‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récentsChapitre 17 sur 78 · XIL. Qu'on s’abstienne de toute accusation calomnieuse · texte numérisé non relu

XIL. Qu'on s’abstienne de toute accusation calomnieuse

XIE. Qu'on ne recèle aucun de ces coupables que leur crime condamne à mener.um vie errante et vagabonde ; les recéler, c’est se rendre leur complice.

XIV. Qu'on soit exact à payer les contributions établies par le prince; on serai couvert des recherches et des vexations de ceux qui les exigent.

XV. Qu'on agisse de concert avec les chefs de quartier établis dans chaque ville: c'es le moyen de prévenir le larcin, et de ne pas laisser échapper les coupables.

XVI. Qu'on réprime les saillies de la colère; on sera à couvert de bien des périls.

On voit que ce code fameux repose sur le principe de la piété filiale étendu à l'admi: nistration de tout un empire. En Occident, ce sentiment est laissé à sa spontanéil naturelle, à sa libre manifestalion; c’est une prescription divine que nos lois se son bien gardées de formuler. Aussi, en Chine, la loi, l’autorité impériale, a envahi ll sanctuaire de la famille et les plus saintes affections du cœur. La piété filiale mes plus un sentiment, une vertu, mais une chose. La vraie piété filiale n'existe pas; peut exister en Chine : les devoirs et l'étiquette remplacent l'affection franche cordiale, au foyer domestique comme dans toutes les autres relations sociales. D là principalement le caractère si fortement tranché des populations orientalesse dont nous avons les premiers expliqué la raison humanitaire.

Code pénal. Justice. — De la piété filiale imposée comme devoir essentiel dans Lou les actes possibles de la vie de famille, de société et d'État, sont résultés, comm conséquences rigoureuses, l'esprit et la lettre du Code pénal. Tous les actes extérieur de la vie sont atteints de la manière la plus lucide, la plus méthodique, et des règle ments spéciaux ont été établis pour toutes les nuances possibles. C’est toujour: l'opposé de la maxime européenne, de minimis non curat lex. Par exemple, tout homme convaincu de ne point visiter de temps à autre les tombes de ses ancêtres, encourt UM punition. — Quiconque est coupable de mener une conduite inconvenante et contraire à l'esprit des lois, sans avoir toutefois violé un article spécial, est passible de quarante coups, pour le moins; mais si l’inconvenance est d’une nature grave, il recevra quatre vingts coups. Nous laissons à juger du reste.

Les mandarins étant payés par l'État, la justice est rendue gratuitement; les affaires

s'instruisent publiquement; chacun plaide sa cause de vive voix ou par écrit, la pro fession d'avocat est inconnue; quiconque voudrait parler pour un autre s'exposerail

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suivante.

à la bastonnade, et même à une peine plus grave, s’il s'agissait d’un crime. La procédure, en matière de police, est sommaire; la bastonnade est donnée sur-le-champ, mais ce n’est pas arbitrairement. L'article de la loi relatif au délit est lu au condamné; le nombre des coups de bambou est réglé. Le pire, c’est qu'après l'exécution le patient est obligé de baiser le bambou qui l'a frappé. Dans les affaires compliquées, on procède par écrit, on entend Îles témoins, le juge motive sa sentence; en matière civile, le pouvoir du magistrat supérieur est absolu, à moins que le cas ne soit assez important pour être porté à Péking; en matière criminelle, le procès, après avoir passé par plusieurs tribunaux subordonnés les uns aux autres, est définitivement envoyé à Péking avec la sentence rendue. La procédure est excellente, mais la corruption se glisse quelquefois dans l’administration de la justice.

Les peines sont la bastonnade, la cangue, espèce de pilori, l'exil, le tirage des bateaux et la mort. Cette dernière ne peut s’infliger sans que la condamnation ait été confirmée par l’empereur lui-même. Généralement les exécutions n'ont lieu qu’une fois l'an, en automne. Avant de mener le patient au supplice, on lui donne un repas, et il est conduit en chaise ou en voiture, à son choix, s’il en a les moyens.

L'homicide, même involontaire, étant puni de mort, les Chinois sont peu enclins à secourir un homme prêt à perdre la vie; l’empereur ne fait jamais grâce entière, il se borne à commuer la peine. La législation chinoise est souillée par la disposition qui ordonne la torture dans certains cas, et par celle qui regarde le sang d’un criminel d'État comme entaché jusqu’à la neuvième génération. Au reste, c’est toujours une conséquence du principe.

Dans chaque ville principale il y a des prisons entourées de murailles et gardées par des soldats. Les criminels sont séparés des débiteurs, et les hommes des femmes.

Physionomie. Usages. — Pour obtenir de la considération, il faut être gras et replet, el pouvoir remplir un fauteuil bien large. Les Chinois supposent que les talents et l'importance d'un homme sont en raison de son embonpoint. Un autre moyen d’obtenir des égards, est de laisser croître les ongles de la main gauche, surtout celui du petit doigt. Cela prouve que l’on n’exerce pas une profession manuelle pour vivre. Quelques particuliers ont les ongles longs de six pouces et même d’un pied.

Il faut du temps aux Européens pour s’accoutumer aux traits des femmes chinoises. Rien ue leur paraît plus extraordinaire qu’une femme avec des yeux étroits etallongés, un nez retroussé, mais peu saillant. D'ailleurs, elles ont la bouche petite et vermeille, la taille assez mince; quelques-unes sont jolies et fort agréables. Dès l’âge le plus tendre, toutes se fardent : elles serrent et relèvent sur le sommet de la tête leurs cheveux d'un noir de jais, et les chargent de gros bouquets et de fleurs artificielles. Deux longues aiguilles d'argent, de cuivre ou de fer, suivant la condition de celles qui en font usage, se croisent obliquement sur le haut de leur tête. Les très-jeunes filles ont les cheveux épars; lorsqu'elles deviennent nubiles, elles en font une tresse pendante ou relevée. Elles se peignent les sourcils en noir, et tracentau-dessous de la lèvre inférieure et au bout du menton un rond d’un vermillon très-vif, de la grandeur d’un petit pain à cacheter. L'usage immodéré du fard produit son effet ordinaire; il gâte la peau , et rien n'est plus hideux qu'une vieille Chinoise.

Ce qui rend les Chinoises encore plus singulières aux yeux des Européens, c’est leur démarche chancelante causée par la difformité de leurs pieds. Dès leur naissance, on enveloppe le pied de bandelettes qui le serrent et le compriment, à l'exception du gros orteil, et l’on arrête ainsi sa croissance; il n’a guère plus que quatre pouces de long sur un pouce de large, et il se forme à la cheville une enflure considérable; une femme qui n’a pas le pied ainsi estropié est méprisée,

Cet usage barbare est dû, selon quelques auteurs, à la jalousie des Chinois; cependant des voyageurs ont vu des femmes se promener et même courir autant que le pêérmettait leur infirmité; car cette mode génante les expose à des chutes et les fait constamment souffrir. Lorsqu'elles sortent, elles mettent des souliers avec des talons de bois garnis de cuir; elles ne se soutiennent que sur ces talons, et posent rarement à terre l'extrémité antérieure du pied, de crainte de se heurter : manière de marcher qui donne de la mauvaise grâce à leur allure. .

Dans le Kiang-Si, les femmes de la campagne ne se martyrisent pas les pieds de cette manière, elles portent comme les hommes des sandales de paille, et, comme eux, marchent sans difficulté.

Costumes. — Les Chinois, depuis qu’ils sont sous la domination des Mandchous,e rasent la tête, en conservant seulement sur le haut une touffe de cheveux qu'ils laissent croître, et dont ils font une longue queue qu'ils nomment pen-ssè. Les vêlements sont en drap de coton ou en soie bleue ou noire, les bottes sont de soie noire ou de cuir, fort larges, et ne dépassent pas le mollet. Les chaussures sont bien faites; la semelle en est épaisse et formée de gros papiers renforcés en dessous par un cuir.

