CHINE PROPRE
Religions, Cultes. — Lorsqu'on demande à un Chinois combien de religions existent dans son pays, il répond trois, savoir : Yu, la doctrine de Confucius; Fo, ou le boud= dhisme, et la secte du Z4o ou des rationalistes : un ancien proverbe dit : Les trois religions n’en font qu'une. Cette assertion est fondée, quant au dogme qui est un monothéisme incomplet dégénéré en panthéisme philosophique, en polythéisme et en idolâtrie. Mais elle ne l’est pas quant à la raison politique : le confucianisme est l’orthodoxie ou la religion de l’État ; les deux autres tolérées en tant qu'elles ne heurtent point la première, ont plutôt été discréditées qu'encouragées par le gouvernement.
Les prêtres de la religion nationale, subordonnés à l'empereur, en sa qualité de
: Les ouvrages où nous puisons nos matérianx sont ceux de MM. Klaproth, Abel Rémusat, Pauthier, Davis, Eyriès, Montémont, les Bulletins des sociétés asiatiques, elc,
grand pontife, sont les vice-rois où gouverneurs, les mandarins, les lamas d'État, et la multitude des officiers civils et militaires.
Le culte publie de Yu est divisé en trois classes, qui sont : les Ta-Ssé ou grands sacrifices , les Zéhong-Ssé où moyens sacrifices, et les Siao-Ssé ou petits sacrifices.
Dans la première classe, on adore le ciel et la terre, le ciel visible et matériel, par opposition à la terre. Toutefois ils n’en excluent point une intelligence suprême qui récompense la vertu et punit le vice.
Les empereurs chinois se font adorer, mais celle extravagance fait partie du système politique et n’est point le simple résultat du caprice ou de l’orgueil.
Dans la seconde classe, on adore les dieux du territoire par une pierre brute, placée sur l'autel devant lequel on brûle de l’encens, et que l’on voit à presque tous les coins devue. C’est le dieu Zerme des Romains. Le soleil et la lune, autrement appelés la grande lumière et la lumière du soir, sont compris dans cette division. Les autres sont des dieux, des génies des sages, les inventeurs de l’agriculture, des manufactures et des arts utiles. Parmi ceux-ci, et au premier rang, figure le dieu de la littérature.
Les petits sacrifices renferment une classe plus nombreuse, dans laquelle est l’ancien patron de l’art de guérir, avec une multitude d’esprits d'hommes d'État décédés, de savants illustres, de martyrs de la vertu, etc.; les principaux phénomènes de la nature sont aussi adorés, tels que les nuages, la pluie, le vent, le tonnerre; tous ont un dieu qui préside sur eux.
Les cing montagnes, les quatre mers ont aussi leur culte particulier. Comme les Romains, les Chinois adorent leurs enseignes militaires, et Kouan-Ti, ancien guerrier déifié et respecté des soldats, est spécialement adoré par la dynastie actuelle, à cause de l'appui qu'il est censé lui avoir prêté. Kong-Wan (le roi dragon), qui représente les rivières et l’eau en général, reçoit beaucoup d’'offrandes des gens chargés de l'entretien du fleuve Jaune et du grand canal. Thian-Néou (eau du ciel) est la patronne des marins. Elle est censée avoir le gouvernement du temps, et dans les grandes sécheresses, les autorités rendent des édits pour ordonner un jeûne général, puis passent plusieurs jours à prier dans ses temples, pour en obtenir de la pluie.
L'univers matériel est l’objet du culte des Chinois. Le grand prêtre impérial, lorsqu'il adore le Ciel, porte des vêtements couleur d’azur, par allusion au firmament. Lorsqu'il adore la Terre, il revêt des robes jaunes, la couleur des moissons; lorsqu'il adore le Soleil, il est habillé en rouge; enfin quand il adore la Lune, il est vêtu de robes blanchâtres. Les vice-rois ou gouverneurs, les mandarins de distinction et la foule des hiérophantes officiels, sont en habit de cour.
