape qui l'engageait à se faire chrétien. Jean dut se contenter de la tolérance que Hou- Pi-Lie éténdait à toutes les religions. Le zélé missionnaire mit six années à bâtir lans là câpitale une église avec un clocher où il fit placer trois cloches que l'on sonnait à toutes les heures pour appeler les néophytes aux oflices. Il avait baptisé six nillé personnes. Il avait en outre acheté cent cinquante jeunes Chinois qu'il instruisait Jan$ La foi éhrétienne. I leur apprit les lettres grecques et latines, el composa pour eux des psautiers, dés hymnaires et deux bréviaires, de sorte que ces enfants chantaient les offices comme cela se pratiquait dans les couvents. Il était même parvenu à faire embrasser la foi catholique à un prince mongol de la tribu des Kéraïtes et à la plupart de ses vassaux ”. Or, presque toute cette tribu avait été convertie par les chrétiens nestoriéns qui, depuis O-Lo-Pen, avaient fait d'immenses progrès dans ces contrées. Jean fut persécuté et les Kéraïtes redevinrent nestoriens. En l’an 1314, le pape Clément V érigea pour lui le siége archiépiscopal de Khan-Balikh et envoya pour l'aider André de Pérouse et quelques autres qu’il créa suffragants. IL mourut vers 1550 et eut pour successeur un franciscain nommé Nicolas qui n’arriva point à sa destinalion. L'archevéché de Khan-Balikh ne tarda pas d’être entièrement oublié.
Hou-Pi-Lie appela à sa cour une foule de savants et de gens de lettres. Il ÿ en eut dé l'Inde, de là Perse, de la Transoxane et de diverses contrées de l’Europe. Deux nobles Vénitiens, Nicolas et Mathieu Polo, y étaient arrivés dans des vues de commerce en 4271. Trois ans après ils y retournèrent avec Marco-Polo, fils de Nicolas, homme fort instruit, auquel Grégoire X adjoignit deux frères prêcheurs, munis d’instruétions et de lettres. Marco-Polo devint’ le favori de l'empereur qui l’employa pendant {8 änis à de$ missions particulières. Il revint dans sa patrie comblé de gloire et de richesses. Seul, cet homme étonnant a fait faire d'immenses progrès à la cosmographie, tracé les limites orientales du continent ancien, relevé l'Asie centrale ignorée des Grecs et des Romains, décrit exactement la Chine, l'Inde et l'océan Indien. Le premier, il a parlé de la gravure chinoise, du papier-monnaie, du charbon de terre, de la porcelaine et de l’organisation des postes. Les récits de ses voyages furent lus par ses contemporains avec une avidité curieuse en même temps qu'avec une grande incrédulité; aussi donnèrent-ils le sobriquet de Messire Marco-Millione , à celui que de nos jours, par une autre hyperbole, on a nommé le Æumboldi du xr° siècle.
C’est une chose bien digne d'attention que le travail intellectuel qui se fit en Chine durant cette période. On croirait, en vérité, que la pensée profonde de nos dominicains, la science de nos cordeliers et les patientes recherches de nos bénédictins, que tout ce que nous eùmes alors d'énergie dans l'esprit et de génie au cœur, se fût incarné dans le monde oriental. C’est l’époque la plus florissante de la littérature mongole et celle de là publication du grand ouvrage chinois de Ma-Touan-Lin dont nous avons parlé
‘ Un petit-fils de Tchinggis-Khan, nommé Nayen, qui régnait dans la Mandchourie actuelle et qui se fit battre et dépouiller par Hou-Pi-Lie, avait fait broder le signe de la croix sur ses bannières.
précédemment (page 47). On peut consulter à ce sujet l'ouvrage de M. Abel Rémusat intitulé Recherches sur les langues tartares.
Cependant l'opposition des lettrés devenait de plus en plus menaçante. Ils repro chaient à la dynastie des Youan de ne pas avoir adopté pleinement et sans restriclioi leurs principes de gouvernement et leur religion politique. Cette dynastie avait d'ail leurs promptement dégénéré. Des révoltes partielles, des calamités publiques afili geaient les populations. Le malaise fut général lorsque Tamerlan, fondant un nouve empire à Samarkand, eut intercepté le commerce entre les deux extrémités de V'Asi (1366) ; c'est dans ces circonstances que le fils d’un pauvre laboureur, qui était entre comme domestique dans un couvent de moines de Bouddba , s'étant mis à la tête d’une troupe de révoltés, chassa les Mongols de la Chine et se fit reconnaitre empereur, sou le titre ordinaire de Taï-Tsou (grand ancêtre). 11 donna à sa dynastie le nom de Zi Ming (grande lumière).
Le dernier empereur mongol se bâta de regagner avec les siens les établissement de ses ancêtres à Karakorum et dans les vallées de la Sélenga, de l'Orkhon et dei Toula. Leurs descendants y portent aujourd’hui le nom de Khalkha.
Vingt-unième dynastie, dite des Ming, de 1368 à 1573.— Dix-sept empereurs.
Cycles. Après Jésus-Christ,
» 1368 1% année houng-wou, du règne de Tuï-Tsou, des Ming. 68 1584 17° année id. id. | | D 1598 1° année de Kian-Wen-Ti, ou de l’empereur restaurateur des lettrés. @ » 1405 id. young-lo, du règne de Tching-Tsou-Wen-Ti, des Ming. (Il transféra le siége de l'empire à Péking!) > 1495 id. houng-hi, du règne de Jin-Tsoung-Tchang-Ti, id: » 1426 id. hiouan-te, du règne de Siouan-Tsoung-Tchang-i. » 1436 id. tching-toung, du règne de Yng-Tsoung-Joui-T, id. 69 1444 9% année id. id. | » 1450 1" année king-taï, du règne de King-Ti, des Ming.
Observation. L'empereur Yng-Tsoung-Joui-Ti, s'étant mis à la tête de l'armée qui devait combattre les Tartars, fut pris par ces mêmes Tartars. Pendant sa détention son frère gouverna l'empire, non pas Simplement comme régent, mais comme empereur en titre. ?
» 1457 1" année thian-chun, du recouvrement de l'empire par Y ng- Tsoung-Joui- Ti. 400 » 1465 id. tching-hoa, du règne de ZTchun-Ti, ou Hi. Tsoung-Tchun-Ti.
ù 1488 id. houng-tchi, du règne de Hiuo-Tsoung-King-Ti. 70 1504 17° année houng-tchi, du même.
» 1506 1° année tching-te, du règne de Wou-Tsoung- Y-Ti. » 1522 id. kia-tsing, du règne de Chi-Tsoung-Sou-Ti. 4 71 1564 45° année kia-tsing, du même. :
» 4567 1e année loung-king, du règne de Mou-Tsoung-Tchouang-Tr: D 1573 id. wen-li, du règne de Chin-Tsoung-Hien-Ti. | » 1616 C'est à cette année que la Table chronologique place le commencement dé
la dynastie des Tartars-Mandchous aujourd’hui régnante. Cependant l'histoire fait encore mention de trois empereurs de celle des Ming; savoir : en 1620 Kouang-Toung, en 1621 Hi-Tsoung, et en 1628 Hoaï® Tsoung qui périt en 4643. .
Le culte des traditions , tel est toujours le principe de la civilisation orientale, l’'expression de la nationalité chinoise, la sauvegarde de l'empire. Toute dynastie indigène ou étrangère qui ne respecta point cette loi sacrée, qui ne l’embrassa point franchement, quelque bien qu’elle opérât d’ailleurs, n’eut jamais les sympathies de la nation, ni de conditions de durée. Le règne de l’empereur Taï-Tsou fut donc une réaction complète contre le système politique des Mongols, une rétrogression nouvelle vers les doctrines et les institutions des premiers empereurs. Mais l’intérieur de l'empire resta ouvert aux étrangers qu'attiraient les intérêts du commerce.
Tous les petits temples des bouddhistes (ho-chang et lamas) furent supprimés, et des grands temples on n’en laissa subsister qu'un seul dans chaque ville du premier, du deuxième et du troisième ordre. Il fut en même temps défendu aux personnes du sexe de se faire religieuses (kou-tseu) avant l’âge de quarante ans. Les tao-ssé voyant le moment favorable pour reconquérir leur prépondérance religieuse, y travaillèrent activement. L’un d'eux ayant un jour présenté à l’empereur la recette infaillible du breuvage de l’'immortalité : « Retirez-vous, dit l’empereur; le vrai secret de l’immortalité est de pratiquer la vertu, de faire du bien aux hommes, et de remplir tous ses devoirs. » IL y eut aussi un décret par lequel les fonctions des eunuques furent restreintes aux services domestiques du palais. Taï-Tsou sentait bien où était le mal; mais le mal était irréparable. Écoutez; c’est l’empereur qui parle aux tribunaux littéraires assemblés dans son palais : « Les anciens, leur dit-il, faisaient peu de livres, mais ils les faisaient bons; le but de tous leurs ouvrages était d’inspirer la vertu et l’amour du devoir, de faire connaître le mérite des grands hommes en tout genre, et de donner des moyens pour faciliter l'observation des lois et des usages. IL s’en faut bien qu'il en soit de même aujourd'hui. Nos lettrés modernes écrivent beaucoup et sur des sujets qui ne peuvent être d'aucune utilité réelle. Les anciens écrivaient simplement, et leurs écrits étaient à la portée de tout le monde; leur style était coulant, leurs expressions claires; ils disaient beaucoup de choses en très-peu de mots. Quoi de plus clair, par exemple, de plus précis et de plus instructif, que le Tchou-Che-Piao de Tchou-Ko- Liang? Dans cet ouvrage, qui n’est que de quelques feuilles, il expose son sujet avec tant de précision et de clarté, il le traite d’une manière si simple et en même temps si noble, il entre dans un détail de raisons si abondant, quoique très-court, qu'il dit tout ce qu'il faut dire, ne laisse rien à désirer, et entraine tout le monde à son sentiment: Autrefois on lisait son ouvrage avec plaisir; on le lit encore aujourd’hui de mème (?). Ce n’est point ainsi que nos lettrés modernes écrivent; leur style est diffus et ampoulé; ils noient une pensée dans des flots de paroles; s’il y a une expression obseure ou à double sens, c’est justement celle qu’ils choisissent ; on dirait qu'ils écrivent pour n'être point compris; ils sont comme Siang-Jou et Yang-Hioung. Ces deux hommes passent pour avoir été très-habiles ; ils savaient à merveille toutes les règles de Ja composition, et ils les mettaient en usage; cependant leurs ouvrages étaient vides de choses et n’apprenaient rien. Vous qui êtes à la tête de la littérature, faites vos efforts pour ramener le bon goût; vous n’en viendrez à bout qu’enimitantles anciens. »
À l’époque où l’empereur prononça cette espèce de mercuriale académique, la littérature européenne commençait aussi à remonter aux sources de son antiquité (1367), mais d'elle-même, car le goût de la langue d’Homère, assoupi depuis neuf siècles, venait d’être réveillé chez les descendants des barbares par les guerres saintes, par le commerce avec l'Orient, et par les malheurs de Byzance.
En Chine, le conseil fut assez inutile. L'intelligence avait aussi trouvé des idées et des formes nouvelles dans les idées et Les formes anciennes. Toute autre littérature eût été incomprise. Mais il ne se rencontra pas une seule tête chinoise capable de diriger
le mouvement. I faudra done que des barbares s'en chargent encore unefoi. Bientôt la dynastie des Ming ful en pleine décadence. Dès 1408, un édit fut publi qui défendait de rendre aucun honneur au philosophe national ; un peu plus tard 0: brülera officiellement ses statues. Les bouddhistes chinois et thibétains reprirent f: veur et se mulliplièrent prodigieusement. Les tao-ssé firent merveilles aussi. Ils avaien déjà plus de huit cents volumes de recettes infaillibles pour composer le breuvage d l'immortalité. Ges recelles étant incomplètes, on courut par toutes les provinces pou en chercher auxquelles il ne manquât rien; mais les empereurs avaient toujours lé mal heur de mourir avant qu’elles fussent arrivées. Quant à l'empire, comme on n'avait pa le temps de s’en occuper, les eunuques en firent leur affaire. Les voilà donc encore, le eunuques, qui gouvernent l'État avec l'impératrice mère (1456); ils commandentlle armées. Peu s’en faut qn'ils ne s’asseyent sur le trône (1462 et 1506). Ils ne seront pa rois, ils seront davantage. De par l’empereur Hian-Tsoung (1464), les eunuques for ment un tribunal suprême qui condamne à mort toute personne soupconnée de rébel lion, lors même qu'il n’y a pas de preuves. Et pourquoi pas? On les a faits dieux, e ces dieux équivoques ont des temples et des autels :! il À la fin, la confusion devint si grande, les calamités publiques se succédèrent nombreuses, que jamais l'histoire n’eut plus de scènes affligeantes à enregistrer ens peu d'années. Dans les provinces occidentales, la famine force les pères, les mères e les enfants à se dévorer entre eux; dans les provinces méridionales et orientales, I: peste, jusque-là étrangère à la Chine, exerce les plus cruels ravages; On cCreus: soixante fosses de dix mille hommes chacune. On employa huit cent mille ouvriers pou arrêter le cours des fleuves débordés. Cinq cent mille personnes furent englouties par un tremblement de terre. Aux ravages de la nature se joignirent ceux des hommes : de flottes de Japonais et de pirates dévastent les côtes maritimes, les Tartars occidentaüx et les Tartars orientaux franchissent la grande muraille et inondent les provinces. Les premiers étaient les descendants des Mongols chassés de la Chine; on les apäis: avec de riches tributs. Les seconds étaient de la souche des Tongous In-Chin ou Kin, dispersés par Tchinggis : ils s'étaient reconstitués vers l’an 1300 en corps de nation dans la contrée de Mandchou (canton très-peuplé), voisine des monts Golmin-Changan: Alin (voyez page 24). En 1583 King-Sou, leur chef, s'empara du pays de Liao-Toung. En 1616, son successeur Taï-Tsou prit hautement le titre de Hoang-Ti (empereur céleste) et cessa de dissimuler ses projets. Deux ans plus tard, s'étant rendu maitre de la ville de Moukden, capitale du Liao-Toung, il ordonna à tous les Chinois, sous peine de mort, de se raser la tête à la manière tartare. Tout le peuple aux beaux cheveux noirs devra bientôt se résigner à ne plus porter qu’une longue queue pendante derrière Je dos. Des milliers de Chinois se firent tuer pour ne pas déshonorer leur chevelure, el il n’y eut pas assez de courage pour défendre la dynastie des Ming ni contre les Tartars, ni contre les séditieux. Les révoltes intérieures se multiplièrent d’une manière effrayante : le chef des bonzes en fut un des principaux instigateurs. ; Il ÿ eut jusqu’à huit chefs indigènes qui entrèrent en campagne à la tête de huit armées rebelles. Tous prétendaient au trône, et ils n’avaient que le génie de la destruclion. D'abord ils s’exterminèrent mutuellement. Quand ils ne furent plus que deux,
* En 1450, on saisit les biens de l’un d'eux qui, étant à la tête de l’armée, avait laissé prendre l’empereur par les Tartars. Ses maisons, aussi magnifiques que le palais impérial, recélaient dix plats d'or garnis de pierres précieuses, des monceaux d'argent, et plus de dix mille chevaux. Lorsque, soixante ans plus tard, on confisqua le produit des concussions d’un autre eunuque, on trouva cent quarante mille livres d’or, seize millions de livres d'argent, deux mesures de diamants, deux cuirasses d’or, et plus de quatre mille ceintures ornées de pierres précieuses,
ils s’unirent et se partagèrent l'empire, comme une proie. L'un dévasta quatre provinces au centre; doux et affable envers ses soldats, il était d’une férocité sans bornes, surtout envers les mandarins et les lettrés. Que dans une ville un seul homme se füt rendu coupable d’une faute légère, il faisait tuer tous ceux qui demeuraient dans la même rue; cinq mille eunuques périrent, parce que l'un d'eux ne l'avait pas traité d'empereur. Ayant appelé aux examens jusqu'à trente-deux mille lettrés, dit-on, il les fit tous périr, sous prétexte que, par leurs sophismes, ils inspiraient la révolte au peuple; deux mille lamas furent aussi immolés. Prêt à quitter la ville de Tchen-Tou- Fou pour entrer dans la province de Ghen-Si, il fit enchainer tous les habitants au nombre de six cent mille, et, arrivés dans la campagne, il les fit tous massacrer. — Quelques jours après, il périt d’un coup de flèche.