Les femmes s’habillent conformément au grade de leurs maris ; elles peuvent porter toutes sortes de couleurs, excepté le jaune-citron, interdit à tout le monde, parceque c'est la couleur réservée à l’empereur et à ce qui lui appartient, Leur habitudede relever leurs cheveux leur dégarnit promptement le front; les femmes âgées cachent cette difformité avec un morceau de toile noire (pao-teou ) ; quand elles sont en deuil, le pao-teou est blanc. Dans quelques cantons elles portent des chapeaux de paille font

jolis; le fond en est percé pour donner un libre passage à leur touffe de cheveux.

Habits. — Ce n’est que par l'épaisseur ou la légèreté des étoffes que l’habit d'hiver diffère de l'habit d'été. Dans les provinces du nord, on porte des fourrures quandiil fait froid; d’ailleurs le costume des Chinois a cet avantage qu’ils peuvent, sans paraître ridicules, augmenter ou diminuer le nombre de leurs robes, suivant le degré de la température. Ils en sont parfois tellement surchargés, qu'ils ont de la peine à joindre ensemble leurs deux mains. Én été, les gens du peuple ne conservent ordinairement que la veste, le caleçon et les souliers. Quant aux gens en place, n'oseraient paraître en public sans être habillés et sans avoir des bas et des bottes.

On lit, dans le voyage de M. Timkowski, des détails plus circonstanciés sure costume des Chinois; nous les rapporterons ici :

L'habillement en général, et particulièrement celui des hommes, est très-dispens dieux. Les Mandchous et les Chinois de tous les rangs doivent avoir un costume particulier pour chaque saison de l’année, et les personnes en fonctions en mettent trois à la fois, sans compter les habits de cour et ceux des jours de fête. Cette extra vagance met les officiers mandchous dans la nécessité de faire une dépense considérable, et oblige même l’homme le plus distingué à avoir recours aux prêteurs sur gages. Ils engagent les habits dont ils n’ont pas besoin et rachètent ceux sur lesquels on leur avait antérieurement prêté, et que la saison rend nécessaires. Fr

En raison de la chaleur du climat, les Chinois portent des vêtements très-larges: le principal est une longue robe de toile qui a beaucoup de ressemblance avec J& costume russe, à l'exception que les officiers portent cette robe ouverte devant ét derrière. Par-dessus cette robe ils en mettent une autre avec de larges manches, laquelle ressemble, pour sa forme, à celle du clergé russe. Les habits des gens pauvres sont de calicot ou de nankin, et ceux des riches sont en soie à fleurs, et quelquefois de drap ou de casimir. La couleur favorite est le bleu, ensuite viennent le violet et le noir. Le vert, et particulièrement le rose, sont généralement portés par les femmes.

Dans l'hiver, la robe est doublée de ouate de coton; mais les gens riches emploient pour cel usage des peaux d'écureuil et de mouton de qualité supérieure, ou bien encore des peaux de renard du nord, ou martre zibeline. Les personnes à la mode portent en hiver la robe de dessus en zibeline ou en chat noir, bordée de blanc, qui est estimée à un haut prix. Le poil se met en dehors pour faire voir sa beauté. Quelquefois ces robes. de dessus ne sont pas plus longues que nos spencers, et comme elles sont très-légères et commodes, on les porte pour monter à cheval. Les ceintures sont de soie; mais plus ordinairement de tricot ou de fil, avec une belle boucle dans le milieu. L’épée est portée à gauche, ainsi qu'un couteau dans une gaine bien vernie ou en écaille de tortue, et les petits bâtons d'ivoire qui servent de fourchettes. Sur le côté droit pend une bourse de soie brodée qui renferme une tabatière, et de plus, en'été, un éventail dont les hommes se servent aussi bien que les femmes. Pour observer la symétrie qui est en toute occasion de la plus grande importance pour les Chinois, ils portent à gauche un sac pareil, rempli d'épices qu’ils mangent à diner en assaisonnement. Cette robe en couvre une autre très-légère, de soie ou de toile, et qui correspond à notre chemise. Gelte absence de propreté que l’on trouve même chez les personnes d’un haut rang, est d'autant plus désagréable que les Chinois, opposés en ce point aux autres peuples de l'Orient, sont tout à fait étrangers au bain, ou ne se lavent le corps que rarement : ils regardent même le bain en été comme une chose malsaine :. Ils ne servent point à table de serviettes et n’ont point de mouchoirs de poche. Un morceau de papier y supplée. Leurs culottes sont de naukin ou de soie. La plupart des Chinois ont leurs bottes faites de ces éloffes; mais celles des riches sont en satin noir. On porte aussi des souliers dont les semelles sont, comme celles des bottes, très-roides et très-incommodes, étant composées de papier mâché d'un pouce d'épaisseur. Les personnes de distinction portent des bonnets ovales de satin couleur cerise avec une bordure noire et une frange rouge. La bordure varie comme le costume, suivant la saison; il est de velours en été, et en hiver de peau de mouton ou de zibeline.

Les chapeaux ou bonnets d’été sont en forme de cône ou d’entonnoir , et faits de bambou si parfaitement natté et avec tant de goût, que, s'ils étaient d'une forme différente, les dames d'Europe pourraient les adopter. Les bonnets des fonctionnaires publics sont surmontés d’un bouton dont la couleur désigne leur rang. Les gens du peuple portent ordinairement une veste de nankin et de petits bonnets de feutre pareils à ceux des Lithuaniens, qu’ils remplacent en été par les bonnets de paille. Les hommes se rasent sur le front et sur les tempes, et tressent en queue le reste de la chevelure qui leur tombe sur le dos. Une natte bien longue est regardée comme une parure. Elle a ordinairement une archine et demie de long, et l’on a souvent recours à de faux cheveux pour suppléer à la nature. | … Le costume des femmes diffère peu de celui des hommes. Elles peignent et arrangent leur chevelure avec beaucoup de goût et d'élégance. Les fleurs artificielles, les riches épingles d’or, et de beaux papillons qui y sont mêlés, forment un contraste agréable avec leurs cheveux noirs. a

On peut reprocher aux Chinois d’être fort sales. Ils couchent avec les mêmes vêtements qu'ils portent durant le jour : ils usent souvent leur chemise, qui est en soie, avant de la quitter. ’ | Nourriture. — La nourriture du peuple consiste principalement en riz bouilli; c’est l'objet de première nécessité; le nom du riz entre dans tous les mots composés qui

? Cette assertion est trop exclusive, puisqu'il y à des salles de bains dans toutes les grandes maisons.

ont rapport aux différentes sortes de mets. On ajoue au riz des plantes polagères et des légumes, de la viande de cochon, de la volaille, du gibier ou du poisson, chacun | suivant ses facultés.

Dans les provinces du nord, où le riz ne croit pas, on fait des galettes et des pains mollets avec de la farine de froment, de sorgho et de fève.

Le bas peuple mange sans scrupule des rats, des vers, el des animaux morts de maladie ou noyés. Quant aux gens riches, d’après l'opinion relative à l'embonpoint, ils se nourrissent bien et mangent beaucoup; ils recherchent tous les mets auxquels ils supposent la propriété de donner de la vigueur, tels que les nids de salangane,les nerfs de cerf, les ailerons de requin, les pattes d'ours, les trépangs, divers fucus;*et de jeunes chiens; mais ils se cachent pour se régaler de cette dernière sorte de friandise.

Les Chinois mangent rarement du bœuf : le mouton est très-bon ; il est commun dans les provinces septentrionales. Les Mandchous aiment la chair de cheval.Les viandes sont assez généralement bouillies ou rôties; on en trempe les morceaux dans du jus de viande légèrement épicé, ou dans du souy, sorte de sauce extraite d’un dolichos, légume qui approche du haricot.

Au lieu de fourchettes, les Chinois se servent, pour manger, de petites brochettes de bois ou d'ivoire, avec lesquelles ils prennent très-adroitement les morceaux de viande découpés d'avance. Ils portent à la bouche le vase contenant le riz qu’ils font entrer avec ces brochettes.

La boisson ordinaire est Le thé et du chou-chou, qui est de l’eau dans laquelle ona fait fermenter du riz ou du sorgho; on le boit chaud, ainsi que l’eau-de-vie, qui setire également du riz ou du sorgho macéré dans de l’eau avec du levain pour hâter la férmentation; cette liqueur est ensuite distillée à l’alambic ; elle a un goût désagréable:

Les Chinois passent une partie de la journée à boire de cette eau-de-vie, à manger des pâtisseries et des fruits, et à fumer. Dans les provinces méridionales, ils mâchent du bétel, et les gens riches fument de l’opium.