L'autel sur lequel.on sacrifie au Ciel est rond, pour représenter le firmament; celui de la Terre est carré. En général, dans l'architecture de ses temples nationaux, comme dans celle de ses palais et de ses cités, la Chine a pris pour modèle l'architecture apparente du ciel et de la terre; ce fut une conséquence «nécessaire des bases de son organisation et de sa constitution intérieure.
À la grande adoration solennelle de la Nature par l'État, ni les prêtres, ni les femmes ne sont admis; et ce n’est qu’au sacrifice fait à la patronne de la soie que l'impératrice et les dames de Péking peuvent prendre part.
On exige des prêtres-mandarins qu’ils soient purs de tout crime légal récent, et qu’ils ne soient point en deuil de quelqu'un.
Pour les sacrifices de premier ordre, ils sont obligés de se préparer par des ablutions, par un changement de vêtements, par un vœu et un jeûne de trois jours, pendant lesquels ils portent suspendue à une boutonnière une tablette de deux pouces de long, avec les caractères : Tchaï-Kiaï (jeûne). Pour satisfaire à cette obligation ils
doivent occuper une Chambre et s'abstenir, 40 de juger les criminels, 2e d'assister à un festin, 5° d'écouter la musique, 4° de cohabiter avec des femmes, 5° de visiter des malades, 6° de porter le deuil d’un mort, 7° de boire du vin, 8 de manger des oignons, ou des aulx; car, dit le commentateur, la maladie et la mort viennent pendant que la table et le plaisir troublent l'esprit, et le rendent indigne de communier avec les dieux. a.
Les victimes offertes en holocauste sont des bœufs, des moutons et des cochons; les autres offrandes consistent principalement en soieries. Il faut que les victimes soient entières et saines : on les préfère de couleur noire. Les temps des sacrifices sont ainsi marqués : ceux au Ciel, au solstice d'hiver; ceux à la Terre, au solstice d'été; les autres ont aussi des époques particulières. EU 1
Les hiérophantes qui ont négligé de se préparer, ou qui ont. offert des victimes imparfaites, sont quelquefois punis, tantôt par la confiscation de leur salaire pendant quelques mois, tantôt par un certain nombre de coups de bambou ; mais ils peuvent toujours se rédimer de leurs peines moyennant une faible somme. Il n’en est-point ainsi cependant lorsqu'un profane a l'audace de s’arroger le droit d’adorer le Ciel; dans ce cas, il est puni de quatre-vingts coups de bambou et même de la strangulation.
Péking renferme aujourd’hui deux temples principaux, le Thian-Tan et le Thi-Ta hp. tous deux dédiés au Chang-Ti, souverain suprême... C’est dans la construction de ces édifices que les Chinois ont déployé toute l'élégance et toute la pompe de leur archi- | tecture. L'étiquette défend aux empereurs d'employer, pour aucun de leurs palais, un | ordre d'architecture aussi riche et aussi magnifique: cette loi s’élend sur tout ce quiles décore ou qui sert à leur usage, sur les vases, les ustensiles et les instruments même de musique, Les flätes, les tambours, les kin , les ché, dont on se sert dans la musique : des sacrifices, sont non-seulement d’un travail plus exquis et d’une matière plus précieuse que ceux du palais, mais encore fabriqués sur des dimensions plus grandes; de sorte que l'on peut dire avec vérité qu'on n'entend qu'au Thian-Tan la gra de musique chinoise. s |
Nous dirons quelques mots de l’un de ces temples et de la cérémonie du grand sacri- | fice, L'enceinte du Thian-Tan a environ dix li ou une lieue de circuit. Au centre se trouve une éminence, massif rond à trois étages, auquel on monte par huit perrons composés chacun de vingt-huit marches. On dresse sur ce massif une vaste et superbe tente, sous laquelle on place la tablette sacrée qui porte le nom de Chang-Ti. C’est devant cette tablette que l’empereur sacrifie. Au nord de cette éminence est un temple | magnifique, construit en l'honneur du souverain seigneur du ciel, et accompagné de
Salles destinées aux ancêtres. Ce temple est une rotonde, ornée d’un toit à trois étages: |
chaque toit est distingué par sa couleur; le supérieur est bleu céleste, celui du milieu jaune, et l’inférieur est vert.