L'autre chef de rebelles, maître du Ho-Nan, se déclara le vengeur du peuple; il lui fit remise des impôts, tua tous les mandarins en fonctions, et leva une contribution forcée sur ceux qui s’élaient retirés des emplois. Au siége de Kaï-Foung-Fou, capitale de cette province, une digue du fleuve Jaune ayant été rompue, la ville fut noyée avec trois cent mille habitants (1641). IL ravagea ensuite le Chen-Si et courut assiéger Péking que défendaient soixante et dix mille hommes. Tout cède à son approche : il marche droit au palais. L'empereur, retiré au fond de ses appartements, ignorait ce qui se passait au dehors : il jeûnait, priait, officiait avec les lamas. Le bruit de l'ennemi l'avertit enfin. Furieux en se voyant trahi, ilse précipite hors du palais à la tête desix cents gardes ; tous l'abandonnent. Comprenant enfin qu’il lui fallaitmourir, il fuit dans ses jardins, et avec son sang il écrit ces mots à l'usurpateur : « Les mandarins ont élé des traîtres à leur empereur. Ils l'ont mal servi; ils sont tous dignes de mort, et ce sera justice d'exécuter cet arrêt. Il faut qu’ils meurent tous, pour apprendre à ceux qui viendront après eux à mieux servir leurs souverains. Le peuple ne mérite point de châtiment, parce qu'il n’est point coupable; et ce serait une injustice de le maltraiter. J'ai perdu le royaume que j'avais hérité de mes pères. J'ai achevé en moi la race royale, que tant de rois, mes ancêtres, avaient perpétuée jusqu’à moi. Je vais donc me férmer les yeux pour ne pas voir mon empire détruit ou dominé par un tyran. Je né puis paraître devant ceux qui, ayant été mes enfants et mes sujets, sont présentement mes ennemis et des traîtres. Il faut qué le prince meure, puisque l'État meurt aussi. » Sa fille était à ses côtés ; il la frappa d’un coup de sabre, et courut se pendre àun arbre (1645).
La capitale fut livrée à la brutalité du soldat, et tous les ministres furent mis à mort, ainsique quatre-vingt-dix mille personnes qui composaient, dit-on, la famille ou tribu de cette dernière dynastie d’origine chinoise. |
L'empereur mandchou Chi-Tsou-Tchang-Hoang-Ti (l'ancêtre de la génération, empereur auguste et rayonnant}, qui régnait à Moukden, ayant été appelé au secours de Péking, y fit son entrée solennelle, le 26 mai 1644. Telle est l’origine de la dynastie qui règne aujourd'hui en Chine sous le nom de Ta-Thsing (la première et pure dynastie).
Quelle fut la fin de ces grandes tempêtes ?
Au milieu des ruines sous lesquelles s’ensevelit la dynastie des Ming, on voit poindre un fait principal. Le bouddhisme qui, du xr° au xvre siècle, avait été complétement détruit dans l'Inde, s'était propagé parmi les peuples de race jaune. Élevé par la dynastie mongole au rang de pouvoir temporel, le dalaï-lama essaya de dominer les divers pouvoirs politiques de l'Orient. Mais cette tendance à la suprématie universelle se réduisit à des alliances avec les chefs politiques. Par là, le bouddhisme, dont l’influence ne s'était guère manifesiée que sur les mœurs privées, devint insensiblement la religion de l'État; et l'on vit, après la dynastie mongole, celle des Ming et celle des Mandechous se déclarer les protectrices des pontifes du Thibetets'intéresser
militairement à l’incarnation de l’âme du défunt dalaï-lama, dans le corps d’un q leurs sujets. (Proclamation de l’empereur Khang-Hi (1721) : Magasin Asiatique, p.26.
Le mahométisme avait opéré d’une manière semblable, mais plus activement, parm les populations d’origine turque. A la voix de Tamerlan, vivante expression du maho mélisme, les débris de l'empire de Tchinggis-Khan, populations sans force enchaïinée aux lois uniques de la violence, se rallièrent à une même pensée religieuse. Le Fur kestan eut alors une commune existence politique et sociale. La Perse, le Khorassa et l'Inde, conquis, participèrent au même bienfait. Tel fut le résultat principal di dernier incendie qui embrasa ces contrées. Quand, à la mort de Tamerlan (1405) l'empire qu’il avait fondé se disloqua, les fractions de cet empire conservèrent des idée communes, un zèle religieux, une passion de propagande qui fit de tous les souverain turcs de cette époque de véritables apôtres de la religion musulmane. Ismaël-Schäh fondateur de la dynastie des sophis de Perse (1500), eut pour titre principal cel de roi des Schütes, c’est-à-dire des vrais sectateurs de l’orthodoxie mahométane.
La loi de Mahomet avait aussi opéré la fusion des hordes de Kharismiens, Turcomans Ouzes, refoulés en Asie Mineure par Tchinggis-Khan. Sous leur chef Othman, ce Turcs prirent le nom d'Othmans ou Ottomans et absorbèrent la puissance des sultan: Seldjoucides d'Iconium (1300). En 1455, Mohammed II était maître de Constantinople. I y mit fin à l’agonie de l'empire grec que, d’ailleurs, les schismes chrétiens conspiraient depuis longtemps à abréger. Sollicitant des priviléges de commerce, les Florentins lui dénoncèrent les armements des puissances européennes, tandis que les Véni: Liens lui fournissaient des munitions de guerre contre les Hongrois. Le czar IvanMll ouvrit aussi des négociations avec la Sublime Porte, et son fils y envoya une ambassade russe qui fut parfailement accueillie (1495). Bientôt l'empire ottoman s'étendant sur la Perse et sur l'Égypte ramena aussi l’ordre dans ces contrées malheureuses. En 4547, Sélim Ier fut revêtu du califat abbasside , et le chérif de la Mecque déposa à ses pieds les clefs du temple de la Caaba. Ainsi fut réuni dans ses mains le double pouvoir spirituel et temporel. Il devint en même temps la plus formidable puissance de l'Europe Sur lerre et sur mer, et il intervint naturellement dans tous les conflits de la politique de l'Occident. En provoquant sur ses frontières la création de l'empire d'Autriche Comme un boulevard capable d'arrêter ses progrès, il aida l’Europe à se débarrasser de ses petites principautés pour se reconstituer dans de plus grandes sphères politiques.
Car l’Europe aussi, toute fractionnée et livrée à la ferveur des dissensions religieuses et à la fureur des armes, avait vu le christianisme, de religion individuelle, de morale privée, passer à l’état de loi sociale dans de petites communautés politiques, puis dans de grands systèmes de nationalités. |
Ainsi, à la fin de cette période, l’idée religieuse s’est incarnée dans le genre humain, qui, dès ce moment, se trouve parlagé d’une manière bien tranchée en trois grandes masses sociales : les sociétés bouddhistiques dans le monde oriental, les sociétés chréliennes dans le monde occidental, et les sociétés mahométanes sur l'axé même des ‘deux mondes. \
Tous les arts, le langage surtout, le plus subtil de tous les arts, la plus vivante image ‘de la vie sociale, exprimèrent alors fidèlement cette triple manifestation humanitaire, nouveau résultat d’une triple série d’expériences.où se révèle toujours l’action providentielle de cette Unité majestueuse qui préside à tout et à laquelle tout aboutit.
Dans ces longues et douloureuses transformations, les sociétés mahométanes fondues dans l'unité religieuse se trouvèrent concentrées dans tous leurs éléments. Le sultan-calife en fut à la fois le chef temporel et spirituel, et le code des lois et des institutions civiles fut celui du dogme, de la hiérarchie et du eulte. Complètes
dans leurs formes, mais incomplètes dans le principe religieux qui en unit les éléments , les sociétés mahométanes ne renfermaient point de condition de durée.
Les sociétés bouddhistiques conservèrent leur puissance spirituelle au Thibet et leurs lois civiles dans les vieilles doctrines philosophiques rajeunies par Confucius. Annihilées dans leur dogme religieux, comme elles l'étaient déjà dans leur dogme politique, elles n'y trouvèrent plus d'énergie pour le présent, ni d’inspirations pour l'avenir.
Les sociétés chrétiennes, armées de laliberté d'examen qui s'était développée depuis le commencement de la période précédente, reconquirent la souveraineté temporelle, chaeune pour son chef. Il y eut même de bonne heure des divorces spirituels qui préludèrent au protestantisme. Le pouvoir pontifical n'eut plus d'objet comme pouvoir temporel‘; mais son action morale persista en raison inverse des efforts que l’on fit pour ja détruire. Et ce fut un inappréciable bienfait du ciel. Car les sociétés chrétiennes ayant généralement adopté le code tout matériel du polythéisme de la Rome ancienne, que seraient devenus le droit public, la morale sociale et la justice des peuples, sans l'intervention morale de la papauté, celteexpression perpétuelle de l'unité chrétienne, au milieu des égoïsmes individuels et nationaux qui se mirent à travailler l’Europe plus activement que jamais ?
Or le principe essentiel de toutes les sociétés de l’Europe est la vérité chrétienne. Ceprincipe les a nécessairement douées d’une puissance intellectuelle plus énergique, plus progressive, plus généralisatrice que celles des sociétés mahométanes ou bouddhistiques. Aussi pendant que dans le sein de l’Europe les empereurs d'Allemagne, les rois de France et d'Angleterre guerroieront pour l'unité du dogme chrétien, pour la monarchie universelle, ou l'équilibre européen, elles iront au delà des mers terminer les querelles de l'Europe; et la foi chrétienne, envahissant avec elles la surface du globe par toutes les voies que les sciences, les arts, l’industrie et le commerce ouvrent devant eux, la foï chrétienne tendra à s'établir en tous lieux, à réaliser de plus en plus sur la terre la vérité complète, absolue, qui fait son essence, sa force et assure sa perpétuité.
A la fin de cette période le mouvement d'expansion des sociétés chrétiennes se maniféste aux deux extrémités de l'Europe. Déjà en 1499 les Russes ont essayé de franchir les monts Ourals; quatre-vingts ans plus tard, ils remontent à lorient par la Sibérie parallèlement à la frontière chinoise. Le 3 août 1492, Christophe Colomb quitta le petit port de Palos en Andalousie avec trois frêles barques montées par 90 hommes ; 71 jours après, il avait découvert les Indes occidentales, auxquelles Améric Vespuce donna son nom. Alors on vit les descendants des barbares qui, milleans auparavant, avaient renversé l'empire romain, continuer leur mouvement d'émigration vers l'Occident, renverser lesimposants monuments du Mexique et du Pérou, et, par un dernier grand acte politique du souverain pontife, se partager le nouveau monde dont le Christ prenait possession. Les missionnaires chrétiens, travaillant avec foi et résignation à l’œuvre de la charité universelle, vinrent réparer, autant qu'il fut en leur pouvoir, les infortunes et les ravages causés par l'ambition et la soif de l'or. Vers la même époque (1498), une flotte portugaise, sous la conduite de Vasco de Gama, doubla le cap de Bonne-Espérance, et là route aux Indes orientales fut ouverte au génie et à l’activité de l'Europe. Mais les premiers navires portugais n’arrivèrent à Canton qu'en 1516.
L'année suivante , le vice-roi de Goa, Lopez de Souza, aidé par les talents et l'adresse de Thomas Pirès, obtint des Chinois une sorte de traité de commerce en faveur de ses concitoyens. Mais lorsqu’en 1520 Pirès se rendit en ambassade à Péking, des
1 fl est assez remarquable que la plupart des cathédrales qui, à cette époque, étaient encore en construction, restèrent inachevées.
rapports défavorables sur la conduite des Européens l'avaient précédé. Après une série d’humiliations de toute espèce, on le renvoya sous escorte à Canton. A son arrivée il fut dépouillé et jeté en prison; les historiens portugais disent qu'il y périt; mais il est certain qu'il en sortit après avoir été soumis, ainsi que douze de ses compagnons, à des tortures si cruelles que cinq en moururent. Les autres furent bannis séparément en différentes parties du royaume, Pirès, qui était de ce nombre, se maria dans le lieu de son exil, et convertit au christianisme sa femme et ses enfants. | Tel fut le résultat de la première ambassade des Européens à Péking :, Cependant les Portugais chassés de Canton furent tolérés à Macao; cette île ne leur fut définitivement cédée qu’en 1580, moyennant une redevance annuelle de 300 taëls, pour avoir délivré la Chine d'un chef de pirates qui avait mis le siége devant Canton. ; Ce fut à la faveur de cette colonie portugaise que les missionnaires pénétrèrent en Chine pour y précher le christianisme. ?