Caractère. —La plupart des voyageurs se sont accordés à ne pas faire un gra éloge du caractère moral des Chinois; mais en même temps ils attribuent le défautde ce peuple à la nature de son gouvernement. Les Chinois sont doux, obligeants, pai sibles, timides ; leur état social les a rendus indifférents, insensibles et même cruels. Ils sont intéressés et enclins à tromper ; sous un extérieur grave et décent, ils savent cacher leur goût pour la débauche et le jeu. Humbles dans leurs discours, polis sans sincérité, ils masquent sous un dehors froid un caractère vindicatif; ils montrent peu d'élévation et peu de délicatesse dans leurs sentiments. S’ils sont respectueux pour les morts, ils n'ont pas beaucoup d'humanité pour les vivants. Toutefois, nous pensons que ce jugement des Européens sur les imperfections morales des Chinois est fort exagéré, et que nous les estimerons davantage lorsque nous les connaîtrons mieux. Que n’auraient-ils pas eux-mêmes à nous reprocher! Certes, ils ont des qualités qui nous feraient honneur. Une nation gaiement industrieuse, comme le dit M. Davis, ne peut être une nation méchante. thus 11e

Classes. — On compte sept classes de citoyens : les mandarins, les militaires, les lettrés, Les prêtres, les laboureurs, les ouvriers, les marchands. Quiconque a suivi le cours d’études nécessaire et pris ses degrés, peut parvenir aux emplois ordinaires t quant aux plus importants, il faut du talent, du crédit et des services pour y parvenir.

C'est parmi les lettrés que l’on prend les mandarins.

Les bonzes sont nombreux et savent tirer parti du penchant des Chinois à la super- Stilion ; ils possèdent des maisons et des terres.

Quoique la classe des laboureurs soit celle que le gouvernement protége le plus, elle est la moins riche; les laboureurs sont ou propriétaires ou fermiers.

Les marchands sont peu considérés, et même ceux qui sortent de leur patrie sont méprisés.

IL est rare qu’un fils, à moins que la nécessité ne l'y contraigne, exerce le métier de son père. Aussitôt qu'un Chinois a de l’argent, il fait le commerce; s’il devient plus riche, il cherche, en distribuant convenablement des présents, à se procurer un petit mandarinat, pour jouir tranquillement de son bien; car les agents du gouvernement prennent de l’ombrage des particuliers qui font parade de leur opulence.

On ne parle aux mandarins qu’à genoux, à moins qu’on n’occupe un emploi qui en dispense. Quant à eux, ils ne paraissent jamais dans les lieux de leur juridiction sans être accompagnés d’un cortége considérable et même formidable ; on doit se retirer à leur approche et attendre respectueusement, la tête droite et les bras pendants, qu’ils soient passés.

La suite d’un mandarin est nombreuse, mais mal payée et mal entretenue. Lui-même ne reçoit que des appointements médiocres; il tâche donc de tirer du peuple tout ce qui est nécessaire à sa dépense. Le gouvernement a publié des règlements très-sages pour contenir ses agents dans le devoir; mais ils le remplissent si mal, que, suivant le proverbe des Chinois, l'empereur lâche autant de loups et de voleurs qu'il fait de mandarins.

Les grades déterminent les habits des mandarins; un particulier n’oserait avoir sur son habit de la broderie en or ; elle est réservée aux mandarins.

Esclavage. —L'esclavage existe à la Chine, mais d’une manière différente que dans les colonies européennes. Des particuliers achètent de petites filles, les font bien élever et leur donnent toutes sortes de talents, soit pour les revendre avec un gros profit, soit pour en faire des filles publiques. D'autres les gardent chez eux, les font travailler et les marient; les enfants leur appartiennent ; les filles accompagnent leur maitresse lorsqu'elle se marie; les garçons servent et apprennent quelque métier. Les esclaves peuvent être affranchis; la femme légitime d’un-esclave ne peut être séparée de son mari. Un homme peut se vendre, s’il n’a pas d'autre moyen de secourir son père. Les comédiens, étant méprisés, achètent de petits garçons qu'ils dressent à leur profession. Une fille libre peut être vendue; mais il faut qu’elle y consente, et qu’elle soit censée se vendre elle-même. On vend les concubines d’un officier du gouvernement, lorsque ses biens sont confisqués; cela est rare. Il n'existe pas de marché où l’on expose des hommes, des femmes, des enfants; il ne s’en fait de vente publique que par autorité de justice.

Les prisonniers de guerre sont esclaves de droit ; on les emploie à travailler sur les frontières ; on les traite comme les débiteurs de l’empereur, qui sont envoyés dans le pays des Mandchous, où ils deviennent esclaves du prince.

Mariage. Famille. — Les bouddhistes prétendent que ceux qui ont été unis dans une existence antérieure, le sont aussi sur cette terre. Les Chinois, qui leur ont emprunté celle idée, croient que Youé-Lao, ou le vieillard de la lune, unit avec un cordon de soie tous les couples prédestinés, et qu'après celte opération rien ne peut mettre obstacle à leur union. On se marie de bonne heure à la Chine. La chose la plus essentielle dans une alliance est que les deux parties contractantes soient égales en rang et en siluation, ou, comme ils disent, que les portes correspondent. Ce sont les parents qui conviennent entre eux des conditions de l’union. Le futur et la future ne se sont jamais vus. Les parents de la fille déterminent la somme qu’ils veulent employer pour son trousseau; elle ne reçoit pas d'autre dot. Les parents du jeune

homme font des présents considérables. Le jour de la noce, la mariée, bien parée, est placée dans un palanquin très-orné et fermé soigneusement à la clef; elle est ainsi transportée au milieu d’un cortége nombreux; son plus proche parent tient là 6lef du palanquin et la remet en arrivant au mari. On prétend que si celui-ci ne-trouve pas la femme à son gré, il la renvoie; s’il l’agrée, il la présente à ses parents, se prosterne avec elle devant eux; ils mangent ensuite quelque chose ensemble, et boivent du vin dans la même coupe. L'espace nous manque pour entrer dans les détails intéressants des cérémonies du mariage. La loi impose aux deux parties l'obligation de se déclarer mutuellement les infirmités ou les imperfections physiques dont elles sont affectées, leur âge réel, si elles sont nées d’une épouse ou d’une concubine, si elles sont enfants légitimes ou adoptifs. Quiconque tait la vérité ou commet un mensonge est châtié sévèrement. La loi prohibe tout mariage avec les étrangersret même avec les montagnards Miao-Tseu. 1

Le divorce est permis; il a rarement lieu. Si une femme est stérile, son mariren prend une seconde. La femme qui perd son mari peut se remarier; la plupart préfèrent rester veuves. Les femmes qui manquent à la foi conjugale, ou celles qui quittent leurs maris, sont condamnées à être vendues comme esclaves.

Si un mari est trois ans absent, ou s’il abandonne sa maison, sa femme a le droit de demander au juge la permission de se remarier.

Le sort d’une femme chinoise, surtout si on le compare à celui des Européennes, n’est pas heureux. Ellé ne doit ni manger à la même table que son époux, ni s'asseoir dans le même appartement que lui. Pour tromper leur ennui, car elles ont généralement peu d'instruction, les Chinoises emploient, lorsqu'elles sont jeunes, une partiedu temps à leur toilette : elles brodent des étoffes de soie, elles peignent des oiseaux, des insectes et des fleurs sur de la gaze très-fine; enfin elles ont adopté l'usage de fumer. Lorsqu’elles ont des enfants, elles en prennent beaucoup de soin; elles donnent leur attention au ménage, elles ne se mêlent en rien des affaires du dehors. Elles ne voient que leurs maris ou leurs plus proches: parents. Les femmes de l'empereur ne se montrent jamais; les filles sont exclues du trône. |

L'empereur et les grands de l'État peuvent seuls, d’après la loi, avoir des concu bines; un simple particulier ne peut en prendre une que lorsque sa femmeest parvenue à sa quarantième année, sans lui avoir donné d’enfant. Quoique cette loi soit souvent enfreinte, cependant, si la femme légitime l’invoque, le mari est condamné. Les concubines sont sous la dépendance de l'épouse; elles la servent, leurs enfants sont censés être les siens; si elle meurt, ils en portent le deuil. En décrétant des mères aux enfants, la loi chinoise a été conséquente avec elle-même : elle a étouflé la voix du sang dans Le cœur des mères naturelles, et la piété filiale dans celui dés enfants ; le bambou supplée au sentiment. |

Dès l’âge de neuf à dix ans, les garçons vivent absolument séparés de leurs sœurs. Aussi les sentiments d'affection qui résultent entre les enfants d’une communication mutuelle de leurs plaisirs et de leurs peines, ne peuvent naître dans une famille chi noise; rien n'y entretient l’amour et le respect des enfants pour leurs parents.