Q r a L . . . . 2 Rien n'égale la magnificence et l'éclat qui environnent l’empereur lorsqu'il sac |
quitte de l’auguste fonction de sacrificateur. Lui seul, en qualité de père et de chef
commun de la grande famille, a le droit d'offrir le sacrifice au Chang-Ti : c’est au nom |
de tout son peuple qu’il offre et qu’il prie. Avant le jour fixé pour cette importante
cérémonie, le monarque s’y prépare, comme tous les mandarins, par trois jours de |
solitude, de jeüne et de continence.
Le jour du solstice d'été, au lever de l'aurore, l'empereur parait dans tout l'appareil | de sa puissance et de sa grandeur, Une foule innombrable forme son corlége; une | multitude de princes, de seigneurs, de grands, d'officiers, l’environnent : sa marche
sur une chaise de parade, destinée à ce genre de cérémonies, et soutenue par un grand
| | vers le lieu du sacrifice ressemble à un véritable triomphe. Le Fils du Ciel est assis |
nombre de porteurs, vêtus de robes de damas rouge à fleur d’or, et la têle ornée de magnifiques bonnets. Une infinité d’autres officiers, aussi richement habillés, les précèdentet portent différents trophées, décorés de banderoles, de houppes et de nœuds de soie de diverses couleurs. Pendant cette marche, plusieurs chœurs de musique instrumentale et vocale se font entendre et interrompent à diverses reprises le silence religieux et profond qu'observe la multitude. Si jamais l’empereur ne paraît plus grand que lorsqu'il marche au Thian-Tan, jamais aussi on ne le voit plus abaissé, plus éelipsé, que quand il offre le sacrifice. A la manière dont il se prosterne, se traîne sur la terre, parle de lui-même au Chang-Ti, on s'aperçoit bientôt que toute cette pompe qu'il emploie n'est que pour rendre plus sensible l’infinie distance qui sépare l’homme de l'Étre suprême.
Les lettrés, qui monopolisent les fonctions religieuses comme les fonctions civiles, se partagent en deux sectes principales : l’une professe un véritable spinosisme, cherchant à expliquer les phénomènes de la nature par des causes toutes matérielles; l’autre dédaigne les commentateurs et les philosophes modernes ; el COnServe Sur le créateur de l'univers les notions transmises par l'antiquité la plus reculée.
Cette ancienne doctrine du Souverain suprême a toujours trouvé son appui dans le tribunal des rites, et c’est à l'uniformité constante de ses décrets qu’elle doit particulièrement l'avantage d’être restée la religion dominante. Mais, en général, les lettrés attachés par devoir au culte national n’en professent pas moins les croyances d'autres religions, et se livrent dans le secret de leurs maisons à une foule de pratiques superstitieuses, tant ilest vrai que leur conscience est agitée du besoin d'une religion plus complète dans ses dogmes et son culte.
Voici un exemple du langage que les maitres de l'empire Céleste adressent au Souverain suprême dans les jours de calamité publique; c’est la prière faite par l'empereur régnant, à l’occasion d’une longue sécheresse qui désola la Chine en 1832 :
« Moi, le ministre du ciel, placé au-dessus de la race humaine pour la gouverner, je suis responsable de l'ordre du monde et de la tranquillité de l'empire; dévoré de chagrin, tremblant d’anxiété, je n’ai pu dormir, ni manger, et pourtant aucune averse copieuse n’est encore tombée...