Nous terminerons celte période par un aperçu de la statistique de l’empire vers la fin du xv° siècle. Ces notes ont été recueillies sur les lieux ou dans les livres de la dynastie des Ming. 1400 « La Chine, sous les Ming, était divisée en quinze provinces, qui, par leur grandeur, leur richesse, leur fertilité, pouvaient être appelées des royaumes. | » Les lieux murés sont au nombre de 4,402, et ils sont divisés en deux ordres, le civil et le militaire. L'ordre civil contient 2,045 lieux murés, savoir : 478 villes du premier ordre, que les Chinois appellent Fou; 274 du second ordre, qu'on appelle Tcheou ; 1,288 villes du troisième ordre, qu'on appelle Hien ; 250 hôtelleries royales, appelées Ye, et 105 sentinelles ou hôtelleries royales du second ordre, qu'on nomme Tchang-Tchin. ” » Entre les cités et les villes de cet empire, on en compte plusieurs situées dans les provinces de Yün-Näân, de Quei-Cheü, de Quam-Si et de Su-Chuen, et qui toutefois ne payent aucun tribut à l’empereur, et ne lui obéissent point, mais à des princes ou seigneurs particuliers ou absolus. Ces villes, pour l'ordinaire, sont de telle sorte entourées de hautes montagnes et de rochers escarpés, qu'il semble que la nature ait pris plaisir à les fortifier. Au-dedans de ces montagnes il ÿ a des campagnes et des plaines de plusieurs journéés de chemin, où l'on voit des cités du premier et du second ordre, et beaucoup de villes et de villages. Les peuples soumis à ces seigneurs se servent de la langue chinoise avec les Chinois : mais, outre celle-là, ils ont encore leur langage particulier.
» Les Chinois ont fait imprimerun itinéraire public, qui contient tous les chemins, tant par terre que par eau, depuis Péking jusqu'aux dernières extrémités de l'empire. Les mandarins qui partent de la cour pour aller exercer leurs emplois, et ious les voyageurs, se servent de ce livre pour savoir la route qu'ils doivent tenir, la distance d'un lieu à l’autre, et les stades de chaque journée. Dans ce livre tous les chemins royaux de l'empire sont divisés en 1,445 journées, dont chacune a un lieu où les manda-
* Toute puissance, dit M. Klaproth, qui envoie pour la première fois uné ambassade en Chine, est regardée Comme venant rendre hommage à l’empereur; mais pour la seconde fois elle est cénsée soumise et tributaire : ses présents sont un tribut Obligatoire. Ainsi l'Espagne est soumise à la Chine depuis 4576, la Hollande depuis 1655, et le Saint-père depuis 4725. La chose la plus inutile est d’envoÿer des ambassades en Chine. Elles restent toujours sans résultat; que les ambassadeurs fassent où non les cérémonies prescrites par les lois du Céleste empire, cela n'est d'aucune importance. Les Chinois, loin de négocier avec les envoyés des puissances étrangères, ne les regardent que comme des gens venus de la part de leur maître pour présenter son respect et le tribat dû à un supérieur.
rins Sont logés et défrayés aux dépens de l'empereur quand ils vont exercer leurs emplois; mais quand on les prive de leurs charges, ils perdent aussi le droit d’être logés, Ces 4,145 lieux se nomment Fe et Tchin, où en joignant ces deux mots Ye-Zchin, c'est-àdire : dieux de logement et de sentinelle; et c’est avec beaucoup de raison qu’on leur a imposé ce nom ; Car On Y attend les mandarins avec autant de soin et de circonspection que si l'on y était en garde contre une armée ennemie. De ces lieux il y en a 735 dans les villes du premier et du second ordre, dans les villes frontières et dans les châteaux situés au-dedans de l'empire; 205 sont dans les lieux appelés Ye, et 103 dans ceux qu’on appelle Zchin. Les uns et les autres ont été autrefois bâtis dans les endroits où il n’y avait point de villes, el peuvent être appelés villes de second ordre, parce qu'ils sont tous entourés de murailles, qu'ils ont chacun un mandarin qui les gouverne, et qu'il yen a quelques-uns plus grands et plus peuplés que beaucoup de villes et de cités. Il y en à 102 qui n'ont point de murailles, mais qui sont des lieux fort grands et fort peuplés. Un jour avant le départ du mandarin, on fait partir un courrier avec une petite planche ou tablette, que les Chinois nomment Paï, sur laquelle sont écrits les noms et la charge de cet officier, et au bas son nom et son sceau. Aussitôt qu'on l’a vue, on nettoie et prépare le palais où il doit loger, et ces préparatifs sont plus ou moins somptueux, à proportion de la dignité du mandarin : comme les viandes, les portefaix, les chevaux, les chaises, les litières, ou les barques si le voyage se fait par eau, et enfin tout ce qui lui peut être nécessaire. Dans ces hôtelleries on reçoit de la même manière, à proportion, toutes sortes d’autres personnes, tant Chinois qu’étrangers, à qui l'empereur accorde cette grâce. Dans ces mêmes endroits, les courriers du gouvernement prennent ce dont ils ont besoin pour aller en toute diligence. Ils y trouvent toujours des chevaux en état de partir.
» L'empire de la Chine a 11,502,872 familles ou feux, sans y comprendre les femmes, les enfants, les pauvres, les mandarins qui sont en charges, les soldats, les bacheliers, les licenciés, les docteurs, les mandarins dispensés de servir, ceux qui vivent sur les rivières, les bonzes, les eunuques, ni tous ceux qui sont de sang royal; parce qu'on ne compte que ceux qui cultivent les terres, ou qui payent des tribus ou des rentes à l'empereur. Il y a dans tout l'empire 89,788,364 hommes ou mâles. Voilà ce qui regarde l'ordre civil de la Chine.
» L'ordre militaire contient 929 grandes forteresses du premier ordre, et fort importantes, soit sur les frontières pour servir de clefs ou de défenses à l'empire contre les Tartars, soit sur les confins des provinces contre Îles voleurs et les rebelles. Les Chinois les appellent Kouan.
» Il y a 567 forteresses du second ordre, qu’on appelle Gueï en langue chinoise ; 514 forteresses du troisième ordre, appelées So; 500 du quatrième ordre appelées Tchin (qui ont le même nom et la même signification que celles du cinquième ordre civil), et 150 du cinquième ordre appelées Pao. Il y a 100 forteresses du sixième ordre appelées Pou, et enfin 300 du septième ordre, qu’on nomme Tchaï. Ces dernières sont de diverses sortes ; les unes sont dans les champs et servent de refuge aux laboureurs, qui s’y retirent avec leurs bestiaux, leurs instruments aratoires et leurs meubles, quand les Tartars, les voleurs ou les rebelles courent la campagne, ou même quand les armées de l'empereur sont en marche; d’autres sont situées sur des montagnes escarpées en précipice, où l’on monte ou par des degrés taillés dans le roc, ou par des échelles de corde ou de bois qu’on ôte quand on veut, et celles-ci n'ont pour l'ordinaire aucune muraille, parce qu’elles n’en ont pas besoin ; les autres enfin sont aussi sur des montagnes, mais elles ont quelque avenue; el celles-ci sont revêtues d’une double et triple muraille du côté de l'entrée.
» Par ce dénombrement on voit que les lieux militaires sont au nombre de 2,557, qui, étant joints avec ceux de l'ordre civil, montent à 4,402. | | it
» Outre cela, il ÿ a au dedans et au dehors de ces grandes murailles qui environnen| la Chine plus de 3,000 tours ou châteaux appelés Tai, chacun desquels a son nor propre. On y tient toute l’année des gardes et des sentinelles, qui donnent l'alarme aussitôt que l'ennemi paraît, et font signal de jour avec une bannière qu’ils élèven au plus haut de la tour, et la nuit avec un grand flambeau allumé. Si nous comptions ces tours ou Châteaux parmi les lieux militaires, dont ces derniers feraient le huitième ordre, il y en aurait en tout b,557. |
» Le nombre des soldats qui gardent la grande muraille est de 902,034. Les troupes auxiliaires qui y accourent quand les Tartars se mettent en devoir d'entrer dans Chine, sont innombrables, et il y a 389,167 chevaux destinés pour les troupes: La dépense que l’empereur fait pour la paye des officiers et des soldats, monte tous Les ans à la somme de 5,034,714 livres. |
» Par ce que nous avons dit des soldats destinés à la garde des murailles et des frontières contre les Tartars, on peut aisément juger de la quantité de ceux qui sont employés sur les confins des provinces, dans les cités, dans les villes et dans tous les autres lieux murés du royaume, où il n’y en à aucun qui n’ait sa garnison. Ils sont au nombre de 767,970, qui, en temps de paix, gardent et accompagnent pendant le jour les mandarins, les ambassadeurs, et autres personnes défrayées aux dépens .de l'empereur, et pendant la nuit sont en sentinelle auprès de leur barque ou de leur logement. Quand ils ont fait une journée, ils s’en retournent à leurs garnisons, et d’autres leur succèdent et prennent leur place. Les chevaux que l’empereur entretient tant pour les troupes que dans les postes se montent à 564,900. Ges soldats et ces chevaux sont toujours entretenus; mais quand il y à quelque révolte ou quelque guerre, les armées qui s’assemblent et qui accourent de toutes les provinces sont presque innombrables.
» Il ÿ à dans les quinze provinces de l'empire :
521 ponts célèbres :
1,472 fleuves et rivières navigables, lacs poissonneux, fontaines chaudes, médicinales et merveilleuses; |
2,099 montagnes fameuses, soit parce qu’elles ont été taillées en forme d’idoles monsirueuses, soit à cause de leurs sources, de leurs herbes et de leurs minéraux doués de grandes vertus, ou par leur hauteur extraordinaire, ou par des beautés qui les distinguent des autres; t
1,159 tours, arcs de triomphe et autres semblables ouvrages magnifiques, élevés en l'honneur des empereurs illustres, des hommes célèbres par leur valeur ou leur science, des veuves et des filles renommées par leur chasteté et leurs vertus;
9279 bibliothèques embellies de beaucoup d’ornements, abondantes en livres, el bâties avec de grandes dépenses ; à ‘Es
2,099 pièces antiques fameuses, comme statues, peintures célèbres, vases de grand prix et d’une grande célébrité ;
709 temples construits par les Chinois en divers temps en mémoire de leurs ancétres, et considérables par leur grandeur et par la beauté de leur architecture:
480 temples d’idoles célèbres et très-fréquentés à cause de leurs richesses ou des fables que l’on raconte de leurs idoles. Dans ces temples et dans les autres de tout l'empire, dont le nombre est incroyable, habitent 30,000 bonzes patentés ;
685 mausolées fameux par leur architecture et par leur richesse.
» On comptait en Chine à la même époque :
5,636 hommes illustres et renommés par leurs vertus, par leur science, par leur courage et par leur valeur, etc. ;
208 filles, femmes ou veuves qui, par leur chasteté, leur courage et leurs actions héroïques, se sont rendues dignes d’une éternelle mémoire;
90,000 bacheliers qui ont été dans autant de colléges qu'il y a de villes de tous Les ordres.
» D'après les catalogues chinois, imprimés quatre fois par an avec des types mobiles, il y avait en Chine :
13,647 mandarins de lettres dans tout l'empire, et
47,520 mandarins d'armes.
» Il'entre tous les ans dans le trésor royal 18,600,000 écus d'argent (ou onces de 7 fr. 50}, en quoi toutefois ne sont pas compris les droits qu'on lève sur tout ce qui s’achète et qui se vend dans tout l'empire ; ni le profit de quelques millions que l’empereur prête à à des usures excessives; ni les revenus des terres, des bois et des jardins royaux qui sont en grand nombre; ni l'argent des ÉBicatious, qui se monte quelquefois à plusieurs millions, comme nous té voyons chaque jour en cette cour; ni enfin les rentes des biens immeubles confisqués sur les criminels de lèse-majesté, sur les rebelles, sur ceux qui volent les deniers royaux, ou qui volent sur le peuple jusqu’à la somme de mille écus et au-dessus, ou qui commettent des crimes énormes, ou qui font de grandes fautes dans l'exercice de leurs charges, et en d’autres cas, que l’avarice des ministres détermine pour avoir prétexte de dépouiller les particuliers ; ci, 48,600,000 écus.
»Ilentre aussi dans le trésor, sous le titre de revenus de l’impératrice, 1,823,962 écus.
» On porte tous les ans dans les magasins de la cour :
41° 43,5928,834 sacs de riz et de blé;
294,515,937 pains de sel, du poids de cinquante livres chacun ;
3° 958 livres de vermillon très-fin ;
4° 94,757 livres de vernis;
29 58,660 livres de fruits secs, comme des raisins, des figues, des noix, des chàtaignes, etc.
» On porte dans les garde-robes de l’empereur :
194,655,452 livres de soie de diverses couleurs et en étoffes, comme étoffe simple, velours, satin, damas et autres; en quoi ne sont pas compris les habits impériaux qu'apportent les barques dont il a été question;
29 476,270 pièces de soie légère, dont les Chinois s’habillent en été;
90 279,903 livres de soie écrue ;
49 596,480 pièces de toile de coton;
d0 464,917 livres de coton;
6° 56,280 pièces de toile de chanvre ;
1 21,470 sacs de fèves, qu’on donne aux chevaux de l’empereur au lieu d'avoine;
Et 8 2,598,583 bottes de paille, chacune du poids de quinze livres. Ces deux derniers articles étaient ainsi sous les empereurs chinois; mais ils sont à présent au triple et même au quadruple, à cause de la grande quantité de chevaux que les empereurs LarlarS entretiennent.