Cependant on a célébré la piété filiale des Chinois. C’est à leur vénération profonde, à leur obéissance obligée envers leurs parents, at-on dit, que l'empire doit sa stabilité. Soit; mais il n’en à pas élé moins agité, nimoins malheureux; de plus, le précepte poli: lique a détruit le sentiment moral. La première maxime qu’on inculque dans l'espril des enfants, c’est qu'ils doivent se soumettre entièrement à la volonté de leur père, el considérer leur vie comme étant absolument à sa disposition. Cette maxime légalisée donne aux parents un pouvoir aussi absolu et aussi arbitraire sur leurs enfants

que celui que l'empereur, regardé comme le père commun, exerce au même titre sur tout le peuple.

En Chine, comme chez les Romains, un père peut vendre son fils comme esclave, soit par caprice, soit par pauvreté; il use assez fréquemment de ce pouvoir.

La misère le porte quelquefois à exposer ses enfants, mais cette pratique est moins fréquente que ne l'ont dit quelques voyageurs. L'infanticide, dont on a accusé les Chinois en général, n’est pas plus commun chez eux que dans d’autres pays. Il y à dans toutes les villes des maisons destinées à recevoir les enfants abandonnés.

D'ailleurs une des raisons qui doivent diminuer l'exposition des enfants est l’adoption très-fréquente chez les Chinois. Ils désirent tant d'avoir des enfants pour honorer leur mémoire, qu'à défaut d'enfants naturels, ils en adoptent d "étrangers.

Il y à à la Chine cinq sortes de noms d'hommes, pour lesquels on suit des règles constantes : 4° Le Sing, nom de famille; ils sont en petit nombre, et ce nombre est déterminé de manière que l’on ne peut en ajouter de nouveaux : ce nom se place toujours le premier. 2 Le Ming, nom propre ou petit nom que l'on reçoit en naissanl ; la politesse défend de l'employer envers les personnes à qui l'on doit du respect : la loi défend de prononcer le Ming de l'empereur vivant. 3° Le 7sù, ou titre que l'on reçoit à vingt ans; on s’en sert envers ses supérieurs; les filles en reçoivent un quand elles sont fiancées. Ces noms sont significatifs. 4° Le Hoeï, nom donné à un homme après sa mort pour rappeler ses hautes qualités, ses talents ou quelque circonstance remarquable de sa vie. On s’en sert pour honorer ses ancêtres ou parents défunts, et on l’inscrit sur leurs tablettes. 5° Ce que le hoeï est pour Îles particuliers, le miao ho l'est pour les empereurs; ces titres sont significatifs. On ne se sert que de ces noms pour désigner dans l’histoire les empereurs auxquels on les a donnés.

La ressemblance du nom de famille est un empêchement dirimant pour le mariage; sage disposition pour éviter toute chicane possible dans les héritages.

Successions. — Un fils succède aux biens de son père, mais non à ses dignités. Les descendants de la famille régnante ont le rang de princes; ils jouissent de revenus, el n’ont aucun pouvoir. On regarde comme noble quiconque est ou a été mandarin , et a obtenu des degrés ou reçu de l’empereur un titre d'honneur qui s'accorde même aux ancêtres des personnes que le monarque veut honorer; ce titre ne passe pas aux enfants. Les biens se partagent également. l

Funérailles. — Les Chinois veillent avec une attention extrême à se préserver de tout accident; leur plus grand soin est de mourir avec le même nombre de membres qu'ils ont reçus de la nature. Ce préjugé fait que chez eux la peine la plus infamante est celle d'avoir la tête tranchée. Occupés également de l’idée de leur conservation future, ils achètent d'avance leur cercueil ; souvent un fils en fait présent à son père; on le choisit le plus magnifique qu'il est possible. On les enduit en dedans de poix ou de bitume; on les vernit quelquefois ; mais on se contente de les blanchir à l'extérieur. Les Chinois gardent fréquemment chez eux les corps de leurs parents; ils les placent dans des pavillons construits exprès jusqu’au moment où ils les enterrent, ou jusqu’à ce qu’ils puissent les envoyer aux tombeaux de leurs ancêtres.

Dans les enterrements, aussitôt que le corps est enfermé dans la bière, on la couvre d’une toile blanche; on la met dans une salle tendue en blanc. Le corps reste ordinairement plusieurs jours dans la maison. Chaque fois qu'un ami vient rendre ses devoirs au défunt, sa famille pousse des cris lugubres. Le convoi se fait avec pompe; on place sur là tombe des chandelles parfumées et des banderoles de papier; on brüle des papiers dorés, et des représentations d'hommes et de chevaux. On va se reposer ensuite sous des tentes dressées à peu de distance; on fait l'éloge du défunt, on mange des

mets qui lui ontétéofferts,on se prosternedevantlelombeauen gardantun profondésilence,

Chaque année, au printemps, tous les membres d’une famille s’assemblent dansune salle où l’on conserve la tablette des ancêtres; là, ils se prosternent de nouveawet renouvellent leurs offrandes. Tous les ans, à la troisième lune (en avril}, on visitéles tombeaux, on les répare et l’on répète en partie les cérémonies pratiquées à l’enterrement. Ces usages sont sacrés; un fils n’oserait y manquer. Les missionnaires jésuites n'avaient pas aperçu de traces d’idolâtrie dans ces cérémonies et les avaient tolérées: ils en furent vivement blâämés par d’autres missionnaires, ce qui engendra de grandes querelles entre eux.

Les cimetières sont situés à une certaine distance des villes, sur des hauteurs quand cela est possible, et plantés de cyprès et de tuya; les tombeaux sont ornés de colonnes et de diverses figures sculptées.

Cérémonial. —Tout à la Chine est soumis à des lois invariables; le cérémonial même entre égaux est réglé; tous les points en sont minutieusement observés. Une salutation ordinaire a des formes prescrites par le tribunal des cérémonies; l'oubli d'unéde ces formes de la part d’un simple particulier est suivi de la bastonnade; si le délinquant occupe un emploi, il est dégradé, ou suspendu de ses fonctions.

Jamais les Chinois n’ôtent le bonnet en saluant; ils laissent tomber les bras imperceptiblement, fléchissent les genoux jusqu’à terre, et prononcent en même temps quelques mots d’une froide politesse. Quand on parle à un mandarin d’un grade élevé, on se met à genoux et on baisse trois fois la tête; devant l’empereur, cette génuflexion est rues neuf fois à trois intervalles : c’est ce que l’on nomme le keou-teou :4les ambassadeurs étrangers qui n’ont pas voulu s’y soumettre ont été renvoyés de la Chine. Ge salut fatigant se répète devant les choses envoyées par l’empereur, et devant les objets qui sont censés le représenter.

Tout est généralement au rebours des usages de l'Europe; le côté gauche est le côté d'honneur.

De même que les monarques de l’Europe, l'empereur de la Chine a un lever, auquel assistent les ministres et les grands de l'État. Le service de l’intérieur du palaise fait par des eunuques. Ces êtres dégradés ont moins de crédit sous la dynastie régnante que sous les précédentes : ils n’exercent aucun emploi important; cependant ilsne sont pas tout à fait sans influence.

Le nombre immense des grands officiers de l'État qui s’assemblent à la cour les jours de cérémonie, la foule de leurs gens, tous vêtus de superbes robes de soie, l’ordre,de silence et la gravité solennelle avec laquelle chacun se conduit, présentent un spectacle imposant. Cette pompe ne se manifeste qu’à l’occasion de certaines fêtes ; la principale est l'anniversaire de la naissance de l’empereur.