» Je me demande si, dans les sacrifices, j'ai été négligent; si l’orgueil et la prodigalité se sont glissés dans mon cœur; si j'ai prêté peu d'attention aux affaires du gouvernement; si j'ai proféré des paroles irrévérencieuses, et mérité le blâme; si l’on a observé les lois de l'équité dans la répartition des récompenses et l'application des peines; si en élevant des mausolées et en établissant des jardins, j'ai opprimé le peuple et fait des dégâts dans ses propriétés ; si dans la nomination des fonctionnaires, je n'ai point choisi des gens capables, et rendu par là le gouvernement vexaloire pour le peuple; si l'opprimé n’a pas trouvé de moyens d'appel; si les largesses octroyées aux malheureuses provinces du Sud ont été distribuées convenablement, ou si l'on a laissé les indigents mourir dans les fossés;
»... Prosterné, ju supplie le Ciel impérial de me pardonner mon ignorance et ma stupidité; car des myriades d’innocents sont perdus à cause de moi, à cause d’un seul homme. Mes péchés sont si nombreux que je n’espère point échapper à leurs conséquences. L'été est passé, l'automne est arrivé.
» Il est impossible d'attendre plus longtemps. Prosterné, je supplie le Ciel impérial de daigner me délivrer, etc. »
2 LE Chou-King et les autres livres sacrés dont nous avons parlé (page 42) ne tracent nulle part les devoirs des hommes envers l’Étre suprême. Abusés par la ressemblance des mots, les missionnaires européens sont tombés souvent dans de graves méprises ,
en s'inspirant de la naïveté de leurs sentiments religieux, plutôt que de leur raison pour interpréter des mœurs dont l'étrangeté devait les Sn: |
La religion du Tao est regardée par les tao-ssé, ses seclateurs, comme étant la religion primitive de ses plus anciens habitants. Ils reconnaissent, comme les bouddhistes, une espèce de trinité qu’ils appellent les Trois Pures. Cettè triple puissance est représentée comme présidant au ciel les dieux assemblés, le soleil, la lune, les étoiles et les constellations, et comme transmettant son nom, accompagné de beaucoup d’épithètes de miséricorde et de bonté au grand ange aux pieds nus, afin qu’il le promulgue dans le bas monde, et que les hommes en le prononçant, en le répétant, puissent obtenir un bonheur infini, et la délivrance de tous leurs maux. cette religion a beaucoup de dogmes communs avec celle de Yu et de Fo : seulement l'existence individuelle des génies et des démons, indépendants des parties de la nature auxquelles ils président, y est mieux reconnue. Les prêtres et les prétresses voués au célibat pratiquent la magie, l’astrologie, la nécromancie, la métoposcopie, etc. Afin de se soustraire à la mort, ils se sont mis depuis longtemps à l'œuvre pour composer un élixir de longue vie ou d’immortalité, au moyen duquel ils se sont toujours joués de la crédulité des empereurs, des personnages riches et particulièrement des grandes dames. Cependant cette espèce d’alchimistes n’a pas été sans rendre, indirectement, d'importants services aux arts chimiques. Ils sacrifient à l'esprit qu’ils invoquent trois sortes de victimes : un cochon, une volaille et un poisson. Le tien-ssé ou chef des Lao-ssé est décoré par le gouvernement de la dignité de grand mandarin, et réside dans un bourg de la province de Kiang-Si, où il habite un riche palais. On s'y rend de toutes les provinces : les uns y viennent pour solliciter des remèdes à leurs maux, les autres pour consulter le sort sur leurs futures destinées. Le grand prêtre distribue tous des billets couverts de caractères magiques, et ils s’en retournent satisfaits.
Ge qui distingue principalement les tao-ssé des autres Chinois, quant à l'extérieur, c’est leur grande robe à longues manches et sans collet : leur barbe qu'ils laissent croître, et leurs cheveux qu’ils attachent au sommet de la tête avec une épingle, à la manière des insulaires de Lieou-Khieou, Leurs monastères sont peu nombreux ; ils y vivent en communauté, ou seuls ou mariés.