» Outre toutes ces choses, on en amène plusieurs autres à la cour, par forme de redevance, comme des bœufs, des moutons, des cochons, des oies, des canards, des poules et autres animaux domestiques; quantité de venaison et de gibier, comme des sangliers, des ours, des cerfs, des daims, des lièvres, des lapins, des poules de -bois, et d’autres oiseaux terrestres et aquatiques; des poissons, ASIE, 19
“comme des barbeaux, des truites fort grandes, et beaucoup d’autres, tous “excel. lents, etc. »
1V° PÉRIODE, DU XVYI® AU XIX° SIÈCLE DE JÉSUS-CHRIST. (François Er, Charles- Quint Luther, Léon X, Henri VIIL, Ivan IV, Bacon, Descartes, Newton, etc.) |
Avec cette subite expansion du monde occidental, le génie chrétien déploya ses ailes sur toute la surface du globe. Ce fut donc un immense protestantisme, non=seulement dans le dogme religieux, mais aussi dans l'état politique et social, danses sciences, les arts et la littérature, dans l’industrie et le commerce. L’analysefut d'autant plus active et ses résultats d'autant moins incomplets qu’elle dut opérersur toutes choses et dans des proportions plus générales. Là est l’histoire de l'Occident pendant toute cette période, et cette histoire embrasse le monde, car le christianisme tend manifestement à s’assimiler le monde entier en Orient comme en Occident.
Vingt-deuxième dynastie dite Tuï-Thsing, actuellement régnante.
Cycles. Après Jésus-Christ.
74 1616 4" année thian-ming (décret du ciel), du règne de Tai-T5ou Kao-Hoang-Ti, de la dynastie des Taï-Thsing (ou très-pure). £..
Observation. Cette dynastie est celle des Tartars-Mandchous. Quoiqu'on marque ici son commencement , elle n’était pas pour cela maîtresseule toute la Chine en 1616. Les Mandchous étaient encore en guerre aie les Chinois.
» 1620 1e année taï-tchang, du règne de Kouang-Tsoung, des Ming. » 1691 id. thian-ki, du règne de Tchi-Ti, ou Hi-Tsoung- 16h Ti, id.
72 1624 9 année thian-ming, du règne de Tai-Tsou-Kao-Hoang-Ti, des Taï- “Thsing.
» 1624 2° année thian-ki, du règne de Hi-Tsoung-Tchi-Ti, des Ming: » 1627 1" année HR fsoung, 46 règne de Taïi-Tsoung, Wen-Hoangi, des Taï- -Thsing.
» 1628 id. Due du règne de Hoaï-Tsoung-Ming-1i, des Ming.
» 1636 id. tsoung-te, du règne de Tai-Tsoung Wen-Hoang-Ti, des Taï-Thsing.
> 1644 id. chun-tchi, du règne de Chi-Tiou-Tchan-HOS Ti, id.
Cette année, les Taë-Thsing sont véritablement maîtres de l'empire. > 1662 1° année khang-hi, du règne de Ching-Tsou-Jin-Hoang- Ti. 75 1684 25° année khang-hi, du même.
» 1795 1° année Young-tching, du règne de Chi-Tsoung- - Hien- Hoang-Ti.
> 1736 id. khian-loung, du règne de Kao-Tsoung- Chu Fos Ti. 74 1744 9% année khian-loung, du même.
» 1796 1° année kia-king, du règne de Jin-Tsoung-Joui-Hoang- Ti. 45 1804 9% année kia-king, du même.
» 1821 1"° année tao-kouang, de l’empereur de la Chine actuellement régnant.
Nous avons dit que les missionnaires chrétiens s'étaient élancés sur les grandes voies nouvellement ouvertes à l’activité de l’Europe. Le premier qui arriva à Macao fut
saint François-Xavier, l'apôtre des Indes, le plus célèbre des compagnons d'Ignace
de Loyola; mais il y mourut la même année (1530). Vingt-sept ans plus tard, le
P, Valignan se rendit dans cette île, où il prit des mesures pour ouvrir enfin à ses collègues les portes de la Chine. Ge ne fut qu’en 1583 que les PP. Roger, Pasio et
Ricci obtinrent la permission de s'établir à Tchao-King, dans la province de Canton,
où plusieurs autres missionnaires les suivirent successivement. Ils se dispersèrent ensuite et continuèrent, sous l’habit de lettrés, leur mission dans d’autres provinces. Ricci fit quelque séjour à Nanking où sa réputation de savant s’accrut considérablement. Les Portugais lui ayant fait passer enfin des présents destinés à l’empereur, il obtint de se rendre à la cour pour les offrir lui-même en qualité d’ambassadeur. Il arriva à Péking en 1600, accompagné du P. Pantoja, de deux jésuites chinois et de deux jeunes catéchumènes. Lorsqu'il fut admis à l’audience de l’empereur Chin- Tsoung, dernier de la dynastie des Ming, il lui remit entre autres présents une horloge et une montre à répétition. Ces objets nouveaux à la Chine plurent à l’empereur,
qui fit un bon accueil au missionnaire.
La faveur impériale une fois déclarée pour lui, le P. Ricci n'eut plus qu'à s'occuper des soins qu’exigeaient les intérêts de sa mission. Plusieurs conversions éclatantes furent Ja récompense de son zèle; et les travaux littéraires et scientifiques auxquels le missionnaire se livrait en même temps, lui assurèrent l'estime des hommes les plus distingués de la capitale, estime méritée qu'il sut conserver jusqu'à sa mort qui arriva le 44 mai 4640. Les principaux lettrés se firent un devoir de contribuer, au moins par leur présence, à la pompe de ses obsèques, et l'empereur accorda un ancien temple pour servir de sépulture à l’humble cénobite. Get édifice fut consacré au vrai Dieu, et Von y construisit pour les missionnaires une habitation qui fut longtemps le
sanctuaire de la religion chrétienne.
Douze ans après la mort du P. Ricci, le P. Adam Schall de Cologne, son successeur, fut appelé à la rédaction du calendrier impérial et à la direction de la fonte des
pièces d'artillerie. Il exerça cette double charge avec distinction sous les règnes con-
sécutifs de trois empereurs, l’un de la dynastie des Ming et les deux autres de la dynastie tartare. Ce fut sous l'empereur mandchou Chi-Tsou (1644) qu’il obtint le plus haut degré d’estime et de faveur : il fut nommé président du tribunal de mathématiques, avec le titre particulier de Maitre des doctrines subtiles. On ajoute que ce prince avait personnellement pour Schall une si grande considération qu’il venait
quatre fois par an dans le cabinet du missionnaire, pour s’entretenir familièrement
avec lui; que dans ses visites il s’asseyait sur le lit du savant jésuite, et qu'il se
plaisait à admirer l'élégance de l’église qu’il avait fait bâtir, et à goûter Les fruits du
jardin qui l'avoisinait.
Schall profita de cette bienveillance pour servir la cause de la mission. Il obtint un décret pour la libre prédication du christianisme, ce qui accrut tellement le nombre des néophytes, qu'en quatorze ans on baptisa plus de cent mille Chinois. Mais à la mort de Chi-Tsou, les espérances que de si heureux commencements avaient permis de concevoir, ne tardèrent pas à s'évanouir. Les jésuites avaient donc pénétré en Chine au milieu des plus grandes calamités qui eussent jamais désolé cet empire, c’est-à-dire à l'époque où sa dissolution politique, sociale et intellectuelle paraît avoir été la plus complète. Aussi on remarque que tandis que les missionnaires chrétiens secondaient la conquête tartare de leurs lumières et de leurs talents, ce furent deux Chinois convertis au christianisme, le gouverneur et le chef de la milice de la province de Kouang-Si, qui organisèrent le plus fortement la résistance des populations chinoises à la domination étrangère. Cette résistance dura un demi-siècle. Depuis cette époque
le nom chrétien se rencontre dans presque Loutes les grandes scènes du drame historique de l'Orient. PER sal ne | Ce ne fut: que sous l’empereur Ching-Tsou-Jin Hoang-Ti (1 empereur souverain, humain et saint aïeul), plus connu sous le nom de l’année Khang-Hi (l’inaltérable paix) (1662-1772), que la résistance de la Chine fut complétement anéantie. Les Mandchous s’occupèrent d’affermir leur domination, en confiant la garde des villes à des troupes de leur nation, en introduisant leurs agents dévoués dans les tribunaux, daus les administrations, et en leur faisant adjuger les présidences. : C'est un règne assurément bien remarquable que celui de l’empereur Khang-Hi, La régence qui fut instituée pendant sa minorité, son affranchissement à la mort dé lun des quatre régents, sa politique, ses actes, tout, jusqu’à la culture des sciences et des lettres chinoises et mandchoues, rappelle le règne de Louis XIV, son contemporain. Gelte comparaison n’a point échappé aux hommes de l’époque. Le Portrait historique de l'empereur de la Chine, publié par le P. Bouvet, en 1697, porte presque en entier sur ce parallèle. Louis XIV, qui en fut flatté, fit plusieurs fois témoigner son estime à Khang-Hi, sans toutefois déroger à la coutume des rois de France, de ne point envoyer d'ambassade en Chine, pour ne pas compromettre leur dignité. à Comme il nous est impossible d'essayer ici de justifier ce parallèle, nous nous bornerons à rappeler quelques événements principaux du règne de cet Re Le premier acte de la régence fut de chasser du palais quatre mille eunuque qui menaçaient de reconquérir de nouveau l'influence politique; il fut de nouveau interdit qu'à l'avenir les eunuques ne pourraient plus être élevés à aucun dignité. | à Le pirate Kochinga, au nom de la dynastie des King, continuait à ravager les côtes orientales. La régence ordonna, sous peine de mort, à tous les habitants-des six-pr vinces maritimes, de se retirer à trois lieues plus loin dans l’intérieur. Ordre fu donné en même temps de raser toutes les villes, les bourgs, les villages et les fort resses qui se trouvaient dans ces mêmes limites. LI Cest là sans doute un étrange système de défense; mais les gouvernants à la Chine sont capables de l’entreprendre : les peuples s’y soumirent aveuglément; et ce seraïl peut-être encore le moyen qui leur réussirait le mieux, dans le cas d’une invasion des Européens sur quelque point de leurs côtes. Le pirate en fut victime, et son petit-fils, en échange d’un titre, livra Formose à l'empereur (1684). | Une affaire dont nous aurions peine en Europe à concevoir l'importance politique, fournit à Khang-Hi une occasion de montrer sa sagacilé et de faire preuve d’un esprit, supérieur aux préjugés de la nation. Il s'agissait de l'astronomie européénne que, depuis la mort du P. Adam Schall, les mathématiciens chinois attaquaient avec une nouvelle ardeur. Une expérience de gnomonique suffit à l'empereur, malgré les cabales des grands et les représentations des tribunaux, qui faisaient de cette dispute une affaire nationale, pour reconnaitre la supériorité des-procédés européens, et de ceux. du P. Verbiest en particulier. Ce savant jésuite fut encore nommé président du tris bunal des mathématiques, et l’on vit, au grand regret des Chinois, un bonze d'Oc dent faire succéder les méthodes d'Europe à celle des musulmans qui, du moins, avaient dans leurs habitudes astrologiques un point de contact avec les astronomes du pays. £ Les éclaircissements que Khang-Hi avait demandés au P. Verbiest avaient piqué sa curiosité : la gnomonique le conduisit à la géométrie, à l'arpentage, à la musique même. S on esprit vaste et pénétrant embrassait toutes nos sciences ; il en sentait l’enchaîne” ment et la liaison; il admirait la précision et l’exactilude de leurs méthodes et de leurs
ssionnaire à la Chine.
Jésuite mi
procédés. En un mot, il devenait insensiblement le disciple des jésuites, quand des embarras d’un autre genre vinrent le détourner de ses études et absorber toute son ‘attention.
Des révoltes avaient éclaté dans les provinces au centre et au milieu; les Poils-Roux (Hollandais et Anglais) en avaient profité pour commercer librement avec Canton. Ges révoltes furent étouffées; mais un nouvel orage s'était formé du côté du nord dans le Mongolistan, capable non-seulement de renverser la puissance des Mandchous, mais même de changer encore une fois la face de l'Asie. Galdan, plus connu par son titre de Contaïsch, chef des Mongols-Eleuths, s'étant ménagé la faveur du dalaï-lama, travaillait à rendre à sa nation l'unité et la puissance qu’elle avait conquises au temps de Tchinggis-Khan. La guerre qui s’ensuivit pendant vingt ans amena la soumission du Thibet et des grandes plaines du désert, où la Chine n’exerçait plus aucune | influence depuis la chute de la dynastie des Youan. | |
Ce fut dans les commencements de cette guerre (1688) que le Khan-Blanc, roi des Oros (le czar Pierre le Grand), envoya un ambassadeur à Péking pour entamer une négociation relative à la fixation des limites des deux empires. Parmi les commissaires chinois qui se rendirent à Nertchinsk pour cet objet, se trouvaient les deux jésuites Péreya et Gerbillon. Cependant les limites définitives ne furent fixées que par le traité du 44 juin 1798, en vertu duquel un commerce libre est établi entre les deux États, et trois villes Kiaktha, Sélenghinsk et Nertchinsk sont désignées sur les frontières pour le commerce ordinaire. Ce traité donne au gouvernement russe le droit d'entretenir à Péking un hôtel, deux églises, un archimandrite avec quatre ecclésiastiques et autant de jeunes gens destinés à apprendre le chinois et le mandchou, pour pouvoir servir, après leur retour, d’interprètes tant à la frontière qu’au département des affaires extérieures à Saint-Pétersbourg.
Les lettres fleurirent sous le règne de Khang-Hi; lui-même les cultivait avec succès. Il fitcomposer un grand nombre d'ouvrages par les lettrés de sa cour, entre autres un magnifique recueil de pièces d’éloquence et de littérature, un tseu-lian ou dictionnaire chinois, et un grand dictionnaire chinois-mandchou, qui sont fort estimés. Il chargea aussi buit missionnaires de lever les cartes des différentes provinces de l'empire
d’après la méthode européenne.