Dettes. — Une des causes qui font souvent contracter des dettes aux Chinois, est leur amour désordonné de l'argent, qui les jette dans toutes sortes d'entreprises hasardeuses : malgré le taux élevé de l'intérêt, qui est depuis dix jusqu’à trente pou cent, ils ont recours aux emprunts. On voit dans toutes les villes beaucoup de boutiques avec une inscription en gros caractères, annonçant une maison de prêt. Les accusations pour dettes étant infamantes, les parents et les amis interviennent, et les parties s’accommodent sans beaucoup de difficultés. Dans le cas contraire, le man: darin ordonne la saisie des biens du débiteur, et si celui-ci n’en a pas, il est mis en prison; au bout d’un certain délai, s’il ne satisfait pas son créancier, il reçoit bastonnade; elle lui est infligée de nouveau à des époques déterminées, tant quäl ne s’acquitte pas. C’est pour éviter le retour de ce châtiment que le Chinois insolvable se vend comme esclave.

Jeux. — Cest aussi par esprit d’avidité que les Chinois de tous les rangs sont passionnés pour les jeux de hasard. Rarement un Chinois sort de chez lui sans avoir des dés où un jeu de cartes; lorsque l’on n’a ni l'un ni l'autre, on a recours au tsoui-moeï, jeu qui ressemble à la mourre. Celui qui perd est obligé de boire du vin ou de l’eau-de-vie; on quitte rarement ce jeu sans être gris; alors on se cache pour n'être pas vu dans cet élat. Le sabot qu’on fouette avec des lanières, la toupie, le petit palet, la boule, l'escarpolette, la balançoire, le volant qu'ils reçoivent et renvoient, non avec la raquette ou la main, mais avec la tête, les coudes et les pieds, les cerfs-volants, les patins, font l’'amusement des différents âges. La paume, le billard, les quilles, le jeu des bagues, le mail et le colin-maillard ne paraissent pas être connus des Chinois.

Les personnes de distinction jouent aux échecs, qui diffèrent des nôtres. On a de l'estime pour un bon joueur d'échecs. Les Chinois ont aussi d’autres jeux qui se rapprochent du jeu de dames, du renard, etc.

Spectacles. —Quoique les Chinois aiment beaucoup les représentations dramatiques, il n’y a pas de théâtre public permanent. Lorsque des particuliers veulent avoir un spectacle, ils réunissent entre eux une somme suffisante pour élever une salle et payer les comédiens. Les personnes riches ont chez elles un théâtre; rarement elles donnent un festin sans y joindre le divertissement de la comédie. Les femmes ne paraissent jamais sur la scène; leurs rôles sont remplis par des jeunes gens. Les comédiens gagnent beaucoup d'argent; leur costume, taillé d’après les modes anciennes, est très-riche. La déclamation est mélée de chant. L'unité de temps et de lieu n’est pas observée dans les grandes pièces, qui durent quelquefois plusieurs jours. On sait que Voltaire a tiré d’une pièce chinoise le sujet de son Orphelin de la Chine. Dans les comédies, les acteurs ne déclament pas; ils prennent le ton de la conversalion ordinaire; ces pièces sont extrêmement libres. Dans les opéras, les génies apparaissent sur la scène ; les oiseaux et les animaux s’y promènent et y parlent. On représente aussi des pantomimes; quant à la danse, elle consiste en marches et en évolutions; elle a paru bizarre et ennuyeuse aux Européens. (Voyez la traduction du Théâtre chinois, par M. Bazin.)

Les Chinois ont des marionnettes; leurs saltimbanques, leurs bateleurs, leurs danseurs de cordes, leurs escamoleurs, en un mot tous les faiseurs de tours d'adresse sont fort habiles; cependant quelques voyageurs les ont jugés inférieurs à ceux de l'Europe; mais les Chinois l'emportent sur nous pour la beauté et la variété des feux d'artifice.

Fêtes. — Ces feux ont lieu surtout à la fête de la nouvelleannée, qui commence à la fin de janvier ou en février : elle se célèbre pendant trois jours. On passe ce temps en visites; on se félicite, on se fait des présents, on s'habille de son mieux; le plus pauvre achète au moins des souliers neufs. Le quinzième jour de la première lune, arrive la fameuse féte des lanternes, qui finit le 17; à cette époque, on peut dire que toute la Chine est illuminée. Ce temps se passe en festins et en divertissements. Ces lanternes sont remarquables par l'élégance de leur structure et par la richesse de leurs ornements. Il y en a de si vastes qu’elles forment des salles de vingt à trente pieds de diamètre, où l’on donne le spectacle des ombres chinoises el de toutes les merveilles de nos lanternes magiques. Au-dessus de chaque porte on voit un transparent rouge avec l'inscription : Au gouverneur du ciel,. de la terre, des trois limites et des mille intelligences. On ignore la date et l’origine de cette fête qui se perdent dans la nuil des temps. Quelques-uns la considèrent comme la fète symbolique de l'intelligence suprême.

La fête de l’agriculture se célèbre au printemps; c’est alors que l’empereur prend la

charrue, et de ses mains laboure un champ. Une fête fort agréable a lieu dans de bateaux, à la cinquième lune.

Dans les mois de Juillet et d'août, on fait de grandes processions pour obtenir d la pluie ou pour demander aux dieux une bonne récolte. D’autres processions se fon au printemps en l'honneur des morts. Les Chinois ont d’autres fêtes particulière pour célébrer la soixantième et la quatre-vingtième année de leurs parents, mais n’est que dans l'intérieur des familles. Une autre fête publique est celle des banquet «le police; elle à lieu trois fois par an dans toutes les villes de l'empire. La loi désign jusqu'aux convives qui peuvent y être admis : ils doivent être ou des docteurs d'un réputation intacte, ou des mandarins retirés, soit de robe, soit d'épée, ou d’ancien chefs du peuple, ou des citoyens d'une probité reconnue. Le mandarin présiden ouvre la séance en rappelant aux convives, au nom et par l’ordre de l'empereur, le touchants préceptes de la piété filiale; il dit : « Si nous sommes ici assemblés pou ce festin solennel, ce n’est pas tant pour que nous ayons le plaisir de manger ensemble que pour que nous nous animions et nous encouragions à signaler notre fidélité enver. le prince, notre amour pour nos pères el nos mères, notre tendresse pour nos frères notre déférence pour nos anciens, notre constance pour nos amis et notre empresse ment à conserver la concorde et la paix avec nos concitoyens et nos voisins. »

À l'exception des fêtes publiques, les Chinois ne connaissent point de jours di repos. |

Habitations. Villes. —Péking se compose de deux villes, dont la plus septentrionale, l King-Tching (ville de la Cour), forme à peu près un carré parfait; la plus méridionale nommée Vaï-Tching ou Vaï-Lo-Tching (ville Extérieure, ou simplement faubours du Sud), a la forme d’un quadrilatère rectangle, allongé de l’est à l’ouest : elle estur peu moins grande que la première. On a évalué différemment la circonférence de l'en. semble de ces deux villes : le calcul le plus probable est celui qui la fait monter à environ 6 lieues, sans comprendre les faubourgs, qui sont au nombre de 19 Kiang-Tching est environné d’une muraille garnie de créneaux, d'environ 40 pieds de hauteur sur 21 d'épaisseur, en sorte qu’on peut se promener à cheval dessus : elle est revêtue de briques et l'intérieur est de terre; elle n’a pas assez de solidité pou soutenir des pièces d'artillerie d’un gros calibre..Les murs de la ville méridionale, plus petits et plus simples, ressemblent à ceux des autres villes de la Chine. Péking a 16 portes, dont neuf pour la ville septentrionale; trois la font communiquer avec ville du sud : devant chacune de ces neuf portes, se trouve une place d'armes demi: circulaire, entourée par un mur de mêmes dimensions que le reste du mur d'en: ceinte; au-dessus de chaque porte se trouve un pavillon à neuf élages, garni d’artil: lerie; entre ces pavillons, de petites tours carrées s'élèvent par intervalles d'environ 20 Loises: il ÿ a quelques tours plus considérables, surtout aux sommets des angles. Un fossé alimenté par l’Iu-Ho entoure les murs: un petit pont le traverse devant chaque porte.