Le culte de Yu et celui de Tuo reposent sur des doctrines philosophiques plutôt que religieuses ; aussi la véritable religion de la Chine est celle de Fo. Les dogmes principaux sont la Trimourti ou Trinité de Bouddha (l'intelligence), Dharma (la loi), et Sanga (l'union), la transmigration des âmes et l’anéantissement final dans le sein de Dieu. C'est dans la personne du dalaï-lama du Thibet que le dogme de la transmigration se. trouve mis en action sur la terre. Cependant les Chinois ne regardent pas ce prêtre comme le chef de leur Église. Quoique sans valeur politique, cette religion a envahi toute la société chinoise, . l'empereur, les mandarins et le peuple. Aussi les villes, les campagnes et les îles sont comme peuplées des miao ou pagodes de ce dieu. Tous sont bâtis dans les endroits les plus romantiques du pays. On en compte au moins dix mille dans Péking et sa banlieue. Les pagodes à sept et à neuf étages sont liées à cé culte même : c’est, dit-on, une allusion aux sept Bouddhas-et à la neuvième incarnation de Vichnou. Entre Macao et Canton, il n’y a pas moins de quatre ou cinq de ces pagodes, situées sur des points culminants ; toutes sont dégradées; elles tiennent lieu de bornes ou de signaux pour la navigation de la rivière. |
Dans un des miao de la province de Fou-Kiang on voit un buste en marbre de Napoléon, devant lequel on brûle de l’encens. ,
Les prêtres de Fo sont appelés à la Chine Ho-Chang, au Thibet et en Tartarie Lamas, à Siam Zulapoins, et au Japon Bones: c’est sous ce dérnier nom que les Européens les
Bonzes chinois.
désignent tous, ainsi que les Lao-ssé, qu'on à longtemps confondus avec eux. Ils vivent ensemble dans des monastères attenants à leurs temples. Selon leur réputation de sainteté et l'ancienneté de leurs services, ils parviennent à divers grades religieux depuis le plus bas, celui de serviteur, jusqu’à celui de prêtre officiant, eten ma ne de Tai-Ho-Chang, grand ho-chang, abbé ou chef de monastère. Ces moines gardent le célibat et se rasent la barbe et la tête. Du reste leur grande robe est semblable pour la forme à celle des tao-ssé. Ils vont à l'office deux fois le jour, où ils se tennent debout et parfois se prosternent; ils s'abstiennent de viande, de différents mets et de vin; ils se confessent, observent le jeûne, font des prières pour les morts, adorent les reliques, ont des cloches, de l’eau bénite, des chapelets de grains avec lesquels ils comptent leurs prières, etc. Les femmes ont leurs monastères à part; elles sortent et peuvent se marier en prévenant d'avance la supérieure.
La ressemblance curieuse qui existe entre les rites des prêtres bouddhistes et ceux de l’Église romaine a vivement excité la surprise des missionnaires. Les uns pensent qu'à l’époque où le bouddhisme fut transporté au Thibet, en Tartarie et en Chine, ces pays comptaient beaucoup de chrétiens, surtout des nestoriens et des arméniens, qui s'étaient vus dispersés lors de l'expansion des Arabes mahométans, et par suite des persécutions sous le règne de Justinien ; les prêtres de Bouddha s’approprièrent une partie de la liturgie et des pompes étrangères qu’ils voyaient représenter aux chrétiens. Mais quelques-uns établissent que ces choses existaient dans les cérémonies des bouddhistes longtemps avant l'établissement du christianisme; d’autres écrivains posant cette loi générale que, partout où il y a hiérarchie établie, les conséquences, même quant aux formes extérieures, deviennent tôt ou tard semblables, ajoutent que les | hiérarchies du culte israélite, du lamaïtique, celles des Mexicains et des Muyskas ressemblent en tout point à celles du Thibet. ÿ
Quoi qu'il en soit, il est reconnu que le bouddhisme a plus fait jusqu'à présent en . Chine que toutes les sages prescriplions de Confucius, malgré ses dogmes incomplets, les tortures, les subtilités et les momeries de ses ministres : l’un d'eux, par exemple, se faisant porter dans une chaise hérissée de clous, prétendait que c’était un mérite qui le dédommageait de ses souffrances. Il vendit ses clous aux dévots et à Lant la pièce. | ds