Les missionnaires, qui avaient été engagés par les empereurs mêmes dans les affaires politiques et avaient déjà essuyé deux persécutions, obtinrent en 1692 un nouvel édit en faveur de l’exercice de leur ministère. Les querelles qui s’élevèrent bientôt entre les jésuites et les dominicains finirent par causer l'expulsion des uns et des autres. Il y aurait témérité de notre part à prendre parti pour ou contre des hommes également éclairés et respectables; qu'importerait d’ailleurs notre jugement! La mission avait déjà porté ses fruits. Dans leur ardent prosélytisme, ces apôtres, qui ne songeaient qu'à convertir des sujets à l'Église de Rome, avaient attesté en Chine la puissance du génie du christianisme, tandis que les richesses industrielles qu'ils ont rapportées en Europe, et ces nombreux livres chinois que nous possédens (plus de 5,000 volumes réunis à la Bibliothèque royale de Paris), nous aideront à faire entrer un jour celle autre moitié du genre humain dans la grande famille du catholicisme chrélien, L'empereur Young-Tching (paix ferme) (1723-1755), qui prit des mesures rigou- reuses contre les missionnaires, n’en mérita pas moins leurs éloges. La Chine lui doit des améliorations en fait d'administration et d'agriculture ; elle lui doit aussi quelques ouvrages de littérature estimés.
Khian-Loung (protection du ciel) (4736-1795) continua l’œuvre de ses prédéces-
seurs. Dès la première année de son règne, il abolit la plupart des entraves qui génaien, les négociants anglais, et leur facilita même les moyens d'étendre leurs opérations Cette même année dix vaisseaux européens arrivèrent dans les eaux de Canton : déce vaisseaux quatre étaient anglais, deux français, deux hollandais, un danois ét suédois. En 1755 la compagnie anglaise avait cherché à fonder un comptoir à Ning-Pho mais, par un édit de l'empereur, tout le commerce avec les étrangers fut centralis( à Canton. Depuis cette époque les relations commerciales de la Grande-Bretagne Won cessé de s'étendre rapidement, malgré les nombreux conflits qui se sont souvent élevé: entre elle et le gouvernement chinois, et avec les nations européennes.
Travaillant surtout à contenir les mauvaises dispositions des hordes tributaire du grand désert et à river leur existence à celle de la Chine, il commença par réduire le Thibet où résidait la cause principale de l'agitation (1757). Il remit l'autorité civiléeæ dalaï-lama, qu'il fit surveiller par des fonctionnaires qui recevaient leurs instructiôn: du ministère des affaires étrangères à Péking. Les Éleuths ou OElets, Mongols dél: Dzoungarie, étaient livrés à des dissensions continuelles depuis la mort de Galdan Les garnisons chinoises, trop peu nombreuses pour les contenir, furent massacrées,e Amour-Sanan, khan des Éleuths, proclama son indépendance. L'empereur envoy: dans la Dzoungarie une armée formidable commandée par deux généraux habiles, Tchao-Hoeï et Fou-Té, l’un Chinois, l’autre Mandchou. La nation des Éleuthsft presque entièrement détruite et dispersée (1758). Amour-Sanan s'enfuit en Sibérieoi il mourut de la petite vérole. Les Hoeï-Tseu, Turcs de Kachgar, d’Aksou, de Yarkand et jusqu'aux Khasaks, précédemment vassaux des Éleuths, passèrent aussi sous domination chinoise (1759). Seul maître encore une fois de toutes les contréesdt grand désert, Khian-Loung voulut se conformer aux rites que les anciens empereur praliquaient à la fin d’une guerre glorieusement terminée : il accorda aux généraw les honneurs du triomphe. |
En 1767, Khian-Loung fit avec éclat la cérémonie du labourage. L'année suivante eut à soutenir une guerre avec le royaume d’Awa. Deux ans après, des Mongols Totr gaouts qui, pour se soustraire à la domination de Galdan, s'étaient retirés en Russi dans les steppes du Jaïk et du Volga, retournèrent au pays de leurs aïeux. Ils étaien au nombre de 50,000 familles lorsqu'ils arrivèrent sur les bords de l'Ili dans la Dzoun garie, où les officiers chinois s’empressèrent de les recevoir. |
On célébrait alors en Chine le quatre-vingtième anniversaire de la naissance de lim pératrice mère. L’empereur, ravi de ce concours d'événements, le célébra dans un! pièce d'éloquence qu’il composa en mandchou et qui fut traduite en chinois, & mongol et en thibétain ; on la grava sur une pierre qui fut déposée dans-un templ récemment dédié à Fo, et sur un autre monument qui fut élevé à Ili, dans le pay même de Tourgaouts.
Tous ces pauvres nomades du grand désert qui ont tant de fois et si puissammeñ concouru à précipiter les transformations périodiques du genre humain, ne savéh plus actuellement manifester leur existence que par quelques agitations intestines;e cela se conçoit, aujourd'hui que d'autres peuples, par d’autres chemins, sont appelé à hâter la réalisation d’une nouvelle phase humanitaire.
Un autre événement signala le règne de Khian-Loung; ce fut une expédition (17% contre les Miao-Tseu dont nous avons parlé précédemment (page 51). L’empereur$ vanta d’avoir subjugué ces hommes-chiens, ces hommes-loups , qui habitent les montagne de Ssé-Tchouan depuis plus de cinq mille ans. A-Kouï, qui avait été chargé de cetti expédition, reçut avec le triomphe la ceinture jaune et le manteau à quatre dragon en broderie d’or, tel que le portent les princes titrés de la famille impériale; l'hor
rible coutume de torturer et d’égorger les prisonniers de distinction fut renouvelée. ‘Cependant les Miao-Tseu ne perdirent que très-peu de leur indépendance : ils ne se soumirent jamais à la tonsure tartare, la marque la plus distincte de la conquête, et leurs actes fréquents d’hostilité donnèrent, jusqu’en 4852, de grandes inquiétudes au gouvernement de Péking. Ces intrépides montagnards, les frères de nos ancêtres, ne seront-ils pas un jour nos premiers alliés dans ces contrées ?
L'empereur célébra encore cette victoire dans des strophes qu'il composa d’après des règles qu’il s'était à lui-même tracées. Le plus connu des ouvrages de Khian-Loung est ‘celui qui lui valut de la part de Voltaire une épître commençant par ces mols :
Recois mes compliments, charmant roi de la Chine, Ton trône est donc placé sur la double colline?
C’est l'éloge de la ville de Moukden, composé en chinois et en mandchou. Il fit faire trente-deux éditions du texte chinois, en autant d'anciens caractères différents, toujours accompagnées du texte en caractères modernes. Il en fit de même pour l'édition mandechoue, pour laquelle on fabriqua, par son ordre, trente-deux sortes de lettres mandchoues, analogues aux caractères chinois.
Le recueil des poésies de l'empereur Khian-Loung, imprimé à Péking, contient vingt-quatre petits volumes. On lui doit encore un abrégé de l'histoire des Ming, el une collection, en plus de cent volumes, de manuscrits anciens et modernes, accompagnée d'explications auxquelles il faisait travailler sous ses yeux un grand nombre de savants et d'artistes.
Pour donner une idée des poésies de cet empereur chinois, contemporain de Frédéric le Grand, avec lequel on l'a comparé, nous reproduirons ce qu'il a composé sur le thé, pendant une des parties de chasse qu’il faisait ordinairement pendant l'automne en Tartarie. Ils rappellent ceux du poëte Delille sur le café.
« La couleur de la fleur meï-hoa n’est pas brillante, mais elle est gracieuse; la bonne odeur et la propreté distinguent surtout le fo-cheou; le fruit du pin est aromatique el d’une odeur attrayante ; rien n’est au-dessus de ces trois choses pour flatter agréablement la vue, l'odorat et le goût. En même temps mettre sur un feu modéré un vase à trois pieds, dont la couleur et la forme indiquent de longs services; le remplir d’une eau limpide de neige fondue; faire chauffer celte eau jusqu'au degré qui suflit pour blanchir le poisson ou rougir le crabe; la verser aussitôt dans une tasse faite de terre de yué, sur de tendres feuilles d’un thé choisi; l'y laisser en repos jusqu'à ce que les vapeurs , qui s'élèvent d’abord en abondance, forment des nuages épais, puis viennent à s’affaiblir peu à peu, ei ne sont plus enfin que quelques légers brouillards sur la superficie; alors humer sans précipitation cette liqueur délicieuse, c’est travailler efficacement à écarter les cinq sujets d'inquiétude qui viennent ordinairement nous assaillir. On peut goûter, on peut sentir; mais on ne saurait exprimer celle douce tranquillité dont on est redevable à une boisson ainsi préparée.
» Soustrait pour quelque temps au tumulte des affaires, je me trouve enfin seul dans ma tente, en état d'y jouir de moi-même en liberté; d’une main je prends un fo-cheou, que j'éloigne ou que j'approche à volonté; de l’autre, je tiens la tasse au-dessus de laquelle se forment encore de légères vapeurs agréablement nuancées; je goûte par intervalles quelques traits de la liqueur qu’elle contient, je jette de temps en temps des regards sur le mei-hou, je donne un léger essor à mon esprit, et mes pensées se tournent sans effort vers les sages de l'antiquité. Je me représente le fameux Ou-Tsiouan ne se nourrissant que du fruit que porte le pin; il jouissait en paix de luimême dans le sein de cette austère frugalité; je lui porte envie et je voudrais l'imiter.
Je mets quelques pignons dans ma bouche et je Les trouve délicieux. Tantôt je crois voir le vertueux Lin-Fou façonner de ses propres mains les branches du méi-hoa. C'es ainsi, dis-je en moi-même, qu'il donnait quelque relâche à son esprit, déjà fatigué pai de profondes méditations sur les objets les plus intéressants. Je regarde alors-mor arbrisseau, et il me semble qu'avec Lin-Fou j'en arrange les branches pour leu donner une nouvelle forme. Je passe de chez Lin-Fou chez Tchao-Tcheou ou che Yu-Tchouan : je vois le premier entouré d’un grand nombre de petits vases dans lesquels sont toutes les espèces de thé, en prendre, tantôt de l’une, tantôt de l'autre, el varier ainsi sa boisson; je vois le second boire avec une profonde indifférence le thé le plus exquis, et le distinguer à peine de la plus vile boisson. Leur goût n’est pas le mien, comment voudrais-je les imiter ?
» Mais j'entends qu'on bat déjà les veilles; la nuit augmente sa fraîcheur: déjà les rayons de la lune pénètrent à lravers les fentes de ma tente, et frappent de leur éclat le petit nombre de meubles qui la décorent. Je me trouve sans 'hqUI EUR et sans fatigue; mon estomac est dégagé, et je puis sans crainte me livrer au repos. C’est ainsi que, suivant ma pelile capacité, j'ai fait ces vers au petit printemps de la deuxième lune de l’année ping-yn (1746) de mon règne, Khian-Loung. » |
Le règne de cet empereur fut une brillante époque pour la littérature mandchotechinoise. Il paraît qu'il n’en fut pas de même pour les mœurs. On dut sévir contre les injustices des grands et les concussions des mandarins. En une seule fois trois cent quatre-vingts d'entre eux, jugés coupables, subirent la punition due à leurs crimes”
Kian-Loung régnait-encore, lorsque la première ambassade anglaise, celle de lord Macariney, arriva à Péking en 1793, et même lorsque celle de la compagnie des Indes orientales hollandaises y arriva en 1793. Ce ne fut qu'un an après (1796) qu’il abdiqua en faveur de son fils Kia-King (suprême félicité).
Cette suprême félicité, après l'audience du matin, qu'aucun empereur ne peut refuser d'accorder, dépêchait le plus promptement possible les affaires qui lui étaient soumises, puis se mêlait ordinairement à des acteurs et buvait jusqu’à perdre la raison. Ses compagnons de débauche le suivaient dans l’intérieur du palais et jusque dans les temples du Ciel et de la Terre, lorsqu'il allait sacrifier. Pendant ce temps s'organisaient (1796-1820) des conspirations, des associations secrètes et des révoltes dont on achela ordinairement la fin, en offrant aux chefs de l'argent’ et des emplois. En 1805, Kia- King faillit être assassiné. Parmi les Conspiraleurs se trouvaient des personnes de baut rang et des membres de la famille impériale. La proclamation qu'il fit à ce sujet révèle nettement la situation morale de la Chine. Il promet, selon la coutume, de mieux gouverner à l'avenir et de ne plus donner au peuple de motifs de désaffection:; il ajoute : « C’est cette indifférence et non le poignard de l'assassin qui m'afilige. » }
Les conspirateurs et les révoltés s’entendaient avec les pirates qui ravagèrent petdant presque tout son règne les côtes méridionales de la Chine. Chaque jour ces pirates devenaient plus nombreux, plus hardis; défiant le gouvernement, ils percevaient des droits réguliers sur les vaisseaux marchands et ne respeclaient que ceux qui étaient porteurs d’une licence de leur commandant. Ils ravageaient souvent des villages entiers dont ils emmenaient la population qu'ils se faisaient racheter par de fortes sommes.
Les associations secrèles existaient déjà sous le règne de Khian-Loung, puisque les missionnaires européens furent souvent accusés de faire partie de la société secrèle des Pé-Lian-Kiao ou secte du Nénuphar. Cette secte fut Ia plus formidable sous le règne de Kia-King; elle excita une insurrection dans le Chan-Toung, qui s’étendit sur trois des provinces voisines. Leur chef s’arrogea le titre de San-Hoang (triple empereur), c'est-à-dire empereur du ciel, de la terre et des hommes. Ce furent soixante et dix
nembres de la Société Thian-Li (raison céleste) qui attaquèrent l'empereur à main rmée dans son palais, où ils se maintinrent pendant plusieurs jours. De ces difféentes sociétés secrètes s’en est formée une autre, nommée Société de la Trinité, dont es membres, comme les francs-maçons, se reconnaissent entre eux à de certains signes ju symboles deconvention: son but est aussi le renversement du gouvernement et.-de la lynastie mandchoue. On lui attribue toutes les révoltes partielles qui éclatent de temps n temps dans l'empire. D’après les lois en vigueur, toute réunion de cinq personnes st illégale. Cette sévérité, apportée contre les associations de toute nature, a aussi ggravé Le sort de ceux qui sont détenus. Un censeur de l'empire écrivait à l’empereur que Les tortures les plus cruelles et les plus illégales étaient pratiquées dans la province le Sse-Tchouan. Ces cruautés commencèrent pendant la persécution active exercée ontre les associations, et maintenant elles se trouvent appliquées à tous les cas. À la in de 1816, il y avait dans les différentes provinces de l'empire 10,270 criminels conraincus de crimes capitaux, et attendant l’ordre de l’empereur pour subir leur peine à a saison d'automne, selon l’usage. Dans les prisons, les condamnés à mort sont ittachés pendant la nuit aux planches sur lesquelles ils sommeillent.