Péking est situé dans une plaine : vue des hauteurs qui l’environnent à certaine distance, cette ville parait être au milieu d’une épaisse forêt, ce qui provient des jardins, des bouquets de bois attenant aux cimetières et des arbres plantés en avenue près des couvents et des villages du voisinage; en approchant, on est étonné de l’aspecl bizarre et gigantesque des murailles avec leurs pavillons et leurs tours. Cette vue imposante répond à l’idée de la capitale d’un grand empire; mais, dès qu’on a pénétré dans l’intérieur, la grandeur s’évanouit : il ne reste plus que l'attrait de la singularité pour des yeux européens. Les rues sont déparées par une foule de maisons mal alignées el délabrées : il y en a de fort longues; les principales ont environ 20 toises de lar-

geur. La rue nommée Tchang-’An-Kiaï (large rue de la Tranquillité) a bien 30 Loises de large : e’est la plus belle de Péking; elle court de l'est à l’ouest, dans la partie méridionale du King-Tching, et est en partie bordée, au nord, par les murs du palais de l'empereur, et au sud par plusieurs palais et tribunaux. En général, les rues du King-Téhing sont beaucoup plus belles que celles de la ville méridionale; les rues secondaires ou de traverse ne sont, à proprement parler, que des ruelles étroites, avec des barrières qu’on ferme la nuit : c'est pourtant là que se trouvent la plupart des palais et des maisons des principaux habitants. Les rues ne sont pas éclairées pendant la nuit; élles ne sont pas pavées, mais le sol en est ferme : il se compose d’une terre noirâtre, dont le mouvement de la foule fait élever une poussière très-désagréable; il est inégal et mal entretenu : souvent des puits placés au milieu gènent la circulation; sur les côtés, les amas d'immondices et les nombreux égouts exhalent une puanteur insupportable. Les maisons n’ont qu'un étage, el souvent même qu'un rez-de-chaussée, et elles sont construites en briques : dans les rues principales, surtout celles du Vaï- Lo-Tching, elles ne sont pour la plupart que des boutiques, assez bien fournies de toutes sortes de marchandises : ces boutiques sont peintes, dorées et ornées avec profusion; on ne se contente pas d'exposer les marchandises dans l’intérieur; on les étale au dehors, jusqu’à une espèce de mât planté assez avant dans la rue, et dont la hauteur surpasse celle des toits : ces mâts portent des inscriptions en caractères dorés, indiquant la nature des marchandises et protestant à l'acheteur qu'il ne sera pas trompé; du reste, ils sont enjolivés de dorures et de peintures, vernis, el pavoisés de banderoles et rubans de toutes les couleurs : leur ensemble n’est pas d'un bon effet, parce qu'ils n’ont pas une hauteur uniforme. Devant les portes, on voit beaucoup de lanternes de corne, de mousseline, de soie, de papier, de formes très-variées. Gertaines boutiques sont belles, mais un grand nombre ont un aspect misérable; au-dessus de quelques-unes, sont de grandes lerrasses couvertes d’arbustes et de fleurs. Les maisons qui ne sont pas destinées à servir de boutiques sont bâties dans une cour entourée d’une haute muraille en pierre, de sorte que de la rue on ne peut apercevoir que les toits : ceux-ci sont concaves depuis la crête jusqu'aux bords, qui dépassent les murs de la maison et se recourbent un peu vers Le haut. Tous les édifices sont couverts en tuiles, quelquefois revêtues d'un vernis de couleur d’après les disunctions suivantes : les bâtiments impériaux et les temples peuvent seuls avoir des tuiles jaunes ; la couleur verte est pour les palais des grands, les tuiles grises ou rouges pour le reste.

La partie de Péking la plus remarquable par ses édifices est Île King-Tching (ville de la Cour ou ville Impériale), qui se nomme ainsi parce qu'elle renferme le palais de F empereur ; elle se compose elle-même de trois parties, qui ont chacune leur enceinte : le King-Tching proprement dit enveloppe les deux autres; le Houang-Tching (ville Auguste) forme la partie moyenne; enfin, compris dans celle-ci, se trouve le Tsu-Kin- Tching (ville Sacrée rouge), occupé par le palais impérial. Le Tsu-Kin-Tching est environné d'une forte muraille crénelée de 23 à 50 pieds de hauteur, qui empèche de voir ce qu’elle renferme : cette muraille ést construite en briques et couverte de tuiles jaunes; elle est entourée d’un fossé plein d’eau et a 4,700 toises de circuit; elle est percée de quatre portes tournées vers les quatre points cardinaux : devant chaque porte, se trouve une place pavée en carreaux de pierre et entourée de petites bornes de marbre; il n’est permis d'y passer qu’à pied. Les sentinelles malpropres et mal lenues qu’on y voit ne donnent pas une haute idée de la garde du Céleste Empereur. Chaque porte se compose de trois ouvertures, surmontées de beaux pavillons; on y arrive par un pont-levis jeté sur le fossé: En traversant cette enceinte, on entre dans

le palais impérial, prodigieux amas de bâtiments et de Cours : l'étendue en fait | principal mérite; cependant l’ordre suivi et régulier de salles immenses, la symétri des galeries et des portiques, la forme bizarre des toits, les pavillons surmontés 4 boules dorées, les colonnes chargées d’ornements, la richesse des peintures et de dorures, forment un ensemble qui n’est pas sans magnificence. L'intérieur des appar tements ne répond pas à ces dehors: il est d’une grande simplicité; car d’après les loi somptuaires de la Chine, l’empereur ne peut avoir que très-peu de magnificence dan ses palais. Les édifices qui le composent et les meubles qu’ils renferment n’ont aucu ornement éclatant et dispendieux, si ce n’est la peinture, la dorure et le vernis qu'on voit également dans les maisons des simples particuliers. Outre les bâtiment du palais, on trouve dans cette enceinte plusieurs édifices, dont quelques-uns son très-mesquins; les ministres y ont leur résidence pour le temps qu'ils passent la cour. Le Houang-Tching ou la ville moyenne, qui enveloppe le palais, au mur d'enceinte de 45 à 18 pieds de hauteur, et d'environ une lieue et demie d tour : l’empereur Tching-Tsoug, en formant cette enceinte, au commencement xv£ siècle, l’avait destinée uniquement à recevoir son palais; mais ses SuCCeSseurs | ont concédé des emplacements considérables, et maintenant on y voit nombre di maisons et de boutiques. Une grande partie est occupée par les vastes campagnes qu forment Les jardins de l'empereur : des lacs creusés de main d'homme, des montagne construites avec la terre provenant des excavations, des promenades délicieuses; de palais, des pavillons et des kiosques environnés d'arbres sur les éminences, en fon presque un séjour enchanté; dans une île de l’un des lacs, on remarque la pagod Peta , lieu de dévotion pour les Mongols.

Les édifices, sinon les plus beaux, du moins les plus apparents de Péking, sont le arcs de triomphe qui ornent la plupart des rues et des places : ils représentent un porte au milieu et deux portes latérales, moins grandes, et sont recouverts d’un oil quelques-uns sont splendidement dorés, peints et vernis : de grands caractères d'or sur chacun de ces monuments, annoncent qu'il fut érigé pour perpétuer la mémoir de quelque homme distingué ou d’un événement remarquable. Les autres édifices son ensevelis dans des enclos de murs élevés : les plus beaux sont les temples, dont laplu part sont ornés de colonnes et couverts de toits superbes, en marbre blanc; le nombt en est très-grand. Dans la ville septentrionale, on remarque le Young-Ko-Koung temple en l'honneur de Fo, le plus vaste et le plus magnifique de Péking, prèsde l'extrémité nord-est; le Soung-Tchou-Tsu, temple habité par le premier des trois grands prêtres de la religion lamaïque, résidant à Péking, près et au nord-est du palais impérial ; le Thang-Tsu (au sud-est du même palais), temple des ancêtres delà dynastie mandchoue : le premier jour de l’année et de chaque mois, et dans quelques circonstances particulières, l'empereur se rend dans ce temple; quand une armée revient victorieuse, on y adresse des actions de grâces à l’Être suprême. On remarque encore, dans cette partie de la ville, le couvent Portugais, édifice imposant, nommé Temple du Midi, parce qu'il est voisin de la muraille méridionale; la cour Russe ete couvent de la Purification, avec de beaux jardins, au sud-est du palais; l'église Notre-Dame-de-l'Assomption, dépendante de ce couvent, à l'extrémité nord-est dela ville; l’ancien couvent des Jésuites français, connu sous le nom de Pe-Thang (temple du Nord), à l’est des jardins du Houang-Tchang : c'est là qu’ils ont fait passer méridien de Péking; l’ancien couvent de Saint-Joseph, dans la partie orientale, était habité par des jésuites de différentes nations, excepté des Français : il a été la proie des flammes en 1812. Le Vaï-Lo-Tching offre un bien moins grand nombre d'’édifices remarquables que l’autre partie: Cependant on y trouve dans le sud deux temples