Dans le grand nombre des miao de la Chine, il s’en trouve qui sont immenses, d une belle architecture et d’une grande richesse. Les foires, qui ont lieu chaque mois à Péking, et qui s'ouvrent successivement dans les différents quartiers de la ville, se tiennent dans tous ces grands miao, dont les vastes et nombreuses cours, toutes environnées de galeries, offrent un local favorable à l'étalage des marchands et à l'immense concours des acheteurs. |
Presque toutes les grandes bonzeries ont élé fondées par les empereurs ou les princes de leurs familles, et elles jouissent de biens-fonds en terres et en maisons ue les lois de l’État défendent d’aliéner. Lorsque ces revenus ne suflisent pas pour l’entretien, les réparations ou même la reconstruction de ces monastères, c’est encore Île gouvernement qui se charge d'y pourvoir; et certaines sommes assignées sur les recelles impériales dans toutes les provinces sont spécialement affectées à ces dépenses. Les miao et couvents de bonzes, construits par des particuliers, sont les seuls dont l'État ne s'occupe pas et dont il n’assure point l’existence. LUS
Au nombre des plus célèbres bonzeries on cile celle de l’île d'Emouy ou Amoy, sue près des côtes de Fou-Kiang. Ce superbe miao s'élève au milieu d'une plaine, terminée d'un côté par la mer, et de l’autre par une haute montagne. Les eaux de la ner ame nées devant ce temple par divers canaux, y forment une vaste nappe, bordée d'un
gazon Loujours verl. La façade de cet édifice a trente loises de largeur; la portediens trée est enrichie de divers ornements sculptés en relief. On trouve en y pénétrant un vaste portique pavé de grandes pierres carrées et polies, au milieu duquel stélève un autel; sur cet autel est placée une statue colossale en bronze doré, qui représente le dieu Fo, assis les jambes croisées, Aux quatre angles de ce vestibule: sont quatre autres statues, de dix-buit pieds de hauteur, quoiqu’elles représentent des personnes assises; elles n’ont rien de régulier dans le dessin, mais on ne peut s'empêcherdien admirer la dorure. Chacun de ces colosses, qui portent à la main divers symboles;sest fait d’un seul bloc de pierre. 4
Après avoir traversé ce portique, on entre dans une cour carrée et pavée de longues pierres grises, dont la moindre a dix pieds de longueur et quatre de largeur.tAux quatre côtés de cette cour s'élèvent quatre pavillons qui se terminent en dômesset communiquent entré eux par des galeries. L'un renferme une cloche qui a dix pieds de diamètre; on ne se lasse pas d'admirer la charpente qui sert de support àrcette lourde masse. Dans l’autre, on voit un tambour d’une grandeur démesurée, et qui ser! aux bonzes pour annoncer les jours de la nouvelle et de la pleine lune. Les deux autres pavillons renferment les ornements du temple, et servent souvent de retraite aux voyageurs, que les bonzes sont obligés de recevoir et de loger. 4
Au milieu de cette cour s'élève une grande tour isolée, laquelle soutient un superbe ‘dôme; on y monte par des marches qui règnent extérieurement à lentour, et qui sont construites en belles pierres. Ce dôme renferme un temple où règne une élégantepro: preté; la voûte est ornée d’une espèce de mosaïque, et les murailles sont revêtues de figures en relief, qui représentent des animaux et des monstres. Les colonnes qui soutiennent le toit de cet édifice sont de bois vernissé, et, aux jours solennels, on les orne de bandereles de diverses couleurs. Le sol du temple est en petits coquilla ges, dont les compartiments offrent des représentations d'oiseaux, de papillons fleurs, etc. , , . 14
Les ho-chang brûlent continuellement des parfums sur l'autel, et entretiennent feu d’un grand nombre de lampes qui sont suspendues à la voûte du temple. À Punk ‘es extrémités de l'autel, on voit une urne de bronze sur laquelle ils frappent, et qui rend un son lugubre. L’extrémité opposée est occupée par une machine de bois, creuse et de forme ovale, qui sert au même usage, c’est-à-dire que le son de l'un et. dé l’autre instrument accompagne leurs voix, lorsqu'ils chantent les louanges de l'idole lLitulaire de la pagode. ; >: 1