Un autre fait complétera l’idée de la morale publique et de la justice criminelle de l'empire à cette époque. «Dans la quatorzième année Kia-King (1818), Le district de San- Yang, dans la province de Kiang-Nan, fut inondé ; alors l’empereur ordonna que le trésor public vint au secours du peuple qui avait souffert. Wang-Chin-Han, le magistral du district de San-Yang, s’empara de l'argent alloué par le trésor, et l'appliqua à son propre usage, sans le distribuer au peuple. Le vice-roi de Kiang-Nan expédia un ésinsse, nouvellement créé, nommé Li-Yo-Tchang, lui-même magistrat du district, pour aller examiner l'affaire. Wang-Chin-Han, s'étant effrayé de son arrivée, et pensant pouvoir le corrompre, lui proposa dix mille taëls d’or pour assoupir l'affaire. Li-Yo- Tchang, qui était un homme probe et.droit, refusa le prix de la commission, et résolut de rapporter le véritable état de la chose au vice-roi. Dans cette occurrence, le magistrat coupable corrompit trois serviteurs de Li-Yo-Tehang, en leur offrant deux mille taëls d'argent, s'ils voulaient empoisonner leur maitre, et faire passer sa morl pour un suicide.
Ceux-ci consentirent. Après avoir commis ce crime, ils placèrent le corps de leur maitre dans un cercueil précieux, et l’envoyèrent à sa demeure pour y être enterré. La veuve du fidèle magistrat défunt soupçonna le crime, et son oncle étant du même avis, ils se rendirent à Péking pour le dénoncer au Tribunal des peines. Gelui-ci se hâla de faire arrêter les trois domestiques qui avaient empoisonné leur maître, et qui avouèrent Loule la vérité dans leur interrogatoire. L'empereur, furieux de ce crime, ordonna que le vice-roi fût envoyé en exil dans une contrée éloignée, et que tous les mandarins du district de San-Yang subissent la peine capitale. La famille entière du magistrat concussionnaire et homicide, sans aucune exception, subit le même châliment, et l’un de ses fils, qui n’avait alors que trois ans environ, fut mis en prison sur l’ordre de l’empereur, pour attendre l'âge de seize ans, afin de pouvoir être aussi décapité. Quant au malheureux Li-Yo-Tchang, l’empereur composa une élégie de trente vers pour célébrer ses vertus, et il ordonna que ces vers fussent gravés sur une table de pierre et placés devant son tombeau, pour instruire tous les hommes qu'il est dix mille fois plus glorieux de mourir en conservant son intégrilé, que de vivre en avide fripon. Les trois domestiques qui avaient empoisonné leur maître furent, par ordre de l'empereur, coupés en morceaux devant le tombeau du défunt, auquel on offrit leurs cœurs en sacrifice expiatoire. La veuve fut élevée au rang de grande dame, et son oncle, qui avait plaidé sa cause, fut aussi récompensé par une promotion. Et comme
il n'avait pas d'enfant, le mandarin du district reçut l’ordre de choisir dans son Con mandement un jeune homme distingué pour devenir son fils d'adoption, afin de trans mettre son nom à la postérité, et d'hériter de ses honneurs. » | D'autres calamités désolèrent l'empire. IL y eut une grande sécheresse dans toute les provinces. Le tribunal des châtiments s’assembla pour s'interroger lui-même su sa propre humanité, et comme il reconnut qu’il avait bien rempli son devoir, il publi avec assurance que le ciel accorderait de la pluie et rétablirait l’ordre des saisons Gent quarante villages de la province de Chan-Toung furent couverts par les eaux d' la mer qu'un ouragan avait soulevées. Des provisions pour un mois furent distribuée à ceux qui avaient échappé à ce désastre. A la fin de 4819, les digues du fleuve Jaun, ayant élé rompues, cent mille personnes furent englouties. On proposa des honneur. et des distinctions particulières à ceux qui souscriraient volontairement aux dépense: nécessaires à la réparation des digues. Plus de cent mille ouvriers furent employés à ce: travaux. Le commerce européen est taxé annuellement à Canton pour subvenir au frais de réparation du fleuve Jaune. C’est préparer aux ingénieurs européens unc espèce de droit de se charger un jour eux-mêmes de ces travaux. "4 La même année on célébra le soixantième anniversaire de la naissance de l’empereur par un jubilé universel ; chez les particuliers aussi lorsqu'un individu atteint l'âge de soixante ans (une révolution du cycle), cet événement est célébré par quelques réjouissances particulières. Ce fut assurément une fête imposante que la célébration de la vieillesse d’un seul homme par plus de trois cents millions d'individus. Les magistrals et le peuple vinrent en foule et avec joie lui présenter leurs sincères félicitations. Iy eut à cetle occasion grâce entière ou commutation de peines pour les criminels, admission double du nombre accoutumé de candidats aux examens publics, et remise de tous les arriérés d'impôts fonciers, désirant , dit l'empereur, ajouter ainsi à l’aisancede chaque famille, et voulant que chacun puisse s’élever au comble du bonheur publie Une personne du Chan-Toung avait imaginé un moyen plus simple pour atteindréce résultat : elle avait proposé de briser toutes les idoles, toutes les images des divinités. Le malencontreux conseiller fut exilé sur la frontière russe, - Kia-King mourut le 2 septembre 4820, dans une parlie de chasse du Louan-Yang, léguant le meuble divin (le trône) à son fils Tao-Kouang (la gloire de la raison ) : le décès de l’empereur fut annoncé dans les provinces par des dépèches écrites en encre bleue, couleur de deuil. On ordonna à toutes les personnes de condition d’ôter l’orne ment de soie rouge de leurs bonnets, ainsi que le bouton, signe de leur rang. Il fut défendu à tous les sujets chinois de se raser la tête, de jouer d’un instrument de musique, de se marier ou d'exécuter aucun sacrifice pendant la durée du deuil, qui est
de vingt-sept jours. Kia-King fut inscrit dans les fastes sous le nom de Jin-Tsoung-Joui- Houng-Ti. é
Le règne actuel de Tao-Kouang n’est connu en Europe que par quelques extraits dé la gazelle impériale de Péking publiés par les journaux anglais. En général, les habi: tants de l'empire ne savent guère mieux que l'Europe ce qui s’est passé en Chine pendant la dynastie mandchoue, car l'histoire d'une dynastie n’est rendue publique qu'après sa chute et sous le gouvernement de celle qui l’a remplacée. Il en est "dé même au Japon. Toutefois, cela n'empêche pas des écrivains officieux de composer l'histoire des empereurs de la dynastie régnante. « Le seul ouvrage original, dit Abel Rémusat (Nouveaux Mélanges asiatiques, t. H, page 50), où l’on puisse trouver des matériaux authentiques pour l’histoire de la dynastie mandchoue, est le Toung-Hoa-Lou (Chronique de la Fleur d'Orient), en seize livres. Cet ouvrage ne peut pas encore être imprimé; mais il en court beaucoup de copies manuscrites à la Chine, et il en est
\nème venu plusieurs en Europe. Les événements y sont rapportés par année et jour ar jour, sans développements et sans réflexions. » Il ajoute : « L’exemplaire que j'ai ous les yeux finit à la mort de Young-Tching en 1755; mais il existe des copies plus -omplètes où l'on a ajouté le règne de Khian-Loung et celui de Kia-King.
Depuis l'établissement des factoreries étrangères à Canton, les Chinois emprunaient annuellement de fortes sommes aux Européens à de très-hauts intérêts. in 4782, ces dettes , qui ne s’élevaient pas à moins d’un million sterling, n'étant pas “emboursées , les factoreries s’adressèrent au vice-roi. Il s’ensuivit un édit de l'empereur qui ordonnait la liquidation immédiate de toutes les dettes, défendant pour l'avenir tout emprunt aux Barbares. En 1792, le commerce de l'Angleterre avec la Chine surpassait déjà, à lui seul, celui de toutes les nations réunies; et son importance était tellement appréciée à Londres, que le cabinet y résolut l'envoi d’une ambassade spéciale à Péking, afin de poser les bases d’une sorte de traité ou de convention de commerce qui fût moins onéreuse et hors de l'influence et des caprices de l'autorité locale. À cet effet lord Macartney et sir George Staunton partirent en septembre 1792 sur le Lion, vaisseau de 64. D'abord leur mission parut avoir obtenu tout le succès désiré; mais bientôt de nouvelles difficultés amenèrent de nouvelles récriminations, qui nécessitèrent une seconde ambassade confiée à lord Amherst en 1816. Celle-ci n’eut aucun résultat par suite du refus de lord Amherst de se soumettre au cérémonial de la cour de Péking, exigeant que les ambassadeurs se prosternent et baisent neuf fois la Lerre en présence du souverain de l'empire Céleste, difficultés que lord Macartney avait aplanie en demandant qu'un Chinois d’un rang égal au sien rendit le même hommage au portrait du roi d'Angleterre. Depuis 1816, à l'exception de la faillite de quelques marchands Hong en 1898, et jusqu’au 22 avril 1834, terme de la charte octroyée à la compagnie des Indes orientales, il n’est survenu aucun événementqui ait interrompu les relations de cette compagnie avec la Chine. Les griefs qui poussent aujourd'hui l'Angleterre à des mesures hostiles n’ont éclaté que depuis. Nous en dirons un mot à l’article Commerce.
D'après le relevé fait par le père Marchini, procurateur de la mission de la Propagande à Macao, le nombre des ecclésiastiques européens, en Chine, s'élevait en 1810 à vingtneuf, et celui des chrétiens indigènes à environ deux cent mille. Depuis cette époque le dernier des ministres de la religion de l'Océan occidental a été renvoyé de Péking; mais quelques autres continuent à rester cachés dans les provinces, surtout parmi les Miao-fseu dont un grand nombre, dit-on, se sont déjà convertis au christianisme. En 4841, on comptait en Chine trois cent vingt mille chrétiens indigènes.
C’est une opinion bien arrêtée dans l'esprit du gouvernement que la religion chrétienne est la plus mortelle ennemie du dernier empire encore debout de l'antiquité. Aussi, en 1837, une proclamation de l’empereur, renouvelant les dernièresproscriptions, défend, sous les peines les plus sévères, la prédication de l'Évangile dans ses Élats. Qu'importe? Les dieux du Capitole avaient aussi repoussé l’humble Christ qu'annonaient d'humbles apôtres! La vérité est descendue sur la terre; elle s’y propage, malgré les hommes et par eux, jusqu’à ce qu'ils soient parvenus à la dégager de l'erreur pour là faire régner au sein de la société.
Tous les documents qu’on a pu recueillir sur l'administration intérieure de la Chine pendant le règne de l’empereur actuel, tendent à établir que la dynastie mandchoue touche à sa fin. Démoralisée par la conscience qu'elle a aujourd’hui de la haine nationale, elle ne résistera pas à l’action des insurrections sans cesse renouvelées, ni à celle des associations politiques qui paraissent demander avec une égale faveur l'expulsion des Tartars et une amélioralion sociale; car le monde oriental travaille inces-
samment aussi, selon ses conditions spéciales, à réaliser la vérité dans tous se! éléments sociaux. è
Ainsi, vers le milieu de cette période, la civilisation orientale paraît agitée d’un inquiétude semblable à celle qui tourmentait à la même époque la civilisation occiden: tale. L’Angleterre commença dans le xvrre siècle: mais l'aristocratie en devint plus puissante, parce qu'elle sut se mettre à la tête des mouvements populaires, pour mieux les comprimer. Les États-Unis s'insurgèrent en 1776.
Nous avons.lu dernièrement dans la Revue nationale de la Belgique une page d'his. loire, qui est, selon nous, une des meilleures qui aient été écrites; la voici :
« C'est un des préjugés de la France de ce siècle, qui s’est répandu au delà de“ses frontières, de dater de 1789 tous les progrès politiques, toutes les réformes utiles: La révolution française est née de l'esprit de progrès et d'amélioration sociale, elle nela pas créé. Jamais peut-être, grâce à sa paix, l’Europe ne fut animée d’un mouvement d'idées plus général que celui du quart de siècle qui précède celui de la prise dela Bastille. Jamais non plus l'esprit de réforme ne rencontra d'opposition plus faibleret moins compacte. Ce qui donne à ce mouyementun caractère propre etce qui pouvaitlui assurer une grande fécondité, c’est qu'il avait gagné la plupart des gouvernements“de l'Europe et que le progrès de la société pouvait descendre ainsi sans secousses des trônes sur les nations. Louis XVI, aidé de Turgot et de Malesherbes en France, Frédéric de Prusse, Catherine de Russie, Joseph IT en Autriche, Charles III etes ministres en Espagne, Léopold en Toscane, Joseph I en Portugal, les princes de Saxe Gotha, de Saxe Weimar, de Brunswick, de Neuwied en Allemagne, étaient sin: cèrement dévoués à cette nouvelle foi du progrès, quelques-uns même avec un enthotsiasme trop peu mesuré. L
» La révolution de 1789 vint hâter les effets de ce mouvement en France. Mais aussi elle rendit-les autres gouvernements hostiles aux tendances nouvelles. Partout elle donna aux idées de réforme et d'amélioration de puissants et nombreux adversaires: elle constitua dans toute l'Europe le parti de l’ancien régime et du statu quo, jusque-là sans lien et sans force, et elle y rejeta les gouvernements. Quand on se pénètre bien‘de l'état des esprits en Europe, pendant les trente années qui précédèrent la révolution de 1789, on peut se demander, tout en Sympathisant avec les grandes réformes qu’elle sanctionnées, si ces progrès ne se seraient pas graduellement accomplis sans elle, à moins de frais pour la génération Contemporaine, d’une manière peut-être plus sûre, surtout plus générale, et si en réalité cet événement n’a pas été moins utile par ses résultats directs que par les nombreux enseignements que l'humanité recueillera en tout temps de cette immense expérience politique. » (5e livraison, 1844, p. 475.)