élèbres, le Thian-Tan et le Sian-Noung-Thang : le Thian-Tan (Éminence du Ciel) a in mur d'enceinte d’une lieue de circonférence; l'architecture chinoise y a déployé oute sa magnificence; il est orné avec une richesse prodigieuse; l'empereur s’y rend haque année, au solstice d'hiver, pour offrir un sacrifice au Ciel. Le Sian-Nounglhang, ou temple de l'inventeur de l’agriculture, situé à l’ouest du précédent, est emarquable par la cérémonie dont il est témoin chaque année au printemps : l’emvereur s'y rend avec sa cour, et laboure un champ voisin environ pendant une demi ieure; son exemple est incontinent imité par les princes, les ministres et les manlarins. Parmi les temples des environs de Péking, on remarque le Ty-Tan (Éminence le la Terre), où l’empereur se rend, au solstice d'été, pour offrir un sacrifice à la l'erre.

Parmi les établissements destinés aux sciences et à l'instruction, on remarque, lans le King-Tching, l'Observatoire impérial, bâti en 1279 : il contient les instruments astronomiques fabriqués vers la fin du xvir siècle, sous la direction des ésuites, par les ordres de Khang-Hi, et ceux que le roi d'Angleterre envoya en présent à l'empereur en 1793; le Koue-Tsu-Kia ou collége Impérial, où un grand nombre de professeurs enseignent la rhétorique chinoise et mandchoue, et où l’empereur va présenter, en temps réglés, ses hommages à Confucius, comme au maitre et au docteur de la nation ; plusieurs écoles de langue mandchoue, de langue chinoise, et de langue russe pour les Mandchous ; l'établissement nommé Koung-Youan ou Kin-Tchang, où se font les compositions des lettrés qui aspirent aux grades; un monastère attenant à l'Young-Ko-Koung, dans lequel il y a plus de 500 lamas du Thibet, qui enseignent à environ 200 disciples chinois ou mandchous la langue thibétaine et la tangoute, la théologie thibétaine, la doctrine de Fo, les mathématiques, la médecine, la rhétorique et plusieurs autres sciences. Il y a dans le Vaï-Lo-Tching une maison publique d'éducation, fondée en 4662, et richement dotée par le gouvernement. On trouve dans cette même partie de la ville des bains publics, qui donnent un démenti à l'opinion que les Chinois ne se baignent jamais; plusieurs étangs entretenus par le gouvernement, où l’on nourrit des poissons dorés; des théâtres, où l’on joue presque tous les jours des tragédies et des comédies. Plusieurs greniers publics sont répandus dans Ja ville et dans les faubourgs : on y fait de très-grandes provisions de riz pour les années de disette; outre ces greniers, l'empereur en a d’autres, qu’il fait remplir de blé, froment , légumes, etc.

Péking consomme beaucoup et produit fort peu. L'industrie y est à peu près nulle ; parmi les branches les moins négligées, on peut citer la fabrication de la faïence et de la verrerie colorée, la taille des pierres précieuses, l'éducation des vers à soie; dans le Houang-Tching, on remarque le Jardin des müriers (Sang-Youan), destiné à élever des vers à soie, avec un temple attenant, consacré au génie protecteur de ces insectes : lé gouvernement y en fait nourrir, et les dames de la cour se partagent celte occupation pour encourager une branche d'industrie si précieuse pour la Chine. Les habitants Lirent presque tous les objets de leurs besoins des provinces méridionales : les richesses de ces contrées, et avec elles beaucoup de marchandises anglaises venant dé Canton, arrivent continuellement dans cette capitale. Le Vaï-Lo-Tching offre un concours incroyable de marchands et de voyageurs; les rues, encombrées par les étalages des boutiques, par les Lentes et cabanes où on expose en vente des comestibles, par les voitures de légumes, par les dromadaires chargés de marchandises, par les ateliers ambulants de forgerons, chaudronniers, barbiers et les autres artisans exerçant leur industrie en plein air, présentent à peu près l'aspect d’une foire perpétuelle; il y a cependant plusieurs lieux destinés spécialement au commerce dans cette

partie de la ville : les magasins nommés Tchou-Pao-Chi1 passent pour les plus riches de Péking; on y vend une foule de choses, entre autres de la bijouterie, des étoffes de soie, des fourrures, des tableaux à l’aquarelle. Il se tient dans divers endroits des marchés plusieurs fois par mois; il y a une foire annuelle de 18 jours. Quoique le King-Tching soit beaucoup moins commerçant que l’autre ville, il y a aussi des foires et des marchés : dans la cour qui environne le temple Loung-Fou-Tsu, il se tient par mois trois foires de deux jours, fréquentées par les marchands de tousles quartiers de la ville. Le prix des denrées est à peu près le même à Péking qu’à Paris. Il ÿ a un grand nombre de maisons de prêts sur gage (Tang-Pou) : la dépravation.et la pauvreté des Mandchous font prospérer ces établissements ruineux, où les effets sont reçus pour les 3/10 de leur valeur; l'intérêt permis par la loi excède en trois ans le capital emprunté. Le commerce de la librairie ne manque pas d’importancesMdes meilleurs livres, et principalement les livres d'histoire, sortent de l'imprimerie impt: riale, où les libraires les achètent à un prix fixé par le gouvernement : c'est celte imprimerie qui publie tous les deux jours la gazette contenant les événements les plus remarquables qui arrivent dans l'empire.

Considéré sous le rapport administratif, Péking ne doit être désigné que souslle nom de ville du département de Chun-Thian : ce département est divisé en cinq arrondissements ou tcheou et dix-neuf districts ou hian, dont deux sont renfermés dans l'enceinte de la capitale. Les six conseils ou tribunaux souverains de l'empire, dont Péking est le siége, se trouvent dans la partie méridionale du King-Tching, près et au sud-est du palais impérial,

La police est montée sur un pied très-ferme et très-actif; cependant le mauvais état et surtout la malpropreté des rues sont de justes sujets de blâme contre elle,“el d'étonnement quand on pense à la délicatesse des Chinois sur d’autres points : celle malpropreté occasionne souvent de graves inconvénients et nuit à la santé des habiants. Les égouts sont ouverts et nettoyés au mois de mars; les ordures qui s’y sont amoncelées depuis un an, sont alors entassées dans les rues, qu’elles remplissent d'émanations fétides. Il y a des pompes à incendie avec tout leur attirail ; elles sont inférieures à celles d'Europe, mais on en a rarement besoin. La police se fait surtout remarquer par la sévérité brutale avec laquelle elle maintient l’ordre : elle s'appuie sur des règlements précis et clairs; toute infraction est châtiée sur-lechamp : aussi voit-on rarement des combats et des querelles en public et n’entend-on presque jamais parler de vols et d’assassinats. Toutes les grandes rues sont garnies de corps de garde, dont les soldats rôdent sans cesse, un sabre au côté et un fouet àda main, pour en frapper quiconque veut faire du désordre; pendant la nuit, ils ne per: meltent à personne de sortir, si ce n’est pour quelque cas urgent et avec une lanterne: La cavalerie de Péking, estimée à 80,000 hommes, est particulièrement chargée du soin de veiller à la garde des portes et des murailles : cette troupe se compose de 24 divisions, dont 8 mandchoues, 8 mongoles et 8 chinoises; chaque division est distinguée par son uniforme et la couleur de sa bannière. La garnison de Péking, à l'exception de la partie chinoise ou de la bannière verte, stationnée dans le Vaï-lotching, est rarement au complet, parce qu’une partie est employée à faire le service des frontières. 19

Le P. Gaubil évalue la population au plus à 2 millions d'individus; les rédacteurs du Voyage de Macartney la portent à 3 millions; M. Klaproth dit qu’on l'estime à 1,500,000 âmes. Cette population se compose principalement de Mandchous et de Chinois : les religions professées par ces deux peuples ne sont pas les seules qui aient des temples à Péking; on y trouve aussi quelques mosquées pour les musulmans Turs

kestäni qui résident dans cette ville. La religion chrétienne y compte trois églises, dont une catholique, celle du couvent portugais; en 4821, cet établissement n'avait plus de missionnaires européens que trois religieux de l’ordre de Saint-François. Les deux autres églises chrétiennes sont du rite grec : ce sont celle de la Purification et celle de l’Assomption, desservies par les prêtres de la mission que la Russie entretient à Péking en vertu d’un traité du 14 juin 1728. Gette mission se compose de six membres ecclésiastiques et de quatre laïques : ces derniers sont envoyés par le gouvernement russe pour étudier la langue mandchoue et la chinoise, et acquérir des notions exactes sur la Chine; tous les dix ans, celte mission doit être renouvelée. (Voyez page 449.)