Le dieu Poussa est placé au milieu de cet autel; il a pour base une fleur de bron
doré, et tient un jeune enfant entre ses bras; plusieurs idoles sont rangées autour de lui et semblent témoigner par leur attitude le respect le plus profond. 4
Lorsqu'on est descendu de ce dôme, on traverse la cour, et l’on entre dans une espèce de galerie dont les murs sont lambrissés : on y compte vingt-quatre statues d bronze doré, qui représentent vingt-quatre philosophes, anciens disciples de Confu: cius. Au bout de cette galerie, on trouve une grande salle qui est le réfectoire des bonzes; on parcourt ensuite plusieurs autres pièces ,-et l’on arrive enfin dans le templl du dieu Fo, où l’on pénètre au moyen d'un escalier de pierre. Ce sanctuaire est 5 d'un grand nombre de vases, qui contiennent des fleurs artificielles, sorte d’ouyragé dans lequel les Chinois excellent; et l’on y trouve les mêmes instruments de musique dont on vient de faire mention. On ne voit la statue du dieu qu’à travers une gaze noire, qui forme une espèce de voile devant l'autel. ù 4
Le reste de cette bonzerie consiste en plusieurs grands appartements fort propres; mais mal distribués. Les jardins et Les bosquets sont pratiqués sur le penchant de la
montagne et l'on a Laillé dans le roc des grottes charmantes .où l’on peut se mettre à l'abri des chaleurs excessives du climat.
Les bonzes de ces miao écartés et solitaires reçoivent les étrangers avec assez de politesse : on peut entrer librement dans leurs temples, mais il ne faut pas chercher à satisfaire entièrement sa curiosité, ni se permettre d'entrer dans les appartements où ils ne vous introduisent pas eux-mêmes *.
En général, le peuple chinois, quelle que soit la religion qu'il professe, est adonné à une foule d’habitudes superstitieuses. Leur talisman principal, et qui se trouve dans toutes les maisons, est ce qu’ils appellent des sabres de monnaie; ce sont de vieilles monnaies de cuivre, percées d’un trou carré et attachées à un morceau de fer, ayant la forme d’une épée avec une poignée en croix, suspendus au chevet des lits; ils sont censés écarter les spectres et les esprits malins, et hâter la guérison des malades. La serrure des cent famalles est encore à leurs yeux un préservatif précieux. Pour se la procurer, un père va trouver tous ses amiset ses connaissances; après avoir obtenu de cent personnes différentes quelques pièces de cuivre du pays, il en achète un ornement façonné comme une serrure, dans le but de le suspendre au cou de son enfant, et de faire que les cent personnes soient intéressées à ce qu'il atteigne un âge avance. | ;
Le cinquième jour de la 5° lune, on place aux portes des maisons, pour repousser le mal qui pourrait y pénétrer, des branches de l’acorus calamus et d’une plante appelée ngai. Le charme du pêcher consiste en un rejeton de cet arbre couvert de bourgeons, que l’on place, au nouvel an, sur le seuil des portes, dans le même dessein que le précédent.
Les amulettes dont les Chinois se servent consistent en des assemblages mystiques de caractères ou de mots divers, auxquels on prête un sens astrologique, en y introduisant les huit diagrammes de Fou-hi, les vingt-huit demeures lunaires, les cinq planètes, etc. Tanlôt on porte ces amulettes sur soi, tantôt on les colle contre les murs de sa maison, Pour les employer à la guérison des malades, on les trace sur des feuilles qu'on laisse infuser dans la boisson préparée pour eux, ou bien sur du papier que l’on brûle et dont on leur fait avaler les cendres dans un liquide quelconque. Nous n’en finirions pas, s’il nous fallait rapporter toutes les croyances et les pratiques superslitieuses des Chinois, qui sont des conséquences nécessaires de leurs dogmes religieux.
Institutions centrales. — Ayant déjà indiqué l’organisation et la constitution poli- Liques de la Chine (pages 57 et suivantes), nous nous bornerons à mentionner les instilutions centrales du gouvernement.