Lorsque les idées nouvelles furent formulées dans la loi française, Napoléon paru: Deux grands faits dominent sa vie : premier consul, il entraîne l'Europe ancienne, indécise, à reconnaître la France nouvelle; empereur, il convie toutes les nations qui habitent les deux rives de l'océan Atlantique à reconnaître les faits accomplis, et à y assimiler leur politique et leurs lois. Toujours l'épée à la main, mais incessamment troublé par les idéoloques, il atteint le monde oriental au mont Tabor (mais pas au delà; le mont Tabor est sur l’arête des deux mondes) :; l'idée politique aux Alpes et
« L'empereur pensait qu'indépendamment des circonstances fortuites qui amènent parfois des prodiges, il fallait encore qu’il y eût ici, en arrière, quelque chose que nous ignorons. Que l’Europe avait sans doute succombé sous les résultats de quelque cause première qui nous demeurait cachée ; que peutêtre ces peuples (au temps de Mahomet), surgis tout à coup du fond des déserts, avaient eu chez eux de longues guerres civiles, parmi lesquelles s'étaient formés de grands caractères, de grands talents, des impulsions irrésistibles. on quelque autre cause de cette nature, etc., etc. En somme, Napoléon, su
ux Pyrénées, l'idée religieuse à Rome, l’idée sociale enAllemagne, l’idée industrielle t commerciale en Angleterre, l'idée humanitaire en Russie, l’idée scientifique ou rrtistique partout, et du pommeau de son épée il scelle d’une N toutes les reliques les nations qu'il écroue au musée du Louvre. Immense inspiration que nous avons peu comprise!
Avons-nous compris que la confiscation de l'Espagne était l’affranchissement des colonies espagnoles de l'Amérique? Avons-nous compris que quand il fermait tous les ports de l’Europe à la marine anglaise, sans s’en douter lui-même il conspirait avec elle au profit de l'avenir? Ce fut alors que la Grande-Bretagne, entraînée par une impulsion dont elle ignore aussi la cause, et dont les résultats l’inquiètent profondément aujourd’hui, s’en alla, l'Évangile à la main , disséminer par toutes les mers ces mêmes idées qu'il disséminait, lui, sur tous les continents.
Peuples de l'Occident, vous vous rappelez comme vos cœurs battaient à sa voix! Cet enthousiasme fut vrai, légitime : l'empereur résumait les forces vilales de son époque; il résumait la France que la Providence a placée en tête du mouvement expérimental de tous les peuples de l'Atlantique. Il dut être l’homme le plus complet de son siècle celui que la France usait alors à son service, au service de la civilisation chrétienne. La postérité aura toujours une place pour sa gloire, un souvenir pour son nom.
Telle fut toujours la destinée de ces hommes-synthèses, que l’on a tort d'appeler fatals ou surnaturels ; il n’y a point d'hommes fatals ou surnaturels : ceux-là sont des hommes nécessaires, des victimes nécessaires immolées sur l'autel de l'avenir. Notre cœur s’est troublé avec notre vue, nous l'avons calomnié, et cependant nous fümes tous complices et solidaires. Mais silence! l’expiation fut solennelle... Que ses cendres reposent en paix sur Les rives de la Seine! Son âme planera longtemps encore sur cel aride rocher de l'Atlantique, soulevé entre Les deux versants du monde occidental, sur ce trépied sacré, où, méditant sa vie, interrogeant l'avenir, il disait aux peuples et aux rois : « A la Chine ou nulle part! » H ne fut point compris, les temps n'étaient pas venus.
Ce ne fut point une vaine inquiétude que celle qu'il ressentit toujours pour les idéologues. Le grand homme a dit, en parlant de son apparition de l'ile d'Elbe et de sa seconde chute de Waterloo : « Dans ces circonstances, je n'avais plus en moi le sentiment du succès définitif; ce n’était plus ma confiance première, soit que l’âge qui d'ordinaire favorise la fortune commençât à m’échapper, soit qu'à mes propres yeux , dans ma propre imagination, le merveilleux de ma carrière se trouvât entamé, toujours est-il certain que je sentais en moi qu'il me manquait quelque chose. Ce n’était plus celle fortune attachée à mes pas, qui se plaisait à me combler; c'était le destin sévère auquel j'arrachais encore, comme par force, quelques faveurs, mais dont il se vengeait tout aussitôt. Car il est remarquable que je n’ai pas eu alors un avantage qu'il Wait été immédiatement suivi d’un revers.
» J'ai traversé la France; j'ai été porté jusqu’à la capitale par ’élan des citoyens el au milieu des acclamations universelles. Mais à peine étais-je dans Paris que, comme
les affaires de l'Orient, s’éloignait beaucoup des croyances communes, tirées de nos livres habituels. I avait à cet égard des idées tout à fait à lui, et pas bien arrêtées, disait-il; et c'était son expédition d'Égypte qui avait amené ce résultat dans son esprit. » (Mémorial de Sainte-Hélène, avril 1816.)
C’est qu’en effet ce fut au mont Tabor, élevé sur l’arête des deux mondes et où s’accomplit le grand mystère de la transfiguration, que l'Occident se mit en rapport avec l'Orient. C’est là que, de nos jours même, le représentant de l'Occident chrétien, portant les derniers coups au mahométisme, mesura dans sa vaste pensée le monde bouddhistique de l'Orient. Lisez attentivement ses Mémoires : nul, mieux que lui, n’a compris l'Orient; nul, aussi profondément que lui, n'eut le pressentiment des destinées futures du genre humain. Nous croyons que jusqu'ici on n’a pas mieux compris l'empereur, que le principe actif de nos sociétés occidentales.
par une espèce de magie, el sans aucun motif légitime, on a subitement reculé, on es devenu froid autour de moi. |
» J'étais venu à bout de me ménager des raisons plausibles d'obtenir un rapproche. ment sincère avec l'Autriche; je lui avais expédié des agents plus ou moins avoués. Mais Murat se trouva là avec sa fatale levée de boucliers : on ne douta pas à Vienne que ce ne fût par mes ordres; et me mesurant à leur échelle, ils ne virent dans toute celte complication que finasserie de ma part, et ils ne s'occupèrent plus, dès lors, qu'à contre-intriguer contre moi.
» Mon entrée en campagne avait été des plus habiles et des plus heureuses; je devais surprendre l'ennemi en détail; mais voilà qu’un transfuge sort des rangs de mes géné: raux pour l'aller avertir à temps. j
» Je gagne habilement la bataille de Ligny, mais mon lieutenant me prive de ses fruits. Enfin je triomphe à Waterloo même, et tombe au même instant dans l’abime:; et Lous ces coups, je dois le dire, me frappèrent beaucoup plus qu’ils ne me surprirent. d'avais en moi l'instinct d'une issue malheureuse, non que cela ait influé en rien-sur mes déterminations et mes mesures assurément, mais toutefois j'en portais le sentiment au-dedans de moi. » À L
Ainsi l’empereur de l'Occident avoue lui-même qu'il eut le. sentiment vague que sa mission était accomplie; elle fut accomplie depuis qu’il eut consacré la grande révolution française par la volonté du peuple, par la religion, par la victoire par toutes les puissances de l'Europe et des deux Amériques. Toutes les idées révolulionnaires constituées n’ayant plus besoin de lui, alors à{ sentit qu'il lui manquait quelque chose : tout lui manquait; il resta seul avec lui-même. D’autres générations ayant apporté d’autres idées, il s’est retiré devant elles; el la France, comme toutes les nations de l'Occident, se sentit rentrer dans son mouvement indépendant et libre dans sa nationalité. On s’équilibra provisoirement dans de nouveaux rapports. Les portes du Louvre s’ouvrirent, et les arts reprirent naturellement leur vol vers l'Italie, où nous allons de nouveau consulter le Dieu qui fait les arts et la philosophie, comme il fait tout le reste. La papauté n’a fait aucune révolution pour cela; elle est seulement restée à sa place, où elle parut même un moment oubliée. « C’est qu'il ya, » dit un illustre écrivain, « dans le christianisme, et d’abord au centre du christianisme, quelque chose qui appelle à soi l'intelligence; et si la papauté n’est pas ici-bas pour servir de règle aux. créations de l'art, il ne dépend pas d’elle de n'y être pas pour représenter l’action éternelle de la pensée divine sur tout ce qui est l’expression de la pensée humaine. »
Cependant notre mission, à nous nations chrétiennes de l'Occident, n’est pas accomplie, et le mouvement expansif du xvre siècle continue. Ces vingt-sept dernières années de paix semblent nous avoir été accordées comme pour seconder ce grand mouvement, tout en nous laissant le loisir de travailler sur nous-mêmes, chacun dans sà sphère de nationalité,
Depuis trois cents ans plus de cent mille personnes émigrent chaque année. Les familles allemandes, alsaciennes » Suisses et anglaises envahissent principalement l'Amérique du Nord, tandis que les familles portugaises et espagnoles se constituent dans l'Amérique du Sud: les Basques eux-mêmes viennent de céder à l'entrainement général. Ils partent en foule depuis cette année, pour aller s'établir à Montevideo. Aucune exhortation ne peut les retenir ; ils changent simplement de vallées sur l'autre versant du même monde.
La colonisation européenne s’'épanche également dans le bassin oriental; les colonies
anglaises y prospèrent tellement que l'on y pressent déjà quelque affranchissement de Ja métropole, comme cela s'est vu déjà dans l'Amérique du Nord.
Partout, avec cet efflux des peuples de l'Europe, on voit des hommes de vertueuse onscience, religieux sans fanatisme, patients et résignés dans leurs souffrances , rumbles et modestes dans leur savoir, se dévouer à la charité universelle et parourir la terre pour enseigner les peuples à s'aimer.
Nos entreprises scientifiques, industrielles et commerciales, nos rivalités nationales, 10$ dissensions intérieures, tous les éléments de notre civilisation, chacun selon sa aature et ses fonctions, travaillent à l’œuvre commune; car il reste encore dans l'Oc. »ident comme dans l'Orient de nombreuses et difficiles choses à régler avant que les nations qui habitent les deux grands versants de l'Atlantique et ceux de l'océan Pacifique aient toutes adopté le principe des sociétés chrétiennes : malheureusement on oublie entièrement la charité, qui est l'essence morale de ce principe.
Veuillez suivre le développement entier de l'axe de la dorsale du globe (pages 5 et 6). Voyez : sur Le versant américain de l'Atlantique presque toutes les sociétés sont chrétiennes; dans l’ancien continent tout ce qui est à l’ouest de la ligne dorsale, en Asie, en Europe et en Afrique, est aussi chrétien, ‘ou tend à le devenir tout en luttant avec plus ou moins de succès contre les efforts que l'on fait pour les y réduire. Une grande partie du littoral africain de l'Atlantique est entamée depuis le cap de Bonne-Espérance : on remonte le Niger pour explorer, puis attaquer Le Soudan; Maroc est peu rassuré, l'Algérie se soumet; l'Égypte et la Turquie adoptent nos idées, nos sciences, nos arts, nos mœurs et jusqu’à nos modes si frivoles et pourtant si influentes ; et cela sans s’apercevoir qu’en se faisant européens, ces deux États cessent d’être-mahométans. Ce ne fut toujours qu’une question de temps ; la diplomatie n’est peut-être si active sur ce point que pour précipiter les choses. La nomination récente d'un évêque anglican à Jérusalem, et l’agitation des populations chréliennes du Liban, dernier asile de colonies que ne surent point protéger les croisades, sont des événements significatifs, quoique peu importants en apparence. On parle du droit des nations; mais leur existence n’est qu’un essai, qu’un degré d'expérience dans le travail de l'humanité. Aussi quand les faits sont accomplis, on a toujours trouvé de bonnes raisons pour les justifier. Puissent les chefs et les peuples de l'Occident chrétien, membres solidaires d’un même corps, d’une même famille, s'entendre dans une même pensée politique, et seconder franchement, sans égoïsme, comme sans regrets el sans larmes, la péripétie du dénoûment de cette partie du drame humanitaire, que rien au monde ne peut empêcher!
Dans le bassin de l’océan Pacifique, cet autre grand laboratoire des destinées humaines, le travail s'opère d’une manière à peu près semblable; mais le résultat y sera différent : il n’y paraît pas devoir être, comme en Amérique, une substitution générale de peuples; ce qui d’ailleurs serait fort inutile : car en supposant que des colonies européennes dussent un jour repeupler les grandes cités désertes de l'Orient: ces colonies deviendraient nécessairement peuples orientaux d’habitudes comme de position. Il suffit donc qu’il y ait là substitution du principe chrétien de nos sociétés. Or, telle est, nous ne pouvons nous le dissimiler, la tendance générale de notre action sur le monde oriental; on sent bien que les intérêts du commerce et de l’industrie n'en sont que des moyens.
Sur le versant américain, les Russes envahissent le nord, les États-Unis colonisent le territoire de l’'Oregon, les peuples d’origine espagnole occupent le Mexique, le Guatemala, le Pérou et le Chili.
Dans l'Océanie, les idées chrétiennes se répandent d'ile en île avec les missions, les colons, les voyages, le commerce, les armes de l'Occident. Les établissements anglais y sont les plus prospères, surtout à la Nouvelle-Hollande.