Un grand nombre d'ouvriers des provinces affluent à la capitale pour ÿ gagner leur vie: maïs ils trouvent peu d'occupation. Des souterrains situés près des murs d’enceinte servent de retraite à environ 50,000 indigents : on voit souvent ces malheureux étaler dans les rues leur hideux dénûment et implorer la pitié publique, presque toujours en vain : ils gagnent bien quelques pièces de monnaie à faire des ouvrages de peine ou à suivre, couverts de magnifiques manteaux, les convois des grands ; mais il est difficile de croire, malgré les précautions de la police, que l’escroquerie ne soit pas leur industrie principale. On dit qu’en hiver on distribue au nom de l’empereur une jatte de gruau cuit à chaque pauvre, mais qu’un petit nombre seulement a part à ce bienfait. Les habitants prennent leurs domestiques parmi les paysans, quelquefois parmi les soldats. Chaque quartier a plusieurs médecins; le prix d’une visite est d'environ 3 francs; les pauvres qui vont chez ces médecins sont traités pour une somme très-modique ou même pour rien.

On se nourrit surtout à Péking de cochon, mouton, bœuf, oies, poules, canards, gibier, légumes et fruits de toute espèce, poisson de mer et d’eau douce; il arrive beaucoup de poissons fumés et surtout de gelés. La boisson générale est le thé, qu'on fait bien meilleur qu’en Europe; on boit une eau-de-vie très-forte faite avec du riz, et un vin aïigrelet extrait du même grain. Les puits sont communs, mais l'eau en est saumâtre, et l’eau potable est en grande partie tirée du dehors.

Peu de délicatesse préside aux relations d'intérêt : non-seulement le domestique trompe son maître, mais un homme bien élevé gagne sur le marché qu'il conclut pour son ami, ou ne rougit pas de demander un salaire. IL est difficile de ne pas être la dupe des marchands et surtout des libraires. Chaque débitant a son système particulier de poids et mesures, ce qui ouvre une large porte à la fraude : aussi les acheteurs prudents portent-ils avec eux leur aune et leurs balances. Les marchés se concluent souvent sans qu’il y ait une parole de proférée : alors c’est avec les doigts qu'on parle; et même si les parties contractantes ne veulent pas que l'on connaisse leurs affaires, elles se prennent mutuellement les mains cachées dans leurs larges manches, et s'entendent seulement au moyen du toucher.

Le peuple aime les amusements un peu tumultueux et les rassemblements : on le voit se grouper avec avidité autour des charlatans, escamoteurs, sorciers, musiciens, qui augmentent l'embarras des rues ; mais toute cette foule disparaît quand l’empereur doit passer. Il n’est pas permis aux simples citoyens de le regarder; les portes et les fenêtres sont soigneusement fermées, et les rues de traverse barricadées. La société des Chinois et des Mandchous d’un rang élevé est ordinairement grave, cérémonieuse et monotone; du reste, cette étiquette à laquelle ils se soumettent les ennuie, et ils én secouent volontiers le joug : pour se distraire, ils ont recours aux jeux d'esprit, à la mourre, aux cartes, aux échecs, aux combats de cailles ou de coqs et surtout à la bonne chère. Quand on veut se réjouir avec ses amis, l'usage défend de les inviter

chez soi ; on se réunit dans des maisons publiques qui ont cette destination, et chacun y étale sa magnificence selon ses moyens : tous ces lieux de divertissements sont dans la ville chinoise; c’est aussi là qu’on trouve les plus fameux restaurants, et enfin les théâtres. Les comédiens chinois, qui sont ordinairement ambulants, et qui, courant les provinces et Les villes, vont jouer dans les maisons particulières, n’ont presque de théâtres fixes que dans la capitale. v'| +10 Les promenades publiques sont très-fréquentées à certaines époques; les genside distinction s’y montrent en brillants équipages ou montés sur des coursiers. Près\des portes de la ville, il y a des ânes sellés pour le service public. Dans l'intérieur; on trouve stationnées sur plusieurs points des voitures à deux roues, couvertes et doublées de satin et de velours, attelées d’un cheval ou d’un mulet; elles font l'office demos fiacres. Les militaires vont à cheval; c’est la manière la plus commode de cheminer dans les rues de Péking : les grands, et particulièrement les dames, avec la permission préalable de l’empereur, se servent de chaises à porteurs ; ces sortes d'équipages seraient arrêtés à tout moment, s'ils n'étaient précédés d’un cavalier, qui écarte la fouleen avertissant de faire place. Les femmes sortent très-rarement, el seulement le visage couvert ; elles sont tout à fait exclues des sociétés graves, comme des réunions Joyeuses.

L'intérieur des maisons est assez agréable : dans les plus considérables, il se com: pose d’une longue suite de pièces, devant lesquelles règne une galerie couvertesà colonnes; sur cette galerie “est l'entrée de toutes les chambres, qui n’ont pas d’autres communications entre elles. Les portes et les cloisons sont en bois précieux, tels que le camphrier, le cyprès, et ornées de sculptures; elles sont agréables à la.vue et répandent une odeur suave. Les tables et les chaises, faites également d'un bois choisi, sont revêtues d’un vernis brillant. Partout, des sentences remarquables des philosophes ou des poëtes sont écrites sur la tapisserie. Les appartements sont éclairés par de grandes fenêtres, presque toujours tournées vers le midi, et où le papier tient lieu du verre; ils sont chauflés en hiver par le moyen de charbons ardents; placés dans des vases dé bronze destinés à cet usage, ou dans des conduits pratiqués sous de larges estrades en pierre qui sont sous les fenêtres ou le long du mur opposé. Toutes les villes chinoises sont construites sur le même plan que celui des capitale. À Canton est le centre du commerce maritime de l'empire. Le port de cette mille est rempli de navires étrangers; les plus nombreux sont ceux des Anglais et des Américains du Nord. Ces nations ont, ainsi que toutes celles qui viennent à la Chine, des comptoirs dans le faubourg de Canton. La population de cette ville est de plus de 800,000 habitants. pau :

Les principales marchandises qui s'exportent par Canton sont : le thé, l'alun, l'anis étoilé, le borax, le camphre, la squine, le ginseng, le musc, le nankin, la porcelaine, la rhubarbe, les soies, le sucre, la toutenague. Les importations consistent en acier, ailerons de requin, ambre gris, succin, arec, assa fœtida, benjoin, trépangs, kaolinwou étain de Malacca, camphre de Borneo, cire, girofle, cochenille, corail, coton de Surate, drap écarlate et autres lainages, cuivre du Japon, écaille de tortue, ébène, fil d'or, ginseng du Canada, glaces, ivoire, montres d’or, muscades, nids de salangane, opium (quoique prohibé), peaux de lapin et de loutre, perles, poivre, rotins, sandal, vitres et piastres. k Les villages sont quelquefois aussi grands que des villes européennes; mais les Chinois ne considèrent comme villes que les réunions d'habitants qui sont entourées de murs. Le nom de la ville est gravé sur une pierre au-dessus d’une des portes; les

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