Sur l’autre versant, en Afrique et dans la Turquie d’Asie, en Perse, dans L'Afgha nistan, dans l'Inde, c’est encore l’action de la Grande-Bretagne qui se fait le plu sentir. IL semblerait que c’est elle qui est provisoirement chargée de hâter militäire ment ou politiquement l'introduction du christianisme dans ces contrées. I'arèt dorsale n’a pas encore élé franchie, elle a été seulement tournée, et des bords de le mer on remonte vers elle; mais pas au delà. La lutte sera toujours rude sur cette arêle. à Caboul, en Syrie. Au nord de Caboul, c’est une partie du monde occidental, et le Russie la convoite naturellement; car son action s'étend aujourd’hui de l'Altaïaux Kuen-Lun. La France organise sa marine; est-ce donc une chose ordinaire que de voir un de ses princes explorer les mers avec tant de persévérance? La Chine, déjà attaquée, est menacée de devenir, comme l'Amérique au commencement de cette périodésMle champ de bataille de tous les peuples de l'Orient et de l'Occident. Mais, encore un fois, ne nous faisons pas illusion : les Orientaux et les Occidentaux subsisteront aussi longtemps que les deux côtés du globe ne seront pas engloutis par les flots. La Chine, la fleur de l'Orient , ne sera pas détruite : elle sortira de la lutte triomphante. Et] deux mondes, plus expérimentés, régénérés cette fois peut-être, s’équilibreront à dans la vérité. br
Arrêtons-nous; la 1v° période n’est pas achevée. Les langues, ni les autres art ne sont point encore caractérisés par des formes finies; mais il est remarquable u travail de division, dans cette seconde moitié quingenténaire, comme cela a eulieu pour les temps antérieurs, est d'autant plus actif dans tous les éléments humanitaires en Occident et en Orient, que nous approchons davantage de la fin dé période. 3
Après tout, il faut bien que l'humanité se décompose, se résolve elle-même dans tous les éléments qui sont en elle; il faut bien qu’elle analyse tous ces éléments intérieurs, tous les rapports qui constituent ces éléments, toutes les lois, toutes les formes sous lesquelles elle se manifeste successivement en Orient comme en Occident. À cette condition seule, l'humanité s’élèvera à l’état de conscience d’elle-même,à l'état de perfection, à la possession de tous les biens de l'intelligence et du cœur qui ont été promis à l’homme comme fin de ses expériences, de ses labeurs et de-sés misères. : T1 268
ConcLusion. Forcé de nous renfermer dans un cadre fort étroit, nous tâcherons de résumer, d’une manière très-générale, les relations que les faits géographiques et historiques nous ont paru manifester dans leurs propres éléments, entre eux et avec l’humanité. $
Dans la nature organique, comme dans la nature inorganique, tout se développe d'après ses propres éléments intérieurs et dans ses rapports avec ce qui l'entoure, puis se manifeste sous une loi et une forme qui sont dépendantes l’une de l’autre. Rien n'appartient au hasard; une autre contrée donnerait d’autres mœurs, d’autres usages, d’autres costumes, une autre histoire. r: 0
Ge travail de développement dans l'humanité se fait simultanément dans le bassin de l'océan Oriental (le Pacifique et l’Indien ), et dans celui de l'océan Occidental (le Glacial et l'Atlantique), l’un et l’autre, pour ainsi dire soudés, comme les deux côtés symétriques du corps humain, sur une arête dorsale. M$
Les peuples orientaux, individualisés, chacun dans sa position géographique et dans ses propres conditions physiques, intellectuelles et morales, s’harmonisent incessamment entre eux dans la même aire géographique et dans leurs propres conditions générales. Nous appelons le résultat de ce travail civilisation orientale.
ll en est de même des peuples occidentaux ; et'leur travail donne aussi pour résultat la civilisation occidentale *. j
En vertu de leur principe actif qui, selon nous, n’est autre que celui de leur idée eligieuse (pages 68, 99, 140 et 14), ces deux formes particulières de la civilisation -herchent à réaliser dans le présent, l’une le passé et l’autre l'avenir.
Or, la forme générale de la civilisation est au point d’intersection de ce qui a été et le ce qui doit être; elle n’est done ni en Orient ni en Occident, mais bien dans le rapport réalisé de l’un et de l’autre: Et dites, dans quel lieu ce rapport doit-il se réaliser, sinon sur l'axe de séparation des deux mondes, sur ce lerrain neutre, où se formulent nécessairement les luttes les plus puissantes des deux civilisations, comme celles de la vie universelle?
Mais la forme générale de la civilisation n’est autre que celle que revêt l'humanité dans tous les rapports qui la constituent. La civilisation générale ou l'humanité est donc nécessairement, à chaque instant, en progrès vers une fin, et par conséquent, incessamment provisoire, jusqu’à ce qu’elle ait atteint cette fin.
Dans cette chaîne continue de progrès, tous issus et solidaires les uns des autres, il y a des nœuds qui, pour ainsi dire, en marquent les instants les plus caractérisés.
-Or, nous avons vu que tous les cinq cents ans environ la civilisation orientale et la civilisation “occidentale se manifestent d’une manière plus déterminée; et qu’alors, comme pour se mettre entre elles dans un rapport effectif, elles se recherchent, elles se rapprochent jusqu'à ne plus laisser entre elles que l’axe de séparation des deux mondes: Par exemple : l’une y vient de l'Orient avec les hordes chinoises, mongoles ou mandchoues; et l’autre de l'Occident avec les légions des Romains, ou les bandes des Croisés. Et quand est-ce que ces solennelles calamités surviennent ? quand l'Orient et l'Occident se trouvent chacun dans un état fort avancé de dissolution de tous leurs éléments sociaux, dissolution qui annonce nécessairement une reconstitution sociale prochaine. C’est alors que l’on voit surgir des Sésostris, des Cyrus, des César et des Auguste, des Grégoire VII, des Léon X, des Charles-Quint, des Michel-Ange, les Rubens, et une foule de grands hommes en tous genres, non-seulement dans l'Occident, mais aussi dans l'Orient. Alors aussi, comme pour déterminer les éléments, libres, mais indécis encore dans leur gravitation, des masses brutes arrivent qui Lombent dans l'Orient, qui tombent dans l'Occident : c’est un Attila, c’est un Tchinggis-Khan; où qui se posent, comme Othman et Sélim EL, sur l’axe des deux mondes.
Bientôt la forme politique nouvelle se constitue dans les esprits et passe à l’état de oi. Cette forme légalisée se fortifie insensiblement jusque vers le milieu de la période suivante en Iuttant sans cesse contre les idées naissantes; car chaque génération ipporte en naissant des idées nouvelles qui se développent à leur tour. C’est alors qu’il e rencontre un homme à qui il est donné de résumer son époque, et de concentrer en ui, pour ainsi dire, les rayons de son temps, comme s’il était placé à l'angle réflecteur les idées, au point d'intersection des systèmes. Ce sont, par exemple,
En Orient: En Occident : ” Khian-Loung, 4756-1796 et Napoléon Bonaparte, 1797-1815, Khoubilaï-Khan, 1260-1295. et Philippe le Bel, 4270-1314, Te-Tsoung des Thang, 780-805 . et Charlemagne, 768-814,
Wouti des Tein, 265-290 et Dioclétien, 284-505, etc,
a Gette division est vaguement admise par les historiens chinois : elle a été aussi reconnue par Napoon (Mémorial de Sainte-Hélène, nouv. éd., T. IL, p. 257); mais elle n'avait point encore élé déterminée.
Quand ces hommes ne sont plus, les choses se précipitent d'une manière d'aufan plus rapide que l'on touche de plus près à la fin de la période où la société réorganise encore une fois, sinon sur d’autres bases, du moins avec les idées! qu on! triomphé dans la lutte, en Occident comme en Orient. gi
Tels sont en général les enseignements que nous avons tirés de l'étude de l'histoire depuis l’époque où la chute du premier homme à condamné toute sampostéritésar travail, travail nécessaire qui recèle les secrets les plus profonds du cœur humaine d’où découle l'existence intellectuelle, sociale et politique des peuples; l'homme. a dit Pascal, est plus inconcevable sans ce mystère que ce mystère n’est inconcevablen l'homme. DL |
« Le spectacle du bouleversement des empires jette toujours dans les esprits*unsen: timent de trouble et d’anxiété. Au premier coup d'œil, ces monceaux de ruines presque encore fumantes absorbent seuls toute l'attention, tant sont naturels les témoignages de sympathie des hommes entre eux. Les historiens eux-mêmes ont bien longtem partagé les émotions de la multitude, et n’ont pu toujours en écrivant étoufferMleu émotions privées, rester sourds à des plaintes fort légitimes, et entrevoir de sériew enseignements à travers les révolutions politiques et sociales. C’est qu’il'est difficile; n effet, de contempler, sans que la vue se trouble, tant de crises dont chacune a produit la chute d’un empire. Combien aussi est obscure cette voie des temps passés encom de cadavres, souillée de crimes de toute espèce! Avec quelle prudence dès lors ne doiton pas s’avancer au milieu de ces décombres, épars sur le sol, pour sonder les"lois mystérieuses qui ont présidé à tant de drames sanglants! De quelle”convictionsMde quel sang-froid ne doit pas être armé l'historien qui tente de retrouver.le fil der: dédale! L'accomplissement d’une telle tâche a été impossible tant qu’uné foules matériaux, fruits de plusieurs siècles d'expérience et d'observation, ne:sont pas venus démontrer avec une certitude presque mathématique, que les révolutions onttoutes une logique admirable; qu’une haute sagesse, méconnue des peuples durant#le enfance, et longtemps stigmatisée du nom de fatalité, a préparé la formation des 4 et coordonné tous les faits sur la scène du monde. » #44
Or ce travail est nécessaire; il continuera donc jusqu’à ce que tout ce qu'il ya dans l'humanité, complétement expérimenté, ait été résolu dans la vérité, dans le règne universel ou catholique de la vérité :. Car le Christ n’est pas seulement le Fils de Dieu, il est aussi le Fils de l'homme, le Sauveur et le Rédempteur du monde; il est la Voie, Vérité et la Vie *. « Si vous demeurez dans ma parole, a dit Jésus, vous serez vérilæ blement mes disciples et vous connaîtrez la vérité; et la vérité vous rendra libres"
« Car tout ce que nous avons maintenant de science et de prophétie est. trèsimparfait. Mais lorsque nous serons dans l’état parfait, tout ce qui est imparfait sera aboli. » y! à ri à
C'est pour atteindre cette fin que Dieu a doué notre intelligence du principe de division # que l’on nomme aussi analyse et synthèse, considérées comme opérant simukË tanément, et notre cœur du principe d'amour ou de charité 5: le premier est entière ment soustrait à notre volonté; le second dépend uniquement de notre volonté, se déterminant dans la plénitude de notre libre arbitre, et devant tempérer tout ce! qu'il y a de douloureux, de calamiteux dans l’autre 6.
C'est, pénétrés de ces deux principes essentiels, que tous les éléments de l'huma-
? Saint Jean, XVI, 20, 21 et 22 ; XIV, 16, 17, 18, 19, 20. — ? Id. XIV, 6. — 3 Id., VIII, 51, 52: — 4 1d., XII, 24 ; Saint Matthieu, X, 54; Saint Luc, XII, 51.—° Saint Matthieu, V, 43 et ii FES XV, 142; Saint Paul aux Gorinthiens, XIE, — ° Saint Jean, XVII, 44 ; Saint Marc, XXIV, 2
nité évolutionnent incessamment vers l'avenir. Ainsi, de même que la loi du monde matériel est la gravitation, c’est-à-dire le résultat des rapports de toutes les forces physiques et chimiques; de même, la loi du monde spirituel, la loi humanitaire, que l’on cherche depuis si longtemps, serait dans les rapports qui existent nécessairement entre le principe de division et le principe de charité, tous deux incessamment actifs; mais dont l'harmonie est confiée à notre libre arbitre et à notre volonté ”.
Or; tous tant que nous sommes sur la terre, la main sur la conscience, qu'avonsnous fait, que faisons-nous chaque jour de la charité, de ce céleste palladium que la miséricorde divine nous a confié pour que nous assurions notre bonheur privé, social et politique, au milieu des créations ou crises incessantes qui travaillent nécessairement là ñature et l'humanité ??
La Bible est le-livre du passé; l'Évangile est le livre de l'avenir.
— Si donc l'élément religieux est fondamental dans la vie des individüs et des sociétés ; si les deux faits que nous avons les premiers observés dans le développement de la civilisation, savoir : l’arête de séparation entre l'Orient et l'Occident, et la périodicité quingenténaire, sont des manifestations réelles de hautes relations entre l’homme, l’espace et le temps, nous pensons qu’il doit en résulter d'importantes modifications dans la base des sciences géographiques, historiques, politiques et sociales ?,
? Saint Matthieu, XVIIE, 17.
* Dans plusieurs langues, la base du mot qui signifie créer, faire, produire, est aussi celle d’autres mots qui signifient tailler, séparer, diviser, par exemple :
En hébreu : là racine sar est commune aux mots BArd, créer, produire, former, et sarGh, couper, tailler.
En sanscrit : la base Kr° se retrouve dans Kri, agir, faire, créer, et dans KR’, diviser, discerner.
En grec : la base xr° est aussi celle de xrco, créer, faire, et de Krino, diviser, juger. (Krisis, division, décision, jugement).
C’est qu'en effet ces deux faits sont corrélatifs : nous ne concevons pas de créations po ni dans la matière ni dans l'esprit, sans séparations, sans divisions, sans crises
: Ces nolions historiques, que nous avons jetées à la hâte dans cet ouvrage, seront dévaophées dans nos Éléments de l'Histoire du genre humain, dont le deuxième cahier est sur le point de paraître,
"* Du point de vue élevé où nous nous sommes placé pour nos observations nou: avons pu embrasser tous les faits principaux qui nous ont paru constituer la based la géographie et de l’histoire dans leurs rapports avec les mœurs, les usages etMle: costumes de tous les peuples. Par ce moyen il nous a été permis de donner àcel ouvrage ce caractère d'unité et d’universalité qui forme une des conditions fondamentales du prospectus, et de nous ménager en même temps plus d'espace pour notre sujet spécial. En effel, si nous eussions considéré les peuples isolément dans leur géo: graphie et dans leur histoire, outre que nous n’eussions eu que des collections de faits particuliers, des monographies sans connexité entre elles, il ne nous füt guère resté, vu le peu d’étendue relative de ouvrage (cent feuilles ou 1600 pages), qu'une de ses moitiés pour la description des mœurs, des usages et des costumes, ce qui, pot cet -objet, faisait environ huit pages par peuple principal; tandis que, par le moÿen que nous avons employé, la partie géographique et historique subséquente pouvantse réduire à quelques indications, chaque peuple principal de l'Asie pourra avoir s6s huit pages, et ceux des autres parties du monde leurs seize pages, presque entièrement consacrées aux MŒUrS, aux usages el aux costumes. | 1%. Ainsi, nous croyons avoir avantageusement rempli les conditions du prospectts, sous le double rapport de l'intérêt philosophique et de l'intérêt matériel de la publi cation.
Nous procéderons donc immédiatement aux mœurs de chaque peuple de l'Asie, et d’abord de ceux de l'empire chinois, auxquels nous donnerons plus d'espace qu'aux autres, puisqu'ils sont numériquement et politiquement les plus importants :.